Natalis Flaugergues

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Natalis Flaugergues
Natalis Flaugergues

Natalis Flaugergues (né à Paris, le 4 mai 1823, et mort dans la nuit du 8 au 9 mars 1893, à Saint-Saturnin dans le Cher), après avoir réalisé une carrière militaire, publia à compte d’auteur deux ouvrages où il prétendit que Rodez se trouvait en l’exact centre du monde, et que les Aveyronnais constituaient le peuple primitif dont est issue toute l’humanité. Il entre sans conteste dans la catégorie des fous littéraires définie par Raymond Queneau et André Blavier même si ces derniers ne semblent jamais avoir eu connaissance de ses écrits.

Vie et travaux[modifier | modifier le code]

Famille et enfance[modifier | modifier le code]

Natalis Flaugergues naît à Paris, où son père, Jean Noël Flaugergues, vient d’épouser quelques mois plus tôt Henriette Auvy, enceinte de quatre mois environ. Vers novembre 1823, le couple accompagné de leur jeune fils rejoint Rodez, où le père exerce la profession de marchand ambulant.

Natalis, semble apparenté à Pauline de Flaugergues (1799-1878), auteur de plusieurs ouvrages de poésie et amie de George Sand. Il existe d’ailleurs un exemplaire d’un tiré à part de « La Cathédrale de Rodez », que celle-ci fait publier en 1841 dans le Recueil de l’Académie des jeux floraux de Toulouse[1], comportant une dédicace ainsi rédigée :

« A Natalis, pour qu’il trouve sa voie et la suive ! Pauline. 1843[2] »

Passage au séminaire et engagement dans l’armée[modifier | modifier le code]

Se destinant à la prêtrise, Flaugergues passe quelques années au séminaire de Villefranche (Aveyron), avant de le quitter en 1844 pour s’engager dans l’armée deux ans plus tard. Il participe à la guerre de Crimée et il est notamment présent lors du siège de Sébastopol en septembre 1854.

De retour en France, il semble rester dans l’armée puisqu’en juin 1859 il prend part à la bataille de Meleganano (Italie), au cours de laquelle il reçoit une blessure à la tête. Rendu à la vie civile dès 1860, il partage dès lors son temps entre les bibliothèques de la capitale et la préparation de ses ouvrages. Il écrira plus tard avoir étudié

« […] durant une dizaine d’années […] dont la finalité était d’étayer ces théories qui n’avaient fait que germer davantage en moi depuis 1843[3]. »

Théories[modifier | modifier le code]

Natalis Flaugergues
Saint-Affrique, terre sacrée (Rodez, 1871).

Si nous perdons sa trace à partir de 1860, on sait cependant qu’il est présent à Rodez dès 1871. Il publie en effet cette année-là Saint-Affrique, terre sacrée, ouvrage dans lequel il prétend que Joseph d’Arimathie, après avoir déposé le corps de Jésus dans son sépulcre et quitté la Terre sainte, prend la mer, débarque en Provence puis gagne l’Aveyron, où il s’installe. Cette version, bien que quelque peu capilotractée, reprend en partie le thème employé par Robert de Boron dans Estoire dou Graal, le roman versifié écrit vers 1190 dans lequel naît la légende de la présence du Graal en Bretagne, fondant ainsi une des bases de ce qui deviendra le cycle arthurien.

Flaugergues prétend que c’est précisément à Saint-Affrique (Aveyron), ville située à quelque 80 kilomètres au sud de Rodez, que prit fin le périple de Joseph d’Arimathie, et en déduit par conséquent que le Graal demeura plusieurs siècles dans cette région. Il semble même persuadé que la coupe qui a recueilli le sang du Christ s’y trouve encore à la date à laquelle il rédige son ouvrage. A l’appui de son hypothèse, l’auteur use de l’étymologie même de la localité de Saint-Affrique laquelle, selon lui, aurait été ainsi nommée en souvenir du continent d’origine de son fondateur. La proximité du graal aurait justifié, toujours selon Flaugergues, la présence d’une discrète communauté cathare non loin de Saint-Affrique dès le XIIe siècle, communauté dont la mission aurait alors été de garder secrète la présence de la Sainte Relique dans ce lieu. L’auteur puisse également dans la toponymie locale la grande majorité des matériaux dont il a besoin pour consolider sa théorie. Ainsi, par exemple, le hameau de Vailhauzy, rattaché à la commune de Saint-Affrique, tiendrait son nom d’une déformation de veille aussi. Idem pour Monhargues, prétendument dérivé de Monarque ou encore pour le Moulin du juge : tous deux feraient allusion au statut divin du Christ.

La publication de Flaugergues ne reçut quasiment aucun écho lors de sa parution. Seule la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron en avait publié un très bref compte rendu dans son bulletin annuel, la qualifiant alors d’« hypothèse hardie au louable dessein », mais estimant toutefois qu’elle gagnerait à être « étayée par des faits plus acceptables scientifiquement que ceux mis en avant par son auteur. »

Cette théorie semble toutefois plus que hasardeuse puisque si l’occupation de Saint-Affrique est avérée dès le néolithique, notamment grâce à la présence de dolmens tels que celui de Tiergues, le nom même de cette commune n’est attesté de manière formelle qu’en 942, soit plus de 900 ans après la prétendue venue de Joseph d’Arimathie. De plus, le nom de cette commune proviendrait en réalité d’un évêque du Comminges du VIe siècle nommé Africanus.

Nullement découragé, Flaugergues poursuivra cependant ses travaux et fera imprimer 3 ans plus tard De l'origine Ruthénoise des Atlantes et autres peuples de la terre. Ne mentionnant plus que de manière anecdotique la thèse soutenue dans son précédent ouvrage, l’auteur s’attelle désormais à prouver d’une part que la ville de Rodez est le centre du monde, et d’autre part qu’elle fut le berceau de l’humanité, conférant ainsi à ses habitants primitifs le statut d’ancêtres de tous les peuples de la Terre !

Sans énumérer toutes les prétendues preuves mises en avant par l’auteur, indiquons que selon lui c’est justement à cause de cette situation géographiquement privilégiée que Joseph d’Arimathie a choisi de rejoindre l’Aveyron, que l’Atlantide aurait en réalité été fondée par une colonie constituée dans des temps fort reculés par l’élite des Ruthénois fuyant les luttes intestines qui ravageaient leur contrée, que l’ensemble des langues seraient dérivées du rouergat, créant ainsi un parallèle entre Rodez et Babel, etc.

Pour construire ses élucubrations étymologistes, Flaugergues s’appuie sur plusieurs personnages qui pensèrent, comme lui, avoir trouvé la langue primitive. Il cite notamment La Langue primitive conservée de Jacques Le Brigant[4], pour qui le chinois, le sanscrit, la langue des Caraïbes et celle de Tahiti trouvent leurs racines dans le celte, ou encore Francisque Michel qui, en 1857, clamait haut et fort l’origine basque des langues sémitiques[5]

La révélation de la position centrale de Rodez, et plus précisément de la cathédrale de Rodez, aurait été dévoilée à l’auteur durant ses années de séminaire. Voici la relation qu’il en fait dans son ouvrage :

« […] Durant les soirées passées au séminaire de Villefranche, j'étudiais inlassablement les innombrables similitudes que les langues hébraïques, asiatiques et anglo-saxons pouvaient entretenir avec le Rouergat. Mots roulants, grammaires, syllabes primitives, tout était indéniablement lié. […] J'eus la révélation lors d'une nuit passée en prière sur le sol de l'église Notre-Dame-des-Treize-Pierre, attenante au séminaire. Une lumière intense m'est apparue au moment même où le silence le plus absolu qu'il soit possible de concevoir se fit dans ce sanctuaire, lequel résonnait pourtant encore l'instant d'avant des fracas de l'orage qui se déversait sur la ville depuis plusieurs heures déjà. […] la Voix me dit alors : Gardes toi des faux prophètes qui proclament que Jérusalem est le centre du monde […] et n'oublies jamais :
A Rodés, la cathédrale,
du monde est le piédestal.
Si malheur il lui arrive,
Prie Saint-Amans et Saint-Yves[6]. »

Comme dans sa précédente étude, Flaugergues use et abuse de la toponymie locale pour justifier ses positions. Selon lui, Millau (Aveyron), le chef-lieu de l’arrondissement auquel est rattaché Saint-Affrique, ne serait qu’une version rouergate de milieu, se référant ainsi à cette position centrale. Le silence accompagnant la parution de ce second volume semble avoir été total. On sait par ailleurs que Flaugergues entretint une correspondance durant au moins trois ans avec l’abbé Vayssier (1821-1874), auteur d'un dictionnaire français-rouergat[7]. Dans son ouvrage ce dernier n’hésitait pas, après une étude des 23 lettres de l’alphabet et la prononciation de chacune, à analyser les rapports existants entre le parler rouergat et des langues telles que le latin, l’espagnol, l’anglais, etc.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Durant les dernières années de sa vie, sans doute excédé et déstabilisé par les railleries ou, pire, par le silence qui résultait de ses théories visant à faire de l’Aveyron le centre du monde, Natalis Flaugergues envisage que ce lieu puisse finalement se situer à Bruère-Allichamps (Cher) ainsi que venait de le calculer, en 1877, le géographe Adolphe Laurent Joanne[8]. Une lettre datée de novembre 1892 et adressée à Noël Rames, de Coubisou[9], nous apprend qu’il envisage sérieusement de se rendre sur place avant le printemps. Sa quête ne connaîtra jamais son terme puisqu’il trouve la mort dans la nuit du 8 au 9 mars 1893, sur la voie publique, dans la commune de Saint-Saturnin (Cher), à quelques kilomètres seulement de Bruère-Allichamps.

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

  • Saint-Affrique, terre sacrée. Rodez, chez l'auteur, [Ratery imp.] 1871. in 12 de 36 pages
  • De l'origine Ruthénoise des Atlantes et autres peuples de la terre. Espalion, chez l'auteur [imp. Veuve Goninfaure], 1874. in 8° de XXVI et 124 pages

Biographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Recueil de l'Académie des jeux floraux. 1841. Toulouse, imp. de Jean-Mathieu Douladoure. pp. 87 à 92. Voir sur Googlebooks.
  2. Collection personnelle de M. Tijefavre.
  3. De l'origine Ruthénoise des Atlantes et autres peuples de la terre, page IX.
  4. Le Brigant Jacques. Observations fondamentales sur les langues anciennes et modernes, ou prospectus de l'ouvrage intitulé La langue primitive conservée. Paris, chez Barois l'aîné, 1787.
  5. Francisque Michel. Le peuple basque, sa population, sa langue, ses mœurs, sa littérature et sa musique. Paris, Firmin Didot frères, 1857.
  6. De l'origine Ruthénoise des Atlantes et autres peuples de la terre, page 86-87. Précisons que le seul exemplaire localisé de cet ouvrage, celui de la bibliothèque de Clermont-Ferrand, est incomplet des derniers cahiers.
  7. Dictionnaire patois-français du département de l'Aveyron par feu l'abbé Vayssier. Rodez, imp. de la Ve E. Carrère, libraire. 1879. Consultable sur Gallica.
  8. Joanne Adolphe Laurent. Petit Dictionnaire géographique, administratif, postal, télégraphique, statistique, industriel, de la France, de l’Algérie et des colonies. Paris, librairie Hachette, 1877, p. 274.
  9. Ancienne collection Fontaine de Besbecq.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]