Napolitain (cheval)

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Napolitain
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Gravure du XVIIe siècle  représentant un cheval napolitain de couleur grise
Gravure du XVIIe siècle représentant un cheval napolitain de couleur grise

Espèce Cheval (Equus caballus)
Région d’origine
Région Naples, Drapeau de l'Italie Italie
Caractéristiques
Morphologie Cheval de selle
Taille 1,50 m à 1,65 m
Robe bai-brun, alezan brûlé et gris
Caractère obéissant et de bon caractère
Autre
Utilisation Haute école, dressage, attelage

Le cheval Napolitain ou Napoletano est une race de cheval italien, originaire de Naples et de ses environs, très connue entre le XVe siècle et le XVIIIe siècle. Il a été utilisé à l'époque dans toutes les cours européennes pour des exhibitions de Haute école et pour l'amélioration d'autres races. Cette race s'est éteinte au début du XXe siècle mais quelques passionnés tentent de la faire revivre en croisant des spécimens qui, par leurs origines, ont hérité des caractéristiques de la race.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Un homme tient en main un cheval noir à travers un paysage de campagne.
Un cheval Napolitain vu par Johann Elias Ridinger au XVIIIe siècle.

Le cheval Napolitain est originaire de la Campania felix, une plaine qui s'étend du Volturno à Sarno, et qui correspond à une partie du territoire des provinces de Caserte et de Naples. Cette zone a toujours été propice à l'élevage de chevaux, puisque les Étrusques avaient déjà choisi cette zone pour installer leurs élevages, à l'abri des risques d'invasions grecques. Les Romains y élèvent ensuite leurs meilleurs chevaux pour la cour impériale. L'avènement de la République marinière d'Amalfi permet l'importation de chevaux turcs qui croisés avec les chevaux locaux forment la base du cheval Napolitain[1]. Mais il faut attendre le XVe siècle et la domination espagnole pour que les caractéristiques de la race soient fixées[2]. Des échanges fréquents avec l'Espagne permettent aux chevaux espagnols de venir renouveler le sang de la race locale[3]. Au XVIe siècle, le cheval Napolitain est très recherché et exporté partout en Europe[3]. C'est alors une période de faste pour la race où le spectacle équestre est fortement apprécié et où les grands écuyers rivalisent de talent dans la pratique de la Haute école[4]. Au début du XVIIIe siècle, Naples passe sous la domination autrichienne qui importe un grand nombre de chevaux napolitains[5]. Mais les autrichiens sont bientôt chassés par Charles de Bourbon, qui devient roi de Naples, et qui est un grand amateur de chasse à courre[6]. Pour la pratique de cette activité, il crée une nouvelle race née du croisement du cheval Napolitain et du pur-sang arabe : le Persano. En 1741, le sultan de Constantinople offre au roi de Naples quatre étalons de pure race turque qui viendront enrichir le patrimoine du cheval Napolitain[6]. Ferdinand IV de Naples succède à son père sur le trône. Son intérêt pour les chevaux est plutôt centré sur les courses[6]. Si quelques familles d'éleveurs restent attachées à la race napolitaine, l'intérêt pour l'art équestre se raréfie et seuls les étrangers achètent encore ces chevaux[7].

Extinction[modifier | modifier le code]

À partir des années de l'unification italienne, l'élevage de chevaux Napolitains a commencé à montrer des signes de décadence[8]. Le peintre Emil Volkers, à la fin du XIXe siècle, est le dernier à donner une description du standard de la race. Il signale aussi sa menace d'extinction[8]. Au début du XXe siècle, quelques auteurs parlent d'excellents sujets qu'on retrouve encore chez certains éleveurs de la région de Capoue. Mais ces chevaux sont généralement achetés par des agriculteurs pour le travail[8]. Le patrimoine que représente cette race, ainsi que toutes les races de chevaux italiens, n'intéresse pas les autorités dans une période de mécanisation et de fort développement[9]. Les haras nationaux italiens (Incrementi Ippici) sont aussi sinistrés et l'élevage italien ne se maintient que grâce aux courses et aux compétitions sportives où seuls certains types de chevaux sont utilisés.

Héritage[modifier | modifier le code]

Photo d’un cheval noir présentant son profil gauche ; sa tête est busquée.
Ce Kladruber possède une morphologie proche de celle du cheval Napolitain historique.

L’héritage du cheval Napolitain est présent dans les origines de nombreuses races européennes[10]. Entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle, il est utilisé en croisement et améliore ainsi l’Hanovrien, le Holsteiner, l’Oldenbourg, l’Altwürtemberger, le Gelderland, le Frederiksborg et le Kladruber[11]. D’autres races sont directement issues de lignées de chevaux napolitains. C’est ainsi le cas du Persano, du Murgese mais surtout du Lipizzan[10],[11]. En effet dans les six étalons fondateurs de la race, deux sont des chevaux Napolitains : Conversano et Napolitano. Le premier est un étalon bai-brun né en 1767 ; le second est bai et est né à Naples en 1790[11],[12]. Les chevaux actuels les plus proches des anciens chevaux napolitains sont les Lipizzans et les Kladruber.

Renaissance[modifier | modifier le code]

Dans la carrière d'un hall d'exposition, un cheval noir bridé et équipé d'un surfaix marche en main sur la piste.
Cheval napolitain moderne présenté à la Fieracavalli 2014.

La renaissance du cheval Napolitain est le fait d'un Napolitain passionné, Giuseppe Maresca[13]. Ses recherches l'ont amené à la rencontre des descendants du cheval Napolitain comme le Salernitano italien[14] ou le Lipizzan autrichien[15]. Mais c'est finalement en Serbie qu'il découvre un descendant des chevaux Lipizzan de sang napolitain[16]. À partir de cet étalon, baptisé Neapolitano, ramené en Italie en 1989, Giuseppe Maresca va tenter des croisements et sélectionner les éléments les plus représentatifs des caractéristiques morphologiques de l'ancienne race[17]. La nouvelle race est désormais reconnue par le ministère de l'Agriculture italien et possède également son propre studbook. Le standard de la race a été approuvé par les zootechniciens de l'université de Naples[18]. En décembre 2005, 20 juments et 4 étalons sont inscrits au registre de la race[1].

Description[modifier | modifier le code]

Morphologie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Morphologie du cheval.
Gavure d'un cheval en pied présentant son profil gauche dans un paysage méditerranéen.
Un cheval Napolitain vu par le Baron d'Eisenberg au XVIIIe siècle.

Un poète anonyme décrit le cheval Napolitain de la façon suivante :

« Le cheval de Naples a une tête petite

et de petites oreilles,

son front est large,

son toupet est touffu et ses yeux sont de feu,

ses naseaux sont longs et sa belle encolure arquée.

En plus de toutes ces belles qualités,

sa queue est longue et son ventre droit

comme ses jambes.

Pour mieux encore être le cheval parfait,

sa crinière est épaisse et son poitrail spacieux

et la nature l'a aussi doté d'une belle corne dure

et rondelette […][19] »

Le cheval Napolitain suit ainsi de très près le type du « cheval baroque ». Aux qualités décrites ci-dessus, on peut ajouter les caractéristiques suivantes : c'est un cheval bien proportionné et musclé; sa tête est hautaine et carrée; son cou est long et musclé; ses épaules sont musclées, bien inclinées, longues et bien attachées au tronc; le garrot est fort et élevé; sa croupe est large et arrondie. Ses allures sont également remarquables[1].

Robes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Robe (cheval).

Les robes admises dans le standard de la race sont le bai-brun, l'alezan brûlé et le gris souris[1],[20].

Tempérament et entretien[modifier | modifier le code]

C'est un cheval vif, courageux et généreux[20]. Il est également très obéissant[1]. Facile d’entertien, il est décrit comme sobre, se contenant de peu[21].

Utilisations[modifier | modifier le code]

La conformation morphologique prépare le cheval au trait moyen léger et à la selle. Les cavaliers nobles napolitains louent le cheval Napolitain qui montre sa grandeur au pas, au galop, en voyage, en bataille et en saut[1]. Au-delà des caractères d'utilité et de praticité, le cheval Napolitain représente aussi un symbole de pouvoir et de prestige pour qui en possède[10].

Initialement prévu pour la guerre, le cheval Napolitain est tout d'abord sélectionné pour sa vigueur, sa capacité à porter en selle des guerriers revêtus de lourdes armures de fer et il est formé à suivre les mouvements essentiels en bataille. C'est aussi pour son cavalier un compagnon exceptionnel, qui, grâce à ses qualités, résiste à la fatigue, à l'inconfort, et aux malaises[10]. Au XVe siècle, l'historien Ercolani écrit ainsi : « Les chevaux Napolitains jouissaient de la plus haute réputation comme chevaux de guerre »[1]. C'est aussi l'époque des tournois dans laquelle la joute équestre est fortement appréciée[4].

Gravure d'un homme en costume de gentilhomme monté sur un cheval effectuant une levade, la tête entre les antérieurs.
Federico Grisone tel qu'il est représenté dans L'histoire pittoresque de l'équitation, Aubry (ed.1843).

Mais c'est surtout dans la discipline du dressage et de la Haute école que ce cheval s'illustre[1]. Le goût du baroque a porté la sélection de sujets chevalins plus légers et plus agiles, mais tout en conservant la puissance nécessaire pour exécuter des mouvements utiles pour sauver la vie[10]. La redécouverte des traités anciens d'équitation datant de l'antiquité donne naissance, à la fin du XVe siècle, à des ballets équestres. Ceux-ci s'inspirent des ballets à pied. Chaque ballet possède donc sa propre chorégraphie et sa propre musique, souvent créée pour cette seule occasion. Les chevaux exécutent ainsi de nombreuses figures, avec des courbettes, du travail au galop et de nombreux sauts d'école[22]. De grands écuyers napolitains, comme Cola Pagano ou Federico Grisone, ont ainsi amené l'équitation à devenir une véritable science et ont enseigné à des élèves venant de partout en Europe[23].

Quelques chevaux Napolitains célèbres[modifier | modifier le code]

Certains noms de chevaux Napolitains ont traversé les siècles et ont été retrouvés dans des écrits : Capitano, Donnanna, Pompisio, Bellagamma, Toleto, Sigiero, Allegrezza, Garrafa, Altabrandino, Guaglienella, Fraschetto, Lattuca, Saittone, Principessa, Duchessa, Livantina, Rosella, Biancona, Bisignana, Bandiera, Corrozzella, Evulpacchia et Rubbina[10].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

On trouve de nombreuses gravures datant des XVIe siècle, XVIIe siècle et XVIIIe siècle représentant le cheval Napolitain. Ces gravures étaient à l'origine utilisées pour illustrer des traités d'élevage ou des traités équestres.

Une particularité artistique fait aujourd'hui la célébrité du château de Venafro dans la Province d'Isernia. Enrico Pandone, comte de Venafro au XVIe siècle, a fait représenter ses chevaux Napolitains grandeur nature sur les murs de son château[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h (it) « Napoletano », sur Agraria.org (consulté le 30 juin 2014)
  2. Franchini et Maresca 2003, p. 79
  3. a et b Franchini et Maresca 2003, p. 83
  4. a et b Franchini et Maresca 2003, p. 89
  5. Franchini et Maresca 2003, p. 103
  6. a, b et c Franchini et Maresca 2003, p. 105
  7. Franchini et Maresca 2003, p. 106
  8. a, b et c Franchini et Maresca 2003, p. 107
  9. a et b Franchini et Maresca 2003, p. 13
  10. a, b, c, d, e et f (it) « Il Cavallo Napolitano » (consulté le 30 juin 2014)
  11. a, b et c (it) Benedetto Salamone, La razza reale di Ficuzza, Lampi di stampa,‎ 2010, 180 p. (ISBN 9788848811330), p. 27-28
  12. Elwyn Hartley Edwards, Les chevaux, Editions de Borée, coll. « L’œil nature »,‎ 2006, 272 p. (ISBN 9782844944498), p. 94-95
  13. Franchini et Maresca 2003, p. 14
  14. Franchini et Maresca 2003, p. 27
  15. Franchini et Maresca 2003, p. 34
  16. Franchini et Maresca 2003, p. 39
  17. Franchini et Maresca 2003, p. 45
  18. Franchini et Maresca 2003, p. 57
  19. Franchini et Maresca 2003, p. 9
  20. a et b Franchini et Maresca 2003, p. 111
  21. B. de Saint-Ange, Cours d'hippologie contenant 1 la connaissance du cheval, 2 l'hygiène, 3 l'industrie chevaline suivi d'un appendice sur la position du cavalier à cheval démontrée par l'anatomie : Adopté officiellement et enseigné à l'Ecole de Cavalerie et dans les Corps de Troupes à cheval, par Décision de M. le Ministre de la guerre, en date du 9 avril 1852, Dumaine, Leneveu, Mlle Niverlet. Dubosse,‎ 1854, « Cheval napolitain », p. 254-255
  22. Franchini et Maresca 2003, p. 90-91
  23. Franchini et Maresca 2003, p. 97

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maria Franchini et Giuseppe Maresca, La fabuleuse aventure du cheval Napolitain, Paris, Zulma,‎ 2003 (ISBN 9782843042584)