Natif numérique

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Un natif numérique ou numéricain ou digiborigène (digital native en anglais) est une personne ayant grandi dans un environnement numérique comme celui des ordinateurs, de l'Internet, des téléphones mobiles et des baladeurs MP3. Au contraire, un (im)migrant numérique (digital immigrant) est un individu ayant grandi hors d'un environnement numérique et l'ayant adopté plus tard. Un natif numérique parlera de son nouvel « appareil photo » là où un migrant numérique sera fier de son nouvel « appareil photo numérique ». Ce terme a été utilisé dans plusieurs contextes différents, tels que l'éducation[1], l'enseignement supérieur[2] et en association avec le terme « apprenants du nouveau millénaire » ou en anglais  « New Millennium Learners[3] ».

Définition[modifier | modifier le code]

Le digital native représente les enfants ayant grandi avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication. On peut les opposer aux personnes dites « immigrantes », qui sont des individus d’un certain âge, habitués au format papier et qui doivent se familiariser au numérique, notamment en utilisant des outils informatiques[4].

Il faut reconnaitre que la facilité numérique n’apparait pas dès la naissance, mais c’est plutôt un produit de capital culturel. Selon son auteur, Pierre Bourdieu, le capital culturel est défini comme « la possession de certaines compétences culturelles et de savoirs culturels qui prévoient des modes de consommation culturelle distingués». La connaissance de la technologie et la facilité de son utilisation sont une forme de capital social qui permet à ceux qui la possèdent de progresser dans la société. En effet, les chercheurs ont fait des commentaires sur la variabilité de l'alphabétisation technologique dans les différents groupes sociaux. Selon « Communities, Cultural Capital and the Digital Divide », Viviana Rojas appelle ce phénomène la « disposition technologique» en anglais « techno disposition». Cette familiarité avec la technologie est l'un des nombreux privilèges accordés par le capital culturel des natifs numériques. Rojas définit la «techno - disposition» comme les pratiques, les perceptions et les attitudes, l'enseignement technique, la sensibilisation de la technologie, les désirs de l'information, les exigences de l'emploi, les relations sociales avec les membres de la communauté et des organismes communautaires, et la situation géographique. La «techno - disposition» ne définit pas simplement l'accès à la technologie’’, soutient-elle.

Notions reliées à celle de natif numérique[modifier | modifier le code]

Les concepts autour de ce sujet sont présentés ci-dessous :

  • Digital Migrants ou Digital Immigrants : Ce sont des personnes nées dans les années 1960-70, elles ont grandi avec les objets analogiques tels que le téléphone fixe, la télévision mais néanmoins ces individus s’adaptent aux innovations technologiques, avec toujours quelques réflexes analogiques[4].
  • Les Analogistes : Les personnes nées avant les années 1960-70 qui n’ont connu que le format papier et ne comptent pas s’approprier les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Mais tout de même, de plus en plus de retraités sont Digital Migrants et se mettent à l'informatique[4].

Historique[modifier | modifier le code]

De tout temps, les sociologues se sont intéressés à différentes catégories de populations qui marquaient une spécificité due au temps ou à l’espace. On peut donner comme exemple les hippies qui sont apparus dans les années 1960 aux États-Unis. Ils faisaient partie de la jeunesse d’après-guerre et rejetaient les conventions de la société de consommation et le mode de vie de leurs parents. On peut dire que les digital natives entrent dans cette catégorie. Aujourd’hui, le concept de digital native prend vie pour désigner la génération de pré-adultes née avant Internet au siècle du numérique. Ils ont entre 15 et 25 ans et interpellent de nombreux chercheurs en sciences de l’information et de la communication, de la sociologie et de la pédagogie.

La notion de digital native a été introduite par le TIME en 1982 où la première de couverture de ce magazine parle de "Computer Generation" (Génération des ordinateurs) ; en 1999, il parle des "Growing up online" (ceux qui grandissent en ligne). Aujourd'hui, le débat est relancé avec l'utilisation des tablettes numériques de plus en plus fréquente par des enfants. Une étude de Common Sense Media montre d'ailleurs que 38 % des enfants aux États-Unis ont déjà utilisé une tablette ou un téléphone.

Marc Prensky déclare avoir inventé (en langue anglaise) le terme natif (du) numérique[5] , désignant par là un nouveau type d'élèves entrant dans les établissements d'enseignement[6]. Le terme est une analogie avec la notion d'autochtone, pour qui la religion, la langue et les coutumes locales sont naturelles et vont de soi, à la différence des immigrés qui doivent s'adapter et assimiler leur nouvel environnement. Prensky parle d'accents numériques chez les immigrants, comme imprimer les documents au lieu de les consulter à l'écran ou l'impression des courriels sur support papier. Les immigrants numériques ont un «fort accent» lorsqu'ils agissent dans le monde numérique à la manière pré-numérique ; par exemple, lorsqu'ils téléphonent à quelqu'un pour confirmer qu'un courriel a bien été reçu.

Recherche et études scientifiques[modifier | modifier le code]

La notion de digital native est de nos jours étudiée par de nombreux professionnels de l’éducation, de la sociologie et de l’information. Le pédagogue cherche à comprendre son évolution face aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Le sociologue s’interroge sur l’adaptation sociale de chaque génération (digital natives et digital migrants) face à l’ère du numérique. Les sociologues, pédagogues et tous les acteurs liés aux problématiques de l’éducation (y compris les parents) sont curieux de comprendre et d’expliquer les originalités de cette nouvelle génération numérique.

Un projet de recherche sur les natifs numériques est mené conjointement par le Berkman Centre for Internet & Society (le Centre Berkman pour Internet et la Société) à la Harvard Law School et le Centre de recherche en droit de l'information à l'Université de Saint-Gall en Suisse.

Débats et controverses[modifier | modifier le code]

Tout le monde ne s'accorde pas avec la terminologie et les hypothèses sous-jacentes du natif numérique, en particulier en ce qui a trait à la notion de leur différenciation[7].Il existe de nombreux arguments raisonnables contre cette différenciation. Il suggère une fluidité avec la technologie que tous les enfants et les jeunes adultes auraient, et une maladresse avec la technologie que tous les adultes âgés ont. Il ignore totalement le fait que l'univers numérique a été conçu et créé par les migrants numériques. Enfin, dans sa thèse, le concept de natifs numériques met en avant les utilisateurs des technologies comme ayant un statut spécial en ce qui a trait à la technologie parce qu'ils l'utilisent ; ceci passe sous silence les différences importantes entre les utilisateurs des technologies et leurs créateurs[8].

Fondamentalement, il y a débat pour savoir si les affirmations sur les natifs numériques, et leurs implications pour l'éducation, sont assez crédibles. Un article du British Journal of Education Technology[1], par exemple, fait un examen critique des éléments de cette recherche et décrivent certains des natifs numériques comme une forme académique de [[panique morale]].

Les seniors, les TIC et un transfert intergénérationnel des connaissances réussi[modifier | modifier le code]

Avec les départ à la retraite des baby-boomers, les organisations ont réalisé qu'une partie de leurs connaissances disparaissent. Ainsi certaines personnes dans l'entreprise disposent à la fois d'informations clés mais aussi d'une expérience et d'une réflexion propres à leurs vécus qui s'apparentent à une forme de sagesse.Cette "sagesse" est alors significative pour l'entreprise et intervient positivement dans ses processus décisionnels.Or ces connaissances sont parfois implicites, des échanges intergénérationnels deviennent alors essentiels à la compétitivité de l'entreprise. La mise en œuvre de dyade junior-senior a ainsi permit de dégager un modèle aboutit de transmissions des connaissances à travers l'utilisation des TIC comme mode de communication et de diffusion de l'information[9].

Le fossé générationnelle n'en demeure pas moins prégnant car les personnes âgées sont de loin les moins connectées puisque les plus de 75 ans (11,25 % de la population) sont 83,3 % à ne jamais avoir utilisé un ordinateur et 89 % à ne jamais avoir utilisé Internet. Le cumul avec un autre facteur d'exclusion (faibles revenus) diminue l'inclusion de ces populations dans la société de l'information : la part des 65-74ans à faible revenu (0,7 % de la population) n'ayant jamais utilisé un ordinateur ou Internet est de respectivement 91,5 % et 94,8 % contre 56,5 % et 70,2 % pour les 65-74[10]. Diverses associations œuvrent aux côtés des seniors pour leur proposer des formations adaptées:

-E-Seniors[11]

-Fraternité numérique[12]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Sue Bennett, Karl Maton et Lisa Kervin, « The ‘digital natives’ debate: A critical review of the evidence », British Journal of Education Technology, vol. 39, no 5,‎ 2008, p. 775-786
  2. Jones, C. et Shao, B., « The net generation and digital natives: implications for higher education. », Higher Education Academy,‎ 2011
  3. OCDE (15–16 mai 2008). « New Millennium Learners. Initial findings on the effects of digital technologies on school-age learners » in Learning in the 21st Century: Research, Innovation and Policy. . 
  4. a, b et c [1]
  5. Marc Prensky, « Digital Natives, Digital Immigrants », MCB University Press, vol. 9, no 5,‎ 2001 (lire en ligne)
  6. Marc Prensky, « Listen to the Natives », Educational Leadership, vol. 63, no 4,‎ 2005 (lire en ligne)
  7. /http://blogs.univ-poitiers.fr/jf-cerisier/2012/04/22/quand-marc-prensky-enterre-trop-vite-les-digital-natives/
  8. http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/52/65/27/PDF/Merzeau_intelligence_de_l_usager.pdf
  9. URL : www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2012-1-page-89.htm
  10. Centre d'Analyse stratégique "Le fossé numérique en France", La Documentation française, 2011 ; page 41 voir http://www.strategie.gouv.fr/content/le-fosse-numerique-en-france
  11. URL : http://www.e-seniors.asso.fr/main.htm
  12. URL :http://www.fraternitenumerique.org/

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]