Nasr Oussama Moustapha Hassan

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Abou Omar sur une image prise par la CIA lors d'une filature à Milan

Nasr Oussama Mustafa Hassan (également connu sous le nom d'Abou Omar) est un ancien imam égyptien, né en 1963 à Alexandrie. Il est actuellement au cœur d'un scandale politique en Italie ayant été enlevé par des agents de la CIA en 2003 alors qu'il se rendait à la mosquée.

Les auditions du procès de cette affaire (qui s'ouvrira le 8 juin 2007) sont en cours. Vingt-six citoyens américains ont été inculpés le 16 février 2007. C'est un des premiers procès se tenant à la suite des révélations faites par les médias et certains parlementaires au sujet de transferts illégaux de terroristes présumés par les États-Unis en Europe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Faisant partie du groupe Jama'a al-Islamiya [réf. nécessaire], Abou Omar est contraint de quitter son Égypte natale au début des années 1980 afin d'échapper à la répression des mouvements islamistes reconnus comme terroristes par le gouvernement égyptien. On retrouve sa trace par la suite en Albanie où vit une partie de sa famille. En 1997, il demande et obtient le statut de réfugié politique en Italie, à Milan. Imam et fervent croyant, il fera, dans en tout cas une mosquée milanaise quelques prêches virulents contre la politique étrangère des États-Unis et sur les méfaits de l'Italie en Somalie et en Libye. Après les attentats du 11 septembre 2001, il sera placé sous surveillance par la police italienne qui le considèrera comme un élément modéré et capable de limiter les éventuels tempéraments violents de ses fidèles. Il sera notamment très critique envers la guerre menée par les États-Unis en Irak. En 2002, il est à nouveau placé sous la surveillance conjointe de la CIA et du SISMI (service militaire de renseignement italien) étant soupçonné de fournir des candidats terroristes à l'organisation Al-Qaeda en Irak et de projeter divers attentats, malgré le fait que les sources citées par les deux agences étatiques ne semblent pas concorder sur l'existence même de tels complots.

L'enlèvement[modifier | modifier le code]

Le 17 février 2003, alors qu'Abou Omar se rend à la mosquée, il est intercepté par des agents américains de la CIA, probablement épaulés par le SISMI et chargé violemment dans une fourgonnette[1]. Un témoin ayant vu l'enlèvement, ses proches déposent une plainte pour enlèvement le 20 février 2003 mais resteront sans nouvelles pendant pratiquement une année.

Le 20 avril 2004, la femme d'Abou Omar, Nabila, reçoit un téléphone de son mari, désormais détenu fantôme des Etats-Unis, en provenance d'Alexandrie lui annonçant qu'il a été libéré une première fois la veille par les autorités égyptiennes.

Durant les jours qui suivent, il pourra faire, par téléphone, le récit de ce qu'il lui est arrivé. Il racontera son brutal enlèvement par des personnes qui lui semblait pouvoir être de nationalité italienne puis, son transfert en plusieurs escales, en avion dans des bases américaines de l'OTAN (d'abord Aviano Air Base, en Italie, où il aurait été torturé [2] puis, transporté à bord d'un Learjet, Ramstein Air Base en Allemagne[3],[4]). Il y est une première fois interrogé et battu par des militaires américains qui lui reprochent son engagement contre la guerre en Irak et l'accusent de former des combattants terroristes. À la suite de quoi, il est à nouveau embarqué de force dans un avion qui le conduira jusqu'à l'aéroport civil du Caire où il sera réceptionné par des officiers égyptiens. Il semblerait que lors de son premier interrogatoire, les militaires égyptiens lui aient proposé de retourner en moins de 24 h en Italie à la condition qu'il travaille pour eux. À la suite de son refus, il est emmené à la prison de Mazraat Tora où il sera torturé pendant plusieurs mois. Les récits des mauvais traitements qu'il reçoit alors sont particulièrement insoutenables, il a été menacé de viol, soumis de façon répétée à des chocs électriques sur la tête, le corps et les parties génitales, transféré de cellules glaciales en cellules surchauffées, etc. Il aurait, suite à ces tortures répétées, perdue l'usage d'une de ses oreilles. Il est libéré après 14 mois faute de preuves suffisantes mais à la condition expresse qu'il ne parle pas de ce qu'il a enduré en prison et qu'il prétende être venu en Egypte par ses propres moyens.

Deuxième incarcération[modifier | modifier le code]

Suite à des fuites dans la presse de ses conversations téléphoniques, Abou Omar est à nouveau arrêté le 9 mai 2004 à son domicile d'Alexandrie. Il s'ensuit une longue période pratiquement sans nouvelles si ce n'est une courte lettre à sa première épouse en Albanie et une déclaration datant de 2006 de Mr. Montasser el-Zayat, l'avocat d'Abou Omar qui prétendait que son client était sous-alimenté mais ne présentait pas de signes de torture.

Le 11 février 2006, Mr. el-Zayat annonçait que son client avait été relâché et était de retour dans sa famille. Cependant, Abou Omar risquerait toujours de se faire inculper pour suspicion de terrorisme s'il retourne en Italie.

L'implication de la CIA[modifier | modifier le code]

Suite à la plainte des proches d'Abou Omar et de l'enquête menée par le parlement européen à propos des renditions extraordinaires et des centres de détention clandestins de la CIA, sous la direction du parlementaire suisse Dick Marty, une enquête a été menée par le DIGOS (police anti-terroriste italienne) sur ordre du procureur Armando Spataro.

Les traces des agents américains furent relativement faciles à suivre. En effet, ces derniers ont utilisé leurs propres noms ainsi que des voitures et des téléphones portables de l'ambassade américaine de Rome.

Il en ressort une première liste des douze agents qui ont participé directement à l'enlèvement et dont le commando était dirigé par Robert Seldon Lady, chef d'antenne de la CIA à Milan.

Bien que le rôle de la SISMI et de DIGOS soit encore peu clair, les enquêteurs supposent que des négociations ont dû avoir lieu au plus haut niveau entre Washington et Silvio Berlusconi, le premier ministre italien en fonction lors de l'enlèvement au vu du peu de précautions prises par les agents de la CIA pour se couvrir.

Étonnamment, les autorités impliquées restent très discrètes sur cette affaire. Le gouvernement italien dément officiellement avoir été au courant de cet enlèvement. Romano Prodi, alors successeur de Berlusconi, refusait de déclasser des documents importants pour le procès et demandait l'ouverture d'une enquête pour violation du secret d'Etat.

Les procureurs Armando Spataro et Pomarici ont décrit l'opération comme étant une opération concertée entre la CIA et le SISMI. L'expert antiterroriste Guido Olimpio note que l'ordonnance d'arrestation contre Marco Mancini (n°2 du SISMI) et son supérieur le général Gustavo Pignero, parle d'un exemple de coopération, insinuant implicitement qu'il y en aurait eu d'autres. Il note en outre que, si les services de renseignement italiens ont été exclus d'Alliance Base, un centre de coordination internationale de lutte anti-terroriste, situé à Paris, en raison de rivalités internes, cela n'a pas empêché une coopération entre le SISMI et la CIA[5].

Le procès[modifier | modifier le code]

Le procès de cette affaire s'est ouvert en juin 2007. Actuellement des auditions ont été menées et des inculpations ont été émises pour 26 citoyens américains. Plusieurs Italiens ont également été mis en accusation et certains auraient déjà avoué certains faits. Ainsi, Luciano “Ludwig” Piron, un carabinier membre de la DIGOS a avoué avoir participé à l'opération en interpelant Abou Omar dans la rue et en lui demandant ses papiers. Ceci permettant au commando américain de s'en saisir. Cinq membres du SISMI sont également mis en accusation dont le vice-directeur Marco Mancini et l'ancien directeur de l'agence Niccolò Pollari.

Le procès semble toutefois passablement compromis, aucun des 26 accusés américains ayant accepté de comparaître la plupart du temps en refusant de reconnaître l'autorité du tribunal.

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Article, Amnesty International France