Navires de Nemi

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41° 43′ 20″ N 12° 42′ 07″ E / 41.7222, 12.70194

Navires romains du lac de Nemi

Type navires cultuels
Histoire
Lancement ca. 40 ap. J.-C.
Statut détruits en 1944
Caractéristiques techniques
Longueur 73 m et 71 m
Maître-bau 24 m et 20 m
Autres caractéristiques
Armateur Caligula
Pavillon romain

Les navires romains du lac de Nemi sont deux grands navires antiques que Caligula (37-41 ap. J.-C.) fit construire en l'honneur de la déesse Diane. Ils ont été retirés du fond du lac volcanique de Nemi, à 27 km au sud-est de Rome, en 1929-1930 et détruits par un incendie, lors des opérations militaires de libération de l'Italie, en 1944.

Le culte de Diane au lac de Nemi[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lac de Nemi.

Caligula était un fervent adepte du culte de Diane. Il fit restaurer un très ancien temple, érigé au bord du lac de Nemi[1]. Un lieu sacré s'y était établi dès l'âge du bronze, que les Romains identifièrent à la déesse Diane. Lorsqu'ils se furent rendus maîtres de Nemi, en -338, ils élevèrent un sanctuaire monumental, plus près de la rive, qui resta un lieu de pèlerinage fréquenté, particulièrement par les femmes qui désiraient avoir des enfants.

Description des deux navires[modifier | modifier le code]

Ancre de l'un des navires de Nemi
Ancre de navire :a. Verge ; b. Diamant ; c. Bras ou patte ; d. Pelle ; e. Pointe ; f. & g. Organeau ; h. Jas ; i. Nœud de grappin

Les navires avaient, compte tenu de la taille du lac auquel ils étaient attachés (environ 1500 m de diamètre), des dimensions gigantesques : 73 m x 24 m pour le premier, 71 m x 20 m pour le second. Tous deux étaient constitués d'une coque très plate dépourvue de quille, et le second bateau avait une proue et une poupe semblables. Des manœuvres pouvaient ainsi être effectuées sans qu'on eût à effectuer de demi-tours pénibles.

L'un des navires portait un temple de Diane orné de colonnes de marbre, avec un sol de mosaïque et des tuiles de bronze doré. L'autre embarquait une sorte de palais flottant conçu tout spécialement pour l'empereur, comprenant des thermes et installations d'eau chaude. Les marques des tuyaux de plomb montrent le cachet de Caligula et ne laissent aucun doute sur la destination du navire.

La coque des navires était protégée par une couche d'huile de lin, puis enduite d'une composition de laine imprégnée de poix, de bitume et de résine. L'ensemble était renforcé de clous de cuivre de 1 mm scellés au plomb, qui conféraient aux deux navires une bonne protection contre les attaques d'organismes tels que les mollusques bivalves (tarets). Ces attaques du bois n'étant guère à craindre dans l'eau douce du lac de Nemi, l'hypothèse a été avancée que ces navires ont aussi joué le rôle de prototypes pour l'essai de techniques à usage militaire applicables aux vaisseaux de haute mer.

Les navires étaient dotés de nombreux détails d'une technique élaborée, comme des ancres à pelles mobiles, des robinets à eau, un roulement à billes probablement issu du socle pivotant d'une statue, et même d'un système de pompe qui ne sera remis au goût du jour qu'à la fin du XIXe siècle. Ces perfectionnements étaient exposés dans le musée, soit dans leur état d'origine, soit sous la forme de répliques de démonstration dont certaines ont été préservées jusqu'à nos jours.

On ne sait si les navires ont survécu à Caligula ou s'ils ont été coulés à la mort de celui-ci, en 41. Les sources des historiens latins sont muettes sur tout le sujet des navires de Nemi.

Au Moyen Âge, les navires finissent par sombrer dans l'oubli. Cependant les pêcheurs remontent souvent des débris ou des objets antiques qui attisent la curiosité et entretiennent l'idée d'un trésor endormi au fond du lac.

En 1446, Leon Battista Alberti se mit en tête de relever enfin les navires. Il fit construire un radeau fait de tonneaux et laissa filer dans l'eau des cordes munies de crochets. La tentative échoua, mais il ramena quelques pièces éparses, dont des éléments d'une statue monumentale. En 1531, Francesco De Marchi tenta sa chance avec l'une des premières expériences de cloche de plongée, sans toutefois mieux réussir que son prédécesseur. De même pour les tentatives de 1827 et 1895, qui ne remontèrent que des pièces, mais cette fois suffisamment claires et identifiables pour localiser les deux gros navires englués dans la vase, l'un à faible profondeur (5 à 12 m), à proximité de la rive, l'autre bien plus loin, à 200 m du bord, au milieu du lac, à une profondeur de 15 à 20 m.

Redécouverte des navires[modifier | modifier le code]

Embouts de poutres en bronze de l'un des navires

Les recherches préliminaires pour ce qui s'avérera la campagne déterminante, commencent en 1924. Très vite elle est couronnée de succès et, le 9 avril 1927, Benito Mussolini s'attache à montrer ces fouilles exceptionnelles comme le résultat d'une action prioritaire de son gouvernement. Il n'aura fallu que deux ans pour restaurer l'antique émissaire du lac - un tunnel d'évacuation des eaux de plus de 1600 m, non compris les canaux d'approche[2] - qui, à partir d'octobre 1928, vide l'eau du lac vers un canal de la plaine d'Ariccia et, de là, vers la mer, donnant aux archéologues la possibilité de travailler au sec. Dans le même temps, on construisit une route menant de Genzano au lieu de la découverte, et on découvrit même l'antique Via Virbia qui permettait de se rendre au sanctuaire de Diane. Une section de pavement de cette voie est aujourd'hui exposée au musée.

Le 28 mars 1929, le premier navire émergea des eaux du lac. Commencèrent alors les investigations et études scientifiques, auxquelles prit part un détachement britannique de la Royal Navy. En septembre 1929, le premier navire était entièrement dégagé, bientôt suivi du second, fin janvier 1930. Les deux navires restaurés purent finalement être exposés en 1940 dans le musée nouvellement construit sur la rive nord du lac[3].

Museo delle Navi

Destruction[modifier | modifier le code]

Le musée et les navires qu'il abritait furent entièrement détruits dans la nuit du 1er juin 1944. On ne sauva que quelques pièces, qui furent entreposées au Musée national romain. Une enquête menée à la fin de la guerre accusa les soldats de la Wehrmacht d'avoir commis délibérément un incendie criminel. On émit plus tard l'hypothèse que des réfugiés, qui passaient la nuit dans le musée, auraient pu provoquer l'incendie en allumant du feu, ou encore que l'incendie avait pu être provoqué par les tirs des forces américaines. On ne connaîtra sans doute jamais la vérité.

Le musée aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Museo delle Navi

Le Museo delle Navi Romane a été construit de 1933 à 1939 par Vittorio Ballio Morpurgo. Après restauration, le musée a rouvert ses portes en 1953, pour fermer à nouveau très peu de temps après. Au terme d'une vaste restructuration, le musée a pu rouvrir, cette fois définitivement, le 15 décembre 1988. Il fut inauguré en 2000, et de nouveau réorganisé à cette occasion. Les deux navires sont aujourd'hui exposés en modèles réduits à l'échelle 1:5, ainsi que de nombreuses pièces des navires, sauvées de l'incendie ou copiées à l'identique. Le musée montre d'autres découvertes archéologiques faites dans les environs du lac de Nemi. Certaines pièces d'origine des navires de Nemi sont restées dans les collections du Musée national romain, exposées dans sa section du Palais Massimo alle Terme.

L'association Dianae Lacus, créée en 1995, s'est donné pour but de reconstruire au moins l'un des navires en taille réelle.

Reconstitution hypothétique du premier navire, avec les appartements de Caligula

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. de:Heiligtum der Diana (Nemi)
  2. (it) L'emissario del lago di Nemi, Roma Sotterranea
  3. (it) Documentation de Marina et Massimo Medici

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Ucelli, Le navi di Nemi, Rome, 1950
  • Vittorio Castellani, « L’emissario del Lago di Nemi », Opera Ipogea, n° 2-3, 2003, p. 1-144
  • Deborah N. Carlson, « Caligula's Floating Palaces », Archaeology, t. 55, n° 3 (mai-juin 2002)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]