Néonicotinoïde

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Les néonicotinoïdes sont une classe d'insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes avec une toxicité inférieure chez les mammifères. Le premier néonicotinoïde (imidaclopride) à été découvert en 1991 par Shinzo Kagabu (Bayer CropScience, Japon). Les néonicotinoïdes représentent une petite dizaine de molécules. Ces neuro-toxiques sont généralement des dérivés chlorés et ils ciblent les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine. Les néonicotinoïdes sont parmi les insecticides les plus utilisés à travers le monde[1]. Selon la sensibilité de chacun, ils cumulent trois principaux avantages/inconvénients. D'abord leur très haute toxicité pour les insectes (efficacité/dangerosité). Ensuite, leurs propriétés systémiques les rendent présents dans tous les compartiments de la plante traitée (protection globale/contamination globale). Enfin, leur très longue persistance dans les divers compartiments de l'environnement (protection longue/contamination longue).

De nombreux apiculteurs mettent en cause ces molécules pour expliquer le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles[2] ou Colony Collapse Disorder (CCD)[3]. La Commission Européenne a suspendu 3 néonicotinoides en 2013 sur la base des travaux de l'EFSA.

Plusieurs études scientifiques ont mis évidence la toxicité de ces insecticides sur les abeilles et bourdons en laboratoire et lors de tests en conditions contrôlées. Ces observations sont difficiles à confirmer par les travaux de terrain[4] [5] [6], ce qui alimente une discussion scientifique. Plus généralement, il est considéré que "l'exposition chronique à ces insecticides largement utilisés tue les abeilles et de nombreux autres invertébrés"[7].

Substances actives[modifier | modifier le code]

On compte parmi les néonicotinoïdes actuels :

  • l'acétamipride
    • commercialisé par Bayer CropSciences pour les formulations commerciales Suprême, Polysect, Bambi, Equinoxe etc et principalement pour le traitement des arbres (fruitiers ou non), légumes, pomme de terre, tabac, rosiers etc.
  • la clothianidine
    • Comercialisée par Bayer Cropsciences, par exemple pour la formulation commerciale Poncho, elle n'est pas autorisée en France[8]
  • le thiaclopride
    • utilisé par Bayer dans le Proteus (ou PROTEUS (mention abeille, c'est à dire Emploi autorisé durant la floraison)

Mode d'action[modifier | modifier le code]

Les pesticides de la famille des néonicotinoïdes ont un mode d'action commun : ils affectent le système nerveux central des insectes, provoquant la paralysie et la mort.

Impacts sur la santé[modifier | modifier le code]

Une étude conduite sur des rats suggère que les néonicotinoïdes pourraient affecter défavorablement la santé humaine, spécialement le développement du cerveau[12].

Impacts sur l'environnement[modifier | modifier le code]

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a identifié des risques pour les abeilles dans l'utilisation des néonicotinoïdes. Trois types d'insecticides sont concernés  : la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame. Ils peuvent avoir des effets aigus et chroniques sur la survie et le développement des colonies d'abeilles, leur comportement et leurs larves[13]. Une synthèse indépendante menée par Jeroen van der Sluijs de l'université d'Utrecht (en collaboration avec des chercheurs de l'université du Sussex, du CNRS et d'INRA) et publiée dans la revue Current Opinion in Environmental Sustainability en 2013 montre comment les néonicotinoïdes ont pris une part croissante dans l'usage d'insecticides avec plus de 25 % de parts de marché. Ces produits sont hautement neurotoxiques pour les insectes y compris les pollinisateurs à cause de leur large diffusion dans l'environnement, leur persistance dans le sol et l'eau. La présence de ces néonicotinoïdes est fréquente dans les essaims d'abeille. Soumis à des « doses réalistes de terrain », ils provoquent une large gamme « d'effets dangereux pour l'abeille et le bourdon », en affectant la performance des colonies, affaiblissant le butinage et le couvain, augmentant la fragilité face aux maladies et aux parasites[14].

Réglementation[modifier | modifier le code]

À la suite de la publication d'études scientifiques, l'usage de certains insecticides de cette classe a été interdit dans certains pays.

En France, la première interdiction intervient en 1999 pour l'imidaclopride sur le tournesol. La seconde interdiction intervient en 2004 pour l'imidaclopride sur le maïs.

La préparation Cruiser (à base de thiaméthoxam) a fait l'objet d'une succession d'autorisation/suspensions entre 2008 et 2010. La préparation Poncho (à base de clothianidine) n'a pas reçu d'homologation suite aux dépopulations de ruches en 2008 en Allemagne (Bade-Wurtemberg).

En conséquence de l'avis rendu par l'EFSA, la Commission européenne suspend en 2013 l'utilisation des 3 néonicotinoïdes durant une durée de deux ans (voir décision du 24 mai 2013)

Controverse[modifier | modifier le code]

Une méta-analyse menée par Jean-Marc Bonmatin du CNRS et basée sur l'examen de toute la littérature existante concernant les néonicotinoïdes et le fipronil a été publiée par 29 chercheurs sous la forme d'un numéro spécial dans Environmental Science and Pollution Research. Ce groupement de chercheurs de la Task Force on Systemic Pesticides a publié huit articles scientifiques en 2014 qui constituent le Worldwide Integrated Assessment on systemic pesticides[15]. D'après les auteurs la « production mondiale de néonicotinoides augmente toujours »[1], les espèces non cibles seraient exposées par de nombreuses voies dans l'environnement (sol, eau, air, plantes)[16], que « tous les autres pollinisateurs sauvages sont affectés », de nombreuses espèces d'invertébrés utiles comme les vers de terre ou les espèces aquatiques seraient menacées[17], que les vertébrés comme les oiseaux seraient impactés directement ou indirectement[18], la méta analyse détaille les menaces sur les services écosystémiques dont la productivité agricole dépend[19]. Les auteurs recommandent d'urgence de réduire ou d'interdire l'usage des néonicotinoïdes[20] et de développer des alternatives aux insecticides qui soient inoffensives pour la biodiversité, puisque dans la très grande majorité des cas l'usage prophylactique de ces insecticides ne serait pas justifié[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Simon-Delso N et al., « Systemic insecticides (neonicotinoids and fipronil): trends, uses, mode of action and metabolites », Environ Sci Pollut Res,‎ 2014 (lire en ligne)
  2. Source cdurable.info : effet des néonicotinoïdes sur l'abeille.
  3. (en) « Colony collapse disorder », sur Wikipedia (en) (consulté le 13/12/2014)
  4. Blacquière T, Smagghe G, van Gestel CA, Mommaerts V., « Neonicotinoids in bees: a review on concentrations, side-effects and risk assessment », Ecotoxicology, vol. 21, no 4,‎ 2012, p. 973-92. (PMID 22350105, PMCID PMC3338325, DOI 10.1007/s10646-012-0863-x
  5. (en) Henry M et al., « A common pesticide decreases foraging success and survival in honey bees. », Science, no 20;336(6079):348-50. doi: 10.1126/science.1215039,‎ 2012 (lire en ligne)
  6. (en) Whitehorn PR et al., « Neonicotinoid pesticide reduces bumble bee colony growth and queen production. », Science, no 336: 351-352,‎ 2012 (lire en ligne)
  7. (en) Sanchez-Bayo F, « The trouble with neonicotinoids. Chronic exposure to widely used insecticides kills bees and many other invertebrates. », Science, no Vol 346 Issue 6211,‎ 14 novembre 2014, p. 806-7 (lire en ligne)
  8. « Site e-phy (Ministère de l'Agriculture) » (consulté le 13/12/2014)
  9. www.syngenta-us.com/media/emedia_kits/thiamethoxamvigorus/media/pdf/presentation.pd
  10. http://www.syngenta.com/country/ch/fr/produkte-und-bereiche/landwirtschaft/Documents/DataSheets/TD-Sheets/actara_f.pdf
  11. http://www3.syngenta.com/country/fr/fr/Varietes-et-produits/protection-des-cultures/insecticides/Pages/LUZINDO.aspx
  12. Kimura-Kuroda J , Komuta Y , Kuroda Y , Hayashi M , Kawano H (2012) Nicotine-Like Effects of the Neonicotinoid Insecticides Acetamiprid and Imidacloprid on Cerebellar Neurons from Neonatal Rats. PLoS ONE 7(2): e32432. doi:10.1371/journal.pone.0032432
  13. EFSA, Communiqué de presse du 16 janvier 2013 - http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/130116.htm
  14. (en) Jeroen van der Sluijs, Noa Simon-Delso, Laura Maxim, Jean-Marc Bonmatin et Luc P Belzunces, « Neonicotinoids, bee disorders and the sustainability of pollinator service », Current Opinion in Environmental Sustainability, vol. 5,‎ septembre 2013, p. 293–305 (lire en ligne)
  15. (en) Bijleveld van Lexmond M, Bonmatin JM, Goulson D et Noome DA, « Worldwide integrated assessment on systemic pesticides. Global collapse of the entomofauna: exploring the role of systemic insecticides », Environ Sci Pollut Res,‎ 2014 (lire en ligne)
  16. (en) Bonmatin JM et al., « Environmental fate and exposure; neonicotinoids and fipronil », Environ Sci Pollut Res,‎ 2014 (lire en ligne)
  17. (en) Pisa L et al., « Effects of neonicotinoids and fipronil on non-target invertebrates », Environ Sci Pollut Res,‎ 2014 (lire en ligne)
  18. (en) Gibbons D et al., « A review of the direct and indirect effects of neonicotinoids and fipronil on vertebrate wildlife », Environ Sci Pollut Res,‎ 2014 (lire en ligne)
  19. (en) Chagnon M et al., « Risks of large-scale use of systemic insecticides to ecosystem functioning and services », Environ Sci Pollut Res,‎ 2014 (lire en ligne)
  20. (en) van der Sluijs JP et al., « Conclusions of the Worldwide Integrated Assessment on the risks of neonicotinoids and fipronil to biodiversity and ecosystem functioning », Environ Sci Pollut Res,‎ 2014 (lire en ligne)
  21. (en) Furlan F et Kreutzweiser D, « Alternatives to neonicotinoid insecticides for pest control: case studies in agriculture and forestry », Environ Sci Pollut Res,‎ 2014 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]