Nérée et Achillée

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Sainte Domitille avec Saints Nérée et Achille, huile de Niccolò Pomarancio (1598-99) pour l'église Santi Nereo e Achilleo, à Rome.

Nérée et Achillée (ou Achille) sont deux « martyrs » chrétiens exilés avec Flavia Domitilla sur l'île de Pontia lors d'une « persécution » de Domitien en 96 et décapités quelques mois plus tard. Flavia Domitilla a été exécutée au début du règne de Trajan. Tous trois auraient été baptisés par l'apôtre Pierre à Rome.

Tradition chrétienne[modifier | modifier le code]

Selon la tradition, Achillée et Nérée auraient tous deux été baptisés par l'apôtre Pierre. Ils auraient été des Eunuques ou chambellans de la vierge Domitille, consacrée à Dieu.

Selon les Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée, Flavia Domitilla aurait été convertie au christianisme par l'apôtre Pierre, en même temps que sa mère Plautilla et que Nérée et Achillée, juste avant que Pierre quitte Rome. Ils apprirent par la suite qu'il avait été exécuté. Après la mort de sa mère Plautilla, Domitilla aurait été promise en mariage au fils d'un sénateur appelé Aurélien. Pour se soustraire à cette obligation de se marier, Nérée et Achilée lui aurait exposé qu'il lui était possible de se consacrer à Dieu et d'être ainsi mariée à Jésus Christ. Elle décide alors de devenir une vierge consacrée à Dieu et Nérée et Achillée vont trouver l'évêque Clément de Rome pour qu'il effectue la cérémonie de consécration, car elle avait « demandé à être consacrée vierge, et à recevoir le voile saint de la virginité » des mains même de Clément. Pour se présenter à lui, ils lui indiquent qu'ils étaient auparavant au service de Plautilla qui était une demi-sœur du « consul Clément » qui lui-même était un demi frère du père de Clément de Rome. « Le saint évêque Clément vint donc trouver Domitilla et la consacra vierge du Christ[1]. »

Toutefois, Aurélien ne se laissa pas arrêter par cette consécration chrétienne, qui ne doit avoir aucune valeur à ses yeux. « Il obtint de l'empereur Domitien que, si elle refusait de sacrifier, elle serait envoyée en exil dans l'île de Puntia. » Il y envoie aussi Nérée et Achillée. Il leur demande alors en leur offrant de riches présents de convaincre Domitilla de revenir sur son vœu. Toutefois les deux hommes refusent[2].

La suite est racontée par une lettre que les chrétiens « Eutychès, Victorinus et Maro » écrivent à Marcellus, car la dernière lettre de Marcellus adressée à Nérée et Achillée est arrivée « 30 jours » après que ceux-ci aient été exécutés. On apprend ainsi qu'Aurélien condamna Nérée et Achillée « à une cruelle flagellation, puis les fit conduire à Terracina (100 km au sud-est de Rome), où ils furent remis aux mains du consulaire Memmius Rufus. Celui-ci employa le chevalet et les torches ardentes pour les forcer à sacrifier aux idoles ; mais tous deux répétaient qu'ayant été baptisés par le bienheureux apôtre Pierre, rien ne pourrait les faire consentir à ces sacrifices impies. On finit par leur trancher la tête[2]. » Auspicius les emmena à Rome et « vint les ensevelir dans l'arenarium de la maison de campagne de Domitilla, sur la voie Ardéatine, à un mille et demi des murs de la ville, non loin du tombeau de Pétronilla, la « fille » de l'apôtre Pierre[2]. » L'expression fille de l'apôtre Pierre, doit s'entendre comme une « fille spirituelle » de Pierre. Petronille portait en effet ce nom comme descendante de Titus Flavius Petro dont le cognomen est Pierre (Petro), le grand-père de l'empereur Vespasien. Les indications sur le lieu de la sépulture ont entièrement été confirmées dans le dernier quart du XIXe siècle, lorsque Giovanni Battista De Rossi a effectué des fouilles archéologiques dans la catacombe aujourd’hui appelée Catacombes de Saint-Sébastien, mais dont le terrain à l'époque appartenait à Domitilla et à cette branche des Flaviens.

Après la lettre des trois chrétiens à Marcellus, le récit continue et on apprend que malgré la mort des deux hommes Aurélien se heurte toujours au refus de Domitilla, car « Eutychès, Victorinus et Maro » jouent désormais le même rôle auprès de « l'illustre vierge ». Aurelien finit par obtenir de l'empereur Nerva le droit de disposer aussi de ces trois chrétiens s'ils refusaient de « sacrifier aux idoles ». Ils sont donc eux aussi exécutés[2].

Après la mort « miraculeuse » d'Aurelien, l'empereur Trajan qui vient d'entrer en fonction en janvier 68 donne à Luxurius, frère d'Aurelien, le pouvoir de disposer de ceux qui étaient là lors de la fête où son frère est mort, s'ils refusent de « sacrifier aux idoles ». Flavia Domitilla est donc tuée avec deux de ses amies, elles-aussi chrétiennes. Pour les tuer, Luxurius a incendié la maison où elles étaient recluses[2].

Les Catacombes de Domitilla[modifier | modifier le code]

À proximité des catacombes de San Callisto à Rome, sur la it:Via Ardeatina se trouvent les immenses catacombes de Domitilla composées de 12 kilomètres de galeries souterraines[3]. Elles sont aujourd'hui appelées Catacombes de Saint-Sébastien.

Les Catacombes de Domitilla sont le plus ancien des réseaux funéraires souterrains de Rome[3] et les seules à contenir encore des ossements. Elles sont aussi les mieux conservées et l'une des plus vastes de toutes. « Elles fournissent également un aperçu étendu de toutes les phases et phénomènes d'une nécropole paléochrétienne[3]. » On y trouve notamment une fresque de la Dernière Cène datant du IIe siècle. Des tombes païennes isolées et des sépultures anonymes de la communauté chrétienne ont contribué à former un immense réseau de galeries au IVe siècle.

L'accès aux catacombes est possible en contrebas de l'église antique située 280 via delle Sette Chiese. Elles ont été redécouvertes en 1593 et une grande partie a été restaurée en 1870. Une campagne de relevés archéologiques a eu lieu de 2006 à 2009, sous la direction de N. Zimmerman. Une reconstitution partielle en 3D de ces catacombes a été réalisée à partir de ces relevés[4].

La basilique des saints Nérée et Achillée[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle, Giovanni Battista De Rossi a mis au jour une basilique semi-souterraine consacrée aux saints Nérée et Achillée, les chambellans de la « vierge Flavia Domitilla ». Il a aussi trouvé des indications, notamment une fresque qui montrent que la sépulture de Sainte Pétronille, elle aussi appartenant à la famille flavienne, se trouvait dans cette catacombe[5]. C'est notamment ce que disent aussi plusieurs textes chrétiens.

Ainsi dans les Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée on lit qu'un certains Auspicius emmena le corps de Nérée et Achillée à Rome et « vint les ensevelir dans l'arenarium de la maison de campagne de Domitilla, sur la voie Ardéatine, à un mille et demi des murs de la ville, non loin du tombeau de Pétronilla, la « fille » de l'apôtre Pierre[6]. » L'expression fille de l'apôtre Pierre, doit s'entendre comme une « fille spirituelle » de Pierre. Petronille portait en effet ce nom comme descendante de Titus Flavius Petro dont le cognomen est Pierre (Petro), le grand-père de l'empereur Vespasien[7]

La crypte où furent enterrés les saints Nérée et Achillée devint un sanctuaire qui après avoir connu trois phases structurelles devint une basilique semi-souterraine munie de trois nefs, une abside et un narthex[8]. La datation de la basilique à la fin du IVe siècle telle que G. B. De Rossi l'avait faite en s'appuyant sur un graffito et une épitaphe est en général acceptée[9],[10]. Pergola appuie ce point de vue en analysant les relations topographiques de la basilique avec le réseau de galeries de la catacombe[11]. La Jewish Encyclopedia note qu'elle est disposée selon un modèle juif[12], ce qui correspond au caractère judéo-chrétien de l'église de Rome[13] à la fin du Ier siècle, à une époque où le judaïsme et le christianisme ne sont pas encore séparés[14] et correspond particulièrement à ce que l'on sait du christianisme des membres de la famille flavienne qui y avaient adhéré[15],[16]. Les éléments les plus anciens de cette catacombe datent vraisemblablement du IIe siècle, mais rien ne s'oppose à ce que Pétronille, puis Nérée et Achillée aient été enterrés ici quelques dizaines d'années avant que la nécropole ne commence à prendre son ampleur et bien avant qu'existent les catacombes souterraines. Après la fin des activités funéraires au Ve siècle, cette basilique est devenue le centre d'un sanctuaire de pèlerinage aux tombes des « martyrs » Nérée et Achillée[3]. L'utilisation de la basilique souterraine a été abandonnée au Moyen Âge[3] (vers le IXe siècle). Avec environ 80 tombes peintes, les catacombes de Domitilla sont aussi l'une des plus grandes collections de catacombes peintes[3].

Église Santi Nereo e Achilleo[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Église Santi Nereo e Achilleo.

Cette église a été construite au IVe siècle, mais n'était pas au départ consacrée aux saints Nérée et Aquilée. Dans les actes du synode de Symmaque en 499, cette même église est attribuée à cinq prêtres. Ce n'est qu'en 595 qu’apparaît le nom Sanctorum Nerei et Achillei indiquant que l'appellation actuelle date donc du VIe siècle[17].

En 814, le pape Léon III fait reconstruire l'église pour accueillir les reliques des deux martyrs qui se trouvaient jusqu'alors dans les catacombes de Domitilla. Les cérémonies tenues à la catacombe de Domitilla sont alors abandonnées.

Culte[modifier | modifier le code]

Dans le Martyrologe romain, Nérée et Achillée sont fêtés le 12 mai, en même temps que la vierge consacrée et martyre Domitilla dont ils étaient les chambellans et qui a été baptisée en même temps qu'eux par l'apôtre Pierre.

À partir du VIe siècle, on leur a consacré l'église Santi Nereo e Achilleo, qu'il ne faut pas confondre avec la Basilique semi-enterrée de même nom, située dans la catacombe de Domitilla. Dans le Calendrier liturgique tridentin qui date du concile de Trente (1542), les saint Nérée, Achillée, Domitilla et Pancrace, sont fêtés le 12 mai[18].

Ils continuent à être fêtés le 12 mai[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La même histoire est racontée dans des sources chrétiennes plus tardives comme La légende dorée, avec des ajouts de discours explicatifs et quelques détails manquants; cf. Jacques de Voragine, La légende dorée, notice des "Saints Nérée et Achillée", Volume 1, 1967, Paris, Garnier-Flamarion, p. 380-381.
  2. a, b, c, d et e Actes des martyres, Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée. Voir aussi Jacques de Voragine, La légende dorée, notice des "Saints Nérée et Achillée", Volume 1, 1967, Paris, Garnier-Flamarion, p. 380-381.
  3. a, b, c, d, e et f N. Zimmerman, Project: The Domitilla-Catacomb in Rome
  4. Domitilla-Catacomb: Status and Progress of the Project 2009
  5. Bull. arch. crist., 1874, p. 8s ; 1875, p. 1s ; 1878, p. 132s ; 1879, p. 158s.
  6. Actes des martyrs, Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée.
  7. Dans la Légende dorée (XIIIe siècle), il est seulement indiqué que « leurs corps furent ensevelis auprès du tombeau de sainte Pétronille », ce qui donne la même indication topologique. cf. Jacques de Voragine, La Légende dorée, Notice des "Saints Nérée et Achillée, Volume 1, 1967, Paris, Garnier-Flamarion, p. 380-381.
  8. Mathijs Lamberigts, Peter van Deun, La pluralité, p. 63.
  9. C'est notamment le cas de Marucchi et Pergola, alors que Krautheimer et Tolotti propose de la dater vers 600 en s'appuyant sur des ressemblances architecturales.
  10. Mathijs Lamberigts, Peter van Deun, La pluralité, p. 63-64.
  11. Mathijs Lamberigts, Peter van Deun, La pluralité, p. 64.
  12. Jewish Encyclopedia, article Flavia Domitilla qui cite N. Müller, in Herzog-Hauck, "Real-Encyc." 3e éd.,X.863.
  13. Selon Simon Claude Mimouni, Paul dans son Épître aux Romains semble s'adresser à des judéo-chrétiens fort attachés au respect de la Torah et à des chrétiens d'origine grecque qui veulent s'en détacher totalement. cf. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 754.
  14. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf,‎ (ISBN 978-2-204-06215-2), p. 278.
  15. Selon Simon Claude Mimouni, l'évêque Clément de Rome est un judéo-chrétien, probablement de stricte observance juive « tout autant fortement messianiste que stoïcien ». cf. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 754.
  16. Dion Cassius dit que Flavius Clemens, sa femme et Manius Acilius Glabrio ont été condamnés pour les mêmes motifs par Domitien: « ne pas adorer les Dieux » et avoir « embrassé la religion des juifs ». Or les découvertes archéologiques effectuées par Giovanni Battista De Rossi dans la Catacombe de Priscilla conduisent à penser qu'Acilius Glabrio était chrétien et qu'il en était donc de même pour Titus Flavius Clemens et sa femme (cf. Giovanni Battista De Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1888-1889, p. 15s; cf. de Wahl, Römische Quartalschrift, IV, 1890, p. 305s). D'ailleurs, Titus Flavius Clemens figure au Vetus Martyrologium Romanum à la date du ​​22 Juin: « Item Romae Translatio sancti Flavii Clementis, viri Consularis et Martyris; qui, sanctae Plautillae frater ac beatae Virginis et Martyris Flaviae Domitillae avunculus, a Domitiano Imperatore, quocum Consulatum gesserat, ob Christi fidem interemptus est. Ipsius porro corpus, in Basilica sancti Clementis Papae inventum, ibidem solemni pompa reconditum est. », cf. (la) Vetus Martyrologium Romanum, à la date du 22 juin.
  17. (it) Chiesa dei Santi Nereo e Achilleo sur le site Romasegreta.it.
  18. Calendarium Romanum (Libreria Editrice Vaticana), p. 123.
  19. Abbé Migne, Troisième et dernière encyclopédie théologique, t. 51, Paris, 1854, col. 107-108.

Lien externe[modifier | modifier le code]