Mouvement harmonique

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En harmonie tonale, un mouvement harmonique ou progression harmonique est une simultanéité de deux mouvements mélodiques.

Un mouvement harmonique englobe toujours quatre notes formant quatre intervalles : horizontalement, deux intervalles mélodiques simultanés ; verticalement, deux intervalles harmoniques successifs. Le second intervalle harmonique est considéré comme l'intervalle harmonique produit par le mouvement en question.

L'harmonie classique oppose deux classes d'intervalle harmonique : la consonance et la dissonance. La réalisation de cette dernière exige une préparation et une résolution.

Histoire[modifier | modifier le code]

Après quelques siècles de tâtonnements et d'expérimentation — du IXe au XIe siècle —, la musique modale se dote d'un système de codification précis — indispensable, tant sur le plan du rythme que sur celui de la mélodie —, et d'un procédé de composition polyphonique appelé contrepoint.

La découverte des divers procédés polyphoniques se confond avec l'utilisation des différents types de mouvements harmoniques.

Le mouvement oblique — lorsqu'une voix monte ou descend, pendant qu'une autre, simultanément, reste en place — est le procédé harmonique le plus ancien : il est avérée dans la musique grecque de la période classique, il constitue les prémices de la polyphonie.

Le mouvement parallèle strict — lorsque deux voix évoluent simultanément en produisant deux intervalles de même chiffre et de même sens — vient s'ajouter au mouvement oblique entre le IXe et le XIIe. L'intervalle séparant les deux mélodies est tout d'abord la quinte ou la quarte : c'est le procédé de l'organum. Aux XIe et XIIe siècles, cet intervalle devient la tierce ou la sixte : c'est le procédé du gymel et du faux-bourdon.

Le mouvement direct fait intervenir des intervalles différents. Un tel mouvement supposant une plus grande indépendance des voix, est chronologiquement postérieur au mouvement parallèle strict.

À partir de l'utilisation du mouvement contraire, à la fin du XIIe siècle, les différentes voix deviennent totalement indépendantes : c'est le procédé du déchant, qui marque la naissance du contrepoint, ancêtre de l'harmonie tonale.

Le contrepoint — du latin punctus contra punctum, note contre note —, est la technique de juxtaposition de mélodies qui s'est propagée du XIIIe au XVIe siècle. C'est le procédé polyphonique du système modal.

Avec le contrepoint, l'accord — au sens classique et vertical du terme — est obtenu empiriquement par adjonction successive des mélodies. Il n'est pas considéré comme une entité en soi, ainsi que ce sera le cas plus tard, dès la fin du XVIe siècle. C'est donc le principe mélodique (horizontalité) qui a la priorité sur le principe polyphonique (verticalité), et non pas l'inverse.

Le nouveau procédé ne s'est pas substitué aux anciens, mais s'y est simplement ajouté : le mouvement oblique et le mouvement parallèle n'ont jamais cessé d'être employés pendant la période du contrepoint modal, et au-delà.

Mouvement oblique[modifier | modifier le code]

Bourdon supérieur, mouvement oblique
Mouvements obliques

Le mouvement oblique fait intervenir un bourdon (qui répète toujours la même note) et une mélodie. Une partie reste en place tandis que l'autre se déplace en permanence. Il est agréable pour l'oreille dans la mesure où elle n'a qu'une seule mélodie à suivre et où il produit toujours un nouvel intervalle harmonique, contrairement au mouvement parallèle[1]. Ce mouvement permet pratiquement d'amener n'importe quel intervalle harmonique. C'est par ailleurs le seul mouvement harmonique qui permette de préparer strictement une dissonance en faisant entendre une de ses notes dans l'intervalle harmonique précédent. Toutefois, il faut éviter d'arriver sur l'unisson par un mouvement conjoint de la voix en mouvement. On peut plutôt quitter l'unisson par un mouvement oblique[2].

Les bourdons de certains instruments traditionnels (cornemuse, biniou, chabrette, vielle à roue) constituent une illustration du mouvement oblique.

Mouvement parallèle[modifier | modifier le code]

Mouvements parallèles
Mélodie avec contre-chant parallèle supérieur

Un mouvement est parallèle lorsque deux lignes mélodiques sont séparées par un intervalle constant[3]. En principe, ce mouvement ne convient qu'aux consonances imparfaites.

Dans le mouvement parallèle, la mélodie d'accompagnement n'a pas encore conquis son indépendance, puisqu'elle n'est que « l'ombre de la mélodie principale », décalée à une distance constante, un intervalle de même chiffre sépare en effet les deux mélodies.

Lorsque l'intervalle séparant les deux mélodies est une quinte ou une quarte, le procédé est appelé organum. Lorsque cet intervalle est une tierce ou une sixte, le procédé est appelé gymel ou faux-bourdon.

Mouvement direct[modifier | modifier le code]

Mouvements directs

Un mouvement direct est un mouvement harmonique se réalisant lorsque les deux parties se déplacent dans le même sens (elles montent ou descendent en même temps) mais que le chiffre de l'intervalle harmonique entre les deux parties change contrairement au mouvement parallèle. Ce mouvement fait naître de nombreuses observations dans le domaine des consonances parfaites comme dans celui des dissonances.

Le mouvement direct suppose une plus grande indépendance des voix.

Mouvement contraire[modifier | modifier le code]

Mouvements contraires
Contrepoint supérieur, mouvements contraires

Un mouvement contraire est un mouvement harmonique se réalisant lorsque les deux parties se déplacent en sens inverse — c'est-à-dire, lorsque l'une monte, et que l'autre descend. Ce mouvement convient également à tous les intervalles harmoniques sauf les consonances parfaites consécutives.

Si les deux intervalles harmoniques successifs déterminés par un mouvement harmonique sont de même chiffre (par exemple, deux tierces consécutives, ou encore deux quintes consécutives, etc.), on a normalement affaire à un mouvement parallèle. Cependant, il peut s'agir également d'un mouvement contraire : dans ce cas, l'un au moins des deux intervalles harmoniques est redoublé.

Échange[modifier | modifier le code]

Echange entre notes d'un accord

Un échange est un cas particulier de mouvement contraire dans lequel chaque partie progresse vers la note de l'autre partie.

Un échange peut avoir lieu, avec note commune (exemples A & B), ou bien sans (exemples C & D), et peut se faire soit à l'octave (exemples B & D), soit à l'unisson (exemples A & C). Un échange à l'unisson provoque un croisement entre les parties concernées (exemples A & C).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Emile Chevé, Nanine Paris Chevé, Méthode élémentaire d'harmonie, Volumes 1-2, Chez les auteurs, 1846. p. 238
  2. Michel Baron, Cours d'harmonie, 1998. [1]
  3. Gouttenoire 2006, p. 75

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Gouttenoire et Jean-Philippe Guye, Vocabulaire pratique d'analyse musicale, DELATOUR FRANCE,‎ 2006, 128 p. (ISBN 978-2-7521-0020-7)