Mythe des races

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Race (homonymie) et Âge.
L'Âge d'argent, par Cranach l'Ancien (1re moitié du XVIe siècle)

Le mythe des races métalliques ou mythe des âges de l'humanité est un récit anthropogonique de la mythologie grecque qui fait pendant au mythe prométhéen.

Il est rapporté pour la première fois par Hésiode, dans Les Travaux et les Jours (VIIIe siècle av. J.-C.), et repris ensuite par de nombreux autres poètes.

L'occultiste Helena Blavatsky dans La Doctrine Secrète, décrit l'évolution de sept « humanités » ou « races-racines » sur des millions d'années et se réfère à différents continents légendaires (Hyperborée, Lémurie, Atlantide).

Le mythe hésiodique (les cinq races)[modifier | modifier le code]

Le poète distingue 5 races d'humains successives, dans lesquelles l'existence, d'abord idéale, se dégrade progressivement. Chacune de ces races est créée par les dieux de l'Olympe, et vient à s'éteindre après un temps déterminé.

  • La race d'or est créée lorsque Cronos règne encore au ciel :

les Hommes à cette époque ne travaillaient pas et vivaient en accord parfait avec la faune et la flore, les sacrifices étaient donc inexistants. Les Hommes n'étaient pas à proprement parler « humains » ; ainsi, ils ne se reproduisaient pas, mais étaient « semés ».

Les saisons étaient inexistantes, ils vivaient dans un printemps éternel. La nature était d'ailleurs bienfaitrice (mère nourricière) et leur fournissait tout sans aucun effort. « Ils vivaient comme des dieux, le cœur libre de soucis, à l'écart et à l'abri des peines et des misères : la vieillesse misérable sur eux ne pesait pas ; mains, bras et jarret toujours jeunes, ils s'égayaient dans les festins, loin de tous les maux. Mourants, ils semblaient succomber au sommeil[1]

Ceux-là vivent des récoltes que la terre donnait d'elle-même et, après leur mort, sont changés par Zeus en « bons génies de la terre, gardiens des mortels, dispensateurs de la richesse ».
  • La race d'argent, parce qu'elle se montre coupable d’hybris, connait le mal et la douleur : « Ils ne savaient pas s'abstenir entre eux d'une folle démesure. » C'est aussi le début de l'agriculture ; pour la première fois les Hommes doivent creuser la terre afin d'obtenir le blé. Elle fut finalement ensevelie par Zeus, courroucé de ne les voir rendre aucun hommage aux dieux.
  • La race de bronze est une race guerrière, « fille des frênes, terrible et puissante » : également coupable d’hybris, elle finit par s'anéantir elle-même.
  • La race des héros, « plus juste et plus brave », est celle des demi-dieux engendrés par les immortels venus s'unir avec les mortelles. Leurs histoires sont racontées dans les épopées antiques ; la plupart périrent lors de la Guerre de Troie et les plus méritants sont placés par Zeus dans les Îles des Bienheureux.
  • La race de fer, actuelle, trouve encore « quelques biens mêlés à tant de maux ». Mais un temps plus dur attend cette race, où : « [...] l'hôte n'est pas à l'abri de son hôte, ni le beau-père de son gendre ; même entre frères, la bonne entente est rare. Le mari médite la mort de sa femme, et la femme celle de son mari ; de redoutables marâtres mélangent les sucs livides de l' aconit ; le fils se demande combien d'années va vivre encore son père. » Indignées, Aidos et Némésis quitteront alors la terre pour se réfugier dans l'Olympe, alors « il ne restera plus aux mortels que les chagrins dévorants, et leurs maux seront irrémédiables ».

Les sept humanités/races-racines[modifier | modifier le code]

Helena Blavatsky fait, dans le vol. III de la Doctrine Secrète (Anthropogénèse), une description détaillée, avec des références à différentes traditions et civilisations, des humanités ou races-racines : les Chhâyâs, Hyperboréens, puis les Lémuriens, Atlantes et Aryen, l'actuelle humanité[2].

Par ailleurs elle y fait allusion de façon synthétique dans son Glossaire théosophique[3] :

« la philosophie ésotérique orientale nous enseigne que les sept rois d'Edom ne sont pas le type de mondes disparus ou de forces déséquilibrées, mais le symbole des sept races-racines humaines, dont quatre ont passé, la cinquième passe, et il y en a encore deux à venir. »

— Helena Blavatsky, Glossaire théosophique (définition de "Edom")

Autres versions du mythe[modifier | modifier le code]

Gravure pour le livre I des Métamorphoses d'Ovide

Platon, évoquant explicitement l'œuvre d'Hésiode, propose une interprétation du mythe dans sa République[4] : il est censé justifier les inégalités sociales auprès du peuple par le droit naturel. On y apprend que les hommes sont naturellement divisés en trois races, à chacune desquelles correspond une caste. Selon le métal avec lequel chaque homme est mélangé, il appartiendra à l'une ou l'autre de ces races (et se verra ainsi attribuer une caste spécifique) : les hommes « ayant reçu » de l'or à la naissance, seront philosophes ; ceux d'argent seront gardiens, et enfin, ceux d'airain et de fer se verront affectés aux « professions manuelles ».

Ovide, dans ses Métamorphoses, ne cite pas cinq races mais quatre âges successifs : âge d'or, d'argent, de bronze et de fer.

Interprétations[modifier | modifier le code]

Plus que le métal dont ils sont faits (car rien ne précise dans les textes que ces hommes sont réellement métalliques), les vertus qui président à leur façon de conduire leur vie, la façon dont se répartissent diké, c'est-à-dire « Justice » (qui est aussi une déesse) et hybris, c'est-à-dire « Démesure » (au sens de rivalité avec les dieux, ou de comportement déraisonnable : la race de bronze, par exemple, ne cessait de guerroyer) dans leur vie détermine leur sort dans la vie future. Chez les hommes de la race d'or comme chez ceux de la race d'argent, c'est la justice qui oriente leur vie en sorte que, après leur mort, les uns comme les autres deviendront des daimones (esprits intermédiaires entre les dieux et les hommes). On peut comprendre cette détermination comme une forme de prédestination ou comme un accès possible à une forme de sainteté. Le mythe est alors une forme de compréhension de l'humanité et du projet de dépasser le sort commun à sa qualité d'être périssable.

Sources[modifier | modifier le code]

Version hésiodique
Versions latines

Version de la Société théosophique

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce passage de la Théogonie ainsi que les suivants sont issus de la traduction de Paul Mazon, Les Belles Lettres.
  2. Helena Blavatsky, La Doctrine Secrète, 1888, Tome III, Anthropogénèse, (version pdf)
  3. Helena Blavatsky, Glossaire théosophique, 1892 (version pdf)
  4. Platon, La République [détail des éditions] [lire en ligne], III, 414b-415e.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Vernant :
    • « Le Mythe hésiodique des races. Essai d’analyse structurale », « Le Mythe hésiodique des races. Sur un essai de mise au point » et « Méthode structurale et mythe des races », dans Mythe et pensée chez les Grecs. Études de psychologie historique, La Découverte, coll. « Poches », Paris, 1996, respectivement p. 19–47, 48–85 et 86–106 (ISBN 2707126284),
    • « Le Mythe prométhéen, le mythe des races et l'émergence de la Cité-État », dans Fabienne Blaise, Pierre Judet de la Combe et Philippe Rousseau (dir.), Le Métier du mythe. Lectures d'Hésiode, Presses Universitaires du Septentrion, coll. « Cahiers de Philologie / Apparat critique » (ISBN 2-85939-508-3) ;
  • Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?, Seuil, 1984 (ISBN 2020159538) ;
  • Pierre et André Sauzeau, « Le Symbolisme des métaux et le mythe des races métalliques », Revue de l'histoire des religions, RHR 3/2002 [présentation en ligne] ;
  • Alain Ballabriga, « L'Invention du mythe des races en Grèce archaïque », dans Revue de l'histoire des religions, RHR 3/1998 [présentation en ligne] ;
  • J.-P. Brisson, Rome et l’âge d’or, de Catulle à Ovide, vie et mort d’un mythe, La Découverte, coll. « Textes à l’appui / Histoire classique », Paris, 1992 (ISBN 2707121576) ;
  • J. Fabre-Serris, Mythologie et littérature à Rome : la réécriture des mythes aux Iers siècles avant et après J.-C., Payot, Lausanne, 1998 (cf. notamment p. 27-38) (ISBN 2601032286).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Monique Mund-Dopchie :
    • « De l'âge d'or à Prométhée : le choix mythique entre le bonheur naturel et le progrès technique », dans Folia Electronica Classica no 2 (2001) [lire en ligne].
    • « L’âge d’or et Prométhée : destins croisés de deux mythes fondateurs chez les Grecs », dans Folia Electronica Classica no 14 (2007) [lire en ligne].
  • Mythe des races. Goltzius. Collection De Verda