Mouvement de conscience noire

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Le « Mouvement de Conscience noire » (Black Consciousness Movement) est en Afrique du Sud un courant de pensée proche du Black nationalism et du panafricanisme, à la recherche d'une démarche exclusivement noire pour sortir du système d'apartheid. Il a été fondé en particulier par Steve Biko, l'un des organisateurs des manifestations non-violentes de Soweto en 1976. Réprimées par la police, celles-ci donneront lieu ensuite à des émeutes, à l'issue desquels Biko fut arrêté, torturé et tué.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce mouvement social a fait son apparition après le massacre de Sharpeville, en 1960, suite auquel la direction du Congrès national africain (ANC) et du Congrès panafricain ont été décimés, la plupart des dirigeants étant soit morts, soit emprisonnés. Il était proche du christianisme, et notamment de l'University Christian Movement (UCM, Mouvement chrétien universitaire) fondé lors d'un meeting de l'Église anglicane, en 1966, alors dirigée par l'archevêque Robert Selby Taylor[1].

En 1968, le militant Steve Biko se prononça en faveur d'universités exclusivement noires[1]. Offusqué par la part trop importante que prennent les blancs libéraux dans les mouvements anti-apartheid, Biko prend alors le parti de privilégier l'aspect africain des revendications des militants noirs. Le SASO (Congrès des étudiants d'Afrique du Sud) est fondé en décembre 1968, lors d'une conférence dans un lycée appartenant à l'Église catholique romaine[1]. Le SASO opéra une scission avec la NUSAS (la National Union of South African Students, ou Syndicat national des étudiants sud-africains), qui était dirigé par des étudiants blancs de gauche.

Pour les partisans de cette philosophie, l'Afrique appartient aux africains, c’est-à-dire à ceux du continent. Les Blancs peuvent y avoir leur place mais c'est aux Noirs d'en prendre la direction. Au niveau religieux, le Black Consciousness Movement se prolongeait dans la Black theology (théologie noire)[1], elle-même influencée par la théologie de la libération, et qui faisait alors son apparition aux États-Unis. Les réformes de Vatican II permirent au clergé officiel d'Afrique du Sud de s'impliquer plus avant dans la lutte pour les droits civiques des Noirs[1]. Le mouvement considérait les Africains du Sud d'origine indienne comme faisant partie intégrante du « peuple noir ».

Influencé par la pensée de W.E.B. DuBois, Marcus Garvey, Alain Locke, Frantz Fanon et les penseurs de la Négritude Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, Steve Biko a repris et développé cette doctrine en adaptant le slogan des Black Panthers américaines « black is beautiful », préconisant que les Noirs devaient croire en leurs capacités et prendre en main leur destinée. Il distinguait ainsi deux phases d'émancipation, la « libération psychologique », visant à redonner une dignité au peuple noir, et la « libération physique ». Attentif à la pensée de Gandhi et de Martin Luther King, Biko employait des techniques de non-violence, mais plus en tant que moyen stratégiquement efficace de lutte face à l'appareil répressif de l'État ségrégationniste que par conviction pacifiste[2].

C'est sur cette base qu'est fondée en 1973 les Black Community Programmes (BPC), un réseau d'entraide sociale pour Noirs par des Noirs, idéologiquement proche du Black Panther Party et du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) d'Amilcar Cabral. En 1977, l'activiste non-violent Steve Biko était assassiné par la police sud-africaine, ce qui poussa l'éditeur blanc Donald Woods à s'exiler en soutien à la cause, et à publier un livre intitulé Biko et exposant l'assassinat. Un mois après la mort de Biko, le gouvernement déclara illégal 17 organisations proches du Black consciousness movement.

Contraint à la clandestinité, le mouvement continua à faire des réunions, auxquelles participèrent Desmond Tutu, futur Prix Nobel de la paix, qui avait fait le prêche lors des funérailles de Biko. En 1978, les BPC fusionnèrent avec d'autres organisations pour former l'AZAPO, parti politique rival de l'ANC, qui détient depuis 2004 deux sièges à l'Assemblée.

Dans les années 1980, beaucoup de membres du mouvement se sont joints au Front démocratique uni, une coalition de 400 associations formée pour lutter contre le Parlement tricaméral.

Black consciousness aujourd'hui[modifier | modifier le code]

La pensée de la conscience noire a été largement diffusée dans tous les secteurs de la population noire d'Afrique du Sud, s'étendant bien au-delà des seules organisations comme le PAC ou la BPC (Black People Convention) fondée en 1972 par Biko.

Membres importants[modifier | modifier le code]

Groupes associés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e George Mukuka, The impact of Black consciousness on Black catholic clergy and their seminary training, École de théologie, Université du Natal
  2. Companion to African Philosophy, publié par Kwasi Wiredu, William E. Abraham, Abiola Irele, Ifeanyi A. Menkiti. Blackwell Publishing (2003), p. 213.