Musée de la franc-maçonnerie

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Musée de la franc-maçonnerie
Intérieur du Musée de la Franc-maçonnerie.
Intérieur du Musée de la Franc-maçonnerie.
Informations géographiques
Pays Drapeau de la France France
Ville Paris
Adresse 16, rue Cadet, 75009 Paris
Coordonnées 48° 52′ 29″ N 2° 20′ 35″ E / 48.87472, 2.3430648° 52′ 29″ Nord 2° 20′ 35″ Est / 48.87472, 2.34306  
Informations générales
Date d’inauguration 1889
Collections Histoire de la Franc-maçonnerie
Superficie 400 m2 d’expositions permanentes (10 000 pièces dans les collections actuelles)

200 m2 dédiés aux expositions temporaires

400 m2 de bibliothèque (23 000 volumes) et de centre d’archives

350 m2 d’espaces d’accueil, de bureaux et de réserves

Informations visiteurs
Site web www.museefm.org

Le Musée de la franc-maçonnerie est situé au siège du Grand Orient de France, 16 rue Cadet, dans le 9e arrondissement de Paris. Il possède l'appellation "Musée de France" délivrée par le Ministère de la Culture.
Il a rouvert ses portes au public le 11 février 2010, après de gros travaux de rénovation. Il a le soutien du Ministère de la Culture, de la Région d'Île-de-France et de la Mairie de Paris.

Histoire[modifier | modifier le code]

Il faut attendre une circulaire du 1er mai 1889 pour apprendre que le Conseil de l’Ordre a été chargé d’organiser dans l’Hôtel du Grand Orient de France un "musée maçonnique". Il s’agit alors de contribuer avec faste au centenaire de la Révolution française et d’y célébrer la place de la franc-maçonnerie[1]. L’ouverture du musée semble d’ailleurs l’aboutissement d’un intérêt croissant, tout au long du XIXe siècle, pour le patrimoine culturel des loges. La création de la bibliothèque en 1838 et sa réorganisation en 1874 en sont les prémices.

Les premières collections du musée paraissent avoir été constituées de pièces que possédait déjà le Grand Orient, comme le médaillier sur lequel on trouve des témoignages dès les années 1840. Un appel est lancé aux loges pour qu’elles fassent parvenir rue Cadet des objets et des documents historiques. Sur une carte postale de la fin du XIXe siècle, le musée apparaît comme une sorte de cabinet de curiosités. Dans Le Monde Illustré d’octobre 1901, un reportage sur le siège du Grand Orient de France souligne : « Une des pièces les plus curieuses est certainement le musée. On y trouve une collection […] des plus intéressantes ». Enrichi au fil des décennies par des dons et des achats, il bénéficie dans l’entre-deux-guerres des soins d’Arthur Groussier, un des Grands Maîtres emblématiques du Grand Orient qui fit beaucoup pour rassembler et préserver le patrimoine maçonnique.

Tous ces efforts sont brisés par les persécutions contre la franc-maçonnerie sous l’Occupation. Entre 1940 et 1944, l’occupant nazi, vite relayé par le « Service des Sociétés Secrètes » du régime de Vichy, pille et confisque les collections du musée[2]. Une partie des pièces est utilisée pour monter la grande « Exposition (anti)maçonnique » du Petit Palais. L’autre est stockée Square Rapp, l’ancien siège de la Société théosophique, alors transformée en antenne des anti-maçons vichyssois.

À la Libération, ce qui reste des collections est restitué au Grand Orient de France qui, faute de moyens, le laisse soigneusement en caisses ! À la fin des années 1960, le Grand Orient reconstruit une partie de son siège de la rue Cadet. L’ancien petit immeuble sur rue est remplacé par un vaste bâtiment à la façade métallique très « années 1970 »[2].

1973 marque le bicentenaire de la formation du Grand Orient de France. C’est l’occasion de déballer les collections et reconstituer le musée sous le nom de « Musée du Grand Orient de France et de la Franc-maçonnerie européenne » d’emblée conçu pour accueillir le public. Il bénéficie des conseils et de l’aide de la Direction des Musées de France[2], notamment de René Guilly, qui lui octroie le label de « musée contrôlé de deuxième catégorie ». Recevant près de 10 000 visiteurs par an, il profite de rénovations et de réaménagements au début des années 1980, sous la direction de Paul Gourdot et d’Hélène Camou, puis en 1998, à l’initiative du Grand Maître Philippe Guglielmi ; ses collections s’étant notamment enrichies à l’occasion de la célèbre « vente Baylot » de 1987, une référence presque mythique dans le domaine.

La Marianne de la IIIe Réublique.

Malgré ses différentes rénovations, le musée de 1973 ne correspondait plus à l’attente du public. Au seuil du XXIe siècle, le contraste devenait frappant entre la qualité de ses collections et sa muséographie dépassée. Aussi, dans la perspective de la profonde restructuration des deux premiers niveaux de l’Hôtel Cadet – soit 1 800 m2 – l’idée de concevoir un nouveau musée se fait jour. Mais les travaux nécessaires au bâtiment vont aller bien au-delà des seuls impératifs techniques. Le Grand Maître Alain Bauer veut en profiter pour rompre avec cette architecture de blockhaus conçue par des francs-maçons qui avaient connu les persécutions de la guerre. Son projet est d’ouvrir la siège du Grand Orient sur le milieu urbain, de créer des transparences avec la ville. À l’image d’une franc-maçonnerie secrète et refermée sur elle-même, Alain Bauer veut substituer, y compris dans la pierre, celle d’une maçonnerie ouverte sur le monde et en constant échange avec lui. L’enjeu est aussi de donner une unité à un espace devenu au fil du temps très hétérogène. C’est dans ce contexte et avec ces objectifs que va être pensé et conçu le nouveau musée.

Architecture du musée[modifier | modifier le code]

La conception des transformations a visé une organisation simple et une image conceptuelle forte pour fédérer les disparités existantes et accueillir la variété des usages. Plutôt que d’affirmer la juxtaposition des particularités, le projet a révélé leur complémentarité en créant des effets de perméabilité et de tissage. Les espaces s’imbriquent les uns dans les autres par la continuité des plafonds et des sols, le prolongement des matériaux et des couleurs et par le percement de nombreuses fenêtres intérieures. Cette transparence contraint les aménagements à une logique unifiante mais crée une profondeur de champ propice à réunir la variété dans un ensemble ouvert. C’est dans ce cadre que sont créés une salle d’exposition permanente de 400 m2 et un lieu d’exposition temporaire de 200 m2.

Le parcours proposé au visiteur est structuré sur deux niveaux :

  • Le « fil du temps » présente chronologiquement la « grande histoire » de la franc-maçonnerie. Sur un mode plus intimiste,
  • le « fil du maçon » essaye d’expliquer ce que peut être l’engagement maçonnique.

La muséographie a donc mis en place un dispositif jouant sur ce double fil de lecture mis en relation avec le double volume de la salle d’exposition. Le parcours est « en boucle », dextrogyre. La zone centrale, ouverte, à la hauteur accrue, accueille le « fil du temps », dans un dispositif de mobilier fluide, transparent, laissant percevoir le musée dans sa globalité tout en « conduisant » le visiteur d’une étape à l’autre. La zone périphérique, surbaissée, accueille les « clés de lecture » qui sont traitées en cabinets successifs, clairement identifiables et plus ou moins ouverts sur le centre. Le parcours du visiteur alterne de l’un à l’autre, assez librement pour que chacun puisse trouver sa propre temporalité. À la manière des anciennes bibliothèques, une galerie surélevée forme l’encorbellement de la salle d’exposition. Elle abrite une partie des réserves que l’habillage translucide laisse deviner. C’est la « mnénothèque », métaphore de la profondeur et de l’enracinement du « fait maçonnique » dans notre Histoire. L’ambiance générale de l’éclairage du musée est celle du clair-obscur, permettant une juste adéquation entre la mise en spectacle de l’espace muséal et la conservation des textiles et des documents graphiques. Des halos lumineux appuient le discours et mettent en valeur la beauté des objets comme cet exceptionnel ensemble de faïences du XVIIIe siècle à décor maçonnique qui est un des fleurons des collections du musée. Le graphisme accompagne le visiteur dans sa découverte.

Collection[modifier | modifier le code]

Il présente l'histoire de la franc-maçonnerie par des collections de peintures, estampes et gravures, objets maçonniques divers, mobiliers, céramiques et archives papier…
Parmi les pièces emblématiques :

  • un portrait en pied de Louis de Bourbon (1709-1771), comte de Clermont, Grand Maître de 1743 à 1771, dépôt du Château de Versailles
  • Les Constitutions d’Anderson (Londres, 1723) : Édition originale du texte fondateur de la maçonnerie moderne, déclarant notamment que la maçonnerie est le centre de l’Union et le moyen de concilier une sincère amitié entre des personnes qui n’auraient jamais pu sans cela se rendre familiers entre elles…
  • Chope à décor symbolique des « Moderns » (Saxe, circa 1735, porcelaine de Meissen) : Une des plus anciennes porcelaines et des premières pièces maçonniques d’Europe continentale, attribuée au Frère Johann Kändler, reprenant les armoiries de la Grande Loge anglaise des Moderns.
  • Tapis de loge féminine du siècle des Lumières (France, 3e tiers du XVIIIe siècle) : Ce seul tapis de loge féminin du XVIIIe siècle connu présente une iconographie exceptionnelle qui illustre tous les grades pratiqués par les Sœurs. Les devises évoquent la prestigieuse loge « La Candeur ».
  • Tablier de Voltaire (Soie peinte au pochoir) : Tablier attribué par la tradition à Voltaire. Celui-ci est initié à la fin de sa vie, le 7 avril 1778, par la loge « Les Neuf Soeurs » où il compte de nombreux amis et admirateurs.
  • Tablier de Jérôme Bonaparte (1784-1860), roi de Westphalie (Allemagne, XIXe siècle, cuir avec broderies rapportées) : donné en 1973 par la loge de Cassel. Initié à Toulon dans la loge jacobine « La Paix » le 20 avril 1801, Jérôme devint par la suite protecteur du Grand Orient de Westphalie. Il appelait ses frères à s’attacher « à une véritable maçonnerie dont Sa Majesté elle-même professe les principes en sa qualité de Franc-maçon ».
  • Pendule « Cambacérès » (Début du XIXe siècle) : Cette singulière pendule au beau décor maçonnique est traditionnellement attribuée à Cambacérès, maçon très convaincu depuis sa jeunesse et notoire amateur d’horlogerie.
  • Epée maçonnique de La Fayette (France, circa 1825) : La lame « flamboyante » est caractéristique de l’épée que le Vénérable de la loge dépose sur son plateau à l’ouverture des travaux maçonniques. Cette magnifique épée est probablement le témoignage de l’un des nombreux hommages que les francs-maçons firent à leur frère La Fayette.
  • Marianne de Jacques France (Paul Lecreux) (1882) : À l'origine, elle est réalisée pour la loge de Saint-Germain-en-Laye, « La Bonne Foi ». Jacques France en conçoit ensuite une version profane (les symboles du cordon sont remplacés par les trois dates républicaines : 1789, 1848, 1870) qui deviendra l'un des principaux emblèmes de la IIIe République.

Expositions (depuis la réouverture)[modifier | modifier le code]

  • Corto Maltese et les secrets de l'initiation, Imaginaires et Franc-Maçonnerie à Venise autour d'Hugo Pratt – 15 février au 1er septembre 2012
  • Imaginaire & Franc-Maçonnerie... Images d'Epinal – 21 septembre au 30 novembre 2012 (à la BMI et à la mairie d’Épinal en partenariat avec le musée de la franc-maçonnerie)
  • Regards complices, Photographies de Pascal ZAEGEL – 27 septembre au 10 novembre 2012
  • Clarté en passage, Œuvres de Pierre DUCLOU – 20 novembre au 26 janvier 2013
  • Les ouvriers de la Lumière, La Franc-maçonnerie à Boulogne-sur-Mer – 19 janvier au 18 février 2013 (au Château-musée de Boulogne-sur-Mer en partenariat avec le musée de la franc-maçonnerie)
  • La règle et le compas, ou de quelques sources opératives de la tradition maçonnique – du 21 mars au 12 octobre 2013 (en partenariat avec la Nef de Salomon et Jean-Michel Mathonière)
  • Decalithe, Exposition de lithographies et peintures de Gilles Turgné – 25 octobre au 21 décembre 2013
  • Daumier ou la caricature au service de la liberté – 21 mars au 25 octobre 2014
  • Franc-masonería. Un patrimonio para la historia – 9 au 29 mai 2014 en partenariat avec la loge Rosario de Acuña du Grand Orient de France (Palacio de Valdecazarna, Avilés, Asturies)
  • Laon... de la Vraie Lumière – 24 juin au 12 juillet 2014 à l'occasion bu bicentenaire de la Loge maçonnique du Grand Orient de France "Les Frères du Mont Laonnois" (Bibliothèque Suzanne-Martinet, Laon)

Subventions publiques[modifier | modifier le code]

La Mairie de Paris a participé au financement du musée à hauteur de 900 000 euros, tandis que le Conseil régional d’Île-de-France et le ministère de la Culture ont tous deux participé à hauteur de 300 000 euros[3].

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. Humanisme 2012, p. 89.
  2. a, b et c Humanisme 2012, p. 92.
  3. Observatoire des subventions, 10 octobre 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guy Arcizet (préface de), « Trois siècles de Franc-maçonnerie », Humanisme, Conform édition, no Hors série,‎ 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]