Muhammad Yahya Khan

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Muhammad Yahya Khan
آغا محمد یحیی خان
Muhammad Yahya Khan en 1970.
Muhammad Yahya Khan en 1970.
Fonctions
3e président de la République islamique du Pakistan
25 mars 196920 décembre 1971
(2 ans, 6 mois et 25 jours)
Prédécesseur Muhammad Ayub Khan
Successeur Zulfikar Alî Bhutto
Biographie
Date de naissance 4 février 1917
Lieu de naissance Chakwal (Raj britannique)
Date de décès 10 août 1980 (à 63 ans)
Lieu de décès Rawalpindi (Pakistan)
Nationalité Pakistanaise
Diplômé de Université du Pendjab
Académie militaire de Dehradun

Muhammad Yahya Khan
Présidents de la République islamique du Pakistan

Agha Muhammad Yahya Khan Qizilbash (4 février 191710 août 1980) était un homme politique pakistanais, qui fut président de la république islamique du Pakistan du 25 mars 1969 au 20 décembre 1971. Après avoir été général en chef de l'armée pakistanaise, il fut le successeur désigné du général Muhammad Ayub Khan dans le cadre de la dictature militaire qui régnait alors au Pakistan.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Yahya Khan est né le 4 février 1917 à Chakwal, près de Peshawar, dans les Indes britanniques (aujourd'hui au Pakistan)[1],[2]. Sa famille appartient au peuple pachtoune[2] et descend de la classe des soldats d'élite de Nâdir Châh, souverain perse qui avait envahi l'Inde et pris Delhi au XVIIIe siècle[1]. Son père, Saadat Ali Khan, était originaire de Peshawar et exerçait la fonction d'officier de police[3],[2].

Issu ainsi d'un milieu aisé, Yahya Khan étudia à l'université du Pendjab, à Lahore, puis rentra à l'académie militaire indienne de Dehradun où il s'érigea parmi les premiers diplômes de son niveau[2],[1]. Lorsqu'il en sortit en 1938, il fut enrolé dans l'armée britannique[4]. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit comme officier au sein de la 4e division d'infanterie sur divers théâtres d'opérations[2],[4], notamment en Iraq, en Afrique du Nord et en Italie[4],[1]. Fait prisonnier en juin 1942, il réussit toutefois à s'échapper d'un camp après trois tentatives[4].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Après la partition du Raj britannique et l'indépendance du Pakistan en 1947, Yahya Khan devint officier dans l'armée du nouvel État[4] ; il y joua un rôle important dans l'instruction des troupes, notamment dans la formation du collège d'état-major à Quetta[4],[3],[1]. En 1951, il fut promu brigadier général et commanda la 106e brigade d'infanterie au Cachemire de 1951 à 1952[4]. Il dirigea également entre 1954 et 1957 un projet de modernisation de l'armée pakistanaise initialisé par le commandant-général Muhammad Ayub Khan, avant d'être promu lui-même général et chef de l'instruction[4].

Le 27 octobre 1958, Yahya Khan fut nommé Premier ministre par le président Iskander Mirza, mais le même jour, Ayub Khan renversa Mirza et l'envoya en exil. Toutefois, Yahya Khan ne protesta pas et soutint l'action d'Ayub Khan[4].

Proche du nouveau président, Yahya Khan occupa dès lors le poste de chef d'état-major général, et ce jusqu'en 1962[4]. En 1965, lors de la deuxième Guerre indo-pakistanaise, Yahya Khan reçut le commandement d'une division d'infanterie au Pakistan oriental et au Cachemire. Au mois de mars de l'année suivante, il fut nommé général en chef des forces armées, avec pour mission d'employer tous les moyens nécessaires pour améliorer l'efficacité des troupes pakistanaises. En effet, les faiblesses de ces dernières avaient été mises au jour durant le conflit avec l'Inde[2],[4],[3]. Dans cette optique, Yahya Khan procéda à plusieurs réformes au sein de l'armée : il améliora et renforça sa structure, créa trois divisions d'infanterie, se procura de nouvelles armes et réorganisa le commandement militaire[4]. De plus, il occupa à nouveau à partir de septembre 1966 la fonction de chef d'état-major, qu'il allait conserver jusqu'en 1971[4].

Président de la république islamique[modifier | modifier le code]

Le 25 mars 1969, le président Muhammad Ayub Khan démissionna de ses fonctions à la suite d'un fort mécontentement populaire et remit le pouvoir entre les mains de Yahya Khan. Immédiatement après son accession au pouvoir, ce dernier imposa la loi martiale au pays, abrogea la constitution et dissolut les assemblées nationale et provinciales[4],[3]. Le 31 mars, il devint officiellement président de la république islamique du Pakistan[3].

Contrairement aux autres militaires ayant assumé le rôle de chef d'État au Pakistan, Yahya Khan ne souhaitait pas s'installer durablement au pouvoir et exprima assez vite sa volonté de rétablir la démocratie au Pakistan. Il promit également de se pencher sur le problème des rivalités ethniques entre la partie est (futur Bangladesh) et la partie ouest du pays. Ayant ces objectifs en tête, il augmenta le nombre de représentants du Pakistan oriental à l'Assemblée nationale et promulgua le 29 mars 1970 une constitution provisoire qui énumérait les conditions des futures élections législatives. Elles eurent lieu le 7 décembre de la même année et sont les premières élections populaires de l'histoire du Pakistan moderne[4],[3].

Toutefois, ces élections n'eurent pas le résultat espéré : plutôt que d'effectuer un premier pas vers la démocratisation du pays, elles augurèrent surtout la chute de Yahya Khan[4]. En effet, elle n'effaça pas l'antagonisme entre est et ouest, déjà renforcé par le cyclone de novembre 1970 au Bengale qui avait fait des centaines de milliers de victimes et l'impuissance de l'armée pakistanaise à porter secours aux sinistrés[2]. La ligue Awami, dirigée par Sheikh Mujibur Rahman, obtint 160 des 162 sièges est-pakistanais à l'Assemblée nationale, sur 313 sièges au total, mais n'obtint aucun siège ouest-pakistanais. À l'inverse, le Parti du peuple pakistanais, dirigé par Zulfikar Alî Bhutto, obtint 81 sièges ouest-pakistanais et aucun siège est-pakistanais. Ainsi, la ligue Awami avait la majorité numérique à l'Assemblée. Malgré cela, Yahya Khan savait que Bhutto n'aurait pas toléré que Rahman deviennent Premier ministre et confia finalement cette fonction au chef du PPP[4],[3].

Cette décision provoqua la colère des est-pakistanais et fut suivie de violentes protestations. En réaction, le 21 février 1971, Yahya Khan suspendit la séance de l'Assemblée nationale et dissolut son cabinet civil[4]. Dans la nuit du 25 mars, il fit arrêter Rahman et lança l'opération militaire Searchlight contre le Pakistan oriental[5]. Très sanglante, la répression militaire fit des centaines de milliers de victimes[4],[6]. Ainsi se déclencha la guerre de libération du Bangladesh, qui se prolongea pendant neuf mois ; le 3 décembre, l'intervention de l'Inde dans le conflit et la défaite pakistanaise força le Pakistan à reconnaître treize jours plus tard l'indépendance du Bangladesh. Peu après, le 20 décembre, le mécontentement populaire croissant contraignit Yahya Khan à démissionner de ses fonctions. Il fut alors remplacé par Bhutto, qui l'assigna à résidence en 1972 (et ce jusqu'en 1979). Yahya Khan décéda le 10 août 1980 à Rawalpindi[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. a, b, c, d et e (en) « Agha Mohammad Yahya Khan », sur Encyclopædia Britannica.
  2. a, b, c, d, e, f et g Gérard Viratelle, « Yahya Khan Agha Muhammad », sur Encyclopædia Universalis.
  3. a, b, c, d, e, f et g (en) « Yahya Khan », sur storyofpakistan.com.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t (en) Scott Robinson, « Agha Mohammed Yahya Khan », sur The Robinson Library.
  5. (en) Siddiq Salik, Witness to Surrender, Oxford University Press, 1978 (ISBN 978-0-19-577264-7)
  6. (en) Case Study: Genocide in Bangladesh, 1971, Gendercide Watch.

Liens externes[modifier | modifier le code]