Naissance d'une nation

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Naissance d'une nation

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Le chevalier blanc du Ku Klux Klan sur une des affiches du film.

Titre original The Birth of a Nation
Réalisation D. W. Griffith
Scénario D. W. Griffith
Thomas F. Dixon Jr.
Acteurs principaux
Sociétés de production David W. Griffith Corp. & Epoch Producing Corporation
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Drame, Historique, Romance, Guerre, Western
Sortie 1915
Durée 187 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Naissance d'une nation

Naissance d'une nation (The Birth of a Nation) est un film américain écrit, produit et réalisé par D. W. Griffith, sorti le 8 février 1915.

Il est considéré comme le premier long métrage de l'histoire du cinéma.

Ce film, sorti exactement cinquante ans après la fin de la guerre de Sécession, raconte le déroulement de cette guerre et la reconstruction qui en a suivi selon le point de vue sudiste. C'est un grand succès populaire, qui rapporta quinze millions de dollars et resta le plus gros succès de l'histoire du cinéma jusqu'à la sortie de La Grande Parade (The Big Parade) en 1925, mais il fut aussi controversé pour son discours très raciste et son apologie du Ku Klux Klan, ce qui lui vaudra d'être interdit dans plusieurs villes des États-Unis.

La popularité du film contribua à la renaissance du Ku Klux Klan, qui avait disparu à l'époque de sa sortie.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Ce film muet était à l'origine présenté en deux parties séparées par un entracte. La première partie décrit l'Amérique avant la guerre civile, à travers le destin de deux familles : les nordistes Stoneman, avec le membre du congrès abolitionniste Austin Stoneman (basé sur la vie authentique du membre du congrès Thaddeus Stevens), ses deux fils et sa fille, Elsie, et les sudistes Cameron, une famille, dont les deux filles (Margaret et Flora) et ses trois fils, notamment Ben.

Les garçons Stoneman rendent visite aux Cameron en Caroline du Sud, l'État représentatif du vieux Sud. L'aîné des Stoneman tombe amoureux de Margaret Cameron, et Ben Cameron idolâtre un portrait d'Elsie Stoneman. Lorsque la guerre civile commence, tous les jeunes hommes rejoignent leur armée respective. Une milice constituée de soldats noirs (dirigée par un officier blanc) met à sac la maison des Cameron. Les femmes Cameron sont secourues par les soldats confédérés qui mettent en déroute la milice. Pendant ce temps, le plus jeune des Stoneman et deux des fils Cameron meurent à la guerre. Ben Cameron est blessé après une lutte héroïque dans laquelle il acquiert le surnom de « Little Colonel », par lequel il est désigné durant le reste du film. Little Colonel est soigné dans un hôpital du Nord, où il rencontre Elsie, qui y travaille comme infirmière. La guerre se termine et Abraham Lincoln est assassiné au Ford's Theater, permettant à Austin Stoneman et d'autres radicaux du Congrès de punir les sécessionnistes du Sud en utilisant des mesures radicales supposées avoir été prises à cette période de la Reconstruction.

La seconde partie décrit la reconstruction. Stoneman et son protégé « mulâtre », Silas Lynch, vont en Caroline du Sud pour appliquer l'ordre du jour : donner les pleins pouvoirs aux Noirs du Sud par la fraude électorale. Pendant ce temps, Ben, inspiré par des enfants qui jouent aux fantômes pour effrayer les enfants noirs, élabore un plan pour inverser ce qui est perçu comme l'impuissance des Blancs du Sud en formant le Ku Klux Klan, mais son appartenance au groupe met en colère Elsie.

Gus, un ancien esclave qui s'est formé lui-même et a gagné un titre de reconnaissance de l'armée, se propose d'épouser Flora. Effrayée par ses avances lascives, elle s'enfuit dans la forêt, poursuivie par Gus. Piégée au bord un précipice, Flora se tue en se jetant dans le vide. En réponse, le Klan chasse Gus, s'empare de lui, prononce sa culpabilité, et laisse son corps sur le pas de la porte du lieutenant-gouverneur Silas Lynch. En représailles, Lynch ordonne de sévir contre le Klan. Les Cameron s'enfuient, poursuivis par la milice noire et se cachent dans une petite cabane, qui appartient à deux anciens soldats de l'Union qui acceptent d'aider leurs anciens ennemis du Sud, selon la légende, à cause de leurs origines aryennes.

Pendant ce temps, avec le départ d'Austin Stoneman, Lynch essaie d'épouser Elsie de force. Des membres du Klan découvrent la situation et partent chercher des renforts. Le Klan, désormais au complet, arrive à son secours et disperse les attroupements des crazed negroes. En même temps, la milice de Lynch encercle et attaque la cabane où les Cameron se cachent, mais le Klan les sauve juste à temps. Victorieux, les membres du Klan sont célébrés dans les rues, le film fait une coupe à l'élection suivante où le Klan prive les électeurs noirs de leurs droits de vote et les désarment.

Le film s'achève par une double lune de miel de Phil Stoneman avec Margaret Cameron et Ben Cameron avec Elsie Stoneman. La dernière image montre des foules opprimées par le dieu mythique de la guerre se retrouvant soudainement en paix sous l'image du Christ. Le dernier titre pose la question : « Oserons-nous rêver d'un âge d'or quand la guerre bestiale ne régnera plus ? Mais, à la place un prince charmant, dans l'entrée de l'amour fraternel de la ville de la Paix. »

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Technique cinématographique[modifier | modifier le code]

Ce film est exemplaire pour l'époque. S'il n'invente pas le gros plan, le travelling, le flash-back, le montage alterné (et non parallèle), inventés par Giovanni Pastrone dans le péplum Cabiria (1914), il les intègre dans sa narration. Eisenstein dira de Griffith que « c'est Dieu le père, il a tout créé, tout inventé. Il n'y a pas un cinéaste au monde qui ne lui doive quelque chose ». Griffith utilise en effet des mouvements de caméra, plusieurs plans, une mise en scène dynamique, beaucoup de figurants et donne une grande importance au montage. Jouent dans ce film Lillian Gish (qui deviendra une des actrices favorites de Griffith, que l'on retrouvera un an plus tard dans Intolérance), Mae Marsh, Henry B. Walthall, Miriam Cooper, Robert Harron, Wallace Reid, Joseph Henabery. Il est symptomatique que les rôles principaux de Noirs soient joués par des blancs maquillés. Ce film marque un premier pas vers la normalisation de la durée des œuvres cinématographiques, et Griffith propose ici de diviser son récit en deux parties, pour une durée totale de 187 minutes (environ 3h07 de film).

Point de vue historique[modifier | modifier le code]

Il y a un parti pris de la part du réalisateur. L'affiche du film présentant un chevalier du Ku Klux Klan est là pour le rappeler. Griffith nous montre les Noirs du Sud heureux de leur condition d'esclaves, l'esclavage n'ayant rien de monstrueux, étant au contraire une condition souhaitable. C'est pourquoi ces Noirs sont prêts à combattre avec leurs maîtres contre les fédéralistes. Les Nordistes, et les Noirs les ayant rejoint, sont vus comme des barbares capables des pires atrocités. Le Ku Klux Klan est présenté comme un organisme libérateur, qui permit de mettre fin « à l'anarchie du régime noir » qui sévissait dans le Sud. Peut-être que les origines de Griffith (il est né dans le Kentucky) ne sont pas étrangères à cette vision des choses[réf. nécessaire]. Griffith prétend s'appuyer sur plusieurs sources, dont le livre de Thomas Dixon The Clansman, et sur les différents travaux d'historien du président en place à cette époque Woodrow Wilson. C'est après avoir assisté en 1915 à la projection de ce film que William Joseph Simmons décida de recréer le Ku Klux Klan.

Photo extraite du film.

Controverses et interdiction du film[modifier | modifier le code]

Le National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), fondée en 1909, a protesté lors de la première du film dans de nombreuses villes. Le NAACP a également mené une campagne d'éducation du public, en publiant des articles pour protester contre les mensonges du film et des inexactitudes, en organisant des pétitions contre lui, l'éducation et de conduite sur les faits de la guerre et la reconstruction[1].

Lorsque le film a été projeté, des émeutes ont éclaté à Boston, Philadelphie et d'autres grandes villes. Chicago, Denver, Kansas City, Pittsburgh et Saint-Louis refusent d'autoriser la projection du film. Son caractère violent a été un catalyseur dans l'agression d'afro américains. À Lafayette, dans l'Indiana, après avoir vu le film, un homme blanc tue un adolescent noir[2].

Cela posa la question de la censure, et donc, de la fixation du statut du film. Un Bureau national de la censure avait été mis en place dès 1909, mais 95 % des films soumis à son approbation étaient validés. Des bureaux de censure vont se mettre en place spontanément dans certaines villes et états : c'est ainsi que dans l'Ohio, The Birth of a Nation sera interdit. Griffith décide de se placer sous le couvert du Ier amendement, garantissant la liberté d'expression. La question étant polémique, l'affaire va remonter jusqu'à la Cour suprême, qui décidera que le Ier amendement ne peut pas s'appliquer. Les bureaux de censure sont vus comme l'expression de la démocratie populaire. La Cour Suprême statua sur la nature du film lui-même et établit que le cinéma est une œuvre industrielle concernant un public à caractère universel — le premier amendement ne pouvait donc pas s'appliquer. C'est en 1952 que le statut des films sera à nouveau révisé pour pouvoir être protégé par ce même amendement.

Thomas Dixon, auteur du roman The Clansman qui inspira le film était un ancien camarade de classe du président Woodrow Wilson à l'université Johns-Hopkins. Dixon organisa une projection privée à la Maison-Blanche, pour Wilson, les membres de son cabinet, et de leurs familles. Wilson aurait dit du film « c'est comme écrire l'histoire avec la foudre. Et mon seul regret est que tout cela est terriblement vrai ». Dans Wilson: la nouvelle liberté, Arthur Link cite l'assistant de Wilson, Joseph Tumulty, qui dément que Wilson ait dit cela et affirme également que « le Président ignorait complètement la nature du film qu'on lui présenta et, à aucun moment, aurait exprimé une approbation à son sujet »[3]. Dixon lui-même fut apparemment à l'origine de la citation reprise très souvent dans la presse et qu'il aurait tiré d'une autre source. Dixon est allé jusqu'à promouvoir le film comme « approuvé par le gouvernement fédéral ». Quand la controverse du film s'est étendue, Wilson écrira qu'il désapprouve cette « production malheureuse »[4]. Le film suivant Intolérance fut une réponse de Griffith aux attaques de la critique et de l'opinion.

En décembre 1918, Emmett J. Scott et John W. Noble produisent le film The Birth of a Race (titre en contrepoint de The Birth of a Nation). En 1919, Oscar Micheaux produit le film The Homesteader, le premier film fait par un Noir. Ce film et Within Our Gates en 1920 sont considérés comme opposés à The Birth of a Nation.

Melvin Van Peebles explique dans le documentaire Classified X de Mark Daniels que Naissance d'une nation fait l'apologie du KKK et que, très dégradant, les acteurs noirs dans le film sont des blancs dont on a peint le visage en noir.

Le film est classé par IMDb dans « Racial Discrimination », film soutenant une forte discrimination raciale, « Racial Prejudice », film causant un préjudice racial pour les Noirs, et film de propagande.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Le film est controversé en raison de son interprétation de l'histoire. L'historien Steven Mintz (en) de l'université de Houston résume son message comme suit : la Reconstruction a été une catastrophe, les Noirs ne pourraient jamais être intégrés dans la société blanche d'égal à égal, et les actions violentes du Ku Klux Klan étaient justifiées pour rétablir un gouvernement honnête[5]. Le film suggère que le Ku Klux Klan rétablit l'ordre après la guerre civile, dans le sud qui était dépeint comme menacé par les abolitionnistes, les libéraux, et les carpetbagger du parti des Républicains du Nord. Ce qui correspondait à une vision de l'histoire de cette période telle que la concevait la Dunning School au début du XXe siècle.

Cette version des faits a été vigoureusement contestée par W. E. B. Du Bois et d'autres historiens noirs dès sa publication, et la plupart des historiens de tous horizons, aujourd'hui, qui font remarquer la loyauté des afro-Américains et leurs contributions au cours de la guerre civile et la reconstruction, y compris dans la mise en place de l'éducation publique universelle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. NAACP - Timeline
  2. The Rise and Fall of Jim Crow . Jim Crow Stories . The Birth of a Nation | PBS
  3. Letter from J. M. Tumulty, secretary to President Wilson, to the Boston branch of the NAACP, cité dans Link, Wilson.
  4. Woodrow Wilson to Joseph P. Tumulty, 28 avril 1915 in Wilson, Papers, 33:86.
  5. Digital History

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]