Naegleria fowleri

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L'espèce Naegleria fowleri est une amibe libre (non parasite) vivant dans les lacs, marais, piscines mal entretenues et la terre humide (elle se nourrit de bactéries dans les eaux douces stagnantes). Elle s'y trouve en petite quantité (pas plus de 10 / L) tandis qu'aux points de températures élevées (N. fowleri se cultive bien entre 35 et 40 °C), sa propagation est nettement plus importante comme dans les eaux de refroidissement de centrales thermiques (où sa concentration peut atteindre 100 / L voire plus).

Elle peut provoquer une méningo-encéphalite amibienne primitive.

Écologie[modifier | modifier le code]

La contamination des eaux stagnantes par N. fowleri se fait par transport de gouttelettes d'eau par le vent. Grâce à cela, N. fowleri peut se déplacer vers d'autres sites où sa présence n'est normalement pas observée tels les égouts, les piscines mal entretenues, les établissements thermaux...
Sa répartition est cosmopolite.

Pouvoir pathogène[modifier | modifier le code]

Naegleria fowleri est responsable d'une gravissime pathologie fort heureusement extrêmement rare (75 cas décelés en 1980) : la méningo-encéphalite amibienne primitive (MEAP). Les traitements sont l'amphotéricine B, en association avec la rifampicine administrée par voie orale; d'autres médicaments ont été ou sont en cours de test; cependant le pronostic d'une infection à Naegleria fowleri reste très sombre.

Neagleria fowleri est un agent classé en P3[1] (pathogène de groupe 3), il ne peut être manipulé que dans des laboratoires de sûreté biologique de niveau 3 et supérieur.

Clinique[modifier | modifier le code]

Si, au cours d'un bain en eau douce (piscines, étangs...), les formes végétatives de Naegleria fowleri sont amenées au contact des muqueuses nasales, elles s'installent d'abord - période d'invasion - dans une symptomatologie rhino-pharyngée : fièvre à 39-40 °C, nausées, céphalées et douleurs oculaires. Puis, à travers la plaque criblée de l'ethmoïde (os impair et médian de la tête, qui forme la partie supérieure du squelette du nez et dont la lame criblée, située à la base du crâne, est traversée par les nerfs olfactifs), elles gagnent activement les espaces méningés et c'est la période d'état avec son tableau de méningite ou de méningo-encéphalite puriforme aseptique. Très vite le malade est sub-comateux et la mort survient, sauf exception, en 5 à 10 jours.

Caractères structuraux[modifier | modifier le code]

Le genre Naegleria est celui des amibes flagellées, mais il arrive cependant que certaines souches de N. fowleri ne produisent pas de flagelles, même en milieu nutritionnel pauvre, ce qui rend le test de flagellation non fiable à 100 %. De plus, les amibes flagellées ne sont pas sous une forme constante.

Naegleria (formes).png

On distingue trois formes chez Naegleria fowleri[2] :

- La forme végétative ou trophozoïte : 8 à 30 µm, les flagelles n'apparaissent pas. Le corps cellulaire est déformable (pas de rigidité de la membrane) et on observe une formation abondante de pseudopodes à son pôle antérieur arrondi : la cellule est dite en "bouillonnement".

- La forme flagellée représentant la forme transitoire : 7 à 18 µm, les flagelles apparaissent sous la forme de deux flagelles polaires. La cellule garde plus ou moins une forme ovale et peu déformante.

- La forme kystique représentant la forme de résistance aux stress : 8 à 20 µm, les flagelles n'apparaissent pas. Le cellule est ronde et entourée de sa paroi kystique.

Biologie[modifier | modifier le code]

Dans la nature, Naegleria fowleri vit, en se nourrissant de bactéries, dans les eaux douces stagnantes (lacs, marais, piscines mal entretenues, ...) et la terre humide. Quand le milieu devient défavorable, elle s'enkyste, donnant un kyste à paroi épaisse, à un seul noyau, qui, dès que les conditions redeviennent favorables (température, pH, flore bactérienne), laisse sortir la jeune forme végétative, bouclant le cycle très simple.

Caractères biochimiques[modifier | modifier le code]

Pour l'identification de N. fowleri, il existe une méthode plus fiable que le test de flagellation. C'est le test de pathogénicité sur souris. Cependant, d'autres amibes sont pathogènes pour la souris et peuvent créer des interférences comme N. australiensis.

On utilise un profil d'isoenzymes spéciques de l'espèce pour son identification par des techniques d'électrophorèse et d'isoélectrofocalisation afin de déterminer la présence de lactate déshydrogénase (LDH), superoxyde dismutase, phosphatase acide, malate déshydrogénase, leucine-aminopeptidase (LAP) et L-thréonine déshydrogénase.

On utilise aussi des techniques immunologiques (plus précisément immunofluorescence indirecte), de sérogroupage avec des anticorps monoclonaux anti-Naegleria. On peut pratiquer des méthodes de séquençage de l'ADN amibien.
Ces méthodes sont toutes deux considérées comme fiables pour l'identification de N. fowleri.

Diagnostic[modifier | modifier le code]

L'examen de liquide céphalo-rachidien permet de découvrir les amibes végétatives :

  • à l'examen direct, entre lame et lamelle, en enceinte chauffée, par la microscopie en fond noir ou en contraste de phases (amibes mobiles),
  • sur étalement fixé et coloré à l'hématoxyline ferrique,
  • après mise en culture sur milieux spécialisés.

On peut également réaliser des tests immunologiques sur sérum sanguin (voir : caractères biochimiques).

Jusqu'ici, le diagnostic a été obtenu le plus souvent post-mortem. Les coupes de prélèvement nécropsiques montrant les amibes dans les espaces périvasculaires du cortex cérébral.

Prophylaxie[modifier | modifier le code]

La chloration des eaux est sans effet.

Le port individuel de masques de plongée protégeant les fosses nasales suffit à prévenir toute contamination.


Notes et références[modifier | modifier le code]

Amibes libres et santé publique Denis Bard et Françoise Siclet, Préface de Bernard Festy 1996 ISBN 978-2-85952-751-8

Lien externe[modifier | modifier le code]