Musée d'histoire naturelle

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Un musée d’histoire naturelle est un musée qui conserve et présente des collections de sciences naturelles (zoologie, botanique, géologie, écologie, climatologie, etc.) mais aussi, assez fréquemment, d’anthropologie (ethnologie, préhistoire) ou d’histoire des sciences.

Dans les pays francophones, ces musées ont été souvent désignés sous le vocable de muséum.

Les musées d'histoire naturelle de renom ont trois grandes fonctions complémentaires :

Dans le domaine des sciences naturelles et parfois des sciences et techniques, ils peuvent avoir une vocation de recherche fondamentale et appliquée, de plus en plus pluridisciplinaire.

Les musées d'histoire naturelle vulgarisent la connaissance scientifique pour différents publics, des enfants aux étudiants des universités ou grandes écoles, en utilisant ou adaptant les techniques classiques de la muséologie. Ils présentent l'histoire de la vie et des espèces actuelles et passées au public, avec d'éventuels éléments prospectifs, dans le cadre de la présentation de collections permanentes ou d'expositions ponctuelles, de conférences, films, ouvrages, etc.

Les collections qui proviennent parfois d'anciens cabinets de curiosité doivent être décrites, et entretenues avec les méthodes appropriées et les plus modernes (en particulier les collections d'animaux naturalisés ou de plantes séchées).

Parfois, des musées d'histoire naturelle disposent de collections botaniques ou zoologiques vivantes s'ils sont associés à un jardin botanique ou à un parc zoologique, ou s'ils incluent un aquarium public ou un vivarium. C'est le cas historique du Muséum national d'histoire naturelle de Paris qui comprend le Jardin des Plantes et sa ménagerie. [1]

Historique[modifier | modifier le code]

Ils ont été créés il y a plus de 900 ans! [réf. nécessaire]

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les cabinets de curiosités, les ancêtres des musées, donnent à voir à un public restreint aussi bien des objets issus de la nature que des livres, des œuvres d’art ou des antiquités. Il s’agit de faire un inventaire le plus exhaustif possible des richesses de la nature et de l’industrie humaine et de les présenter dans un ordre cohérent par rapport aux conceptions qui sont celles de l’époque[2]. La finalité de la science est d’abord classificatoire : en botanique et en zoologie, les travaux de Linné (le Species Plantarum de 1753 et le Systema naturae de 1758) marquent le début et permettent le développement de la systématique moderne. La distinction entre ce qui est exposé et ce qui est réservé à l’étude, hors du regard, n’existe pas encore. Il en résulte un grand foisonnement d’objets, chaque espace, y compris les plafonds, étant utilisé.

Le premier muséum d'histoire naturelle américain a été établi à Charleston en 1773, le deuxième à Philadelphie (le Peale Museum) en 1784[3]. Un second Peale Museum sera créé à Baltimore en 1814.

Dans la capitale française, le Muséum national d'histoire naturelle est fondé officiellement par décret le 10 juin 1793[1].

Le XIXe siècle peut vraiment être considéré comme l'âge d'or de la création des muséums. Au cours de ce siècle, la plupart des grandes villes se dotent de telles institutions. Les musées d’histoire naturelle qui se créent à un rythme accéléré au début du XIXe siècle – une ouverture par an en France entre 1820 et 1850, par exemple[2] – se positionnent dans la continuité de la tradition des Cabinets. Les différentes disciplines se sont individualisées et il n’est plus concevable qu’une même institution soit en même temps un musée d’art, un musée de sciences et une bibliothèque. Si la volonté d’exhaustivité perdure, les présentations artistiques qui prévalaient dans les Cabinets disparaissent au profit de l’ordonnancement rigoureux des spécimens selon les classifications en usage. Toutes les collections sont encore présentées au public.

Les premières expositions thématiques et les premiers dioramas apparaissent à la fin du XIXe siècle. Ces nouvelles scénographies impliquent la présentation de moins de spécimens mais proposent des mises en perspective plus variées : on passe d’un discours purement descriptif et classificatoire à un discours synthétique et didactique[2]. L’accès à la plus grande partie des collections est alors retiré au public et devient l’apanage des experts dans les espaces protégés que sont les réserves. La distinction entre ce qui est du domaine de l’exposition et ce qui relève des réserves se fait pourtant lentement. En France, par exemple, la plupart des muséums présentent longtemps encore la totalité de leurs collections dans des salles d’exposition saturées et il faut attendre les années 1980 pour qu’une première vague de rénovations de grande ampleur entreprennent à la fois une refonte complète des expositions permanentes et la création de lieux complètement dédiés à la conservation[4].

Le nombre de muséums va sensiblement décroître au XXe siècle en raison de toute une série de facteurs : changement de nature des loisirs, recul des loisirs et des collections scientifiques, urbanisation croissante, apparition des médias modernes facilitant l'accès à la connaissance du monde naturel…

Collections[modifier | modifier le code]

Les musées d’histoire naturelle ont de façon traditionnelle tentés de rassembler aussi bien des collections représentatives du milieu naturel les environnant immédiatement (flore, faune et géologie locales) que des collections exotiques.

Aux grands voyages d’exploration scientifique qui jalonnent la première moitié du XIXe siècle va succéder l’expansion coloniale. Les régions les plus lointaines et les objets de sciences naturelles qu’elles abritent deviennent de plus en plus facilement accessibles. Les collections s’enrichissent considérablement selon diverses modalités : réseaux de correspondants (voyageurs, missionnaires, militaires et fonctionnaires coloniaux…), dons de collections privées parfois fort importantes, campagnes de collectes organisées par les institutions muséales elles-mêmes, échanges entre musées, achats auprès de maisons spécialisées… À la fin du XIXe siècle, Rowland Ward[5] à Londres, Deyrolle ou les frères Édouard et Jules Verreaux à Paris sont en mesure de fournir peaux et naturalisations provenant de tous les continents. Le musée peut également acquérir les cadavres d’animaux issus de parcs zoologiques ou d’aquariums publics. Il arrive d’ailleurs, comme c’est encore le cas à Paris[1] ou à Besançon, entre autres, que la ménagerie ou le parc zoologique soit administrativement rattaché à l’établissement muséal. Les ponctions de spécimens dans les milieux naturels sont devenues aujourd’hui plus difficiles à assumer déontologiquement : le recours aux collections vivantes conservées par les parcs zoologiques représente dès lors pour les musées la principale source d’animaux exotiques.

De même, il arrive, comme c’est encore le cas à Paris, qu'un jardin des plantes ou un jardin botanique soit rattaché à l’établissement muséal. Les collections botaniques vivantes permettent de réaliser ou de compléter un herbier (collection de plantes séchées), une séminothèque (collection de graines) ou une carpothèque (collection de fruits), qui permettent de comparer et d'identifier des genres ou des espèces de plantes.

Certains musées abritent des collections importantes d'échantillons qui servent de référence à la géologie et à la paléontologie dans le monde.

Collections de conchyliologie au musée de Wiesbaden

Les collections ainsi rassemblées ont atteint au fil des années des tailles énormes. Les plus grandes collections mondiales (le National Museum of Natural History de Washington, le Natural History Museum de Londres et le Muséum national d'histoire naturelle de Paris), comptent respectivement 125, 70 et 60 millions de spécimens[6]. Celles qui dépassent le million de spécimens ne sont pas exceptionnelles. Ces grands volumes, s’ils constituent une richesse indéniable, ne sont pas sans poser divers problèmes, à commencer par ceux de leur gestion (inventaire) ou de leur conservation.

Ces collections ont longtemps étaient considérées comme fongibles, chaque spécimen les composant pouvant plus ou moins aisément être remplacé par un équivalent. De ce fait, le problème de leur conservation passait au second plan alors même que, constituées dans leur grande majorité de matière organique, du moins pour ce qui concerne la zoologie et la botanique, elles sont par nature particulièrement sensibles aux agents de dégradation physiques (lumière, hygrométrie, température, poussière...) ou biologiques (insectes principalement). Cet état de fait tend toutefois à évoluer de nos jours : avec la prise de conscience que la nature n’est pas inépuisable, que la biodiversité diminue ou encore que les sites géologiques ne peuvent être renouvelés, les musées d’histoire naturelle s’aperçoivent qu’ils conservent un patrimoine naturel de plus en plus irremplaçable (le cas le plus parlant étant celui du spécimen naturalisé d’une espèce aujourd’hui éteinte) et gèrent désormais leurs collections en conséquence.

Recherche[modifier | modifier le code]

Les musées d’histoire naturelle ont été jusqu’au milieu du XIXe siècle les lieux où se faisait la recherche en sciences naturelles[2]. Ce rôle a eu tendance ensuite à s’effacer au profit des universités.

Aujourd’hui seules les grandes institutions conservent des missions de recherche. À Washington, par exemple, le National Museum of Natural History abrite 185 scientifiques qui peuvent exploiter les 125 millions de spécimens, dans toutes les disciplines des sciences naturelles, que possède le musée.

Toutes les collections de sciences naturelles gardent un intérêt scientifique et sont consultées pour cette raison.

Tout d’abord dans le cadre de recherches en systématique. Les musées ont en effet la charge de conserver les spécimens types qui servent d’étalons aux millions de noms de taxons attribués depuis Linné. Le développement de la phylogénétique et les nouvelles possibilités offertes par le séquençage de l’ADN sur des spécimens même anciens ouvrent de nouveaux champs d’application.

Sur un autre plan, ces collections immenses constituent des bases de données naturalistes susceptibles d’être utilisées par les écologues pour apprécier l’évolution dans le temps des populations qu’ils étudient.

Diffusion du savoir[modifier | modifier le code]

Les musées ne se définissent pas seulement par leurs collections mais aussi, bien évidemment, par la présentation de celles-ci au public. Dans leurs disciplines, les musées d’histoire naturelle sont, par le travail de vulgarisation qu’ils accomplissent, des lieux de culture scientifique de premier plan.

Les expositions permanentes ou temporaires restent des moyens privilégiés de transmission des connaissances. Les musées d'histoire naturelle ont su exploiter une large palette de nouveautés technologiques (bornes interactives, multimédia, animatiques, etc.) pour moderniser leur muséographie.

L’exposition n’est toutefois qu’un des outils utilisés par le musée. Ses activités culturelles peuvent se décliner selon de nombreux autres axes : cycles de conférences ou de films, programmes d’animations auprès de publics scolaires ou plus spécifiques (très jeunes enfants, personnes handicapées, etc.), sorties sur le terrain, service de médiathèque, publication d’ouvrages, etc.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Yves Laissus & Jean-Jacques Petter, Les animaux du Muséum, 1793-1993. La Documentation Française, Paris (1993) ISBN 2-11-081284-2.
  2. a, b, c et d Michel Van-Praët, Cultures scientifiques et musées d'histoire naturelle en France. Hermès, 20 (1996), p.143-149.
  3. Robert E. Schofield, "The Science Education of an Enlightened Entrepreneur : Charles Willson Peale and His Philadelphia Museum, 1784-1827", American Studies, Vol.30, No.2, 1989.
  4. Office de Coopération et d'Information Muséographiques (OCIM), Muséums d'aujourd'hui, 1994, 131 p. ill., ISBN 2-11-087988-2. L'ouvrage aborde les rénovations des muséums d'Aurillac, Bourges, Dijon, Grenoble, Paris et Tours.
  5. Amandine Péquignot, La taxidermie londonienne au service des premiers dioramas français, Lettre de l'OCIM, n° 90, 2003, p.27-34.
  6. D’après les chiffres cités sur les pages correspondantes du Wikipédia francophone. La précision de ces chiffres reste forcément très relative.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]