Multilinguisme au Luxembourg

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Le français et l'allemand sont historiquement langues officielles au Luxembourg. S'y est ajoutée, en 1984, la langue spécifique, le luxembourgeois[1], langue encore peu écrite, qui cherche à se normaliser et que le Luxembourg n'a pas cherché à imposer au niveau européen. Le multilinguisme au Luxembourg est un fait avec une population du Grand-Duché qui a une pratique quotidienne des trois langues.

Ce particularisme est dû à la petite taille et à l'histoire du Grand-Duché situé au croisement des aires francophone et germanophone. Les nombreux échanges entre le Luxembourg et ses voisins, l'émigration vers ces pays pour trouver du travail au XIXe siècle puis après les années 1970, le phénomène inverse ont fait que les deux puissantes langues voisines sont devenues couramment parlées dans le pays. Mais, à l'inverse de ses dérivés en France et en Belgique, la pratique du luxembourgeois s'est maintenue dans la population en partie comme ciment de l'identité nationale («eis Sprooch», « notre langue »)

Au contraire de pays multilingues comme la Suisse, le Canada ou la Belgique où la distribution des langues est géographique, au Luxembourg elle est fonctionnelle ce qui signifie que l'usage d'une langue dépend de la situation.

Langues officielles[modifier | modifier le code]

La loi du 24 février 1984 sur l'usage des langues au Luxembourg (loi écrite en français) indique :

  • Article 1 : La langue nationale des Luxembourgeois est le luxembourgeois.
  • Article 2 : Les lois sont en français.
  • Article 3 : La langue du gouvernement : le luxembourgeois, l'allemand et le français peuvent être utilisés.
  • Article 4 : Questions administratives: Si un citoyen pose une question en luxembourgeois, en allemand ou en français, l'administration doit lui répondre, autant que possible, dans la langue dans laquelle la question a été posée.

Population étrangère et frontaliers[modifier | modifier le code]

Sur les 476 000 habitants du Luxembourg (chiffres 2007), seuls 278 000 sont luxembourgeois et 198 000 étrangers (près de 42 %). Le multilinguisme est également renforcé par la présence d'environ 130 000 travailleurs frontaliers francophones ou germanophones qui viennent chaque jour au Luxembourg (30 000 Allemands, 34 000 Belges et 66 000 Français, chiffres d'octobre 2006). Aux trois langues officielles, il faudrait rajouter aussi l'usage du portugais et de l'anglais. Environ 15 % de la population totale est portugaise créant une forte communauté où le portugais reste la langue d'usage même si la deuxième génération parle le luxembourgeois (appris à l'école et au contact des autres enfants), le français et l'allemand. De manière générale, les langues les plus utilisées au travail sont le luxembourgeois et le français. Cependant, le très fort développement du secteur bancaire (la place financière luxembourgeoise est devenue la 2e d'Europe avec plus de 150 banques présentes sur ce territoire et la 2e mondiale pour les fonds d'investissements) et l'arrivée de cadres de toute l'Europe font que l'usage de l'anglais comme langue de travail est devenu fréquent.

Dans la pratique[modifier | modifier le code]

Dans le pays, en 2012, 52[2] à 56[3] % des Luxembourgeois ont pour langue maternelle le luxembourgeois, 16[4] à 19[5] % le portugais, 12[4] à 16[2] % le français et 2[2] % l'allemand.

Selon le Réseau Eurydice dans son rapport Chiffres clés de l’enseignement des langues à l’école en Europe – 2012[6] : « Au Luxembourg en 2009, 88,9 % des élèves âgés de 15 ans indiquaient qu’ils parlaient à la maison une autre langue que la langue d’enseignement. Ce chiffre élevé est principalement dû au fait que 62,2 % des élèves âgés de 15 ans au Luxembourg indiquaient qu’à la maison, ils parlaient luxembourgeois – une langue germanique – qui est l’une des trois langues officielles du Luxembourg. Presque tous ces élèves (96,0 %) mentionnaient l’allemand comme leur langue d’enseignement. En outre, 14,7 % des élèves âgés de 15 ans au Luxembourg parlaient à la maison le portugais, une langue très différente des deux langues d’enseignement (le français et l’allemand). ».
Selon l'étude PISA[7], en 2009, en moyenne, le Luxembourg comptait la plus vaste proportion d’élèves de 15 ans immigrants[8], à savoir 40,16 % (contre une moyenne de 9,33 % en EU-27). Un élève de 15 ans sur quatre (24,9 %) était classé comme immigrant ne parlant pas la langue d’enseignement à la maison, ceux-ci étant nés au Portugal, dans l’une des anciennes républiques yougoslaves ou en Italie.

Au Luxembourg, trois langues sont obligatoires au cours de l’enseignement obligatoire, c’est-à-dire que tous les élèves doivent étudier les langues en question : l’allemand dès l'âge de 6 ans, le français dès 7 ans et l’anglais dès 14 ans, et ce jusqu'à 19 ans pour les trois langues[9],.
En 2010/2011, l'âge à partir duquel la première langue étrangère (l'allemand) devient une matière obligatoire pour tous les élèves est de 6 ans et est obligatoire jusqu'à l'âge de 19 ans[10] ; il est de 7 ans pour la deuxième langue étrangère (le français) (l'âge le plus précoce des 27 pays de l'Union européenne) et est également obligatoire jusqu'à l'âge de 19 ans[11]. Le Luxembourg (avec l’Islande) est le seul pays où tous les élèves suivant un enseignement général doivent étudier trois langues (ici l'anglais), la durée de cet apprentissage de l'anglais étant de cinq ans (entre 14 et 19 ans)[12]. Enfin, une quatrième langue étrangère supplémentaire obligatoire est enseignée aux élèves ayant choisi certaines filières d'enseignement à partir de l'âge de 15 ans et également jusqu'à l'âge de 19 ans (Le Luxembourg étant le seul des 27 pays de l'Union européenne pouvant avoir jusqu'à quatre langues étrangères obligatoires avec le Liechtenstein et l’Islande)[13].
Le Luxembourg est, avec Malte et la Communauté germanophone de Belgique, le seul pays ou région dans lequel l’enseignement d’une matière intégré à une langue étrangère (EMILE) est proposé dans toutes les écoles du système éducatif dans son ensemble[14] ; deux des trois langues d’État (l’allemand et le français) étant utilisées comme langues d’enseignement en plus du luxembourgeois – l’allemand dans l’enseignement primaire et dans l’enseignement secondaire inférieur et le français dans l’enseignement secondaire inférieur et supérieur[15].
Le Luxembourg se caractérise par le pourcentage le plus élevé des 27 pays de l'Union européenne d'élèves du primaire qui apprennent deux langues étrangères ou plus avec une moyenne de 83,6 % en 2009/2010[16] (en légère progression continue : 82,9 % en 2004/2005 et 83,0 % en 2006/2007[17]) : à 7 ans ils sont 100 % à apprendre l'allemand et 92,4 % le français, à 8 ans 100 % l'allemand et 99,6 % le français, à 9 ans ils sont 100 % pour les deux langues, de même qu'à 10 ans[18],[19].
Les Luxembourgeois ne sont que 2 % à n'avoir jamais appris de langue étrangère[20].


Selon les Luxembourgeois, en 2012, à l’exception de leur langue maternelle, les deux autres langues qu’il est le plus utile de connaître pour leur développement personnel, citent à 72 % le français, à 47 % l'allemand et à 40 % l'anglais (pour cette dernière c'est la proportion la plus faible parmi les États de l'UE-27 à l’exception de l’Irlande (6 %) et du Royaume-Uni (19 %) où il s’agit de la langue officielle)[21].

Selon les Luxembourgeois, en 2012, à l’exception de leur langue maternelle, les deux autres langues qu’ils considèrent comme les plus importantes à apprendre pour l’avenir de leurs enfants, citent à 71 % l'anglais, à 63 % le français, à 27 % l'allemand, à 9 % le chinois et à 5 % l'espagnol[22].

En dehors de leurs langues maternelles, les principales langues suffisamment bien parlées par les Luxembourgeois pour participer à une conversation sont le français (80 %, contre 90 % en 2005), suivi de l’allemand (69 %, contre 88 % en 2005) puis de l'anglais (56 %)[2] ; Des 27 États membres de l'Union européenne en 2012, le Luxembourg est le seul à n'avoir l’anglais qu'en troisième position des langues étrangères les plus fréquemment parlées[23].

Les Luxembourgeois sont 73 % à utiliser régulièrement les langues étrangères pour regarder des films, la télévision ou écouter la radio et 51 % sur Internet[24].

Pour ce qui est des langues autres que leurs propres langues maternelles, celles qui sont suffisamment bien comprises pour suivre les nouvelles à la radio ou à la télévision, les Luxembourgeois citent le français à 55 %, suivi de l'allemand à 53 %, de l'anglais à 39 % et de l'espagnol à 11 %[25].

Pour ce qui est des langues autres que leurs propres langues maternelles, celles qui sont suffisamment bien comprises pour être capable de lire un article de journal ou de magasine dans une langue étrangère citent à 54 % le français, à 52 % l'allemand, à 35 % l'anglais et à 10 % l'espagnol[26].

Pour ce qui est des langues autres que leurs propres langues maternelles, celles qui sont suffisamment bien comprises pour être capable de communiquer en ligne dans une langue étrangère citent à 41 % le français, à 37 % l'allemand, à 33 % l'anglais et à 5 % l'espagnol[27].

À la Chambre des députés[modifier | modifier le code]

La langue courante est le luxembourgeois mais avec quelquefois l'usage du français, par exemple quand les lois sont citées.

Dans la presse et les médias[modifier | modifier le code]

La presse est majoritairement en allemand, il y a quelques journaux et magazines en français. Il existe un quotidien exclusivement en français (Le Quotidien), un hebdomadaire exclusivement francophone (Le Jeudi), et aussi un hebdomadaire lusophone (Contacto). Les chaînes luxembourgeoises de télévision et de radio sont presque uniquement en luxembourgeois mais les chaînes hertziennes de radio et télévision françaises, allemandes et belges sont captées au Luxembourg et sont regardées et écoutées.

À l'école[modifier | modifier le code]

À l'école primaire, les cours sont en allemand et les explications sont souvent données en luxembourgeois. Dans le secondaire, cela dépend à quel niveau se trouve l'élève. L'enseignement classique est dispensé (aux classes inférieures) en allemand, alors que les niveaux supérieurs utilisent le français. Au niveau technique, c'est-à-dire la 9e, toutes les matières sont en allemand sauf les mathématiques. De la 10e à la 13e, les cours sont principalement en français mais les explications restent souvent en luxembourgeois. Dans le niveau le plus bas toutes les matières sont en allemand, sauf les mathématiques.

Dans la vie quotidienne[modifier | modifier le code]

La pratique varie selon les familles et les situations, même si le luxembourgeois domine dans les conversations entre natifs du pays. Compte tenu de l'importance de la population immigrée, le pays est un creuset linguistique. Les habitants du Luxembourg parlent généralement plusieurs langues chaque jour, en fonction du contexte. Pour parler avec un collègue étranger, la langue de celui-ci, le français ou l'allemand sera utilisée, puisque rares sont les étrangers vivant ou travaillant dans le Grand-Duché qui maîtrisent le luxembourgeois. Mais si leur interlocuteur comprend le luxembourgeois, cette langue sera utilisée.

Signalisation routière[modifier | modifier le code]

Les panneaux de circulation sont en français et en luxembourgeois.

Disparition progressive du luxembourgeois ?[modifier | modifier le code]

Début 2012, une enquête révèle pour la première fois qu'une majorité des enfants (56 %) ne parlent pas luxembourgeois chez eux ; ils n'étaient que 42 % en 2005[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Loi du 24 février 1984 sur le régime des langues, dans le Journal Officiel du Grand-Duché de Luxembourg », sur www.legilux.public.lu (consulté le 27 janvier 2011)
  2. a, b, c et d http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 15
  3. http://www.luxembourg.public.lu/fr/societe/langues/utilisation-langues/
  4. a et b http://www.luxembourg.public.lu/fr/societe/langues/utilisation-langues/
  5. http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 14
  6. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 21
  7. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 25
  8. Un élève est défini comme «immigrant» si ses deux parents ou tuteurs légaux sont nés à l’étranger.
  9. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 49
  10. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 30
  11. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 32
  12. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 29
  13. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 33
  14. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 41
  15. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 43
  16. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 57
  17. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 60
  18. http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/143FR.pdf p. 58-59
  19. Tous les élèves du primaire apprennent le luxembourgeois, qui n'est pas inclus dans les données. Les écoles privées indépendantes sont exclues.
  20. http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 62
  21. http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 77 et 79.
  22. http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 85.
  23. http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 26
  24. http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 57
  25. http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 35
  26. http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 37
  27. http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_386_fr.pdf p. 41
  28. « 56 % des enfants ne parlent pas luxembourgeois chez eux », sur rtl.lu (consulté le 16 janvier 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Multilingualism in Luxembourg » (voir la liste des auteurs).
  • Lëtzebuergesch: Quo Vadis? Actes du cycle de conférences, projet Moien!, Sproochenhaus Wëlwerwoltz (Hg.) Mamer: Ondine Conseil 2004
  • Horner, Kristine & J.J. Weber. 2008. "The Language Situation in Luxembourg". Current Issues in Language Planning 9 (1).
  • The universe under the microscope: The complex linguistic situation in Luxembourg de N Weber, in De Bot, C./Kroon, S./Nelde, P./Vande Velde, H. (eds.), Institutional Status and use of languages in Europe Bonn, Asgard, 2001, 179-184
  • Luxembourg and Lëtzebuergesch: Language and Communication at the Crossroads of Europe, G. Newton, Oxford, 1996

Article connexe[modifier | modifier le code]