Mythe osirien

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Osiris et Isis allaitant le pharaon (Horus)

Osiris (du grec ancien : Ὄσιρις) est un dieu de la mythologie égyptienne, fils aîné de Geb et de Nout. Roi mythique de l'Égypte antique, il règne sur le pays avec Isis, sa sœur et son épouse. Inventeur de l'agriculture et de la religion, son règne est bienfaisant et civilisateur. Il meurt noyé dans le Nil à l'âge de vingt-huit ans, assassiné dans un complot fomenté par Seth, son frère cadet. Malgré le démembrement de son corps, il retrouve la vie par la puissance magique de ses sœurs Isis et Nephtys. Elles furent secondées dans cette œuvre par leurs fils respectifs ; Horus et Anubis. Le martyr d'Osiris lui vaut de gagner le monde de l'Au-delà dont il devient le souverain et le juge suprême des lois de la Maât. Dans son nouveau royaume, son autorité s'appuie sur une armée de démons capable de gagner le monde terrestre et d'infliger des épidémies et des envoûtements mortels. Dans le monde terrestre, son fils Horus est son successeur sur le trône d'Égypte.

Historique du culte osirien[modifier | modifier le code]

Le culte osirien, actif depuis le XXVe siècle avant notre ère, perdure sur une période dépassant les trois millénaires. Il apparaît durant l'Ancien Empire, lorsque les rois de la Ve dynastie mettent en place sa dévotion. Les croyants se tourneront ensuite vers Osiris et son épouse Isis jusqu'au VIe siècle de notre ère ; le dernier temple païen d'Égypte à fermer étant le temple d'Isis de l'île de Philæ. Au Moyen Empire, le culte d'Osiris s'enracine à Abydos en supplantant la divinité funéraire locale, le canidé Khentamentiou. Cette ville qui fut l'antique nécropole des premiers rois du pays devint alors la cité du dieu Osiris, renommée pour posséder une sainte relique, la tête du dieu. Attirant à elle de nombreux fidèles en quête d'éternité.

Jusqu'au Nouvel Empire égyptien, le culte d'Osiris est essentiellement funéraire ; chaque défunt s'identifiant à sa destinée post-mortem. Durant le Ier millénaire, Osiris conserve sont statut de juge des âmes. Cependant, ses aspects de dieu des flots du Nil, et par là même de dieu de la fertilité se mettent en avant, augmentant ainsi sa popularité auprès de la population nilotique. Des colons grecs installés à Memphis adoptent son culte dès le IVe siècle sous sa forme locale de Osiris-Apis, le taureau sacré mort et momifié. Les souverains lagides importent ce culte dans leur capitale Alexandrie sous la forme de Sérapis, le dieu syncrétique gréco-égyptien.

Après la conquète de l'Égypte par les forces romaines, Osiris et Isis s'exportent vers Rome et son empire. Ils s'y maintiendront, avec des hauts et des bas jusqu'au IVe siècle pour finalement être évincé par le christianisme triomphant.

Sources textuelles[modifier | modifier le code]

Auteurs gréco-romains[modifier | modifier le code]

Les Textes des Pyramides sont le plus ancien corpus d'écrits religieux de l'humanité. Ils assimilent le roi défunt à Osiris. Chambre funéraire du roi Ounas de la Ve dynastie.

Avant le déchiffrement des hiéroglyphes en 1822 par le français Jean-François Champollion, la connaissance en Europe du dieu Osiris, de son mythe et de son culte s’est surtout appuyée sur les auteurs grecs et latins de l'Antiquité. Quelques-uns ont visité l’Égypte durant la Basse époque égyptienne. D’autres se sont contentés de compiler les savoirs de leur temps. Après vérifications, quelques-unes de leurs affirmations se sont montrées fausses. On peut mentionner le Livre II des Histoires d’Hérodote, le Livre I de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile et le livre XVII de la Géographie de Strabon[j 1].

L'ouvrage majeur est le traité Sur Isis et Osiris de Plutarque. Dans cet opuscule apparaît pour la première fois un récit suivi et cohérent du mythe d'Osiris. Ses dires sont très tardifs car à son époque, la civilisation de l'Égypte antique connaît ses derniers feux. Certains détails de la version de Plutarque se sont vus confirmés par des sources égyptiennes découvertes par les égyptologues ; les relations sexuelles d'Isis et d'Osiris dans le sein de leur mère Nout, l'adultère d'Osiris avec Nephtys, le meurtre d'Osiris le 17 du mois d'Athyr, la mort d'Osiris à 28 ans[j 2].

Textes égyptiens[modifier | modifier le code]

Une fois la lecture des hiéroglyphes acquises, les savants ont pu se tourner vers des sources égyptiennes. Étudiées dès le XIXe siècle, les scènes pariétales du temple de Dendéra (époque ptolémaïque), ont livré de précieuses données concernant les célébrations osiriennes du mois de Khoiak. Par la suite, des égyptologues ont étudié d’autres temples tardifs comme ceux d’Edfou, d’Hibis (oasis de Khargeh), de Behbeit et les chapelles osiriennes de Karnak[j 3]. Les prêtres égyptiens n’ont pas rédigé un récit mythologique suivi et cohérent de la geste osirienne car un tabou entourait la mort d'Osiris. Il fallait garder le silence sur tout ce qui touchait à son décès[c 1]. Cependant, leurs écrits magiques et funéraires regorgent de données éparses et les allusions à la mythologie d'Osiris sont nombreuses[k 1]. Les plus anciens textes, datés de l’Ancien Empire égyptien, sont les Textes des Pyramides. Le roi défunt y est assimilé à Osiris et recherche l’ascension céleste pour rejoindre et les étoiles considérée comme des entités immortelles[k 2]. Par la suite, la ferveur osirienne se développe et prend de l’ampleur durant le Moyen Empire égyptien. Les références à Osiris sont alors omniprésente dans les Textes des Sarcophages. Ce matériel funéraire n’est plus destiné au souverain mais plus particulièrement aux élites locales de la Moyenne Égypte[k 3]. Le Nouvel Empire égyptien puis la Basse époque égyptienne nous ont laissé un important matériel d'écrits funéraires ; le culte d’Isis et d’Osiris étant alors à son apogée. Outre les textes des tombes et des hypogées redécouverts lors de fouilles archéologiques, les égyptologues peuvent appréhender la mythologie osirienne à partir des nombreux papyrus conservés par les musées contemporains, en particulier à partir des rouleaux ornés des formules du Livre des morts des Anciens Égyptiens[k 4].

Résumé du mythe[modifier | modifier le code]

De Nout, la déesse ciel et de Geb, le dieu terre naissent quatre enfants : époux, frères et sœurs Osiris et Isis, Seth et Nephtys. Osiris reçoit le trône d'Égypte, enseigne aux hommes l'agriculture et l'élevage. Sa femme les déshabitue de l'anthropophagie, leur inculque la fabrication du pain, des vêtements et leur enseigne la magie.

Seth, jaloux de la gloire de son frère, met au point un piège. Lors d'un banquet divin, il promet d'offrir un merveilleux sarcophage à la divinité la plus à l'aise à l'intérieur. Les dieux l'essayent. Naturellement, fabriqué aux dimensions du dieu vert, celui-ci s'y sent particulièrement bien. Le maître de l'orage l'enferme et le jette au fleuve. L'être bon se noie, Seth en profite pour asseoir sa domination sur le double pays. En apprenant qu'Isis recherche le corps de son époux, il entre dans une rage folle, découpe le défunt en quatorze morceaux qu'il disperse en Égypte. Aidé de quelques fidèles dont Thot, Nephtys et Anubis, Isis retrouve les parties du dieu, hormis son pénis avalé par le poisson oxyrhynque. Après en avoir reconstitué le corps, elle bat des ailes pour lui insuffler la vie grâce à ses pouvoirs magiques. Transformée en milan, elle peut être fécondée. De cette union naît Horus.

Adulte, aidé d'Anubis, Horus rend les hommages et embaume son père, qui devient la première momie, « l'éternellement beau », car protégé de la putréfaction. Osiris jouit d'une nouvelle vie au royaume des enfers, qu'il transforme, comme il l'avait si bien fait sur terre en pays fertile : les champs d'Ialou et d'Hotpou. Vient ensuite le temps de chasser l'usurpateur. Durant le combat cosmique, Seth est vaincu à maintes reprises, n'hésitant pas à se transformer en animal pour s'enfuir. Dans la bataille, Horus perd son œil gauche mais émascule son oncle. Thot s'empresse de tout remettre en place. Le glas allait sonner pour Seth lorsqu'Isis, se souvenant qu'il était son frère, est prise de pitié et s'oppose à son extermination. Dans sa fureur, Horus tranche la tête de sa mère que Thot remplace par une tête de vache. Tout est à recommencer lorsque Thot, lassé de ces querelles, s'improvise arbitre.

Au terme d'un procès, les dieux jugent de la culpabilité de Seth et partagent le royaume en deux. À Horus, la terre noire et fertile. À Seth, le désert aride. En contrepartie de ses déboires, ce dernier est adopté par , l'accompagnant sur la barque sacrée du soleil, repoussant quotidiennement le serpent Apophis. Le dieu faucon reprend la place qui lui revient sur le trône de son père, devenant le premier pharaon. Thot, quant à lui, succédera à Horus sur le trône d'Égypte, devenant le deuxième pharaon mais aussi le dernier pharaon divin avant la fameuse dynastie 0.

Ses descendants, les rois, font précéder leur nom tutélaire d'Horus d'or marquant ainsi leur lignée divine, Pharaon recevant la couronne de Seth et d'Horus.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

  • British Museum, Le Livre de l'Ancienne Égypte, Paris, Éditions du Félin,‎ 1995
  • Françoise Dunand et Christiane Zivie-Coche, Hommes et Dieux en Égypte, Paris, Éditions Cybèle,‎ 2006 (ISBN 29158400204[à vérifier : isbn invalide])
  • Collectif, Dictionnaire des Mythologies, Paris, Flammarion,‎ 1999 (ISBN 2702828825)

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Paul Barguet, Textes des Sarcophages égyptiens du Moyen Empire, Paris, Le Cerf,‎ 1986, 725 p. (ISBN 2204023329)
  • Paul Barguet, Le Livre des Morts des Anciens Égyptiens, Paris, Éditions du Cerf,‎ 1967 (ISBN 2204013544)
  • Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne, Paris, Cybèle,‎ 2009-2010 (ISBN 9782915840100)
  • Dimitri Meeks, Mythes et légendes du Delta d'après le papyrus Brooklyn 47.218.84, Le Caire, IFAO,‎ 2008 (2e éd.) (ISBN 9782724704273)
  • Plutarque et Mario Meunier (traduction française), Isis et Osiris, Paris, Guy Trédaniel,‎ 2001 (ISBN 2857070454)

Synthèses[modifier | modifier le code]

  • Bernard Mathieu, « Mais qui est donc Osiris ? Ou la politique sous le linceul de la religion », ENIM 3, Montpellier,‎ 2010, p. 77-107
  • Jan Assmann, Mort et au-delà dans l'Égypte ancienne, Monaco, Éditions du Rocher,‎ 2001
  • Table ronde Internationale-Lyon-2005, Le culte d'Osiris au 1er millénaire av. J.-C., Le Caire, Laurent Coulon-IFAO,‎ 2010 (ISBN 9782724705713)

Revue égyptologique[modifier | modifier le code]

  • Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale, Le Caire, IFAO

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Jan Assmann, Mort et au-delà dans l'Égypte ancienne, Monaco, Éditions du Rocher,‎ 2001
  1. p. 289-292 : « Le mystère d'Osiris »
  • Table ronde Internationale-Lyon-2005, Le culte d'Osiris au 1er millénaire av. J.-C., Le Caire, Laurent Coulon-IFAO,‎ 2010 (ISBN 9782724705713)
  1. p. 2: « De nouvelles sources textuelles pour la connaissance des rites osiriens »
  2. p. 2: Note 4
  3. p. 3: « De nouvelles sources textuelles pour la connaissance des rites osiriens »
  1. p. 37 : « Introduction. »
  2. p. 7 : « Introduction. »
  3. p. 42 : « Introduction. »
  4. p. 38: « Introduction. »