Musique kazakhe

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La musique kazakhe fait partie des musiques d'Asie centrale. Elle est l'un des lieux d'implantations majeures de la musique des steppes des bardes turcophones. Bien que sous influence soviétique pendant un temps, elle a su garder son originalité ; de même elle a su résister aux influences musulmanes voisines ou anciennes, les Kazakhs ayant bien vite opéré un syncrétisme entre Allah et le Tengri, le dieu au-dessus de tout des anciens chamanes. Elle s'est en outre répandue à la faveur des mouvements de population kazakhe, dans le Xinjiang chinois et en Mongolie.

La musique kazakhe est à la fois un reflet de la vie quotidienne, une mémoire du passé et une ouverture au monde des esprits aruakh. La musique traditionnelle est rurale et elle est colportée par les pasteurs nomades. Elle a des liens avec les musiques folkloriques des pays voisins : Ouzbékistan et Kirghizistan.

Le Kazakhstan dispose depuis longtemps d'un orchestre national d'instruments folkloriques nommé Kurmangazy d'après un compositeur et joueur de dombra du XIXe siècle. Parmi les autres compositeurs on peut citer : Korkyt, Tattimbet, Sougur, Almaz Serkebayev, Tles Kazhgaliev, Makhambet, Bayserke, Khazanghap, Yerkegali Rakhmadiev, Mukhan Tulebayev, Nagim Mendygaliev, Akhmet Zhubanov, Ghaziza Akhmetkhysy Zhubanova, Mansur Saghatov et Akhtoty Raimkulova..

Musique traditionnelle[modifier | modifier le code]

Ensemble Turan, représentant de la musique Kazakh en tournée à Paris

Il existe des chanteurs amateurs au répertoire restreint des berceuses et comptines, à la différence des professionnels qui ont un très large répertoire réparti entre divers styles de diverses régions (l'ouest d'une part et le centre, le sud et l'est d'autre part) et divers âges de la vie :

  • l'enfance et ses berceuses est le domaine des femmes ;
  • l'adolescence et ses chants de courtoisie sont l'apanage des hommes excentriques appelés sal ;
  • l'âge adulte avec ses chants lyriques et ses odes est aussi chanté par des esthètes appelés seri. Ce n'est qu'après avoir parcouru ces étapes que le titre d'akyn pouvait être donné à un jeune chanteur.

Ces akyns (ou aqïn) qui reçoivent en rêve leur don d'improvisation, sont des guérisseurs et des chamanes : ils chantent d'une voix gutturale des épopées (Dede Korkut, Alpamych), des sermons termeh (un « agglutinement » vocal improvisé), des odes maqtau et des chants de conseil tolgaw accompagnés au dombra ou au kobyz. Leur domaine de prédilection sont les chansons rituelles bet achar ou toï bastar pour les noces ou les fêtes toï. Parmi les styles musicaux, on trouve encore le kobizovaia, le sibiz-govaia et le dombrovaia. Enfin, il y a des chansons de deuil (joubatou) et d'annonce de bonnes nouvelles (souinchi).

Ils se regroupent parfois pour faire des compétitions d'improvisations appelées aitys (ouaïtys) avec des chansons à thème social mais rarement politique, en représentant et défendant leurs tribus et ancêtres. Plusieurs styles de joutes poétiques existent : qaqtyghys, takpaktasu, etc.

À côté des akyns, on rencontre les jirau (ou jiraw), compositeurs d'épopée jyr dont les chants sont souvent reliés aux anciens mythes ; il en existait beaucoup au XIXe siècle, inspirés des premiers auteurs (kuishi), tels Mahmud Kashgari, Kaztughan, Dospanbet, Shalkiiz, Aktamberdi, Kurmangazy, Madi Bapiuly et Birjan. Ils ont été encouragés par le régime afin de lutter contre les effets secondaires d'une urbanisation trop rapide. Le plus grand chanteur du XXe siècle était une femme : Mayra Shamsutdinova.

Dombra

On trouve des épopée héroïques telle Koblandy Batyr datant du XIe siècle ou Er Sain (XVIe siècle), et des épopées lyriques telle Kozy Korpech (XVe siècle) ou Kyz Jibek (XVIIe siècle). À partir du XVIIe siècle, les jirau remplacent le kobyz par la dombra, et le chamanisme recule devant l'Islam.

Datant du XVe siècle, la musique instrumentale küy ou kuï est évocatrice de la nature ; on n'hésite pas à y imiter des cris d'animaux. Elle reproduit l'organisation spirituelle chamanique à la fois dans la conception de la courte pièce allant des basses vers l'aigu, et dans la dénomination des parties du manche de la dombra. À partir du XVIIe siècle elle a acquis une existence à part du chant.

Pour chaque küy, il y a une version populaire et une plus savante. Il existe là aussi des compétitions appelées tartys où les bardes rivalisent en vertu de leur appartenance tribale ou selon leur obédience à l'école de l'ouest jouant du style tökpe (avec quatre variantes) sur grande dombra, ou à l'école de l'est (du centre et du sud) jouant du chertpe sur petite dombra. Parfois le küy acquiert un caractère satyrique, humoristique ou épique et les bardes redoublent d'invention pour en exprimer le sens de manière comportementale, puisqu'il s'agit de musique instrumentale. Il n'est pas rare de voir un musicien jouer de la dombra ou du komuz derrière le dos, sur la tête, l'instrument renversé, mimant telle attitude, etc. Un proverbe kazakh dit :

« Un vrai Kazakh n'est pas un Kazakh ; un vrai Kazakh est une dombra. »

Instruments de musique[modifier | modifier le code]

Kobyz

Vents :

Cordes :

Adyrna

Percussions :

Musique classique[modifier | modifier le code]

La musique folklorique a été transcrite dès le XIXe siècle, et elle a été adaptée à la musique classique russe au début du XXe. En 1920, Aleksandr Zatayevich était un compositeur russe célèbre dans ce genre. Il a également adapté et transformé les instruments kazakhs afin de les adapter aux ensembles russes à partir des années 1930. La musique devint alors un manifeste de propagande patriotique socialiste. Le Collège d'étude musicale et dramatique fut fondé en 1931.

Musique actuelle[modifier | modifier le code]

Depuis l'indépendance, la musique pop a connu un rapide développement de même que l'industrie du disque. Des artistes tels que Anshi Balapan, Madina Sadvaqasova, Almas Kishkenbayev, Roman Kim, Makpal Isabekova, Kayrat Tuntekov, Rakhat Turlykhanov, A-Studio et Urker sont très connus.

L'ensemble Turan, reprend les base de la musique folklorique kazakhe en y ajoutant une touche de modernité. Elle utilise les instruments traditionnels kazakhs, ainsi que le khöömei, chant de gorge polyphonique mongol.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • X. Hallez, S. & A. Raïymbergenov, Steppes : Musique et chants du Kazakhstan, Édition du Layeur, 2002. + 1 CD
  • (en) Broughton, Simon and Sultanova, Razia. "Bards of the Golden Road", in World Music, Vol. 2: Latin & North America, Caribbean, India, Asia and Pacific, Broughton, Simon and Ellingham, Mark with McConnachie, James and Duane, Orla (Ed.), Rough Guides Ltd, Penguin Books, 2000.

Liens externes[modifier | modifier le code]