Narcissus pseudonarcissus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Narcisse jaune, Narcisse trompette, Jeannette jaune

Le Narcisse jaune ou Narcisse trompette (Narcissus pseudonarcissus) est une espèce de plante monocotylédone à bulbe du genre des narcisses et de la famille des Amaryllidacées. La classification APG III le place dans la sous-famille probable des Amaryllidoideae. C’est le narcisse le plus commun d'Europe. Il a dans le langage courant de très nombreux noms vernaculaires en usage plus ou moins localement.

Description[modifier | modifier le code]

Racine et tige[modifier | modifier le code]

Ce narcisse est une plante herbacée qui est vivace grâce à un bulbe ovoïde.

La tige est glabre. Elle est assez aplatie, deux angles sont visibles le long de la hampe. La plante fait généralement entre 20 et 40 cm de haut.

Les feuilles[modifier | modifier le code]

Les feuilles sont plates et assez charnues. Leurs extrémités sont arrondies. Elles sont toutes linéaires, larges de 4 à 15 mm. Elles dépassent parfois la tige en longueur. Elles sont regroupées par 2, 3, 4 ou 5, toujours à la base de la plante. Elles sont de couleur bleu-vert.

La plante est assez polymorphe. Selon l’éclairage, le terrain, elle aura une touffe de feuilles plus ou moins dense, la fleur sera érigée plus ou moins haut.

La fleur[modifier | modifier le code]

La fleur jaune, qui ressemble à celle de la jonquille, est grande et mesure de 4 à 6 cm de diamètre ; elle entoure une couronne cylindrique crénelée de 2 cm de long. Chaque fleur, de couleur jaune, est solitaire au sommet d'une tige nue. La fleur sort d'une spathe membraneuse régulière, penchée, à tube soudée à l'ovaire, formée de six divisions soudées à leur base. Il se trouve parfois des échantillons à fleurs doubles, à étamines transformées en pièces florales. Sa floraison commence et se termine généralement au mois d'avril mais elle peut commencer dès le mois de janvier et se finir au mois de mai. La durée de vie de cette fleur est de deux ou trois semaines[1].

Une fleur est composée de 3 pétales et 3 sépales pétaloïdes, soient 6 tépales. Ceux-ci sont surmontés d’une paracorolle qui prend la forme d’un tube central évasé. Cet entonnoir a le contour dentelé ou lobé. Les 6 tépales sont soudés sur la moitié de leur longueur puis se déploient en étoile autour du tube central. Chaque pièce du périanthe, c'est-à-dire les tépales et le tube, ont même longueur : entre 15 et 25 mm. Les 6 tépales sont d’un jaune plus pâle que le tube central. La bractée à la base de chaque fleur est de surcroît d’un jaune encore plus pâle. Enfin au cœur de la paracorolle, 6 courtes étamines attachées sont visibles. Le mince style et son stigmate sont assez réduits. Les fleurs sentent plus ou moins. L’odeur à effet narcotique est entêtante, même si on ne s’en rend compte qu’après coup.

Le fruit[modifier | modifier le code]

L'ovaire à maturation donne un fruit capsulaire à trois loges contenant les graines. La capsule est un peu trigone et charnue. La dissémination est barochore: les graines tombent au pied de la plante.

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Pré envahi près de Gérardmer (Vosges)

Le narcisse jaune apparaît souvent en colonies printanières importantes, dans les prés et les forêts. Comme beaucoup de narcisses, il est fréquemment appelé à tort « jonquille », nom vernaculaire de Narcissus jonquilla qui pousse en région méditerranéenne.


Sa répartition en Europe est très hétérogène : il peut être très commun par endroits et très rare en d'autres. On considère relativement commun ce narcisse dans presque toute la France jusqu’à 2 000 m d’altitude.

Les narcisses vosgiens, appelés localement jonquilles, sont très abondants des chaumes aux prairies grasses, en particulier sur le versant occidental. Certains secteurs alsaciens, telles les ruines du Hollandsbourg depuis le XVIe siècle, sont renommés pour l'exceptionnelle densité de narcisses jaunes. L'espèce en outre-Rhin est par comparaison quasiment absente.

On rencontre le narcisse jaune autant dans les prairies que les forêts, dans les taillis et les bords des chemins. Il est très cultivé dans les jardins, après introduction de bulbes sauvages. Il est alors adventice et peut rester assez longtemps si le terrain est assez humide. La floraison a lieu de mars à mai (elle dépend de la zone géographique et de l'écotype local).

Statuts de protection[modifier | modifier le code]

Sa cueillette est réglementée dans le Doubs, le Jura, la Haute-Saône[réf. souhaitée], le Nord-Pas de Calais[2], l'Isère[3], la Creuse[4] entre autres. Il est protégé en Mayenne, par exemple, et dans quelques régions d’Allemagne. Une sous-espèce, Narcissus pseudonarcissus nobilis, est protégée en Hongrie.[réf. souhaitée]

Utilisation par l’homme[modifier | modifier le code]

Les propriétés émétiques du bulbe ont été signalées par les grands médecins antiques, parmi lesquels Pline l'Ancien, Dioscoride et Galien. L'usage en faisait aussi un purgatif extrêmement violent. Depuis les temps modernes, aucune utilisation interne n'est recommandée. Les fleurs possèdent des propriétés antispasmodiques. Elles étaient utilisée en thérapie comme calmants et sédatifs. On les emploie traditionnellement et à dosage strict dans certains occasions contre l'asthme et diverses affections nerveuses, également contre la coqueluche.

Le narcisse jaune est principalement employé pour l'ornementation, la décoration. Des variétés commerciales permettent de produire des bouquets au printemps. En intérieur, on utilise des fleurs coupées de plantes sauvages ou cultivées. En extérieur, on peut planter des bulbes de provenance sauvage. La réussite est alors conditionnelle.

On cultive plus généralement dans les jardins, des espèces dérivées ou des hybrides, plus grands, plus robustes et de couleurs plus variées. Ces variétés sont plus ou moins odorantes.

La Fête des Jonquilles est organisée en général à la mi-avril tous les deux ans par la ville de Gérardmer (Vosges). La manifestation depuis 1935 attire des milliers de personnes, elle consiste en un défilé de chars thématiques décorés avec des narcisses. À la Belle Époque ou dans l'entre-deux-guerre, de nombreux rassemblements dans les vallées de la Haute Meurthe célèbrent la fête des Gauglés. On retrouve dans les années trente la date du 18 avril pour les communes de Fraize et Plainfaing.

Toxicité[modifier | modifier le code]

Le narcisse contient des composés chimiques toxiques paralysants, parfois même urticants pour certaines personnes, ainsi que dans son bulbe des alcaloïdes isoquinoléiques, dont la galanthamine et la lycorine, et un autre alcaloïde puissant, la narcétine. Ainsi le bulbe est très toxique. Son ingestion entraîne nausée et vomissements, à l'instar de l'ingestion de quelques feuilles vertes ou le fait de sucer une tige. Dans de rares cas, l'ingestion du bulbe entraine de graves accidents nerveux tétaniformes qui mènent à l'état létal.

Les fleurs, feuilles et tiges sont toxiques. Mais c’est le bulbe qui est la partie la plus toxique de la plante. Les animaux comme les humains sont concernés. Toutefois, il faut signaler que l'ancienne culture paysanne des hauteurs vosgiennes, parfaitement connaisseuse de ses caractéristiques, a préservé cette plante qu'elle n'a jamais crainte. Le narcisse abondant des prairies n'est pas brouté par le bétail. De plus, les feuilles ont disparu à la fenaison. Les bulbes sont enfouis sous les racines des graminées. Les narcisses ne causent aucune détérioration des prairies de fauche. Mieux, les bulbes jouent un rôle dans la stabilisation des sols de prairies aux abords des ruisseaux.

Le bulbe principalement, mais aussi toute la plante est vénéneux. Le bulbe est recouvert d'aiguilles d'oxalate[précision nécessaire] qui causent des inflammations douloureuses. La toxicité du bulbe ingéré se signale par des douleurs abdominales, des vomissements, des étourdissements ou des frissons. Le vomissement permet généralement le rejet des morceaux de bulbe ingéré, ce qui atténue le danger. Sinon les symptômes peuvent être plus graves. Les personnes fragiles peuvent avoir des dermites au contact de tout organe de la plante.

Le parfum du narcisse jaune est plus ou moins discret mais il peut s'avérer entêtant et endormant pour certaines personnes. La présence d’un bouquet de narcisses jaunes dans une pièce close est ainsi parfois déconseillée. Cette propriété endormante n'a semble-t-il jamais été utilisée en médecine.

Confusions possibles[modifier | modifier le code]

Il ne faut pas le confondre avec Narcissus bicolor L., autrefois nommé Narcissus. pseudonarcissus L. ssp. bicolor Baker. Ce narcisse est souvent plus grand et le contraste de couleur entre le tube central et les tépales est encore plus grand.

On désigne aussi sous le nom de coucou la primevère officinale (Primula veris).

Aspects culturels[modifier | modifier le code]

Le Narcisse jaune ou Narcisse trompette est parfois aussi appelé Jeannette jaune et plus rarement Narcisse faux narcisse ou Jonquille, sans oublier de très nombreux autres noms vernaculaires en usage plus localement.

Étymologie[modifier | modifier le code]

La désignation Narcisse jaune est bien sûr due à la couleur ordinaire de la fleur. Le terme de Trompette provient de la paracorolle évasée. Le terme narciz est attesté en moyen français en 1363 selon le glossaire latin médiéval de Du Cange.

On dit souvent que le mot Narcisse est un hommage direct au Narcisse mythologique. Le nom latin narcissus, dérivé du nom grec narkissos de la plante souligne déjà la faculté à endormir de la fleur : le verbe grec narkaô signifie assoupir.

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

Touffe de narcisses jaunes

Le narcisse a de nombreux noms vernaculaires[5], en autres :

  • Aillault ou Ailault, en référence à l'ail.
  • Bonhomme.
  • Chaudron, sans doute à cause du tube central évasé.
  • Claudinette, ancienne appellation familière des Vosges et Lorraine. Les botanistes Godfin et Petitmangin la décrivent encore sous ce nom en 1909.
  • Clochette des bois, pour la même raison que celle du "chaudron".
  • Coucou ou Fleur de coucou, les fleurs ressemblent à d'énormes fleurs de primevère officinale (appellation inconnue dans les Vosges où la primevère est d'abord désignée par le mot d'enfant coucou)
  • Gauglé ou gôglé (en dialecte vosgien de la Haute Meurthe, qui insiste sur la "plante à bulbe", cachée la plupart du temps, puisque le terme dérive probablement de gallica(la), (petite) noix ou bulbe en forme de noix)
  • Glockeblueme ou Glockeblüame (Fleur à clochette) en dialecte alsacien. Ce nom populaire alsacien tend à l'englober avec les campanules.
  • Jeannette jaune. « Jeannette » est une vieille appellation vosgienne rappelant qu'il s'agit d'une plante fréquente en montagne, « Jeannette » désigne aussi simplement le narcisse des poètes.
  • Jonquille, Jonquille des bois ou Jonquille des prés. La jonquille est normalement Narcissus jonquilla. Cela dit, le mot jonquille est autant utilisé pour le narcisse jaune, peut-être même plus pour celui-ci. Le terme français jonquille s'est imposé à partir du début du XXe siècle dans les Vosges touristiques. Il s'est ensuite imposé sous l'influence journalistique.
  • Marteau (vieille appellation vosgienne d'après sa forme) : le lexique du patois bressaud rédigé en 1910 par le chanoine Hingre, emblématique des formes anciennes du dialecte vosgien, mentionne in maité (masculin singulier), soit "un marteau", à l'entrée française "narcisse des prés (amaryllidées)".
  • Märzglocke ou Märzaglogga, soit clochette de mars en dialecte alsacien pour rappeler le mois de sa floraison précoce dans les vallées. Sur la corniches des crêtes vosgiennes, le narcisse n'apparaît parfois qu'en juin-juillet.
  • Narcisse (appellation d'ancien français en Lorraine et Alsace)
  • Narcisse des bois, Narcisse des prés, Narcisse sauvage… Pourtant le narcisse jaune n’a pas le monopole d’un terrain…
  • Narcisse faux Narcisse ou Faux narcisse. Cette désignation n’est pas meilleure que les autres.
  • Narcisse trompette.
  • Oschdablum (Fleur de Pâques) en francique lorrain.
  • Porillon, etc.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roland Carbiener, Article "Jonquille", in Encyclopédie d'Alsace, édition Total, Strasbourg, 1984.
  • Gérard Debuigne, François Couplan, Petit Larousse des plantes qui guérissent, éditions Larousse, 2006. 896 pages. Article "Narcisse" page 798. (ISBN 978-2-03-582256-7)
  • Jacques Fleurentin (préf. Jean-Marie Pelt, photogr. Jean-Claude Hayon), Des plantes toxiques qui soignent, Ouest France,‎ 2011 (ISBN 978-2-7373-5491-5, OCLC 793486964), Des plantes toxiques contre la maladie d’Alzheimer : des mimétiques indirects (parasympathomimétique), « Les plantes du système nerveux autonome parasympathique », p. 90-91

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Narcisse "trompette", "http://arrosoirs-secateurs.com/Narcisses-trompette".
  2. Par arrêté préfectoral permanent portant réglementation de la cueillette des jonquilles sauvages et interdiction de leur vente dans la région Nord-Pas-de-Calais
  3. Par arrêté préfectoral no 201006151 du 22 octobre 2010 relatif à la protection des espèces végétales sauvages
  4. par arrêté préfectoral.
  5. Les noms vernaculaires du Narcissus pseudonarcissus sur le site Amaryllidaceae.org, consulté en décembre 2011