Nawal el Saadawi

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Nawâl El Saadâwi, 2010

Nawal el Saadawi est une écrivaine égyptienne née le 27 octobre 1931 près du Caire.

Médecin psychiatre et féministe elle est emprisonnée en 1981 pour s'être opposée à la loi du parti unique sous Anouar el-Sadate. Son livre Mémoires de la prison des femmes relate cet épisode. Libérée sous Moubarak elle fonde en 1982 l’Association arabe pour la solidarité des femmes qui est interdite en 1991.

Elle a publié en janvier 2007 une pièce de théâtre en arabe intitulée Dieu démissionne à la réunion au sommet. Jugé blasphématoire par l’université islamique du Caire, ce livre a été retiré de la vente avant même l'ouverture du procès qui lui est intenté.

Biographie[modifier | modifier le code]

Nawal El Saadawi naît à Kafr Tahla, dans le delta de la basse Égypte. Son père est fonctionnaire au ministère de l’éducation ; sa mère est issue d’une famille bourgeoise. Contrairement aux habitudes, ils envoient à l’école leurs neuf enfants, et pas seulement les garçons. Nawal El Saadawi est bonne élève et, en 1949, entre en faculté de médecine.

Diplômée de l’université du Caire en 1955, elle étudie ensuite à l'université Columbia (New York) où elle obtient sa maîtrise en santé publique, en 1966.

Elle fait un premier mariage avec Ahmed Helmi, étudiant en médecine et militant pour la liberté, dont elle divorce. Son second mari est un riche traditionaliste, avec lequel Nawal El Saadawi rompt lorsqu’il s’oppose au fait qu’elle écrive — activité qu’elle exerce depuis l’enfance. En 1964, elle épouse Sherif Hetata, médecin et romancier qui traduit en anglais plusieurs de ses livres. Sa fille et son fils sont également écrivains.

Une fois diplômée, elle travaille comme médecin à l’université, et durant deux ans au Centre de santé rurale à Tahala. De 1958 à 1972, elle est directrice générale de l’éducation à la santé publique, au ministère de la santé. Elle est en même temps éditeur responsable du magazine Health et secrétaire général auxiliaire de l’Association égyptienne de médecine. En 1972, elle est révoquée de son poste au ministère pour avoir publié Les femmes et le sexe, qui traite de sexualité, de religion et du traumatisme de l’excision – autant de sujets tabous dans le pays. Sa mère, musulmane traditionaliste, insiste pour que sa fille soit excisée à l’âge de six ans. Health est interdit et les livres de Nawal El Saadawi sont censurés. « Tout, dans ce pays, est dans les mains de l’État et sous son contrôle direct ou indirect », écrit-elle plus tard dans ses Mémoires d’une prison de femmes, « grâce à des lois reconnues ou tacites, par la tradition ou par une peur de l’autorité depuis longtemps établie et profondément enracinée. »

Elle commence alors à publier des essais, tels que Al mar’a wal sira’ al-nafsi (1976), qui traite de la femme et du conflit psychologique, ou La Face cachée d’Ève (1977), publié à Beyrouth. Mémoires d’une prison de femmes fut publié à Londres, par les Presses Féminines. Après son roman La Chute de l’iman, en 1987, publié au Caire, elle a commencé à recevoir des menaces de la part de groupes fondamentalistes. En 1993, elle est jugée pour hérésie et condamnée à mort.

De 1973 à 1978, elle exerce son métier d’écrivain à l’Institut supérieur de littérature et de science. Elle est également chercheur à la faculté de Médecine de l’université Ain Shams, au Caire, et travaille pour les Nations unies en tant que directrice du Centre africain de recherche et de formation pour les femmes en Éthiopie (1978-1980). Elle est également conseillère pour la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique occidentale, au Liban. En 1981, elle s’oppose à la loi du parti unique édictée par Anouar el-Sadate. Elle est arrêtée et emprisonnée durant deux mois dans la prison pour femmes de Qanatir, pour infraction à la Loi de protection des valeurs contre le déshonneur. La prison lui est déjà familière, puisqu’elle y a mené des études dans les années 1970 auprès des détenues.

Après la mort du président Sadate, elle est libérée. Avant d’être ramenée chez elle, elle est présentée au nouveau président, Hosni Moubarak.

En 1982, elle fonde l’Association arabe pour la solidarité des femmes, qui est interdite en 1991. Lorsque son nom apparaît sur une liste fondamentaliste de condamnés à mort, elle s’envole avec son mari pour les États-Unis, où elle enseigne à la université Duke et à l'université d'État de Washington à Seattle. En 1996, elle revient en Égypte. Le 3 février 2011, elle apporte son soutien aux manifestants de la place Tahrir au Caire, pour le départ de Mohammed Hosni Moubarak. Le 8 mars 2012, elle est à l'initiative, avec 7 autres femmes arabes, de L'appel des femmes arabes pour la dignité et l'égalité[1].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Nawal el Saadawi a reçu de nombreuses distinctions, parmi lesquelles le prix du Conseil supérieur de littérature (1974), le prix littéraire de l’amitié franco-arabe (1982), ou le prix littéraire de Gubran (1988). Les premières nouvelles de Nawal ont été publiées dans des journaux et des magazines. Ses premiers romans ont paru dans les années 1950. En 1958, elle fait ses débuts de romancière avec Mémoires d’une femme docteur, un roman partiellement autobiographique. Ce livre est considéré comme l’œuvre fictionnelle pionnière dans le féminisme moderne du monde arabe, même si, à la fin, la protagoniste révoltée accepte son sort. Dans les années 1970, Nawal a commencé à critiquer ouvertement le système patriarcal et à aborder des sujets tabous, tels que l'excision, l’avortement, la sexualité, les abus sexuels sur les enfants, et les différentes formes d’oppression des femmes. Lors d’un séjour à Addis-Abeba (1978), elle rédigea Le Voile où la protagoniste révèle ses pensées au lecteur, mais pas à son amant. L’oppression sexuelle et sociale est mise en relation avec la doctrine religieuse dans son court roman Elle n’a pas sa place au paradis (1972).

Femme au degré zéro (1975) est partiellement inspiré par ce que Nawal a pu collecter comme témoignage à l’université Ain Shams sur la santé mentale des femmes. Dans la prison pour femmes de Qanatir, elle a rencontré le personnage principal, Fridaws, une femme abusée dans son enfance et dont la recherche de liberté finit en quête de revanche et dans le meurtre de son souteneur. Un psychiatre l’interviewe à la veille de son exécution. La mort lui semble une victoire : « Je ne veux rien. Je n’espère rien. Je ne crains rien. C’est pour ça que je suis libre. Parce que, tout au long de notre vie, ce sont nos désirs, nos espoirs, nos craintes qui nous asservissent. » Le livre a été traduit en français sous le titre Ferdaous, une voix d’enfer par Assia Djebar et Assia Trabelsi.

Caractéristiques de l'œuvre de Nawal el Saadawi[modifier | modifier le code]

Les caractéristiques de l’écriture de Nawal el Saadawi sont le mélange entre fiction et données réelles, sa connaissance des sciences médicales, les détails autobiographiques, et la description de maladies sociales.

Actualité[modifier | modifier le code]

Suite au procès intenté à Nawal Saadawi sur plainte de l'université Al-Azhar pour apostasie et non-respect des religions, de nombreuses voix se sont élevées pour soutenir l'écrivaine dont celle de Fadela Amara. Une pétition a été lancée. En 2008, elle a gagné son procès et elle a pu regagner l'Égypte mais elle continue à enseigner actuellement aux États-Unis.

Distinctions[modifier | modifier le code]

En 1982, elle reçoit le prix de l'amitié franco-arabe.

Elle est faite docteur honoris causa de l'Université libre de Bruxelles le 28 novembre 2007.

En 2004, elle est lauréate du prix Nord-Sud du Conseil de l'Europe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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