Nation of Islam

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Un des drapeaux de la Nation de l’islam. Les lettres signifient Justice (justice), Freedom (liberté), Equality (égalité), Islam (islam).
Un des drapeaux de la Nation de l’islam

Nation of Islam (Nation de l’islam) est une organisation politique, religieuse américaine, à l’origine de la plupart des organisations musulmanes actuelles de la communauté afro-américaine. Nation of Islam (NoI) ne publiant pas de statistiques, les estimations de ses membres sont très divergentes, mais en 2003, selon Hakeem Lumumba, il y en aurait entre 20 000 à 40 000[1].

Nation of Islam a été fondée à Détroit, dans le Nord des États-Unis, en 1930, par Wallace Fard Muhammad, que la Nation de l’islam pense être le « Messie » (ou « mahdi ») attendu par les musulmans, et même Dieu (Allah) incarné. L’idéologie développée par l’organisation est un mélange de nationalisme afro-américain et de religion. Cette dernière est inspirée par l’islam, mais reste éloignée de l’islam orthodoxe. La NoI est donc considérée comme une secte par la majorité des organisations musulmanes[2].

Si Wallace Fard Muhammad est bien le créateur de l’organisation, c’est son successeur Elijah Muhammad qui, entre 1934 et 1975, lui a donné son orientation, son organisation et sa puissance. Malcolm X a été l’une des figures les plus en vue de l’organisation, jusqu’à sa rupture avec celle-ci, dont il dénonce le racisme au retour d’un pèlerinage à La Mecque effectué en 1964.

Nation of Islam se transforme officiellement en mouvement musulman sunnite peu après la mort d’Elijah Muhammad, en 1975. Un groupe de militants refusant cette orientation quitte l’organisation en 1978, et reprend le nom de Nation of Islam, qui venait d’être abandonné par l’organisation mère. Fidèle à l’idéologie des origines, malgré certaines évolutions, la « nouvelle » NoI est dirigée depuis la scission de 1978 par Louis Farrakhan. Celui-ci est au début du XXIe siècle un leader en vue de la communauté afro-américaine. Son discours communautaire, insistant sur la nécessité pour les Noirs de faire des études, de développer leur statut socioéconomique et de lutter contre la délinquance a une influence qui dépasse largement les cercles religieux de la NoI. Ses discours ambigus, plus ou moins hostiles aux Blancs et aux Juifs[3] ont cependant créé de nombreuses polémiques.

Création[modifier | modifier le code]

Pour une présentation générale des mouvements musulmans noirs américains : Musulmans noirs américains.
Marcus Garvey en 1924.

Nation of Islam s’inspire de diverses organisations religieuses et/ou nationalistes noires, apparues aux États-Unis au début du XXe siècle, en réaction à la ségrégation raciale que vivaient les Noirs américains.
Sur le plan politique, on peut en particulier citer la Universal Negro Improvement Association and African Communities League (UNIA), créée aux États-Unis par Marcus Garvey en 1917, qui militait pour le retour des Noirs en Afrique, et développait un vigoureux nationalisme noir.
Sur le plan religieux, divers groupes (se réclamant du judaïsme, du christianisme ou de l’islam) développaient une pensée tournée de façon privilégiée vers les Noirs. Parmi eux une organisation se réclamait de l’islam : le Moorish Science Temple of America, fondé en 1913 par Timothy Drew, plus connu sous le nom de « Noble Drew Ali ». Cette organisation offre un certain nombre de ressemblances avec ce que sera Nation of Islam à partir de 1930, et semble donc l’avoir influencée.

Wallace Fard Muhammad[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Wallace Fard Muhammad.

La Nation de l’islam, ou Lost - found Nation of Islam in North-America, parfois aussi appelée Allah Temple of Islam[4] est la matrice de quasiment toutes les organisations musulmanes actuelles de la communauté africaine-américaine, et a été fondée à Détroit, dans le Nord des États-Unis, en 1930, par Wallace Fard Muhammad. La Nation de l’islam pense que celui-ci est le Messie (ou le mahdi) attendu par les musulmans. L’organisation finira même par aller sensiblement plus loin, en le considérant comme Dieu incarné[5].

On connaît très peu de choses à son sujet ou sur son idéologie précise. Pour la Nation de l’islam, il serait venu au monde en 1877 à La Mecque, en Arabie saoudite, avant de venir prêcher le « peuple noir » en Amérique, puis d’abandonner son incarnation physique en 1934, date à laquelle il disparaît mystérieusement. Pour le FBI, il s’appelait en fait Wallace Dodd Ford ou Wallace Dodd, né en 1891 en Nouvelle-Zélande, et serait un métis blanc-polynésien arrivé aux États-Unis en 1913. Il aurait été arrêté en 1918 pour attaque à main armée, de nouveau arrêté au début de 1926 pour infraction à la loi californienne de prohibition de l’alcool, et enfin aurait fait de la prison de 1926 à 1929 pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Il se serait alors installé à Détroit, avant de créer Nation of Islam en 1930[6].

En novembre 1932 éclate une affaire qui menaça la jeune organisation. Un sacrifice humain fut commis par un membre, Robert Karriem (né Harris) qualifié de « déséquilibré »[7]. Fard fut arrêté avec Karriem. D’après le rapport de police de l’époque, il aurait nié toute responsabilité dans le crime. Au cours de l’interrogatoire, il aurait fini par indiquer que la création de l’organisation était « strictement un racket[8] ». En 1934, sous la pression de la police, il aurait quitté Détroit. Le dossier du FBI propose plusieurs hypothèses quant à ce qu’il serait devenu par la suite, mais n’a pas d’information directe sur ce sujet. Il s’agit essentiellement de références à d’autres sources, comme des articles de journaux.

Quelles que soient les motivations réelles du créateur de l’organisation, celle-ci regroupe après sa disparition de 1934 un petit groupe d’adhérents convaincus et militants, qui en feront en une trentaine d’années une organisation forte de dizaines de milliers d’adhérents.

Elijah Muhammad (1897-1975)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Elijah Muhammad.
Elijah Muhammad en 1964.

Après la disparition mystérieuse de Wallace Fard Muhammad en 1934, Elijah Muhammad prend la direction du mouvement, lequel était à l’époque encore groupusculaire[9].

Elijah Poole est né en Géorgie (sud des États-Unis), mais s’est installé à Détroit (Nord des États-Unis) en 1923. Il suivait en cela la grande migration afro-américaine de l’époque, depuis le sud agricole, pauvre et ségrégationniste des États-Unis, vers le nord industriel, plus riche et un peu plus tolérant à l’égard des Noirs. Mais même dans le Nord, les discriminations raciales existent, engendrant, selon Eric Lincoln, « une haine virulente des Blancs[10] ». À Détroit, Poole entre en contact en 1931[11],[12] avec Fard Muhammad, et rallie son organisation naissante. Il prend le nom de Elijah Muhammad, mais se fait aussi connaître sous les noms de Gulan Bogans, ou de Mohamed Rassoul[11].

Après la disparition du fondateur, Elijah Muhammad serait entré dans un bref conflit avec d’autres leaders de l’organisation, conflit qui l’amène à s’installer avec ses partisans à Chicago, loin de la faction hostile de Détroit. Il sort finalement vainqueur de l’affrontement, s’affirmant comme le chef incontesté de la NoI. Claude Clegg[13] parle à propos de la NoI de l’époque d’un climat de « chaos organisationnel et d’intrigues entourant la disparition de son fondateur »[14]. Pour Nation of Islam par contre, c’est Wallace Fard Muhammad qui « l’a choisi pour être son représentant divin dans la continuation de cette si difficile tâche d’apporter la vérité et la lumière à son peuple perdu et retrouvé »[15]. Désormais à la tête de l’organisation, il prend le titre de « messager de Dieu », sous lequel l’organisation continue aujourd’hui à le désigner. Il commence à étendre celle-ci, encore limitée en 1934 à Détroit et Chicago. C’est le Nord-Est industriel qui s’avère le plus réceptif. Muhammad y crée une série de temples (qui seront plus tard rebaptisés mosquées), et les appelle selon leur numéro de création. Ainsi, à New York, la mosquée historique est toujours désignée sous le nom de mosquée numéro 7 (à l’origine temple no 7), parce que c’est la septième fondée (ou visitée) par Elijah Muhammad.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Concernant la formation de l’idéologie du mouvement, la part exacte à attribuer au fondateur Wallace Fard Muhammad, et celle à attribuer à Elijah Muhammad restent difficiles à établir. Bien que la NoI mette en avant sa nature religieuse, le versant socio-politique de son idéologie n’en est pas moins fortement affirmé. La vision idéologique de Nation of Islam a été formalisée dans le Muslim Program[16] de 1965, toujours en vigueur, mais l’essentiel de ces thématiques était déjà clairement affirmé dès les années 1930. Malgré une certaine modération de l’interprétation des principes fondamentaux (en particulier le rejet des blancs), la NoI du début du XXIe siècle a un positionnement idéologique très similaire à celui de ses débuts.

Vision religieuse[modifier | modifier le code]

La théologie de la NoI est assez éloignée de l’islam orthodoxe. Certains aspects sont en effet clairement inacceptables pour celui-ci :

  • L’islam est la véritable religion de l’homme noir, et est réservée aux Noirs, et en théorie aux autres populations « de couleur ». Selon un discours d’Elijah Muhammad : « vous pouvez facilement les distinguer [les Blancs] de nos peuples (foncé, brun, jaune ou rouge) »[17]. En pratique, il n’y a jamais eu de véritable tentative de la NoI de s’adresser à d’autres groupes ethniques que les Afro-américains. L’islam insiste au contraire sur sa vocation universelle[18].
  • Les Blancs sont une race inférieure, créée par sélection artificielle à partir de la race première noire par un scientifique noir, du nom de Yakub[19], il y a 6 000 ans. Ils sont les représentants du diable sur la terre, mais les prophéties annoncent la fin de leur règne. « L’homme noir a produit ces quatre couleurs : brun, rouge, jaune et blanc […] l’homme noir, pourtant, est le créateur de tous [...] Maintenant, le grand Mahdi[20] (Dieu en personne) avec sa sagesse, connaissance et compréhension infinies, va remettre l’homme noir originel dans la situation originelle ou il était au commencement, le Dieu et le gouverneur de l’univers »[17]. « Nous avons vu la race blanche (démons) dans le ciel, parmi les justes, causant des troubles [...], jusqu’à ce qu’ils aient été découverts. [...] Ils ont été punis en étant privé des conseils divins [...] presque ravalés au rang des bêtes sauvages. [...] sautant d’arbre en arbre. Les singes en procèdent. [...] Avant eux, il n’y avait rien comme les singes et les cochons »[19]. Cette idée selon laquelle les noirs sont les humains originels existait déjà dans des organisations africaines-américaines précédentes, comme The church of God, un groupe d'hébreux noirs créé en 1915.
  • Les mariages inter-raciaux sont interdits : « Nous croyons que les mariages mixtes ou le mélange des races devraient être interdits »[21].
  • Dieu n’est pas un esprit, car « nous vivons dans un univers matériel », et de ce fait « Dieu est un homme »[22]. « Dieu doit être un homme, et non un spectre »[23]. En réalité, « il y avait Dieu au commencement qui a créé toutes ces choses et nous savons qu’il n’existe pas aujourd’hui, mais nous savons encore que de ce Dieu, la personne de Dieu a persisté jusqu’à aujourd’hui dans son peuple [les Noirs], et aujourd’hui un être suprême (Dieu) est apparu parmi nous avec la même sagesse infinie pour provoquer un changement complet »[24]. « Allah est venu à nous de la ville sainte de la Mecque, Arabie, en 1930. Il a employé le nom de Wallace D. Fard »[25]. Pour les musulmans orthodoxes, cette disparition du Dieu créateur des origines, et son remplacement par un Dieu collectif racial dont émerge un Dieu/homme supérieur est inacceptable. Ainsi, par exemple, d’après le Coran (33:40) « Muhammad [est] le messager de Dieu, et le dernier des prophètes ». Toute personne prétendant être un prophète depuis la mort de Mahomet est donc par définition toujours considérée comme un faux prophète par l’islam orthodoxe, a fortiori s’il se proclame Dieu en personne[26].
  • « NOUS CROYONS à la résurrection des morts — pas en la résurrection physique — mais la résurrection de l’esprit »[27]. Les orthodoxies sunnites et chiites affirment par contre une résurrection physique des morts avant le Jugement dernier[28].

On peut aussi noter une forte croyance en la numérologie[29], ce qui aura d’ailleurs une influence importante sur le mouvement après la mort de Elijah Muhammad, avec le choix du septième fils de Muhammad comme nouveau leader.

Il y a des positions communes avec l’islam ou le christianisme : interdiction des relations sexuelles hors mariage, affirmation des « valeurs familiales », rôle dirigeant de l’homme au sein de la cellule familiale. Ainsi, indique le site officiel de la NoI, « On enseigne à nos femmes un code d’habillement modeste qui encourage la pratique d’une moralité élevée »[30].

La consommation de porc est interdite, conformément à l’enseignement de l’islam. La NoI insiste aussi sur le respect des cinq Piliers de l'islam. La consommation de drogue, mais aussi de tabac et d’alcool est déconsidérée, en accord avec la vision musulmane traditionnelle.

« La religion, particulièrement le christianisme, a enseigné partout le mensonge selon lequel nous étions les descendants de Kham [un des fils de Noé] condamné, lui et ses descendants, à être esclaves des Blancs »[31],[32]. La religion des Blancs, le christianisme, est la religion de l’esclavage et du mal. L’islam orthodoxe admet par contre dans une certaine mesure la validité du christianisme[33]. On note cependant que sous la direction de Louis Farrakhan, le discours s’est en partie infléchi. Si le christianisme reste responsable de l’esclavage, il est admis qu’il est porteur d’une certaine valeur s’il se libère de son racisme historique : « À mes frères et sœurs Chrétiens qui sont présents, Jésus n’était pas un accident. Jésus était un homme reconnaissant envers son Père. Il était un homme tellement en accord avec Dieu, il est tellement resté dans la lumière de son Père qu’il est devenu la lumière du monde »[34]. Tout comme dans l’islam, l’acceptation du christianisme existe aujourd’hui partiellement. La thématique est cependant différente. L’islam critique la déification de Jésus, quand la Nation de l’islam critique surtout le racisme du christianisme ayant permis l’esclavage[35].

Il y a enfin certaines influences chrétiennes. Les lieux de culte sont à l’origine appelés des temples, par exemple. Les ministres du culte sont appelés ministers, et non imams.

Indépendance sociale et politique des Noirs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nationalisme noir aux États-Unis.

L’idéologie de Nation of Islam ne se limite pas au domaine religieux. Elle a aussi une forte composante sociale et politique, indifférente d’un point de vue islamique, et que l’organisation peut partager en tout ou partie avec d’autres groupes nationalistes afro-américains. L’idée centrale est l’indépendance du peuple noir en Amérique.

Cette idée s’exprime au niveau territorial par la volonté de créer un État indépendant noir, par exemple dans le Sud des États-Unis, quitte à organiser un déplacement massif des Noirs vers ce nouveau pays. « Nous voulons que notre peuple en Amérique dont les parents et grands-parents étaient des descendants d’esclaves puisse établir un État séparé »[36]. Ce projet n’a cependant jamais réellement été soutenu par des initiatives concrètes : « le séparatisme racial que Muhammad a pratiqué était plus symbolique que toute autre chose, limité à construire une identité noire et à la création d’institutions et d’entreprises dirigées par des Noirs. Les changements-tremblements de terre, tels que la destruction du « diable blanc » et la tache monumentale du transport et de la réinstallation de vingt millions de Noirs ailleurs, ont été laissés à Allah, qui choisirait sa propre heure pour agir »[14] ».

Le changement de nom, et parfois du prénom, est une règle de la communauté, et serait dû à un commandement de Wallace Fard Muhammad lui-même. Il s’agit pour le nouvel adhérent d’affirmer la rupture symbolique avec son passé d’incroyant, mais aussi d’exprimer le refus du « nom d’esclave »[11], et donc l’indépendance vis-à-vis du monde blanc. Les déportés africains aux États-Unis recevaient en effet un prénom chrétien et un nom de famille[37], tous deux imposés par le propriétaire du nouvel esclave.
Les prénoms des nouveaux membres de la NoI ne sont pas toujours changés, mais quand ils le sont c’est au bénéfice de prénoms islamiques. Les noms de familles sont également fréquemment changés, généralement en faveur d’un nom musulman, mais parfois aussi d’un nom africain ou d’un « X » symbolique, exprimant l’effacement du patronyme historique par l’esclavage.

Un vendeur de Nation of Islam, vendant l’hebdomadaire Call of Islam, et ce qui ressemble à un assortiment d’huiles et de parfums.

L’indépendance doit aussi se construire dans le domaine économique. Nation of Islam a très tôt insisté sur la nécessité pour les Noirs en général, et les « Musulmans noirs » en particulier, de construire des entreprises noires et d’acheter préférentiellement dans ces entreprises. Il s’agit d’une part d’acquérir un statut social plus favorisé, et d’autre part de ne plus dépendre des patrons blancs, accusés de racisme. À ce titre, l’organisation a créé dès les années 1930 des entreprises sous son contrôle, mais a aussi encouragé ses membres à créer leurs propres entreprises, tout en favorisant l’emploi des membres de la communauté et les relations économiques avec les autres sociétés « musulmanes ». Le succès a été en partie au rendez-vous, et un tissu petit mais actif d’entreprises liées directement ou indirectement à la NoI s’est affirmé avec les années.
Un code vestimentaire exprimant cette volonté d’ascension sociale est demandé aux membres de l’organisation. Pour les hommes, il s’agit du port d’un strict costume trois-pièces, avec cravate, ou fréquemment avec un nœud papillon. Pour les femmes, il s’agit de tenues modestes[30] mais correctes. D’un point de vue général, Nation of Islam demande à ses membres de rejeter tout laisser-aller vestimentaire exprimant l’échec social, et d’affirmer symboliquement leur volonté d’ascension sociale.

L’indépendance doit enfin se construire dans le domaine intellectuel. La NoI accuse en effet le système américain de l’éducation d’avoir toujours maintenu les Noirs dans une situation d’échec scolaire et d’exclusion des universités (situation qui a cependant beaucoup évolué depuis les années 1960), et d’avoir développé des programmes ethno-centrés développant le mépris pour les Noirs et les civilisations extra-européennes. À ce titre « nous voulons une éducation égale, mais des écoles séparées jusqu’à l'âge de 16 ans pour les garçons et 18 ans pour les filles, à la condition que les filles soient envoyées dans des écoles et des universités pour filles[38]. Nous voulons que tous les enfants noirs soient éduqués, enseignés et entraînés par leurs propres professeurs[39]. »

Synthèse[modifier | modifier le code]

Finalement, l’islam est réinterprété dans un sens très hétérodoxe par Nation of Islam. Le groupe apparaît comme portant à la fois un message politique (le nationalisme noir et l’indépendance), social (la nécessité d’une amélioration de l’éducation et de l’autonomie économique des Noirs) et religieux (la constitution d’une religion par et pour les Noirs, couplée avec un « code moral puritain[14] »). Le nouveau groupe n’a donc pas été reconnu comme musulman par les groupes musulmans orthodoxes des années 1930. La faction Black Muslims restée au début de XXIe siècle fidèle aux enseignements originels n’est toujours pas reconnue comme musulmane, mais comme une secte[40].

Développement[modifier | modifier le code]

En trente ans, de 1934 à 1964, l’organisation va connaître un développement important, sans crise intérieure notable.

Consolidation[modifier | modifier le code]

Sous la direction d’Elijah Muhammad, le groupe devient très missionnaire. Avec le temps, ses prêcheurs ont porté ses enseignements, des rues et des halls de réunion aux prisons américaines. Le nouveau groupe a surtout « attiré des Africains-Américains désabusés et pauvres du nord urbain »[41], encore que la progression ait été lente à ses débuts. Les milieux noirs très chrétiens du sud des États-Unis, souvent fortement structurés en communautés rurales regroupées autour d’un pasteur, se sont en revanche montrés très difficiles à pénétrer.

Dès les années suivant la disparition de son fondateur, Nation of Islam met en place le Savior’s Day (jour du sauveur), chaque 26 février, date anniversaire de la naissance supposée du « maître W. D. Fard Muhammad, né le 26 février 1887 [... dans] la cité sainte de La Mecque »[42]. Avec le temps, le Savior’s Day est devenu une fête religieuse importante de la communauté, servant de marqueur de l’identité de celle-ci, et donnant certaines années lieux à des rassemblements de masse.
En 1934 a lieu la première diffusion de The Final Call to Islam, premier journal de la NoI[43]. Celui-ci et ses successeurs auront des publications intermittentes, mais qui se renforceront avec le temps, améliorant la capacité de communication de la NoI.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la jeune organisation, encore très modeste, a déjà ses lieux de culte (encore appelés « temples » à l’époque), son idéologie, son encadrement, ses fêtes religieuses et ses organes de communication.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Nation de l’islam affirme son opposition au gouvernement américain en refusant toute collaboration à l’effort de guerre. D’après un rapport du FBI no 100-9129 du 30 septembre 1942, Elijah Muhammad aurait, « à des réunions tenues entre le 11 septembre et le 18 septembre 1942, déclaré que les Japonais sont leurs frères. [...] Des plaintes ont été enregistrées [...] à Chicago [...] accusant le sujet Mohammed [...] de sédition [et de] conspiration ». D’après un rapport du FBI du 19 décembre 1942, Elijah Muhammad serait à cette date « sous le coup d’une condamnation à trois ans de prison [et] environ 65 membres ont été arrêtés à Chicago » (il a été arrêté fin septembre 1942). En 1943, encore très petite, Nation of Islam est décrite par un rapport du FBI comme étant « fortement pro-japonaise, et ses leaders conseillent à ses membres de refuser de se faire enregistrer » pour l’effort de guerre en indiquant « qu’ils sont déjà enregistrés à La Mecque ». Ce rapport indique aussi que « les leaders des temples situés à Milwaukee, Washington, D.C. et Chicago ont été [...] inculpés pour sédition »[44].

Ces rapports confirment le rapport très oppositionnel des membres de la NoI avec le gouvernement américain, même en période de crise. La NoI n’ayant que quelques centaines de membres à l’époque, son impact sur l’effort de guerre américain a été nul. La guerre a cependant été un moment où l’organisation a pu affirmer de façon spectaculaire son opposition frontale au « gouvernement blanc », contribuant ainsi à se faire connaître.

Après la guerre, la pression policière s’estompe, et la NoI peut reprendre ses efforts de développement. Muhammad lui-même sort en 1946 de la prison fédérale de Milan, Michigan, ou il se trouvait depuis 1942. En 1952, la NoI recrute Malcolm Little, plus connu sous le nom de Malcolm X, qui deviendra un artisan important du fort développement des années 1950 et du début des années 1960.

Expansion : les années Malcolm X[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Malcolm X.
Malcolm X
Des lieux de culte de la NOI, dans un document du FBI datant de 1960.
Une carte des temples de la NOI, dans un document du FBI datant de 1960. On note la nette dominance du Nord-Est de États-Unis.
Journaux du culte, vers 1960.
Mohamed Ali à un meeting de Elijah Muhammad.

Les années 1950 et le début des années 1960 ont vu l’organisation passer de quelques centaines de membres (500 estimés en 1952) à des dizaines de milliers (30 000 estimés en 1963). « Jusqu’en 1964 Malcolm X, fut le principal porte-parole de la doctrine de Elijah Muhammad »[45], et devient le leader le plus visible et connu de la NoI[46], surtout après sa nomination comme « porte-parole national de Nation of Islam ».

Malcolm Little (1925-1965) est né à Omaha, dans le Nebraska. Son père était un prédicateur baptiste et un défenseur de Marcus Garvey (un nationaliste noir), et est mort de façon controversée (peut-être assassiné[47]) en 1931. Après une scolarité prématurément interrompue et des placements dans différents foyers d’accueil, Malcolm Little s’installe à Boston, chez sa demi-sœur, puis part pour Harlem (New York), où il devient rapidement un délinquant.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est réformé 4-F (mentalement perturbé)[48]. D’après son autobiographie, il aurait déclaré, en vue d’être refusé, qu’il voulait une arme pour « tuer des crackers », terme péjoratif désignant les Blancs. Bien avant son autobiographie, le FBI cite d’ailleurs un courrier du 29 juin 1950 où il écrit « ils ne m’accepteront jamais dans l’US Army. Tout le monde a toujours dit Malcolm est fou, aussi n’est-il pas difficile de convaincre les gens que je le suis »[49].

À 21 ans, en 1946, il est condamné à une peine de huit à dix années[50] de prison à la suite de cambriolages[48]. En 1948, son frère Reginald, qui s’est converti à Nation of Islam, lui adresse un courrier où il le presse de se convertir, ce qu’il fait peu de temps après. Après sa conversion, il devient un prisonnier avide de lecture, se constitue une bonne culture autodidacte et commence à correspondre par courrier avec Elijah Muhammad.

Après sa libération en août 1952, il rencontre celui-ci à Chicago. Selon une des pratiques de la NoI, il change son nom de famille[51], et prend celui de « X ». Repéré par Elijah Muhammad, il devient un prêcheur efficace et dynamique, d’une grande loyauté vis-à-vis de celui-ci. Pour ces raisons, il monte rapidement les échelons de la petite organisation qu’est encore Nation of Islam.

Six mois seulement après sa libération, en février 1953, preuve de son importance croissante, le FBI ouvre un dossier le concernant. Il y est suspecté de sympathies communistes[52].

En 1953, à 27 ans, il devient d’abord un assistant du temple no 1[52], puis le responsable du temple no 11, à Boston. En 1954, il devient celui du temple no 7 de Harlem (New York), sur Lenox Avenue, puis ouvre de nombreux temples à travers le pays. Le rapport du FBI du 16 mars 1954 le décrit « voyageant à travers les États-Unis, prenant des contacts avec différents temples du [...] culte »[52]. Ses discours enflammés et sa personnalité charismatique en font bientôt l’homme le plus en vue de Nation of Islam après Elijah Muhammad.[réf. nécessaire]

L’organisation se développe rapidement dans les milieux noirs et pauvres, et bénéficie également indirectement du développement de la lutte pour les droits civiques des Noirs (à partir de 1955) ainsi que du développement du militantisme noir qui l’accompagne. Les prêches ont un succès particulier dans les prisons.

Entre 1952 et 1963, Nation of Islam serait passé de 500 à 30 000 membres[53]. Cette croissance spectaculaire est due à la rencontre entre le réveil du militantisme noir dans tout le pays et une idéologie de la fierté noire particulièrement radicale. Mais il est indéniable qu’elle est aussi largement due à l’activité missionnaire de Malcolm X. C’est dans le cadre de cette croissance spectaculaire des adhésions qu’en 1955 Louis Eugene Walcott, chanteur de calypso et violoniste, rejoint la Nation de l’islam, et prend le nom de Louis Farrakhan. Nation of Islam attire aussi le célèbre boxeur Cassius Clay, qui prendra le nom musulman de Mohammed Ali.

À partir de la fin des années 1950, la NoI gagne une visibilité médiatique croissante. C’est en particulier le documentaire télévisé de Mike Wallace en 1959, The Hate that Hate Produced (« la haine que la haine a produit »), qui révèle la NoI au niveau national. Meilleur orateur de l’organisation, Malcolm X devient un habitué des plateaux télévisés, et est régulièrement interviewé par la presse écrite et radiodiffusée. À l’heure des premières indépendances africaines et de la lutte pour les droits civiques des Noirs, la croissance rapide de la NoI inquiète et fascine les médias. Preuve de l’importance croissante de l’organisation, X est intégré en tant que représentant de la NoI au sein d’un comité de personnalités noires de divers horizons qui rencontre Fidel Castro le 19 septembre 1960[54], lors de la visite de celui-ci aux États-Unis.

Le 24 décembre 1959, Elijah Muhammad et ses fils font le pèlerinage à La Mecque[55]. Malgré son éloignement de l’islam orthodoxe, les autorités saoudiennes ont laissé le leader de Nation of Islam participer au hadj pour des raisons inconnues, peut-être par ignorance de l’organisation.

Malcolm X n’est pas le seul vecteur médiatique de l’organisation. Celle-ci s’exprime aussi largement à travers la presse noire américaine. « Les hommes de la Nation de l’islam ont vendu The Crusader et The Pittsburgh Courier, the Amsterdam News et the Westchester (N.Y.) Observer parce qu’ils contenaient le message de M. Muhammad, souvent entouré dans la même page par des annonces pour les entreprises à capitaux musulmans qui soutenaient le travail de M. Muhammad. Dans The Curier et The Crusader, la colonne s’est appelée Mr Muhammad Speaks. Dans The Amsterdam News elle était intitulée Le Monde de l’Islam et The Observer a publié les enseignements de M. Muhammad dans une série appelée : Le Paradis de l’homme blanc est l’enfer de l’homme noir ». Certains de ces journaux avaient une large diffusion, puisque le The Pittsburgh Courier auraient distribué 350 000 copies par semaine en 1957[43].
Au début des années 1960, Elijah Muhammad souhaite cependant bénéficier de son propre organe de presse. Les publications de l’organisation existaient depuis les années 1930 (première publication de The Final Call to Islam en 1934), mais manquaient de régularité et d’envergure. En 1961 parait le journal national Muhammad Speaks. Celui-ci reprend partiellement le titre d’un journal local créé à New York en 1960 par Malcolm X (alors à la tête du temple no 7) : Mr. Muhammad Speaks. D’après The Final Call (hebdomadaire de la NoI), la création du nouveau journal est aidée par « l’éditeur et auteur pakistanais Abdul Basit Naeem »[43]. Le journal paraît au départ mensuellement, mais gagne progressivement en diffusion, touchant un public noir pouvant aller au-delà du cercle de la communauté. En 1969, le journal aurait diffusé 400 000 exemplaires par semaine, et jusqu’à 950 000 en 1974[43].

Enfin, dans les années 1950 se développe ce qui est souvent présenté comme la branche paramilitaire de l’organisation : Fruits of Islam. Fruit of Islam est présenté par la NoI comme le service d’ordre de l’organisation, affecté à la sécurité des responsables et des militants. Pour ses détracteurs, Fruits of Islam est en fait une force paramilitaire potentielle. Le groupe recrute chez des anciens policiers, militaires, mais aussi délinquants, et applique une très stricte discipline interne.

Départ de Malcolm X[modifier | modifier le code]

L’intérêt des médias

À partir du début des années 1960, plusieurs controverses vont progressivement éloigner Malcolm X et Elijah Muhammad.

Tout d’abord des affaires de mœurs : des rumeurs couraient depuis quelque temps sur les nombreux adultères commis par Elijah Muhammad avec de jeunes secrétaires du mouvement. Warith Deen Muhammad, le propre fils d’Elijah Muhammad, et un ami proche de X, informa ce dernier « en 1963, que son père Elijah Muhammad avait mis enceinte six de ses secrétaires »[56]. L’adultère est totalement contraire aux enseignements de Nation of Islam. Après avoir écarté ces informations, Malcolm X aurait fini par en obtenir confirmation en 1963. Elijah Muhammad lui-même[57] aurait fini par indiquer qu’étant l’envoyé de Dieu sur terre, il n’était pas soumis aux même règles que le commun des mortels[58]. Ces évènements semblent avoir fortement altéré la confiance de X dans la sainteté d’Elijah Muhammad.

Le second sujet de divergence porte sur la politique : Malcolm X était intéressé par le mouvement pour les droits civiques des Noirs tels qu’il se développait depuis 1955. Si l’idéologie officielle du mouvement était opposée au nationalisme noir, et revendiquait simplement un statut d’américain normal pour les Noirs, X considérait qu’il devait y avoir une présence des nationalistes noirs et des black muslims dans ce qui apparaissait comme le premier grand mouvement de masse noir de l’histoire des États-Unis. Elijah Muhammad était par contre hostile à la fin de la ségrégation raciale[59] et au soutien à un mouvement dans lequel se trouvaient de nombreux blancs progressistes. Il craignait la dissolution des Noirs dans un ensemble américain dominé par les Blancs.

Le troisième contentieux porte sur la religion : Malcolm X a commencé à s’intéresser à l’islam sunnite officiel, et s’est rendu compte que la religion prêchée par Elijah Muhammad en était très éloignée. L’intérêt montré par X à l’égard de l’islam orthodoxe ne pouvait donc que l’éloigner de son mentor.

On peut enfin citer des divergences d’ambitions : l’aura de X au sein de la communauté noire en général et de Nation of Islam en particulier, sa médiatisation importante, semblent avoir inquiété Elijah Muhammad.

En 1963, après l’assassinat du président Kennedy, toutes ces divergences éclatèrent sur la place publique, après une déclaration controversée de X. Celui-ci déclara en effet que la violence que Kennedy n’avait pas pu arrêter se retournait contre lui. Il ajouta « Chickens coming home to roost never made me sad. It only made me glad » (« les poulets revenant au poulailler ne me rendent jamais triste, ils me rendent seulement heureux » - En français, Chickens coming home to roost a une signification proche de « qui sème le vent récolte la tempête »). Cette phrase pouvait se comprendre comme une approbation de l’assassinat. Elijah Muhammad désavoua cette déclaration, et interdit à X toute déclaration publique pendant 90 jours, injonction à laquelle Malcolm X obéit. Mais les relations entre les deux hommes atteignaient leur point de rupture. Dans son autobiographie, X affirme même qu’un de ses assistants lui aurait alors indiqué avoir reçu l’ordre de la direction de la NoI de le tuer[60].

Le 8 mars 1964, Malcolm X annonça son départ de la Nation de l’islam. Le 12 mars, il annonçait la création de sa propre organisation « The Muslim mosque inc. ». Peu de temps après, il se convertit à l’islam sunnite orthodoxe. Le 13 avril 1964, Malcolm X partit de l’aéroport John Fitzgerald Kennedy pour faire le pèlerinage à la Mecque (le hajj) dont il revint sous le nom musulman de Malik El-Shabazz[61]. Sa femme et ses filles prirent alors le nom de famille de Shabazz.

Il condamna le racisme anti-blanc de Nation of Islam. Mais Malcolm X resta fidèle à une action tournée de façon privilégiée vers le peuple noir. Il refusa aussi de condamner la violence des opprimés, et eut des paroles assez dures pour les tenants de la non-violence, qu’il accusa d’encourager à la soumission[62].

Peu de temps après son retour de la Mecque, Malcolm X fonda l’« organisation pour l’unité afro-américaine », un groupe politique non religieux. Il affirme ainsi sa volonté de mener à la fois une lutte religieuse pour l’Islam, et une lutte politique pour les Noirs, les deux fonctionnant de façon autonome.

La tension entre Malik El-Shabazz et Nation of Islam ne cessa de croître. Le 14 février 1965, sa maison fut l’objet d’un attentat à la bombe, et il fut assassiné de 15 balles le 21 février 1965. Deux mois auparavant, Louis Farrakhan avait écrit « un tel homme est digne de mourir »[63]. Trois membres de Nation of Islam seront reconnus coupables en 1966 : Norman 3X Butler, Thomas 15X Johnson et Talmadge Hayer. L’organisation elle-même niera toute participation à l’assassinat. « Betty Shabazz [la femme de Malcolm X], qui est morte en 1997, a publiquement accusé Farrakhan d’un rôle dans le meurtre »[63]. Celui-ci a admis au début 2007 « j’ai pu être complice en mots », tout en niant une implication directe de l’organisation[63]. En 1994, Qubilah Shabazz, une des filles de Malcolm X sera arrêtée et inculpée pour avoir payé un tueur à gage chargé de tuer Farrakhan, accusation abandonnée en 1995[64]. Il a également été envisagé que le FBI ait eu connaissance du projet d’assassinat et l’ait couvert, voire aidé. Cette hypothèse a été reprise par la NoI[65].

À sa mort, le projet de Malcolm X de créer un islam sunnite au sein de la communauté noire, intégré dans l’islam mondial et rompant avec le racisme semble un échec. Son organisation restera groupusculaire, et Elijah Muhammad maintiendra fermement son emprise sur l’islam noir américain jusqu’à sa mort, en 1975.

Évolution vers le sunnisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Warith Deen Muhammad.

Le 26 février 1975, Elijah Muhammad meurt. Conformément à ses croyances numérologiques, il désigne son septième fils, Warith Deen Muhammad (né Wallace D. Mohammed en 1933) pour lui succéder.

Warith Deen Muhammad reconnaîtra plus tard avoir été influencé par la pensée de Malcolm X (dont il était un ami proche), lequel sera d’ailleurs réhabilité par le mouvement (une mosquée prendra même son nom).

En trois ans, entre 1975 et 1978, il transforme de fond en comble l’idéologie du mouvement, et l’amène sur une base religieuse sunnite, tout en rompant avec l’idéologie raciste et nationaliste de son père. « L’idée que nous avons eu de la communauté n’est pas islamique, et vient des jours du nationalisme noir »[66]. Le projet d’un État indépendant pour les Noirs est donc abandonné.

La forte centralisation typique de Nation of Islam est réformée, afin de favoriser une large décentralisation des mosquées, plus conforme à la tradition du sunnisme : « notre religion n’exige pas le degré d’organisation et de contrôle centralisé que nous avons utilisé. Les Musulmans sont juste des Musulmans, et ils vont à la mosquée, et c’est tout »[66]. Les communautés relevant de ce mouvement sont ouvertes à toutes les races, même si elles restent en pratique surtout composées d’africains-américains[67].

Warith Deen Muhammad est devenu un leader religieux respecté et incontournable aux États-Unis. Il lui sera demandé en 1992 de faire une prière au Sénat américain, et c’est lui qui fera la prière musulmane lors de la prière interconfessionnelle pour l’investiture du président Clinton, en 1997[68].

Refondation de Nation of Islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Louis Farrakhan.
Louis Farrakhan

En 1978, un groupe de membres historiques de la Nation de l’islam, dirigés par Louis Farrakhan, décide de se réorganiser autour des enseignements de Elijah Muhammad. En 1981, Louis Farrakhan proclame officiellement la restauration de la Nation de l’islam, et la fidélité aux dogmes de Elijah Muhammad. La « nouvelle » NoI s’affirme comme la légitime continuatrice de l’organisation créé par Elijah Muhammad, tant sur le plan religieux que sur le plan du nationalisme afro-américain. En pratique, le contexte a évolué par rapport aux années 1930 ou 1960, en particulier dans trois domaines :

  • le rapport aux autres Noirs. Avec le développement de la déségrégation et le développement d’une classe moyenne noire mieux intégrée, la NoI a été amenée à développer un dialogue plus important avec les autres groupes de la communauté noire que ce que pratiquait Elijah Muhammad. Sous la direction de Louis Farrakhan, l’organisation est même devenue très unitaire, insistant sur la nécessaire unité de la communauté noire, alors qu’Elijah Muhammad restait à l’écart des grandes organisations noires anti-ségrégation : « Minister Farrakhan [...] a été le bienvenu dans d’innombrables églises ». Pour « la véritable réhabilitation politique de la communauté [noire], minister Farrakhan s’est ré-enregistré pour voter en juin 1996 et a formé une coalition d’organisations religieuses, civiques et politiques pour porter la voix de ceux qui sont privées des droits civiques dans le paysage politique »[69].
  • Le rapport aux autres musulmans noirs. À la suite des réformes du fils d’Elijah Muhammad, les sunnites sont devenus majoritaires au sein des communautés Black Muslims. L’obligation de se définir par rapport à eux est donc devenue essentielle, et a entrainé un rapprochement avec les pratiques sunnites, même si les doctrines restent différentes sur certains points.
  • Le rapport à la société américaine en général. Avec son développement et son institutionnalisation, l’organisation a dû évoluer quant à son rejet radical des États-Unis. La critique est toujours là, mais le refus des membres de la NoI de se considérer comme américains, refus souvent répété à l’époque de Elijah Muhammad est progressivement tombé en désuétude avec l’appel à participer aux élections[69], même si la revendication d’État séparé n’a pas été retiré du muslim program de 1965, toujours officiellement en vigueur.

Campagne présidentielle de 1984[modifier | modifier le code]

Un logo de Fruit of Islam, la branche « sécurité » de l’organisation.

Nation of Islam s’est « impliquée dans la campagne présidentielle de Jesse Jackson en novembre 1983 »[70]. Le soutien à ce candidat à l’investiture démocrate pour les élections présidentielle de novembre 1984 est une innovation par rapport à l’attitude traditionnellement distante de la NoI par rapport aux institutions américaines et aux autres organisations afro-américaines. L’organisation de Louis Farrakhan insiste désormais sur son soutien à tout ce qui peut faire avancer la condition noire aux États-Unis. « C’est [le groupe de sécurité] Fruit of Islam, [filiale de la NoI] qui a gardé Jesse Jackson pendant la campagne présidentielle de 1984 avant que les services secrets ne s’en chargent »[70].

En avril 1984, « Farrakhan a averti le parti démocrate que si les demandes de Jackson n’étaient pas prises au sérieux lors de la convention nationale »[70], il mènerait « une armée d’hommes et de femmes noirs à Washington D.C., et nous [...] négocierons pour un État ou un territoire séparé »[71]. Ce type de déclaration « anti-américaine », ainsi que l’image anti-blanche et anti-juive de l’organisation a posé certains problèmes à Jesse Jackson, qui a dû prendre ses distances. La campagne de Jesse Jackson a cependant été un moment important pour Nation of Islam, qui s’est ainsi retrouvée sous le feu des médias, et a pu affirmer son militantisme noir, trois ans seulement après la refondation officielle de l’organisation.

Développement de l’islam noir américain[modifier | modifier le code]

À partir du début des années 1980, la NoI et les sunnites suivant le fils de Elijah Muhammad se développent de concert, obligés cependant de se définir l’un par rapport à l’autre.

Les orthodoxes limitent la spécificité ethnique de leur mouvement. Tout en conservant une sensibilité afro-américaine marquée, ils insistent sur leur intégration dans l’islam mondial et au sein de la nation américaine. À ce titre, ils suppriment les spécificités théologiques qui les différenciaient des autres musulmans, et ils insistent sur la compatibilité entre le fait d’être un bon musulman, et un bon Américain[72]. L’interdiction de voter ou de s’engager dans l’armée a été levée[73]. Les partisans de Warith Deen Muhammad « professent maintenant l’harmonie raciale, l’amour fraternel et le patriotisme américain »[74]. Warith Deen Muhammad participera ainsi à une prière œcuménique au Congrès américain dans les années 1990, sous la présidence de Bill Clinton.

La NoI, de son côté, reste officiellement fidèle à ses particularismes, tant théologiques (vis-à-vis du sunnisme) que politiques (vis-à-vis des États-Unis). On note cependant une certaine évolution des pratiques de l’organisation. Les citations du Coran se font plus nombreuses, les « temples » sont rebaptisés « mosquées », le respect des cinq piliers de l’islam est mis en avant, l’attitude anti-blancs est fortement modérée[75], le vote aux élections est désormais encouragé. On peut y lire une tentative d’adaptation de l’organisation face à la légitimité religieuse islamique plus importante des black muslims sunnites, mais aussi la volonté d’obtenir une certaine respectabilité en rapport avec le poids croissant de la NoI.

The million man march de 1995[modifier | modifier le code]

The Million man march, à Washington, en 1995.
Article détaillé : Million Man March.

Il s’agit d’une grande manifestation organisée à Washington, D.C. en 1995 par la NoI. Il ne s’agit cependant pas d’une manifestation religieuse, mais d’une manifestation communautaire, sociale et politique. « La marche [...] a été organisée le 16 octobre comme un saint jour d’expiation, de réconciliation et de responsabilité »[69]. Les objectifs de la marche sont l’encouragement des africains-américains à voter lors des élections américaines (ce qui est en rupture avec le traditionnel abstentionnisme de l’époque d’Elijah Muhammad), et l’encouragement des membres de la communauté à se prendre en main pour sortir des problèmes de délinquances, de drogue et de pauvreté[3]. Les orateurs critiquent également beaucoup les réductions par le congrès républicain issu des élections de 1994 (dans la cadre du programme « contrat avec l’Amérique ») des programmes d’aides sociales, comme le Medicaid, les programmes de logement, les bourses d’étudiants et les programmes d’éducation.

La manifestation se veut ouverte à tous les hommes noirs, mais ni aux femmes ni aux Blancs[3]. En pratique, un certain nombre de femmes noires ont participé à la manifestation, mais de façon assez minoritaire. Ces exclusions par le sexe ou la race ont provoqué de fortes polémiques[3].

Le nombre exact des participants a été discuté (400 000 pour la police[76], 1,5 à 2 millions pour les organisateurs[77]), mais semble se situer un peu en dessous de 1 million. Le succès de la marche en a fait une des références de la NoI actuelle, qui l’utilise abondamment dans sa communication, en particulier avec la notion de Million more movements, appel lancé en 2005 à l’ensemble de la communauté noire pour organiser d’autres grandes mobilisations à travers les États-Unis.
Au-delà du nombre de participants, la marche est un succès politique pour la NoI, laquelle a obtenu la participation de l’association des élus démocrates noirs à la Chambre des représentants des États-Unis (le Black Caucus), et même la participation d’un élu républicain[3].

The million march man de 1995 confirme la dimension très politique et pas seulement religieuse que Nation of Islam a pris, au contraire des musulmans noirs sunnites. Bien que ceux-ci représentent probablement plus de 80 % ou 90 % des Black Muslims américains, ils apparaissent de fait comme moins militants dans le domaine politique, et donc comme moins visibles. Grâce à cet activisme, la NoI arrive à influencer des Black Muslims sunnites. Le cas de Keith Ellison est de ce point de vue révélateur. Bien que converti à l’islam sunnite en 1983, et bien que pour tout sunnite orthodoxe la NoI ne puisse être qu’une secte non musulmane, il s’est très fortement rapproché d’elle au moment de la marche, avant de s’en éloigner à nouveau. De fait, alors que les musulmans extérieurs à la communauté noire rejettent généralement très fortement la NoI, les Black Muslims sunnites montrent souvent une certaine sympathie pour celle-ci, non pas tant pour son discours religieux (trop hétérodoxe) que pour son discours et sa pratique militante en faveur de la communauté noire. Le séparatisme racial toujours revendiqué par la NoI n’est par contre pas accepté.

Au-delà de son succès événementiel, The million march man de 1995 apparaît donc comme un marqueur de la capacité qu’à la NoI actuelle à influencer la communauté noire bien au-delà de ses frontières religieuses.

International[modifier | modifier le code]

Un prêcheur de la NoI, entouré de membres de Fruit of Islam, en 1999 en Angleterre, lors d’une tentative pour élargir les bases de l’organisation hors des États-Unis.

À compter des années 1980, Louis Farrakhan a déployé une action grandissante à l’extérieur des États-Unis. Certaines de ces actions visent à implanter de nouvelles filiales de la Nation de l’islam, d’autres semblent surtout avoir un objectif en termes d’image, et d’autres enfin visent à l’obtention de financements.

Un « centre d'étude » de la NOI à Toronto, au Canada, en 2007.

En matière de création de nouvelles branches de la NoI, le résultat semble avoir été modeste. La branche canadienne serait la plus développée, eu égard à sa proximité avec le centre historique de l’organisation, dans le Nord-Est des États-Unis. Une branche dissidente de l’organisation y a même été créée en 1997, Nation of Islam of Canada[78]. Il existe une petite branche française[79], ou s'est formé idéologiquement (avant de la quitter) le militant noir radical Kemi Seba[80]. L’organisation a également essayé sans grand succès de s’implanter en Grande-Bretagne dans les années 1990. L’organisation n’en revendique pas moins « des mosquées et des groupes d’études dans plus de 120 citées en Amérique, en Europe, aux Caraïbes, et des missions en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Sud, dévoluent aux enseignements de l’honorable Elijah Muhammad. [...] Louis Farrakhan a été reçu dans beaucoup de pays musulmans comme un important penseur et enseignant musulman, et est le bienvenu à travers toute l’Afrique, les Caraïbes et l’Asie, en tant que champion de la lutte pour la liberté, la justice et l’égalité »[69]. Ces activités en dehors des États-Unis sont parfois mal perçues. Ainsi, le gouvernement britannique a-t-il interdit l’entrée sur son territoire à Louis Farrakhan en 1986, à la suite de sa déclaration selon laquelle Hitler avait été « un grand homme »[81].

Louis Farrakhan a prêté une attention particulière à l’Afrique, et y a effectué plusieurs voyages[82], bien qu’une implantation permanente ne semble pas avoir été obtenue, ni forcément recherchée.
En 1986, par exemple, Farrakhan organise un voyage de cinq jours au Nigéria « avec 14 assistants et gardes du corps »[83], provoquant certaines réactions négatives dans le pays[84].
En mai 1993, Farrakhan se rend « à Libreville, au Gabon pour participer au second sommet africain - Afro-américain [...]. En octobre 1994, Minister Farrakhan emmena 2000 Noirs de l’Amérique vers Accra, au Ghana, pour le premier international Saviour’s Day de Nation of Islam [journée internationale du sauveur] »[85]. Le président Ghanéen Jerry Rawlings ouvrit et clôtura officiellement cette convention de 5 jours[69].
Parmi de nombreux autres déplacements, on peut aussi citer la participation du dirigeant de la NoI (dans l’assistance) à la cérémonie inaugurale de l’Union africaine de 2002. Le journal de la NoI a mis en valeur ses rencontres avec « le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan ; le vice-président du Libéria ; Amara Essy, secrétaire général de l’Union africaine ; et le secrétaire général de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest »[86].
En 1996, Farrakhan s’est rendu en Libye, à l’époque sous sanction des Nations unies, pour recevoir le prix Kadhafi des droits de l'homme, assorti d’une somme de 250 000 dollars[87]. Le mouvement a emprunté 8 millions de dollars américains au cours du temps auprès de Kadafhi dont 3 pour acquérir le quartier général au sud de Chicago et 5 pour des arriérés d'impôts et des couts du logement d'Elijah Muhammad[88].

Le 18 décembre 1997, Farrakhan a pu rencontrer le cheik Mohammed Sayed Tantawi, le responsable d'Al-Azhar, la plus prestigieuse mosquée sunnite du monde[89].

Ces voyages renforcent la visibilité médiatique de la NoI, et réaffirment les liens entre l’Afrique et « les fils et les filles de l’Afrique aux États-Unis d’Amérique, dans les Caraïbes, en Amérique centrale et du Sud, ainsi qu’au Canada »[86]. Ils renforcent le rapprochement symbolique avec le monde musulman. Ils entretiennent également certaines polémiques aux États-Unis, autour des liens de l’organisation avec des régimes ou des organisations considérées comme hostiles aux États-Unis, ainsi qu’autour des sources de financement de l’organisation.

Fruit of Islam[modifier | modifier le code]

Deux membres de fruits of islam, à un meeting en 1964.
Membres de FoI, en 1974.

Fruit of Islam est la branche sécurité de l’organisation. Développée dès les années 1950, c’était à l’origine un simple service d’ordre, célèbre pour l’élégance stricte de ses membres. Sous la supervision de Louis Farrakhan, c’est devenu aussi une véritable entreprise de sécurité commerciale, qui loue le service de ses membres à des organisations, des municipalités ou des personnalités. Ainsi, « Michael Jackson a employé des gardes du corps de la Nation pendant ses poursuites pour mauvais traitements sur enfant »[90].

Par le biais de filiales commerciales, Fruit of Islam, réputée pour son efficacité, a contracté un certain nombre de contrats avec des municipalités. Ainsi, « les firmes de sécurité liées à la NoI ont mené des opérations à Baltimore, Buffalo, Chicago, Dallas, Dayton, Los Angeles, Philadelphie, Pittsburgh, New York et Washington »[91].

Les firmes liées à la FoI suscitent parfois une certaine méfiance. D’une part, elles recrutent beaucoup chez d’anciens détenus. Il s’agit là d’une caractéristique de tous les groupes black muslims, qui ont une activité importante dans les prisons[92] en vue d’amener les détenus à la « repentance » et au « salut ». Cette activité missionnaire et d’ailleurs dans une certaine mesure favorisée par les autorités carcérales elles-mêmes, à travers les aumôniers musulmans. La stricte discipline, qui est une des caractéristiques de Nation of Islam en général et de Fruit of Islam en particulier, a à ce jour évité tout débordement important, malgré certains problèmes (usage excessif de la force ou défaut de coopération avec la police, par exemple).

D’autre part, certains craignent le développement d’une véritable branche paramilitaire de la NoI, en relation avec ses objectifs « anti-américains », comme la création d’un État noir indépendant (cet objectif est toujours affiché sur le site de la NoI, mais ne semble pas activement défendu). À ce titre, certaines déclarations ont pu renforcer les soupçons. Ainsi, « William/Abdul Sharieff Muhammad, Suprem Captain de Fruit of Islam, indiquait [en 1992] à the Final Call, le bulletin officiel de la NoI, "nous avons une structure militaire au sein de laquelle nous entraînons nos hommes" »[91].

Enfin, certains voient dans FoI un des indices de la transformation de la NoI de structure religieuse en entreprise économique.

De son côté, la NoI ne nie pas recruter d’anciens délinquants. Ainsi « le Capitaine True C. Allah, responsable de Fruit of Islam à la mosquée Muhammad N°11 de Boston [est] un ancien membre d’un gang de rue »[93]. Mais elle insiste sur sa capacité à les ramener du côté de la loi, et sur la compétence qu’ils apportent dans la compréhension de la délinquance : en matière de sécurité, « Nation of Islam a de la crédibilité dans les rues »[93]. L’organisation insiste d’ailleurs toujours sur les causes sociales et morales de la violence : « le niveau de pauvreté », et « une société où Dieu est en dehors de nos vies »[93].

Au-delà de ces polémiques, Fruit of Islam témoigne du dynamisme de la NoI, bien au-delà de son positionnement religieux originel, la réputation d’efficacité de Fruit of Islam participant d’ailleurs à la popularité de Nation of Islam dans des quartiers pauvres en proie à la délinquance.

Idéologie : entre fidélité et évolution[modifier | modifier le code]

Une petite mosquée de la Nation of Islam en Louisiane, en 2005.

L’idéologie de la NoI a été exprimée en 12 points par Elijah Muhammad dans son Message to the Blackman in America publié en 1965[94]. Bien qu’il n’y ait pas d’évolution sur ces dogmes, l’interprétation que la « nouvelle » Nation of Islam en donne s’est quelque peu normalisée. La revendication d’un « islam » particulier, ou celle du séparatisme noir (État indépendant, écoles séparées, refus des mariages mixtes) sont donc toujours officiellement en vigueur, mais avec des inflexions.

Le rejet du christianisme, religion des blancs, s’est fortement atténué. La NoI, conformément à son discours « unitaire » afro-américain a beaucoup développé ses relations avec les pasteurs noirs américains, et n’insiste donc plus guère sur le rejet militant du christianisme.

Les pratiques religieuses se sont aussi rapprochées de l’islam sunnite. Farrakhan insiste désormais énormément sur les pratiques classiques de l'islam sunnite, y compris le pèlerinage à la Mecque, et a réussi à rencontrer des dirigeants musulmans importants, comme en décembre 1997 le responsable de la grande mosquée Al-Azhar du Caire[89]. Les thèses les plus hétérodoxes de Elijah Muhammad, comme celle selon laquelle le dieu créateur de l'univers a disparu pour revenir sous les traits de Wallace D. Fard ne sont plus mises en avant, sans être officiellement rejetées.

Le racisme anti-blanc n’est plus officiellement soutenu : « la supériorité et l’infériorité sont déterminées par notre droiture et pas par notre couleur »[75]. Le rapport au blanc, et en particulier aux Juifs, est cependant très ambigu : d’un côté, les Juifs ont apporté à l’humanité le message de Dieu, et ont donc manifestement un rôle spécial aux yeux de Dieu : « Cela signifie pour moi que le peuple Juif est spécial aux yeux de Dieu, parce que s’il ne l’était pas, pourquoi enverrait-Il tellement de ses serviteurs à cette communauté ? »[95].
D’un autre côté, la NoI estime que les Juifs ont été en partie responsable de l’esclavage des Noirs et de ses horribles conséquences (cette thèse repose sur un livre très contesté The Secret Relationship Between Blacks and Jews, publié en 1990 sous l’égide de la NoI) « Les Juifs ont été impliqués dans l’affreux commerce des esclaves et ont donc une certaine responsabilité dans les résultats terrifiants de notre mise en esclavage et du vol de nos culture, nom, langue, Dieu, religion et histoire »[95]. Steven Hahn[96] critique dans Le Monde diplomatique de mai 2006 ce livre comme étant un « Bobard antisémite »[97].
Plusieurs études universitaires montrent que les sentiments anti-juifs sont toujours bien présents au sein de la NoI[98]. Louis Farrakhan a également pu déclarer dans une interview : « beaucoup des Juifs qui ont possédé les maisons, les appartements de la communauté noire, nous les avons considéré comme des suceurs de sang. [...] Quand les Juifs partent, les Arabes palestiniens viennent, les Coréens viennent, les Vietnamiens... nous les appelons les suceurs de sang »[3]. Le rejet des autres communautés se fait donc à travers une double thématique, à la fois nationaliste et sociale.

Le Saviour’s Day, à l’origine la fête en mémoire de Wallace Fard Muhammad, était placée le 26 février. Louis Farrakhan a déplacé le jour de la fête au 7 octobre, date anniversaire de la naissance de Elijah Muhammad. La fête célèbre aujourd’hui les deux hommes.

Domaine où la fidélité est totale, Louis Farrakhan insiste énormément, comme Elijah Muhammad, sur la responsabilité de l’homme vis-à-vis de la femme (les mères célibataires abandonnées sont un fléau de la communauté noire), sur le refus de la délinquance, sur l’importance de l’éducation et de la création d’entreprise par des Noirs pour sortir de la pauvreté. Ce discours conservateur, apprécié et très militant donne à Farrakhan une aura incontestable au sein de la communauté noire, bien au-delà du cercle de ses fidèles. Il a même attiré ponctuellement les éloges de certains dirigeants du parti républicain[99].

En pratique, le positionnement de Nation of Islam est aujourd’hui ambigu :

  • Pas sunnite, mais insistant beaucoup sur les points communs avec l’islam. En particulier, les membres de Nation of Islam respectent les cinq obligations fondamentales du Musulman, mais leur croyance maintenue selon laquelle Wallace Fard Muhammad était Dieu incarné est inacceptable pour un musulman orthodoxe.
  • Plus officiellement raciste, mais pas toujours très loin d’un dérapage.
  • Insistant sur la responsabilité des hommes par rapport aux femmes maltraitées de la communauté, mais dans une perspective plutôt sexiste de domination naturelle de l’homme sur la femme[100].

La perception de Nation of Islam est donc également ambiguë. Son discours noir militant lui donne une réelle influence sur la communauté noire, mais ses positions à la lisière du racisme et les reproches de sexisme lui valent une certaine méfiance. En 2000, Warith Deen Muhammad et Louis Farrakhan se sont ainsi officiellement réconciliés[101], mais les divergences n’ont pas disparu pour autant.

Synthèse[modifier | modifier le code]

La mosquée Maryam de Chicago, quartier général de l'organisation.

Malgré les évolutions de Nation of Islam, l’islam sunnite[2] continue de refuser ce groupe comme réellement musulman. Les trois points qui posent le plus problème sont :

  • l’affirmation selon laquelle Dieu (Allah) s’est incarné en Wallace Fard Muhammad ;
  • le refus de la résurrection physique des morts à la fin des temps. Nation of Islam croit à une résurrection seulement spirituelle ;
  • la pensée raciale du groupe, qui se traduit entre autres par son refus de s’ouvrir aux Blancs et par l’interdiction des mariages mixtes.

De façon plus générale, Nation of Islam continue d’être considéré par ses détracteurs, notamment américains, comme un mouvement raciste et antisémite.

Mais dans une partie de la communauté noire, la NoI voit sa popularité croître grâce à son discours mélangeant religion et nationalisme noir. Le poids réel de l’organisation est difficile à apprécier. On estime entre 1 et 2 millions le nombre de black muslims vivant aux États-Unis en 2006[102]. Entre 5 et 10 % des musulmans noirs relèveraient de mosquées de la NoI ou en seraient des sympathisants, les membres directs et actifs étant plutôt entre 20 et 40 000, sans qu’il existe sur ce point une étude faisant l’unanimité[1]. Mais l’influence de l’organisation dans les domaines non-religieux dépasse aujourd’hui nettement ce périmètre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Hakeem Lumumba, The Impact of Al-Islam on the African American Population, 2003.
  2. a et b Point de vue du site musulman francophone info-islam, (en) Site musulman anglophone « The Problem with the Nation of Islam ».
  3. a, b, c, d, e et f (en) Charles Bierbauer, correspondant à Washington, article de CNN publié sur le web, le 17 octobre 1995
  4. Page 19 du dossier du FBI sur Wallace Fard Muhammad, rapport no 100-12899 du 25/08/1943 [1]
  5. « Nous croyons que Allah (dieu) est apparu dans la personne du maître W. Fard Muhammad, en juillet 1930 (WE BELIEVE that Allah (God) appeared in the Person of Master W. Fard Muhammad, July, 1930) ». THE MUSLIM PROGRAM, site officiel de Nation of Islam.
  6. À l’Ouest d’Allah, de Gilles Kepel, p. 33.
  7. Cette personne aurait pris à la lettre une prophétie de Fard selon laquelle il fallait tuer quatre « démons caucasiens » pour qu’il puisse revenir chez lui à La Mecque. Voir À l’Ouest d’Allah, de Gilles Kepel, p. 33.
  8. Cité par le rapport de synthèse du FBI no 100-431650 du 08/03/1965, page 7 du dossier du FBI.
  9. Clifton Marsh, dans son livre From Black Muslims to Muslims, The Transition from Separatism to Islam, Scarecrow Press, Inc. Meteushen, NJ, 1984, indique page 53 un chiffre de 8 000 adhérents à la disparition de Wallace D. Fard, ce qui est une estimation élevée. Les discussions sur le nombre d’adhérents sont habituelles, l’organisation n’ayant jamais donnée de statistiques vérifiables. Si le chiffre de 8 000 membres en 1934 est juste, il a dû connaître une forte chute sous la direction de Elijah Muhammad, les membres étant plutôt estimés à quelques centaines au début des années 1950.
  10. (en) The Black Muslims in America, Eric Lincoln, Lawrenceville, Red Sea Press, 1994, p. 13.
  11. a, b et c rapport du FBI no 100-6582 du 09/11/1943, page 18 du dossier du FBI.
  12. « In 1931, The Master was preaching this Great Truth of salvation when He met a man named Elijah Poole in Detroit, Michigan » Brief history on the origin of The Nation of Islam in America A Nation of Peace & Beauty, sur le site officiel de la NoI.
  13. Claude Andrew Clegg est professeur d’histoire à l’université de l’Indiana, à Bloomington. Il est l’auteur de divers articles sur Nation of Islam, et du livre An Original Man: The Life and Times of Elijah Muhammad, St. Martin’s Griffin, janvier 1998, (ISBN 0312181531).
  14. a, b et c Article de Claude Clegg dans le Journal for MultiMedia History, 1998
  15. Brief history on the origin of The Nation of Islam in America A Nation of Peace & Beauty, sur le site officiel de la NoI.
  16. the Muslim Program, programme officiel de la NoI, publié en 1965.
  17. a et b THE MAKING OF DEVIL, par Elijah Muhammad.
  18. Bilal, un ancien esclave d’origine africaine fut ainsi un des premiers compagnons du prophète. C’est en son souvenir que la faction majoritaire de l’ancienne NoI qui évoluera vers le sunnisme prendra pendant un temps le nom de Bilillian Community. Sur la position religieuse de l’islam sur la question du racisme, voir par exemple le site musulman francophone Ummah.com [2].
  19. a et b Chapitre 55 de Message to the Blackman in America, par Elijah Muhammad, 1965. Voir le chapitre 55.
  20. Wallace Fard Muhammad
  21. THE MUSLIM PROGRAM, texte d’Elijah Muhammad, sur le site officiel de la NOI.
  22. IS God a Spirit or a Man?, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 3, [3]
  23. The Coming of God : Is He a Man or a Spirit?, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 4, [4]
  24. The Origin of God As A Spirit and Not a Man, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 5, [5]
  25. THE COMING OF GOD AND THE GATHERING TOGETHER OF HIS PEOPLE, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 8, [6]
  26. Sur la question de Mahomet comme dernier prophète voir par exemple L’Islam et les prophètes. Sur la critique de la NoI par des musulmans, entre autres sur la question du dernier prophète, voir aussi le site musulman The Problem with the "Nation of Islam".
  27. Point 5 de « ce que les musulmans croient » dans le Muslim program de 1965, toujours en vigueur Site officiel de la NOI.
  28. Une critique de la NoI sur ce sujet sur le site musulman anglophone allaahuakbar.net.
  29. Pour un exemple de raisonnement numérologique, voir le chapitre 55 de Message to the Blackman in America, par Elijah Muhammad, 1965. Voir le chapitre 55.
  30. a et b Brief history on the origin of The Nation of Islam in America A Nation of Peace & Beauty, sur le site officiel de la NOI.
  31. Sur le site français de la Nation de l’islam.
  32. Voir Table des peuples
  33. « Ceux qui croient, ceux qui pratiquent le judaïsme, ceux qui sont chrétiens ou cabéens, ceux qui croient en Dieu et au Dernier Jour, ceux qui font le bien : voilà ceux qui trouveront leur récompense auprès de leur Seigneur. Ils n’éprouveront plus aucune crainte, ils ne seront pas affligés » Coran, II, 62
    Le Coran admet également les évangiles, et reconnait la sainteté de Marie et de Jésus, ce dernier considéré comme un envoyé de Dieu parmi d'autres.
  34. Louis Farrakhan, LA GRÂCE DE DIEU - « Extrait d’un discours délivré par le Ministre Louis Farrakhan le 25 novembre 1990 à la Mosquée Maryam », traduit sur le site français de la Nation de l’islam [7].
  35. Il a cependant existé d'autres traites, mais sans rapport avec le sort des Noirs américains, et ignorées par la NOI. Voir les articles Traite musulmane et Veritas ipsa.
  36. Point 4 du Muslim program de 1965, toujours en vigueur Site officiel de la NOI.
  37. Le nouveau nom de famille pouvait être le nom de famille du propriétaire, celui d’une personnalité qu’appréciait ce dernier, ou une caractéristique physique du déporté.
  38. Nation of Islam refuse la mixité scolaire des races, mais aussi des sexes.
  39. Point 9 de « ce que les musulmans veulent » dans le Muslim program de 1965, toujours en vigueur Site officiel de la NOI.
  40. Le point de vue à ce sujet du site musulman francophone Info-Islam
  41. Islam in America : From African Slaves to Malcolm X, Thomas A. Tweed, University of North Carolina, [8].
  42. Selon le texte de la prière du Savior’s Day de 1936
  43. a, b, c et d D’après l’article de Askia Muhammad publié sur le site de The Final Call (actuel hebdomadaire de l’organisation) le 10 mars 2000 [9].
  44. Rapport du FBI N° 100-12899 du 10/08/1943. Dossier PDF [10], P. 19.
  45. Free At Last ?, Carl F. Ellis Junior, Downers Grove, InterVarsity Press, 1996, p. 100.
  46. Le christian research institute n’hésite pas à le considérer comme le Saint Paul de la NoI, et le principal responsable de l’expansion rapide de l’organisation [11] (PDF).
  47. La police a considéré la mort comme un suicide, ce que conteste Malcolm X. Voir Malcolm X et Alex Haley, The Autobiography of Malcolm X, p.11, (ISBN 0812419537)
  48. a et b Voir la page 6 du dossier du FBI.
  49. Page 7 du dossier du FBI.
  50. Aux États-Unis, les peines de prison peuvent être définies par une fourchette, la durée précise étant décidée plus tard, au vu du comportement du prisonnier.
  51. En Amérique, les noms de famille des Noirs datent en général de la période de l’esclavage et ont été donnés par les propriétaires d’esclaves, d’où leur refus par Nation of Islam. Les noms sont remplacés par des noms musulmans, africains, ou par un « X » exprimant l’inconnue du nom originel africain.
  52. a, b et c Voir le dossier du FBI sur Malcolm X, mis en ligne dans le cadre du Freedom information act.
  53. Voir la page consacrée à Malcom X sur le site de Radio-Canada, ou The official website of Malcolm X.
  54. Voir le site de l'université Columbia
  55. Livres : Eric Lincoln, The Black Muslims in America ; Louis Lomax, When the word is given ; E.U. Essien-Udom, Black Nationalism.
  56. Brother Minister: The Martyrdom of Malcolm X, Alona Wartofsky, Washington Post, 17 février 1995, [12]
  57. D’après l’autobiographie de Malcolm X, 1965, P. 299 de l’édition américaine.
  58. Nation of Islam conteste, et parle d’une « mauvaise interprétation de la vie domestique de l’honorable Elijah Muhammad ». Voir An historical look at the honorable Elijah Muhammad.
  59. « Nous croyons que les mariages mixtes ou le mélange des races devraient être interdits » : THE MUSLIM PROGRAM, texte d’Elijah Muhammad, sur le site officiel de la NOI.
  60. D’après L’Autobiographie de Malcolm X, 1965, p. 308 de l’édition américaine.
  61. Il est à noter que dans les dossiers du FBI apparaissent la reproduction de lettres du début des années 1950, que X signe sous le nom de Malachi Shabazz, une version très proche de son nouveau nom musulman de 1964. Voir par exemple la page 10 du dossier PDF [13].
  62. Voir à ce sujet son célèbre discours du 3 mai 1964, peu après son retour de la Mecque (en) The Ballot or the Bullet, où il menace de recourir à la violence, et traite certains politiciens blancs de crackers, un terme péjoratif anti-blanc.
  63. a, b et c Voir sur le site de CBS le compte rendu de son émission 60 Minutes de janvier 2007, ou Farrakhan a admis pour s’en excuser « que ce que j’ai dit a causé la perte de la vie d’un être humain ».
  64. Sur la vision de La NoI sur l’affaire, voir cette page
  65. An historical look at the honorable Elijah Muhammad.
  66. a et b Propos rapportés par The Atlanta Journal Constitution, 4 mai 1985, p. 3C.
  67. Le Council on American-Islamic Relations indiquait dans une étude de 2001 sur les mosquées (toutes ethnies confondues) que « 87 pour cent de mosquées ont au moins quelques membres [...] africains-américains » (P.17) mais que « 7 % de mosquées ont un seul groupe ethnique. Un quart (24 %) ont 90 % [de membres issus] d’un seul groupe ethnique. Dans les deux cas la plupart de ces mosquées sont africaines-américaines » (P.19). Ce sont donc 31 % des mosquées américaines qui sont à très forte prédominance afro-américaine, pour une proportion de ce groupe dans les pratiquants (pas forcément des croyants) musulmans aux États-Unis de 30 %. Soit une très forte homogénéité ethnique [14] - PDF).
  68. Voir le site The mosque cares, un site institutionnel dépendant de Warith Deen Muhammad.
  69. a, b, c, d et e Bio Sketch of the Honorable Minister Louis Farrakhan.
  70. a, b et c Louis Farrakhan Is Not a Muslim, par Daniel Pipes, Washington Post, 2 juillet 1984 [15]
  71. « Citation de Louis Farrakhan rapportée dans Louis Farrakhan Is Not a Muslim », par Daniel Pipes, Washington Post, 2 juillet 1984 [16]
  72. Ainsi, la page d’entrée du site The mosque cares, un site institutionnel dépendant de Warith Deen Mohammed, indique sous un drapeau américain : « le message de l’islam, [porté par Warith deen Mohammed...] a été un [...] facteur pour augmenter la tolérance, la compréhension et la coopération entre les américains de différentes origines ethniques et religieuses ».
  73. Voir par exemple [17].
  74. San Francisco Chronicle, 28 mars 1985.
  75. a et b Louis Farrakhan, Interview à NBC en 1997.
  76. « Crowd Estimates », par Monte Reel, Washington Post, Page A15, 19 janvier 2003, [18]
  77. « The return of the Million Man March: Why is it even an issue ? », Anthony Asadullah Samad-Guest, The final call (journal de la NoI), 19 janvier 2005, [19]
  78. Voir le site de Nation of Islam of Canada : [20].
  79. Voir le site internet officiel de la branche française de la Nation de l’islam [21], ainsi que l’article en anglais sur le site de Final Call, l’hebdomadaire de la NoI : Nisa Islam Muhammad « Nation of Islam in Paris, France », FinalCall.com, 10 janvier 2007.
  80. Noir et Français, écrit par Stephen Smith et Géraldine Faes, 2006
  81. D’après une dépêche de l’agence Reuters du 17 janvier 1986, reproduite dans The New York Times [22].
  82. Voir plusieurs exemples de ces voyages sur le site de la NoI : [23].
  83. D’après une dépêche de l’agence Associated Press du 9 février 1986, reproduite dans The New York Times [24].
  84. D’après une dépêche de l’agence Reuters du 10 février 1986, reproduite dans The New York Times [25].
  85. Le Saviour’s Day est à l’origine la fête en mémoire de Wallace Fard Muhammad, et était placée le 26 février. Louis Farrakhan a déplacé le jour de la fête au 7 octobre, date anniversaire de la naissance de Elijah Muhammad. La fête célèbre aujourd’hui les deux hommes.
  86. a et b Askia Muhammad, « Birth of the African Union », Final Call (hebdomadaire de la NoI), 17 juillet 2002.
  87. D’après The New York Times du 30 août 1996 [26].
  88. (en) Karen Hawkins, « Farrakhan: Libya has lent Nation of Islam millions », Associated Press (consulté en 15.4.2011)
  89. a et b « Peace mission to North Africa », Askia Muhammad, chef du bureau de Washington de The final call, le journal de la NoI, [27].
  90. RACHEL ZOLL, « Farrakhan Illness Casts Doubt on Nation », 1er octobre 2006, Washington Post, [28].
  91. a et b Lillian Ickowicz, « Strange fruit », 17 février 1998, The Australia/Israël review, [29].
  92. Malcolm X fut converti en prison.
  93. a, b et c Saeed Shabazz, « Boston fights against systemic roots of violence », 26 juillet 2006, Final call, [30].
  94. On peut voir ces 12 points sur Le site web officiel de Nation of Islam, plus particulièrement sur cette page
  95. a et b Interview de Louis Farrakhan par Jeffrey Goldberg, 1998, intégralement publiée ici : 1re partie, 2e partie, 3e partie
  96. Professeur d’histoire des États-Unis à l’université de Pennsylvanie, auteur de A Nation Under Our Feet: Black Political Struggles in the Rural South From Slavery to the Great Migration, Harvard University Press, Cambridge, 2003. Le livre a obtenu en 2004 le Pulitzer Prize for History, le Bancroft Prize de l’université de Columbia, et le Merle Curti Prize in Social History de l’Organisation des Historiens Américains. Voir son article sur (en) Steven Hahn
  97. Steven Hahn, « Un bobard antisémite », dans Le Monde diplomatique, mai 2006. article.
  98. Voir par exemple (au format PDF) : Étude d’un courant antisémite au sein de la communauté noire américaine dans les années 1990 de François-Xavier Fauvelle-Aymar, Institut d’Études africaines (CNRS), Aix-en-Provence ici
  99. Jerry Gray, « Kemp Praises Farrakhan For His Focus on Family », the New York Times, 10 septembre 1996, [31].
  100. « NOUS CROYONS que nos femmes doivent est respectées et protégées » - site web officiel de Nation of Islam - 2005.
  101. Farrakhan Ends Longtime Rivalry With Orthodox Muslims, Dirk JOHNSON, New York Times, 28 février 2000, [32].
  102. Le Council on American-Islamic Relations indiquait dans une étude de 2001 « Les évaluations d’une population musulmane totale de 6-7 millions en Amérique semblent raisonnables » (p.6 [33]), mais d’autres études donnent un chiffre moitié moins élevé : 2,8 millions pour le American Jewish Committee (The New York Times du 25 octobre 2001, p. A16). Par ailleurs, l’étude du Council on American-Islamic Relations indiquait [34] que les afro-américains étaient 30 % des personnes participant au culte (plus 3,4 % d’immigrants d’Afrique sub-saharienne) (p. 18). Sur un total de 3 à 6 millions de musulmans, on arrive ainsi à un chiffre de 1 à 2 millions de Black muslims, conforme aux estimations souvent données. L’université de Géorgie (États-Unis) donne par exemple le chiffre de 2,1 millions de musulmans afro-américains [35], tout comme le New York Times dans un article du 28 février 2000 : [36], et d’autres plutôt 1 million [37].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Périodiques :

  • Pascal Dupont, « États-Unis : la garde noire de l’islam », L’express International, n° 2310, (19 octobre 1995), p. 92–93.
  • Gilles Kepel, « Mais que veut donc Farrakhan ? », Le Monde diplomatique, n° 1639, (4 au 10 avril 1996), p. 14.

Reportage :

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cet article est reconnu comme « article de qualité » depuis sa version du 14 mars 2007 (comparer avec la version actuelle).
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