Musée de l'Ermitage

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Musée de l'Ermitage
le palais d'Hiver, vu depuis la Néva
le palais d'Hiver, vu depuis la Néva
Informations géographiques
Pays Drapeau de la Russie Russie
Ville Saint-Pétersbourg
Adresse 2, place du Palais
190000 Saint-Pétersbourg
Coordonnées 59° 56′ 25″ N 30° 18′ 50″ E / 59.940353, 30.313811 ()59° 56′ 25″ Nord 30° 18′ 50″ Est / 59.940353, 30.313811 ()  
Informations générales
Nom local Государственный Эрмитаж
Date d’inauguration 1852 1res collections en 1764
Conservateur Mikhaïl Piotrovski
Collections Antiquités orientales et classiques
Objets préhistoriques
Sculptures
Objets en or
Peintures
Nombre d’œuvres 60 000 en exposition
3 000 000 au total
Superficie (1 000 salles)
Informations visiteurs
Nb. de visiteurs/an 3 millions
Site web www.hermitage.ru

Le musée de l’Ermitage (en russe : Государственный Эрмитаж, Gossoudarstvenny Ermitaj, L'Ermitage d'État), situé au cœur de Saint-Pétersbourg, au bord de la Neva, est le plus grand musée du monde en termes d'objets exposés (plus de 60 000 pièces y sont exposées dans près de 1 000 salles tandis que près de 3 millions d’objets sont conservés dans les réserves). Le musée présente, à côté de nombreuses pièces de l’Antiquité, une collection d’œuvres d’art européen de la période classique qui compte parmi les plus belles au monde. Parmi les œuvres exposées, figurent des peintures de maîtres hollandais et français comme Rembrandt, Rubens, Henri Matisse et Paul Gauguin. On y trouve également deux peintures à l'huile de Léonard de Vinci ainsi que trente et une peintures de Pablo Picasso. Le musée emploie 2 500 personnes et utilise l'aide de nombreux stagiaires gérés par le Service des volontaires du musée de l'Ermitage. Les bâtiments abritant le musée de l’Ermitage constituent un des principaux ensembles du centre de Saint-Pétersbourg qui est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les bâtiments[modifier | modifier le code]

Initialement, seul le bâtiment désigné sous le terme de Petit Ermitage portait ce nom. Aujourd’hui l’Ermitage regroupe un complexe de plusieurs bâtiments construits aux XVIIIe et XIXe siècle. À côté du petit Ermitage, on trouve le Vieil Ermitage, le Nouvel Ermitage (et ses célèbres atlantes), et le théâtre de l'Ermitage ainsi que la majeure partie du palais d'Hiver, autrefois résidence principale de l'empereur de Russie. Au cours de ces dernières années, une partie du bâtiment d’État-major situé de l’autre côté de la place du château, ainsi que le palais Menchikov, sont venus s’ajouter au complexe de l’Ermitage.

Le complexe de l’Ermitage. De gauche à droite : le théâtre de l’Ermitage, le Vieil Ermitage, le Petit Ermitage, le palais d’Hiver (le Nouvel Ermitage, situé derrière le Vieil Ermitage n’est pas visible)

Le palais d’Hiver[modifier | modifier le code]

Vue du palais d’hiver et du bâtiment d’État-Major

Le premier palais d’Hiver est construit en 1711 ; reconstruit en 1721 à la mort de Pierre le Grand, il est remplacé dans les années qui suivent par un ouvrage de l’architecte Domenico Trezzini. Elisabeth, qui estimait que le bâtiment résultant manquait de grandeur, le fait reconstruire en 1754 par Bartolomeo Rastrelli.

En 1837, le palais est totalement incendié (l’incendie dura trente heures). L'empereur Nicolas Ier ordonna sa reconstruction à l’identique : au printemps 1839, les travaux de reconstruction étaient achevés. Le bâtiment n’a par la suite pratiquement plus été modifié. Au cours de la seconde guerre mondiale, le palais d’Hiver est endommagé durant le siège de Leningrad mais réparé par la suite. Le bâtiment est aujourd’hui confronté aux problèmes soulevés par l’afflux des visiteurs, l’instabilité du sol marécageux sur lequel il a été bâti ainsi qu’à l’humidité engendrée par la proximité de la Neva. Des travaux de restauration ont été menés en 1984 et 2005.

Le palais est aujourd’hui considéré comme un joyau de l’art baroque russe. Le palais d’Hiver est de plan rectangulaire avec de grandes cours intérieures ; chaque façade est décorée différemment. Des statues de 3,5 m décorent la façade extérieure du Palais.

Les bâtiments de l’Ermitage[modifier | modifier le code]

Le grand escalier de l'Ermitage; photo prise le 12 mars 1981.

Le Petit Ermitage construit dans un style classique par Jean-Baptiste Vallin de La Mothe servit entre 1764 et 1775 de refuge à Catherine II et est le plus petit des bâtiments du complexe de l’Ermitage. C’est dans cet immeuble que Catherine entreposa les premières peintures dont elle fit l’acquisition. Le Vieil Ermitage, appelé également Grand Ermitage, fut construit en 1787 par Georg Friedrich Veldten pour abriter une collection en rapide croissance : c’est le bâtiment le moins décoré du complexe.

Leo von Klenze dessine les plans du Nouvel Ermitage, qui est construit entre 1839 et 1852, et qui est peut-être sa seule œuvre qui échappe aux style que lui avait imposé Louis Ier de Bavière et peut être à ses propres conceptions artistiques. C’est le seul bâtiment du complexe qui ne se trouve pas le long de la Néva, mais rue Millionnaïa qui est parallèle au fleuve. Ce bâtiment a été également bâti pour faire face à la croissance des collections ; on y trouve, entre autres, la reconstitution complète d’une loggia construite par Raphaël au Vatican. Les statues d’atlantes qui se trouvent sur sa façade, sont peut-être les œuvres de ce type les plus célèbres au monde.

Le théâtre de l'Ermitage fut bâti entre 1783 et 1787. Le théâtre impérial était à l’époque le premier théâtre de Saint-Pétersbourg. Des pièces y furent jouées jusqu’en 1796 et à nouveau à partir de 1989 : en hiver, le ballet ex-Kirov, entre autres, y monte des spectacles. Il sert aujourd’hui essentiellement de siège pour l’administration de l’Ermitage, mais conserve une scène et une salle de spectacles. Le théâtre est le plus petit de la ville, car il était à l’origine conçu pour des représentations privées pour la famille impériale. Le théâtre de l’Ermitage n’est normalement pas ouvert au public.

Les collections[modifier | modifier le code]

Parmi les 250 musées de la ville, l’Ermitage est, avec ses 3 à 4 millions de visiteurs annuels, le plus visité et le plus réputé. C’est un des musées d’art les plus importants du monde. Il héberge une énorme collection de peinture européenne pour la période courant jusqu’en 1917. L’accrochage particulièrement serré des peintures, qui résulte de la densité des collections présentées, a reçu le nom d’accrochage pétersbourgeois.

Collections de la Préhistoire et de l’Antiquité[modifier | modifier le code]

Défense de mammouth gravée (lac Baïkal,Paléolithique supérieur)
Peigne scythe

Le musée conserve dans ses réserves 2,7 millions de pièces ; 65 000 pièces sont exposées dans 350 salles et rassemblées en six collections :

  • culture préhistorique
  • art et culture de l’Antiquité, comme par exemple la collection égyptologique)
  • art et culture des peuples orientaux
  • art de l’Europe occidentale
  • art russe

Les pièces les plus remarquables sont, entre autres, les objets en or de la civilisation des Scythes, une immense collection de pièces issues des cultures romaine et étrusque[1] ainsi qu’une série d’objets particulièrement bien conservés du peuple des Huns. On trouve également une collection particulièrement riche d’objets retraçant l’histoire de la Sibérie, comme les écrits des IVe et Ve siècles retrouvés dans les grottes de Mogao, en Chine. L’Ermitage expose le plus ancien témoignage d’écriture mongole – la pierre de Dchingis – ainsi qu’un grand nombre d’objets de la Russie kiévienne. Environ un tiers des pièces exposées sont des pièces de monnaie dont 120 000 pour l’Antiquité, 220 000 pour l’Asie orientale et 300 000 pour la Russie. La chambre dite des Trésors retrace l’histoire de la bijouterie et de la fabrication des objets en or depuis le 3e millénaire avant J.-C..

Objets d’art[modifier | modifier le code]

À côté des collections mondialement connues d’art de l’Europe de l’Ouest, l’Ermitage contient également un nombre de pièces variées. Ainsi on y trouve une collection d’icônes remontant au XIIe siècle originaires entre autres de Kiev, Moscou et Novgorod, une collection de bijoux de l’atelier de Fabergé et un grand nombre de costumes historiques. Les tsars ont également rassemblé des objets issus de l’artisanat russe tels que des tapis et des porcelaines ; la collection d’habits russes du XVIIIe au XXe siècle est particulièrement impressionnante. Parmi les vêtements on trouve 300 pièces de la garde-robe de Pierre le Grand.

Arts de l’Europe occidentale et orientale[modifier | modifier le code]

La constitution des collections a depuis le début été centrée sur les œuvres d’art de l’Europe de l’Ouest et de l’Europe orientale, mais les acquisitions sur ce thème ont été particulièrement importantes au XVIIIe siècle. Il existait à l’époque dans toute l’Europe un grand nombre de collections d’œuvres majeures et l'impératrice Catherine II avait la réputation d’être un grand acheteur de collections de valeur. En 1772, la plus grande collection de l’époque, celle du baron Joseph-Antoine Crozat fut achetée sur le conseil de Diderot. Parmi les œuvres achetées à cette occasion figuraient la Danaë du Titien, la Sainte Famille de Raphaël, le portrait d’une femme de chambre de Rubens, des œuvres de Louis Le Nain, de Chardin, etc.

Comme la plus grande partie de l’art russe a été depuis transféré au musée Russe, le cœur des collections est aujourd’hui de nouveau les arts et la culture de l’Europe occidentale et orientale. Les peintures constituent le gros des œuvres rassemblées, mais l’Ermitage expose également des dessins, plus de 500 000 gravures (estampes, lithographies, eaux-fortes) de plusieurs types et périodes et de nombreuses collections d’objets d’art. En font partie des objets du culte datés du XIe au XVe siècle, des émaux et des sculptures sur ivoire datés du XVe au XVIIIe siècle. On trouve également à l’Ermitage un grand nombre de collections de verreries vénitiennes, allemandes et espagnoles du XVe au XXe siècle ainsi que des faïences. Le musée abrite 14 000 pièces de porcelaine provenant de toutes les grandes manufactures, en particulier de Meissen et de Sèvres. Parmi les collections d’art figurent d’importantes collections de tapis et de meubles. La collection d’art plastique compte 2 000 pièces, ce qui en fait une des plus importantes du monde ; elle comporte entre autres des œuvres de Michel-Ange et Rodin.

Les collections de peinture[modifier | modifier le code]

On trouve dans 120 salles des œuvres essentiellement de peintres italiens, français, hollandais et flamands ; il existe également des collections d’œuvres anglaises et allemandes. Les principales peintures exposées sont les suivantes (dans l’ordre de l’exposition) :

La peinture italienne[modifier | modifier le code]

Madone Litta, Léonard de Vinci

La peinture italienne forme l’ensemble le plus important de la collection de peinture de la période classique. Les œuvres exposées les plus célèbres et les plus visitées sont deux peintures de Léonard de Vinci qui font partie d’une série de douze mondialement connues : la Madonna à la fleur (1478) et la Madone Litta (1490/91). La Madonna Conestabila (1502/03) et La Sainte Famille (1506) de Raphaël sont encore plus célèbres. À côté de ces peintures on trouve une reconstitution de la loggia de Raphaël au Vatican construite nettement après l’originale. Le musée abrite également des œuvres de Titien, essentiellement de sa dernière période, la Judith de Giorgione ainsi que des peintures de Michel-Ange, Paolo Veronese, Caravage, Annibale Carracci, Luca Giordano, Salvator Rosa, Giuseppe Maria Crespi, Tiepolo, Stefano Torelli et Francesco Guardi.

La peinture espagnole[modifier | modifier le code]

Les peintres exposés les plus connus sont El Greco (Les Apôtres Pierre et Paul), Jusepe de Ribera (Le Christ en croix - première peinture datée de l'école du réalisme espagnol), Francisco de Goya (Portrait de Antonia Zarate (vers 1811, une seule peinture de ce peintre à l'Ermitage) et Velazquez. Plus loin on trouve des œuvres de Murillo, Zurbaran, Antonio de Pereda et Juan Pantoja de la Cruz.

La peinture flamande[modifier | modifier le code]

L’Ermitage contient environ 500 peintures de 140 artistes de la période majeure de l’école flamande. Il possède en particulier un grand nombre d’œuvres de Rubens et de ses élèves, Van Dyck et Frans Snyders. Le musée détient 22 peintures du seul Rubens (dont Persée et Andromède et Bacchus) et 19 dessins. Cette partie de la collection a été rassemblée à partir de 1769 lorsque l’État russe fit l’acquisition de 600 peintures flamandes et françaises auprès des héritiers du comte von Brühl. Parmi celles-ci se trouvent Portrait d'un savant et Portrait d'un vieil homme en rouge de Rembrandt, ainsi que quatre paysages de Ruysdael.

La peinture hollandaise[modifier | modifier le code]

Les peintures de Rembrandt constituent sans doute la partie la plus connue de cette partie de l’exposition : le musée contient plus de 20 peintures ce qui constitue la plus grande collection conservée en dehors des frontières hollandaises. Les principaux tableaux sont Flora (1634), Danaé (1630/40) et Le Retour du fils disparu (1668-1669). On trouve également environ 1000 œuvres d’autres peintres hollandais. Les autres artistes représentés sont Lucas van Leyden, Rogier van der Weyden, Jacob van Utrecht, Jan van Goyen, Jacob van Ruisdael, Jan Steen, Gerard ter Borch, Pieter de Hooch, Adriaen van Ostade, Isaac van Ostade, Paulus Potter, Willem Claesz Heda, Willem Kalf et Frans Hals.

La peinture française[modifier | modifier le code]

Fragonard: Le Baiser à la dérobée (fin des années 1780).

L’Ermitage abrite un grand nombre de peinture de la période classique française, dont beaucoup proviennent de la collection Crozat. On trouve notamment des œuvres de Poussin, Claude Lorrain, des peintures des frères Le Nain, de Watteau, Boucher, Fragonard (Le Baiser à la dérobée), Hubert Robert, Greuze et Chardin (dont le fameux Bénédicité). Mais le musée est particulièrement renommé pour sa grande collection de peintres modernes français – jusqu’à la rupture historique de 1917 – qui permet d’embrasser l’évolution de l’art pictural de cette époque. Rattachés à cette période, on trouve en particulier sept tableaux de Monet, d’autres de Manet (dont Dame en blanc au jardin, 1867), plusieurs de Renoir (dont le Portrait de Jeanne Samary, Deux fillettes au piano, Femme se coiffant, etc.), d'Alfred Sisley, Cézanne (La Montagne Sainte-Victoire), Camille Pissarro (Le Boulevard Montmartre), Edgar Degas, Gauguin, trente-sept peintures de Matisse (dont La Danse) et trente-et-une œuvres de Picasso, dont beaucoup proviennent des collections de Sergueï Chtchoukine et d'Ivan Morozov qui les achetaient à Paris.

Autres[modifier | modifier le code]

Les autres peintres représentés sont Lucas Cranach l'Ancien, Johann Friedrich Tischbein, Caspar David Friedrich, Vincent van Gogh (Les Chaumières 1890), Joshua Reynolds, Thomas Gainsborough, ainsi que Wassily Kandinsky et Casimir Malevitch (Le Carré noir).

Historique[modifier | modifier le code]

Intérieur du musée
Bâtiment d’État-Major

Catherine II : amorce des collections et premières constructions[modifier | modifier le code]

L’Ermitage, tant comme complexe architectural que comme collection d’art, est l’œuvre de l’impératrice russe Catherine II de Russie. En 1764, celle-ci acheta 225 tableaux au marchand d’art J.A. Gotskowski ; celui-ci l’avait à l’origine acquise pour le roi de Prusse Frédéric qui avait dû y renoncer car les caisses de l’État avaient été vidées par la guerre de Sept Ans. En 1765, Catherine acheta pour la somme de 80 000 talers presque 1000 tableaux de la collection du comte Brühl dont la valeur avait été estimée à 105 329 talers.

Ces tableaux furent dans un premier temps entreposés dans le palais d’Hiver. Catherine acquit par la suite un grand nombre de peintures, parfois des collections entières, en partie pour satisfaire sa passion de collectionneuse, en partie pour prouver à l’Europe de l’Ouest le caractère éclairé et cultivé de la Russie et de Saint-Pétersbourg. Parmi les conseillers qui la guidèrent dans ses acquisitions figuraient entre autres l’encyclopédiste Melchior Grimm, Denis Diderot et des diplomates russes comme Dimitri Golizyn et Alexandre Stroganov. En 1775 Catherine se fit construire près du palais d’Hiver dans le style qui était à la mode à l’époque, le Petit Ermitage par l’architecte H.B. Vallin afin de pouvoir s’y retirer à titre privé ou avec des petits groupes de personnes. Bientôt un deuxième bâtiment fut construit pour pouvoir stocker les nouvelles acquisitions ; ce bâtiment, le Vieil Ermitage, fut conçu par l’architecte J.M. Velten en 1784. À l’époque, des pièces de théâtre étaient données dans le Petit Ermitage ; en 1783 Catherine fit construire un bâtiment dédié à cet usage : le théâtre de l’Ermitage. Presque à la même époque fut édifiée la loggia de Raphaël dans l’aile située le long du quai du canal de l’Hiver, une réplique de l’original du palais du Vatican à Rome. En 1797 la collection avait crû au point de contenir 3996 peintures.

D’Alexandre Ier à Nicolas II : construction et ouverture du musée au public[modifier | modifier le code]

Durant la première moitié du XIXe siècle, les différentes collections furent réorganisées et agrandies avec des œuvres d'art orientales et des objets archéologiques. La présentation des tableaux par école nationale, adoptée alors, était une nouveauté ; en 1825 pour la première fois furent ouvertes des salles présentant l'art russe du XVIIIe siècle.

La collection de peintures n'était accessible jusque là qu'au cercle restreint des membres de la cour impériale. L'empereur décida donc en 1852 de séparer la résidence impériale des salles d'exposition de la collection de l'Ermitage. Ainsi la collection put être, pour la première fois, accessible au public bien qu'avec d'importantes restrictions. Nicolas Ier fit construire le Nouvel Ermitage qui communiquait avec le reste de l'Ermitage, mais disposait d'une entrée séparée permettant d'accéder directement au musée. Le bâtiment fut édifié entre 1839 et 1851 sous la direction de l'architecte Stassov et de Nikolaï Efimov, d'après les plans de Klenze.

Nicolas Ier par ailleurs travailla à agrandir les collections : il acheta, entre autres, la collection rassemblée durant les guerres napoléoniennes par Joséphine de Beauharnais, la veuve de Napoléon à ses héritiers.

La Révolution d'Octobre[modifier | modifier le code]

Le Joueur de luth, Le Caravage
L’Enfant et le chien, Murillo
Le Sacrifice d’Abraham, Rembrandt

Durant la première guerre mondiale une partie du palais d'Hiver servit d'hôpital. Un événement décisif de la révolution d'Octobre eut lieu dans ces murs lorsque les bolchéviques arrêtèrent dans le palais d'Hiver les membres du gouvernement Kerenski. Durant la révolution d'Octobre, un grand nombre de collections privées de nobles russes comme celles des familles Stroganov, Chérémétiev, Youssoupov et Chouvalov furent confisquées au profit de l'Ermitage.

Peu après la prise de pouvoir des bolchéviques, le musée impérial fut renommé musée d'État et les bâtiments du palais d'Hiver ouverts au public comme salles d'exposition. Les premières années de la Révolution furent, en particulier à Saint-Pétersbourg, marquées par la volonté de sensibiliser le public à la culture de l'Europe de l'Ouest. Le premier ministère de l’Éducation formé après la Révolution d'Octobre reçut ainsi l'appellation de commissariat public aux Lumières ; cet état d'esprit régna également sur l'Ermitage durant les premières années. Peu après la révolution, le palais d'Hiver fut consacré à des conférences publiques, des exposés et des projections de film. La première exposition permanente d'Antiquités égyptiennes ouvrit ses portes en 1920 ; en 1922, l'Ermitage était entièrement ouvert au public, l'entrée restant gratuite durant les cinq premières années. Jusqu'au milieu des années 1930, un musée de la Révolution d'Octobre était installé dans le palais d'Hiver, à côté du musée de l'Ermitage.

Démantèlement des collections[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, de longues négociations furent menées avec ce qui est devenu depuis le musée Pouchkine à Moscou pour la cession de certaines pièces des collections de l'Ermitage. Un accord fut trouvé en 1927 et sept cents peintures conservées en dépôt furent transférées au musée moscovite. Plus tard, soixante-dix œuvres majeures exposées à l'Ermitage furent également transférées, parmi lesquelles Minerve de Véronèse et Le Combat de Joseph contre les Amorites de Poussin.

Dans le cadre de la mise en place du premier plan quinquennal de l’URSS, le ministre du commerce extérieur décida de vendre une partie des collections d’art des musées d’État, en passant par l'organisation Antiquariat fondée en 1925. Entre 1928 et 1933, les marchands d'art Matthiesen (Berlin), Colnaghi (Londres) et Knoedler (New York) achetèrent 2 880 peintures de l’Ermitage. Parmi celle-ci, figuraient 250 œuvres majeures et 50 peintures d’une certaine valeur.

Le siège de Léningrad[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Ermitage fut une des cibles de l'armée allemande au cours du siège de Léningrad. Celles-ci avaient reçu des ordres explicites de ne pas épargner la ville et Léningrad fut soumise pendant plusieurs années à des bombardements aériens et terrestres qui l'endommagèrent fortement. Les bâtiments de l’Ermitage furent sévèrement touchés par dix-sept obus d'artillerie et deux bombes lancées d'avion. Les collections avaient été mises à l'abri en partie dans les caves du musée ; plus d’un million de pièces furent envoyées à Ekaterinbourg. À l'époque, douze mille personnes vivaient à l’Ermitage pour préserver les collections et, dans la mesure du possible, limiter les dégâts produits par les bombes et par le froid. La première exposition des collections restées dans le musée fut ouverte peu après la levée du siège, le 7 novembre 1944 ; la réouverture officielle du musée avec toutes ses collections eut lieu le 5 novembre 1945. La réparation des dégâts causés par le siège s’étala sur plusieurs années.

De l’après-guerre jusqu’en 1990[modifier | modifier le code]

Van Gogh: Le Matin, le départ au travail (d'après Millet, janvier 1890), huile sur toile, 73 x 92 cm, musée de l'Ermitage, provenant de la collection Otto Krebs.

En 1948, une grande partie de la collection du musée de Moscou dédié aux arts de l’Occident fut transférée à l'Ermitage. Parmi ces peintures, figuraient les collections de deux mécènes de la période impériale : Sergueï Chtchoukine et Ivan Morozov. La plupart des œuvres du XXe siècle de l'Ermitage, en particulier les tableaux de Pablo Picasso, proviennent de cette collection. Ces peintures, taxées de formalisme durant une partie de l'ère soviétique, ne purent être exposées qu'après la mort de Staline. Par ailleurs, les tableaux, qui avaient été volés durant la Seconde Guerre mondiale par la Wehrmacht dans les territoires occupés puis récupérés par l'Armée rouge, furent également confiés à l'Ermitage. Depuis 1990, certains de ces tableaux ont été restitués à leurs propriétaires légitimes, et d'autres, comme Le Jas de Bouffan de Cézanne, ou Piti Teina de Gauguin, sont exposés dans des salles dédiées[2].

Depuis le démantèlement de l’Union soviétique[modifier | modifier le code]

Sous l’ère soviétique, bien que le musée de l’Ermitage passât alors pour l’une des vitrines de l’Union soviétique, il était à peine connu dans les pays occidentaux. La direction du musée et les principales décisions étaient en pratique prises par le Politburo. Depuis 1996, l’Ermitage est même placé directement sous le patronage du président de la Russie.

Toutefois, depuis 1990, le musée dispose d'une plus grande autonomie, bien que souffrant toujours de problèmes financiers : ainsi, en 1996, le musée, qui demandait l'équivalent de soixante millions de dollars à l’État, se vit promettre quarante millions, mais en reçut finalement dix-huit. Les chiffres respectivement pour 1997 (90 millions /30/12) et 1998 (7,4 / 5,4 / 2,7) furent encore inférieurs. L’Ermitage fait partie avec le théâtre Bolchoï et la bibliothèque Lénine des principaux projets placés sous la protection de l'UNESCO en Russie. Le budget du musée, qui représentait dans les années 1990 1 % du budget du Metropolitan Museum of Art, s'est relevé par la suite pour atteindre environ 10 %. 60 % des frais de fonctionnement de l'Ermitage sont pris en charge par l’État. Les 2 500 employés du musée doivent souvent occuper un second emploi le soir ou la nuit pour compenser la faiblesse des salaires versés.

Depuis l'ouverture de la Russie, l’Ermitage est devenu pour les touristes étrangers l'attraction principale du pays. Une coopération à long terme s'est mise en place avec le musée Guggenheim. Les Pays-Bas soutiennent également financièrement et techniquement le musée depuis l'éclatement de l'Union soviétique. En 2004, l’Ermitage a ouvert une annexe à Amsterdam ainsi qu'un musée Guggenheim Ermitage à Las Vegas en collaboration avec le musée Guggenheim. Un projet similaire à Londres a débouché sur la création de salles d'exposition Ermitage à l’Institut des Arts Courtauld. Le musée travaille ces derniers temps sur la numérisation de ses collections. Contrairement à beaucoup de musées, les prises de photos à des fins privées non lucratives ou pédagogiques sont autorisées.

  • En juillet 2006, 200 pièces (essentiellement des bijoux et des émaux) ont été dérobées, sans doute avec la complicité d'employés du musée. Ce vol est estimé à 4 millions d'euros[3].

En 2014, le musée de l'Ermitage a lancé deux applications pour smartphone en russe et en anglais. Les applications « Le musée de l'Ermitage » et « Audioguide pour 1h » permettent de visiter l'Ermitage sans guide[4].

Le Service des Volontaires du Musée de l’Ermitage[modifier | modifier le code]

Le Service des Volontaires du Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg propose à toute personne intéressée de s’impliquer dans le fonctionnement de cet immense musée. Ce service aide non seulement l’Ermitage dans ses activités internes et externes mais il est aussi une sorte de lien informel entre les professionnels et le public. Il vulgarise les connaissances très spécifiques des scientifiques afin qu'un plus grand nombre puisse profiter de leur riche savoir. Mais les volontaires développent aussi leur propres projets en accord avec la mission qu’ils se sont donnés.

Divers[modifier | modifier le code]

"Depuis des centaines d’années des dizaines des chats gardent le musée de l’Ermitage à Saint Petersbourg. Aujourd’hui ils sont autour de 70 à garder ainsi les caves et recoins du musée et quatre personnes s’occupent d’eux. Ils sont assez populaires auprès du personnel du musée et des visiteurs si bien qu’il y a au printemps une fête des gardiens chats. Il y a pour l’occasion une exposition d’œuvres représentant des chats, des visites des quartiers des chats (les chats n’ont pas accès aux salles d’exposition), des jeux pour les enfants et les adultes, un concours de portraits de chats… La fête permet aussi de récolter de l’argent pour l’entretien des chats qui ne figure pas au budget général du fonctionnement du musée et qui provient donc de dons des employés, des visiteurs ainsi que « des dons d’origine étrangère »."[5]

Œuvres exposées au musée de l’Ermitage[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, p. 65.
  2. (ru) Albert Kostenevitch, Catalogue de l'exposition de la peinture française des XIXe et XXe siècles issue des collections privées d'Allemagne, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, 1995
  3. « 220 pièces de collections volées à l'Ermitage », dans Le Nouvel Obs du 01/08/2006, [lire en ligne]
  4. Les musées russes en ligne, Russia Beyond The Headlines.
  5. http://enrussie.fr/les-chats-du-musee-de-lermitage/

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vladimir Dobrovski (trad. Seraphima Vassilievna, préf. Mikhaïl Piotrovski, photogr. Sergueï Bgomiako et autres), L'Ermitage : Histoire. Collections. Intérieurs, Plan [« Эрмитаж. Путеводитель на французском языке »], Saint-Pétersbourg, Éditions d'art Alfa Colour (Guide illustré),‎ 2013 (1re éd. 2009), 352 p. (ISBN 978-5-9778-0056-3)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]