Musique géorgienne

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La musique géorgienne se situe entre deux mondes : l'européen et l'asiatique. Selon l'angle sous lequel on l'aborde, elle pourra sembler en outre très archaïque, ayant un passé très riche remontant au temps pré-chrétien.

Malgré la soviétisation du pays et les influences islamiques voisines, elle a su conserver ses caractéristiques propres, à l'image de la musique arménienne toute proche. Fort de sa tradition encore bien vivante, le chant polyphonique géorgien a été déclaré chef d'œuvre du patrimoine culturel immatériel par l'UNESCO en 2001.

Musique traditionnelle[modifier | modifier le code]

Chanteurs svanes, Tbilissi, 2006.
Musiciens juifs, XIXe siècle.
Banquet, Niko Pirosmani, vers 1910.
« Géorgienne chantant une berceuse », par Henryk Hryniewski.

Les découvertes archéologiques, aussi bien que l’étude de sources écrites, attestent de l'existence d'une culture musicale sur le sol géorgien depuis environ trois mille ans. Parmi ces découvertes, on mentionnera une flûte en os (salamouri) trouvée à Mtskheta (XVe-XIIe siècles av. J.-C. – fouilles de Samtavro), des représentations d'instruments anciens (bobghani, knari, changi) découvertes à Kazbegi (XIe-Xe siècle av. J.-C.), un bol en argent de Trialeti représentant une ronde (perkhouli) dédiée à la déesse de la fertilité (milieu du IIIe millénaire av. J.-C.), une ceinture de bronze trouvée à Samtavro figurant une danse de chasseurs à la nouvelle lune (VIIIe-VIIe siècles av. J.-C.)…

L’écho de ces rituels persiste aujourd’hui : les chants accompagnant les rondes (Adrekilai, Sakmisai, Mmelia Telepiai, etc.) sont considérés comme l’une des formes les plus archaïques de la musique géorgienne ; des danses et des chants dédiés à la lune existent toujours dans plusieurs régions : l'hymne féminin Dideba en Karthlie et Kakhétie, la ronde svane Chouchpari, etc.

Les historiens disposent quant à eux de sources remontant au VIIIe siècle avant J.-C. Le roi assyrien Sargon II, dans le récit de sa huitième campagne (714 av. J.-C.), mentionne le fait que les habitants du nord du royaume d'Ourartou s’encourageaient au travail par leurs « chansons joyeuses » (tablette conservée au musée du Louvre). Xénophon, dans l’« Anabase » (IVe siècle av. J.-C.), décrit ainsi de lointains ancêtres des Géorgiens : « (...) Après la bataille, ils se mirent en rang, puis l’un d'entre eux commença à chanter, imités par tous les autres (…) Ils coupèrent les têtes des cadavres et exécutèrent des chants et des danses d’une sorte particulière. »

Bien que l'adoption du christianisme comme religion d'État date du IVe siècle, les sources historiques concernant la musique liturgique ne remontent qu’aux VIe et VIIe siècles. Le Typicon de Sabas le Sanctifié (mort en 532) indique qu’aux VIe-VIIe siècles la messe était célébrée en géorgien, et « La Vie de Grégoire de Kandzta » de Giorgi Merchule (951 ap. J.-C.) nous apprend que des chants liturgiques étaient enseignés dans les églises géorgiennes au IXe siècle.

Les polyphonies géorgiennes se composent généralement de trois voix, les parties supérieures étant chantées par des solistes, la partie de basse par un groupe. Les échelles musicales sont heptatoniques, avec toutefois une division de l'octave différente de celle pratiquée en Occident, basée sur la quinte parfaite et une consonance accentuée de la tierce. On parle parfois à ce propos de « quintave » plutôt que d'octave, si bien que même dans des accords chromatiques ou diatoniques occidentaux, on assiste à un glissement de l'intonation qui semble alors sonner faux.

La Géorgie est un petit pays, mais elle est dotée d'un relief très montagneux. C'est pourquoi les styles issus des différentes régions sont très variés et rendent difficile l'évocation de la musique traditionnelle géorgienne comme un tout monolithique. Quelques exemples remarquables de disparités régionales :

  • Les chants de la région orientale de Kakhétie sont généralement constituées d'une partie basse simple (bourdon) et de deux parties hautes chantées par des solistes. Les mélodies kakhétiennes comportent des parties récitatives et d'autres chargées de mélismes et d'ornements en cascades caractéristiques. « Tchakroulo », un chant patriotique qui fut choisi pour accompagner la sonde Voyager en 1977, est un bon exemple du style traditionnel kakhétien.
  • Les dissonances (intervalles de seconde, de septième…) sont fréquentes dans les régions occidentales de Gourie, d'Imérétie, d'Adjarie et de Mingrélie. Les chants gouriens comportent parfois une partie « yodlée » spectaculaire, le krimantchouli. Les trios gouriens, particulièrement complexes, laissent une large part à l'improvisation.
  • Les harmonies svanes, menées par une voix soliste intermédiaire soutenue par deux autres parties, sont sans doute parmi les plus archaïques du fait de l'isolement de cette région, située dans le Grand Caucase.

Les chants polyphoniques géorgiens ont très souvent survécu à la disparition de leur contexte originel grâce à la tradition toujours bien vivante des banquets ritualisés (soupra[1]), à l'occasion desquels on porte des toasts qui sont suivis d'un ou plusieurs chants. Parmi les chants (ou types de chants – certains donnant lieu à de nombreuses variantes) les plus populaires, on peut citer :

  • les mravalzhamier (“longue vie”),
  • les makrouli (chants de mariage),
  • les nadouri ou mamitadi (travail agraire), orovela ou horovel (chant de labour) ou encore ourmouli (chant de charretier)…

On perpétue en Svanétie la tradition du zâr, une polyphonie vocale consacrée aux enterrements. Il existe aussi des danses chantées, les perkhouli : ce sont des rondes, traditionnellement accompagnées à la vièle (tchouniri) et à la harpe (tchangi) en Svanétie.

Le répertoire sacré, très vaste, rassemble des chants liturgiques orthodoxes issus de très anciennes académies (Gelati, Ikalto, Chemokmedi, Svetitskhoveli) situées dans différentes régions et qui ont donné naissance à des styles caractéristiques ; il comporte aussi des hymnes païens ou encore des chants de quête tels les alilo (chants de Noël).

Bien que le répertoire masculin soit le plus abondant, le chant polyphonique est pratiqué aussi bien par les femmes que par les hommes. Le répertoire plus spécifiquement féminin comporte notamment de nombreuses berceuses (iavnana) et des « chants de guérison », adressés aux esprits (batonebi) dont la croyance voulait qu'ils possèdent les enfants souffrant de « boutons rouges » (variole, rougeole, scarlatine). Les enregistrements de Mzetamze, ensemble vocal fondé en 1986 à l'initiative d'Edisher Garaqanidze par six musicologues formées au Conservatoire national de Tbilissi, donnent un vaste aperçu de ce répertoire.

L'ensemble masculin Roustavi, fondé en 1968 par Anzor Erkomaichvili et dont le répertoire est constitué de chants des différentes régions, est sans doute le chœur qui a le plus contribué à faire connaître les polyphonies vocales géorgiennes au-delà des frontières du pays.

Instruments de musique[modifier | modifier le code]

Instruments géorgiens
Instruments géorgiens
Vents Cordes Percussions
buki abkhartsa daïra
buzika changi diplipito
chiboni chianuri doli
duduki chonguri nagara
garmoni chuniri tsintsila
gudastviri panduri
larchemi-soinari
pilili
salamuri
sankeri
stviri
tsiko-tsiko
zurna

Musique actuelle[modifier | modifier le code]

Depuis l'indépendance des années 1990, la musique occidentale a fait une entrée en force dans le pays notamment par le rap qui réactualise certaines formes traditionnelles par des moyens très économiques. Shavi Prinsi est devenu une idole parmi la jeunesse urbaine ; une tendance récente rejette tout ce qui est géorgien, préférant les artistes étrangers.

Sources et liens[modifier | modifier le code]

Panduri

Notes[modifier | modifier le code]

  1. *Gilles Fumey, Banquet géorgien (supra), Association des cafés géographiques, novembre 2007