Mysticisme quantique

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L'expérience du chat de Schrödinger est un thème fréquemment utilisé dans la spiritualité New Age

Mysticisme quantique est une expression contemporaine désignant un ensemble de croyances métaphysiques et de pratiques connexes qui cherchent à établir un rapport entre la conscience, l’intelligence, certaines philosophies orientales et les théories de la mécanique quantique et ses interprétations[1],[2],[3],[4],[5],[6] venant soutenir une vision panthéiste de l'univers. Du point de vue de la majorité de la communauté scientifique, le mysticisme quantique repose sur des interprétations erronées ou insuffisamment fondées de la mécanique quantique.

Définition[modifier | modifier le code]

Le fait que la mécanique quantique comporte de profondes difficultés conceptuelles et que son interprétation physique ne fait pas encore l'unanimité dans la communauté scientifique ouvre la porte à diverses spéculations ou surinterprétations. Parmi les concepts problématiques, on peut citer la dualité onde corpuscule, l'amplitude de probabilité, l'intrication quantique ou encore la non-localité.

Le point de vue volontiers panthéiste d'Albert Einstein sur le monde a contribué à des débats philosophiques parmi ses pairs, bien qu'il se soit lui-même opposé à certaines formulations mystiques dans le domaine de la physique quantique[7]

Les prémices d'un mysticisme quantique sont apparus au début du XXe siècle parmi les fondateurs de la théorie quantique eux-mêmes[8] alors qu'ils débattaient des interprétations et implications de leur théorie naissante, qui allait devenir la mécanique quantique. Alors que la théorie commençait à devenir une théorie scientifique, les caractéristiques essentielles de la théorie quantique et les questions ontologiques qui en découlent ont confronté les chercheurs à la difficulté de distinguer les discussions philosophiques des débats scientifiques[9]

Wolfgang Pauli considérait que les connaissances en physique quantique « font apparaître une situation qui transcende la science » et pourrait avoir une « fonction religieuse » dans l’expérience humaine[10]. Einstein s’est opposé sans ambigüité à ce genre d’assertions. Par exemple, alors que des journaux britanniques écrivaient qu’il était d’accord avec la thèse que « le monde extérieur est une expression de la conscience » (c'est-à-dire qu'il n'y aurait pas de distinction réelle entre la conscience et l'univers voire, dans les points de vue les plus extrêmes, que le monde n'existe que dans notre conscience et pas objectivement), il répondit « Aucun scientifique ne croit cela. Sinon, ce ne serait pas un scientifique (…) Pourquoi quelqu’un prendrait-il la peine de scruter les étoiles, s’il pensait qu’elles n’étaient pas réellement là ? »[11].

Le débat s'est principalement développé juste après la Seconde Guerre mondiale au travers de publications comme celles de Schrödinger ou de l'article d’Eugene Wigner en 1961 mais, même si de telles interprétations spiritualistes ont continué à apparaître parmi quelques scientifiques de la nouvelle physique, elles sont devenues plus rares et ont été progressivement désapprouvées par la communauté scientifique[12].

Beaucoup des thèses associées au « mysticisme quantique » ont été critiquées comme étant des erreurs d’interprétation de la mécanique quantique et comme une forme de pseudo-science[13],[14],[15]. Dans son ouvrage The social relations of Physics, Mysticism and Mathematics, Sal Restivo donne le nom de parallèlisme au mysticisme quantique[16].

Un des postulats fondamentaux du mysticisme quantique est que l’acte d’observation affecterait directement la réalité observée (voir Interprétation de Copenhague et Paradoxe EPR). La raison de cette assertion reposant sur le fait que dans la démarche scientifique l'observateur est considéré comme distinct de l'objet d'observation alors que dans l'expérience mystique, il est dit qu'il existerait une unité intrinsèque de toute chose dans l'univers. Une influence de l'un sur l'autre serait donc indicative d'un lien invisible entre les deux.

Versions récentes[modifier | modifier le code]

Fritjof Capra, un physicien américain qui, avec son livre Le Tao de la physique, aurait donné naissance au mysticisme quantique

En 1970, Fritjof Capra écrit Le Tao de la physique, souvent considéré comme le point de départ du mysticisme quantique[16],[17],[18], dans lequel il établit un parallèle entre la physique quantique et certains principes des philosophies orientales. En 1980, le livre de David Bohm, Wholeness and the Implicate Order, expose sa thèse de l'ordre implicite (Implicate and explicate order according to David Bohm (en)) sur des bases de physique quantique. Cet ouvrage, ainsi que diverses prises de position de Bohm, fut sévèrement critiqué par son ami et prix Nobel Steven Weinberg[19],[20]. En 1979, le livre The Dancing Wu Li Masters de Gary Zukav (en) établit des parallèles similaires.

Un livre de Deepak Chopra, en 1988, intitulé Quantum Healing (guérison quantique) expose une théorie de la guérison psychosomatique en utilisant des concepts quantiques. En 1993, son best seller du New York Times : Ageless Body, Timeless Mind se vend à plus de deux millions d’exemplaires à travers le monde. Il y développe des thèses sur le renversement du processus de vieillissement, l’immortalité par l’adoption d’une « vision quantique du monde ». En 1998, Deepak Chopra a reçu le prix Ig Nobel, une parodie de Prix Nobel, dans la catégorie des sciences physiques, pour « son interprétation unique de la physique quantique, telle qu’elle s’applique à la vie, la liberté et la recherche de la prospérité économique »[21].

Depuis les années 1990, le physicien américain John Hagelin a développé une théorie de champ unifié sur la base des supercordes. Il a reçu le Kilby International Awards (en) pour ses travaux en physique des particules, et dans le développement de la théorie supersymétrique du champ unifié (supersymmetric grand unified field theory)[22]. Mais ses recherches au sein du mouvement de Méditation transcendantale, son titre Raja de l'Amérique décerné par Maharishi Mahesh Yogi, et sa candidature au Parti de la loi naturelle ont contribué à lui valoir également le Prix Ig Nobel, parodique, pour avoir déclaré que 4 000 pratiquants de la Méditation transcendantale avaient réduit la criminalité de 18 % à Washington D.C[23].

Un film de 2004, What the Bleep Do We Know !? (« Qu’est-ce que la réalité !? ») est un docu-fiction pseudo-scientifique, traité avec un éventail d’idées issues du New Age qui récupèrent les concepts de la physique selon un usage jugé hors contexte par la majorité des scientifiques mainstream. Le film a été produit par l’école de l’Illumination de Ramtha, fondée par Judy Zebra Knight, qui a affirmé que ses enseignements étaient basés sur son dialogue avec une entité désincarnée âgée de 35000 ans et nommée Ramtha. J.Z. Knight a fait un usage controversé de certains aspects de la mécanique quantique, y compris le principe d’incertitude de Heisenberg et « l’effet de l’observateur », ainsi que la biologie et la médecine[24]. De nombreux critiques ont rejeté le film comme entrant dans la catégorie des pseudo-sciences. En France, le rapport 2010 de la Miviludes présente le groupe Ramtha comme suspect en raison de ses thèses apocalyptiques et des conditions des stages[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Athearn, D. (1994). Scientific Nihilism: On the Loss and Recovery of Physical Explanation (S U N Y Series in Philosophy). Albany, New York: State University Of New York Press.
  2. Edis, T. (2005). Science and Nonbelief (Greenwood Guides to Science and Religion). New York: Greenwood Press.
  3. Stenger, V. J. (2003). Has Science Found God? The Latest Results in the Search for Purpose in the Universe. Buffalo, NY: Prometheus Books.
  4. Edis, T. (2002). The Ghost in the Universe: God in Light of Modern Science. Buffalo, NY: Prometheus Books.
  5. Crease, R. P. (1993). Play of Nature, The (Indiana Series in the Philosophy of Technology). Bloomington: Indiana University Press.
  6. Seager, W. (1999). Theories of Consciousness: An Introduction (Philosophical Issues in Science). New York: Routledge.
  7. The Mystics and Realists of Quantum Physics
  8. Niels Bohr et son blason Yin Yang, Werner Heisenberg et Robert Oppenheimer et leur intérêt pour les philosophies orientales, voir Philosophy of Science and the Occult de Patrick Grim, p.306
  9. Niels Bohr, "Discussion with Einstein," In P.A. Schilpp, ed., Albert Einstein: Philosopher-Scientist, p. 235.
  10. Pauli W., 1994 Writings on Physics and Philosophy (New York : Springer), p. 261
  11. Mysticism in quantum mechanics, the forgotten controversy par Juan Miguel Marin, Harvard University, Cambridge
  12. Quantum Mysticism: Gone but Not Forgotten par Lisa Zyga, sur Phys.org
  13. Pagels, H. R. (1982). The Cosmic Code: Quantum Physics As the Language of Nature. New York, NY: Simon & Schuster.
  14. Nanda, M. (2003). Prophets Facing Backward: Postmodern Critiques of Science and Hindu Nationalism in India. New Jersey: Rutgers University Press.
  15. Scott, A. C. (2007). The Nonlinear Universe: Chaos, Emergence, Life (The Frontiers Collection). New York: Springer.
  16. a et b Philosophy of Science and the Occult Par Patrick Grim, SUNY Press, 1990, p. 306-308
  17. The Skeptic's Dictionary Par Robert Todd Carroll, John Wiley & Sons, 2003, p. 46
  18. The play of nature: experimentation as performance, Robert P. Crease, Indiana University Press, 1993, p. 134
  19. Philosophy Of Quantum Mechanics par Mathew Chandrankunnel, Global Vision Publishing Ho, 2008, p. 20
  20. Science, foi, sagesse: Faut-il parler de convergence ? par François Euvé, Editions de l'Atelier, 2004, p. 25
  21. http://improbable.com/ig/ig-pastwinners.html#ig1998 The 1998 Ig Nobel Prize Winners
  22. Kilby laureates
  23. Improbable research, « Improbable research », sur improb.com (consulté en 19 décembre 2010)
  24. http://www.abc.net.au/science/features/bleep/ What the Bleep are they On About?! Australian Broadcasting Corporation
  25. http://www.miviludes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/ra2010_mise_en_ligne.pdf Rapport 2010 de la Miviludes, voir page 81.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

Vulgarisation[modifier | modifier le code]
Critique scientifique[modifier | modifier le code]

En anglais[modifier | modifier le code]

Vulgarisation[modifier | modifier le code]
Critique scientifique[modifier | modifier le code]
  • Richard H. Jones, Science and Mysticism: A Comparative Study of Western Natural Science, Theravada Buddhism, and Advaita Vedanta (Bucknell University Press, 1986), ISBN 978-1439203040 (Paperback ed., 2008), criticism from both the scientific and mystical points of view
  • Richard H. Jones, Piercing the Veil: Comparing Science and Mysticism as Ways of Knowing Reality (Jackson Square Books, 2010), ISBN 978-1-4392-6682-3
  • Michael Shermer, "Quantum Quackery", Scientific American, January 2005 [1]
  • Victor J. Stenger, The Unconscious Quantum: Metaphysics in Modern Physics and Cosmology, (Prometheus Books, 1995), ISBN 1-57392-022-3, an anti-mystical point-of-view
  • Victor J. Stenger, "Quantum quackery", Skeptical Inquirer, Vol. 21. No. 1, January/February 1997, p. 37ff, criticism of the book "The Self-Aware Universe"

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]