Narco

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Narco est un film français réalisé par Tristan Aurouet et Gilles Lellouche, sorti en 2004.

Sommaire

[modifier] Synopsis

Gustave Klopp (Guillaume Canet) est narcoleptique : il s'endort tout le temps, n'importe où, n'importe comment... C'est un gros problème pour trouver un travail, mais Gustave a tout de même réussi à se marier avec Paméla (Zabou), qui tient une boutique de manucure, et à se faire des amis dont Lenny Bar (Benoît Poelvoorde), le plus grand karatéka du monde selon ses propres dires, fan inconditionnel de Jean-Claude Van Damme.

[modifier] Commentaire

Narco! Ce n'est pas un thriller sur les narcotrafiquants. C'est un film comique français, sorti en salle le 1 décembre 2004.

[modifier] Regarder ce film comme on lit une BD

GUSTAVE KLOPP se débat depuis son enfance dans des difficultés personnelles, familiales puis professionnelles. Les acteurs sont excellents et Guillaume Canet joue de façon très crédible celui du pauvre mec en proie à des attaques de narcolepsie et de cataplexie handicapantes. Il s'est fait conseiller techniquement par Gérard Favier, à l'époque vice-président et administrateur de l'ANC. Le résultat de cette collaboration, totalement bénévole, est intéressant, même si cela n'en fait pas un film d'information sur les maladies qui composent la narcolepsie avec ou sans cataplexie, car certaines scènes et certains propos sont sujets à discussion. Narco raconte une tranche de vie d'un narcoleptique dans son individualité. GUS apparaît comme un pierrot innocent et endormi, victime des autres plus que de ses troubles.

[modifier] L'avis de [l'ANC]

En tant qu'association de malades, l'ANC donne aussi ses propres grilles de décodage de ce film. Les réalisateurs ont précisé qu'ils ont pris des libertés avec la réalité de cette maladie. A la sortie du film, l'ANC, a rappelé la réalité des différentes formes que peut revêtir la narcolepsie cataplexie encore appelée syndrome ou maladie de Gélineau, du nom du médecin français qui l'a décrite le premier. C'est, une maladie rare qui a la même fréquence que la sclérose en plaque dont tout le monde connaît le nom. Il existe plusieurs types de narcolepsie, des plus simples aux plus complexes, des moins gênantes aux plus handicapantes, des moins déstabilisantes aux plus désocialisantes, des moins stressantes aux plus angoissantes. Les manières d'y faire face sont diverses. GUS a environ 8 ans quand son père le traîne chez le médecin qui se contente d'étaler sa science sur le pain de son impuissance à soigner. Ce type de dialogue est presque mot pour mot celui que des anciens narcoleptiques ont entendu quand ce diagnostic a enfin été posé. "Il n'y a pas de médicament … ou pas encore !" Ils oublient malheureusement de dire que si des comportements adaptés de siestes fréquentes au cours de la journée ne guérissent pas, ils améliorent considérablement les états de vigilance. Actuellement plusieurs types de médicaments efficaces existent : ils permettent de gommer les symptômes gênants. Ils ne guérissent pas. De nouvelles séries de médicaments sont à l'étude.

[modifier] Les difficultés relationnelles sont majeures et bien décrites

Les diagnostics chez les très jeunes enfants existent mais ils sont plus rares que les deux autres pics d'âge que représentent l'adolescence et les années de la trentaine. Ce sont les professeurs qui considèrent l'enfant comme un paresseux, qui le ridiculisent devant ses camarades et qui le prennent comme bouc émissaire ou tête de turc… A l'adolescence, les accusations, fondées sur des préjugés, donc inébranlables, peuvent aller jusqu'aux demandes humiliantes de déshabillage pour vérifier de façon inquisitoriale les traces supposées de piqûres de seringue du toxicomane. Les difficultés rencontrées à l'adolescence dans la découverte de la sexualité sont réelles et vécues par beaucoup de couples dans la narcolepsie.

C'est une prouesse à saluer, Guillaume Canet a su jouer de façon à ne pas inspirer la pitié. Les relations de couple dans les autres domaines de la vie familiale sont aussi perturbées. Les relations professionnelles, si elles apparaissent volontairement caricaturées, le sont à peine pour bon nombre de narcoleptiques. Ces expériences négatives conduisent au manque de confiance en soi, aux idées noires et à une désocialisation progressive. Le film ne montre pas l'autre paradoxe qui en découle : la difficulté de faire reconnaître son handicap scolaire ou professionnel par les organismes qui le devraient.

[modifier] Vivre de l'intérieur ce que vivent les personnes narcoleptiques

L'une des qualités de ce film est de faire vivre de l'intérieur ce que peut éprouver une personne narcoleptique quand elle reçoit, en plein cerveau, ce bombardement d'images sans pouvoir faire immédiatement la distinction entre ses rêves, ses hallucinations et la réalité. Il y a différentes manifestations dans la narcolepsie. Les rêves des narcoleptiques sont plus riches et plus imaginatifs. Les hallucinations sont le signe d'un dysfonctionnement cérébral et se produisent essentiellement en période d'éveil, mais à un moment de baisse de la vigilance cérébrale. Voir des personnes qui n'existent pas, entendre des bruits ou des voix imaginaires, ressentir dans son corps des sensations non réelles, ce cocktail des diverses hallucinations revêt parfois un caractère détonant et le film le rend bien. Souvent les personnes narcoleptiques hésitent à en parler de peur d'être considérées comme des schizophrènes ou des paranoïaques. Existent enfin, produites dans un état de semi somnolence, des pensées de rêves au moment du coucher ou au moment du réveil. Lors de ces productions mentales, les fonctions du cerveau narcoleptique peuvent se trouver exacerbées. Le scénario ne fait intervenir les scènes d'agressivité de GUS que vers la fin de l'histoire alors qu'il se dit guérit. Ces accès brusques d'agressivité existent chez beaucoup de narcoleptiques sur le même mode que dans le film. À quoi sont-ils dus ? Les différentes réactions à la maladie se situent entre deux oppositions, soit il y a abandon du contrôle de soi-même sur un mode passif et dépressif, soit il y a réaction, lutte voire négation de la maladie en essayant de maintenir un contrôle coûte que coûte au risque de s'y épuiser.

[modifier] Gus décide qu'il est guéri et que sa vie va changer

Beaucoup de personnes narcoleptiques l'ont rêvé. Cela dure un jour, quelques jours, voire quelques mois, puis c'est le retour aux accès de somnolence. Il y a des rémissions tardives des épisodes de cataplexie, il peut y avoir des modifications dans la gravité des accès de narcolepsie, aucun cas de guérison de narcolepsie n'est rapporté jusqu'à ce jour. D'ailleurs, Gilles Arrouet reconnaît : " (…) juste le fait que Gustave Klopp guérisse de sa maladie en sortant du coma où l’a plongé son accident. C’est absolument impossible dans la réalité."

[modifier] Que manquerait-il donc à ce film qui suggère plus qu'il n'explicite et qui raconte plus qu'il ne démontre ?

Il faut commencer par écarter l'hypothèse d'un film au sujet de la narcolepsie. Ce n'en est pas un et c'est très bien ainsi. Les aspirations utopiques remplissent-elles la même fonction psychologique que les rêves des narcoleptiques ? Ce film amènerait à penser que ce sont les mêmes mécanismes cérébraux qui sont en jeu dans la production des rêves de la phase paradoxale, des hallucinations et des pensées de rêves. Il y a là matière à tout un débat d'écoles. Dans ce film, la satire est féroce vis à vis des médecins et du psychiatre, mais il ne montre rien de la relation de GUS adulte à son médecin et c'est dommage. Il est vrai que ceux-ci conseillent encore à certaines personnes narcoleptiques d'engager une psychothérapie parce que, ignorants de la narcolepsie, ils classent encore les troubles qu'ils observent dans les troubles névrotiques ou psychosomatiques. Mais quand le diagnostic est posé et que le psychologue connaît correctement cette pathologie, une aide, sur un autre mode que la recherche des causes supposées psychosomatiques, peut s'engager. Aider à vivre ce handicap et à y faire face avec ses propres moyens et sa personnalité, s'avère souvent efficace et profitable.

Rares sont les maladies en France qui peuvent se prévaloir d'être autant sous-diagnostiquée et les données épidémiologiques sont peu précises. Plus d'une personne sur 2 000 environ sont atteintes de cette pathologie. Cela fait entre 20 000 et 25 000 personnes pour notre pays. Les statistiques officielles ne donnent qu'une personne diagnostiquée sur 4 ou 5. Mais que deviennent les 3 autres ? Comment vivent-elles d'être malades sans savoir ce qu'elles ont ? Ce sont des GUS qui galèrent ! Si ce film est démonstratif, il l'est dans ce sens. Diagnostiqué jeune d'une maladie alors "rare et orpheline" donc "sans médicament", notre GUS va devoir se débrouiller seul, sans aide. Treize ans de galère était la moyenne récente entre le moment où une personne allait se confier à un médecin et le moment où la maladie était correctement diagnostiquée et traitée.

L'histoire de GUS c'est cet intervalle de temps, fait d'ennuis de toutes sortes. Le mérite de ce film c'est de mettre sur la place publique ce "scandale sanitaire". Il est permis d'en rire si cela permet aux "biens portants" la déculpabilisation nécessaire pour aborder "autrement" leur relation à ce handicap et aux autres handicaps.

[modifier] Fiche technique

[modifier] Distribution

[modifier] Lien externe

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