Mouvement d'Oxford

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Le Mouvement d’Oxford (Oxford Movement) est un courant théologique anglais du XIXe siècle, situé dans la lignée des théories défendues par la Haute Église (High Church) anglicane.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les partisans de ce mouvement étaient pour la plupart des membres de l’Université d’Oxford, qui cherchèrent principalement à démontrer la place de l’Église anglicane dans la succession apostolique.

Ce courant théologique est également connu sous le nom de tractarianisme (Tractarian movement), en référence à la publication des Tracts for the Times, de 1833 à 1841. Ses promoteurs furent aussi parfois nommés, de manière péjorative, « puseyistes », du nom de l’un de leurs chefs, Edward Bouverie Pusey, professeur d’hébreu à Christ Church, à Oxford.

Début du Mouvement[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la Reform Bill, le gouvernement britannique décida de supprimer 10 sièges au Parlement qui étaient dévolus à l’Église anglicane[1], et plusieurs diocèses anglicans. Certains envisageaient par ailleurs de réformer la liturgie[2].

Face à cette réforme John Keble, dans un prêche célèbre, le 14 juillet 1833, critiqua l’« apostasie nationale »[3], la mainmise de l’État sur la vie de l’Église anglicane et appela alors l’Église anglicane à réaliser sa mission et se réveiller[4].

Ce prêche de John Keble conduisit certains professeurs et membres d’Oxford à vouloir agir afin de développer un mouvement de renouveau de l’anglicanisme. Le 25 juillet, une conférence sur la défense de l’Église fut organisée en présence de William Palmer, Froude et Perceval, mais la réunion échoua[5].

Plusieurs personnalités s’engagèrent alors dans une défense de l’anglicanisme, dont Richard Whately qui prônait une séparation de l’Église anglicane et de l’État[6].

Tracts[modifier | modifier le code]

John Henry Newman, fortement influencé par le sermon prononcé par John Keble, décida alors avec de diffuser des tracts où il défendait sa conception de l’anglicanisme[7]. Il critiquait la sécularisation croissante de l’Église d’Angleterre. Les autres personnalités éminentes du Mouvement d’Oxford étaient l’archidiacre Henry Edward Manning, Richard Hurrell Froude, Robert Wilberforce et William Palmer.

Puseyistes[modifier | modifier le code]

En 1836, Edward Bouverie Pusey signa un tract avec ses initiales, conduisant à un engagement visible de sa part dans le mouvement. Certains donneront le nom de « puseyisme » au mouvement d’Oxford, voyant en Pusey le chef et l’instigateur du mouvement[8]. Cette dénomination avait quelque chose de péjoratif et renvoyait à une expression anglaise « Pussy cat ». Avant 1845, les membres étaient parfois appelés « newmanites ».

Tract 90[modifier | modifier le code]

En 1841, dans le quatre-vingt-dixième Tract, Newman affirma que les doctrines de l’Église catholique romaine, telles que le concile de Trente les avait définies, étaient compatibles avec les Trente-neuf articles, fondateurs de l’Église anglicane au XVIe siècle. Dominique Barberi, religieux passioniste italien, envoya une lettre à Newman et ses amis. Le 25 juillet 1841, Georges Spencer informait Barberi que sa lettre avait fait l’objet d’une lecture très attentive de la part des membres du groupe d’Oxford.

Progressivement le mouvement d’Oxford devint un mouvement de plus en plus favorable au catholicisme, et de plus en plus critique vis-à-vis du protestantisme, critiquant la réforme et défendant de plus en plus les valeurs du catholicisme[9].

Finalement, le Mouvement d’Oxford se vida de sa substance lorsque Newman, entraîné plus loin qu’il ne l’avait prévu par ses propres arguments, se convertit au catholicisme en 1845, suivi par Manning en 1851. Newman confia qu’il choisit le P. Barberi pour le recevoir dans l’Église catholique, parce qu’il voyait en lui un catholique qui aimait les anglicans et qui vivait saintement.

Réaction au mouvement d'Oxford[modifier | modifier le code]

L’émergence du mouvement d’Oxford fut au commencement bien accueillie auprès du clergé d’Angleterre. Cependant très vite deux courants vont s’opposer et critiquer le mouvement d’Oxford : les évangéliques et les libéraux, qui suspecteront cette tentative de renaissance d’un catholicisme anglican[8].

Le mouvement eut d’importantes répercussions aux États-Unis au sein de l’Église épiscopale. De nombreux religieux se reconnurent dans ses principes théologiques comme Samuel Seabury.

Jusqu’à nos jours, l’anglo-catholicisme, qui doit sa renaissance au Mouvement d’Oxford, a largement influencé l’anglicanisme dans son ensemble.

Conversion au catholicisme[modifier | modifier le code]

Le principal protagoniste du Mouvement d’Oxford, John Henry Newman, après la rédaction du tract 90, est convaincu de l’inadéquation de la « théorie des branches » et se convertit au catholicisme en 1845.

Sa conversion a été l’une des plus connues de l’un des membres du Mouvement d’Oxford. Le mouvement d’Oxford conduisit à la conversion de beaucoup des partisans de la réforme anglicane.

Principaux membres qui se sont convertis :

Autres personnalités liées au mouvement d'Oxford[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Barberi, Lettera ai professori di Oxford, ed. CIPI, Roma, 1990.
  • John Burgon, Lives of twelve good men
  • Michael Chandler, An Introduction to the Oxford Movement. New York: Church Publishing, 2003.
  • Christopher Dawson, Newman et la modernité : L’épopée du Mouvement d’Oxford. Genève : Ad solem, 2001.
  • C. Brad Faught, The Oxford Movement: A thematic history of the tractarians and their times, University Park, PA: Pennsylvania State University Press, 2003, ISBN 978-02-71022-499
  • Leech, Kenneth and Williams, Rowan (éditeurs) Essays Catholic and Radical: A jubilee group symposium for the 150th anniversary of the beginning of the Oxford Movement 1833-1983, London, Bowerdean, 1983 ISBN 0-906097-10-X
  • Henry Parry Liddon, Life of E. B. Pusey, 4 vol. London, 1893
  • Edward R. Norman (1976) Church and society in England 1770–1970: A historical study, Oxford, Clarendon Press, 1976 ISBN 0-19-826435-6.
  • Richard W. Pfaff, « The library of the Fathers: The tractarians as patristic translators », dans Studies in Philology 70, 1973
  • Walter Walsh, The Secret History of the Oxford Movement

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Bouyer, Newman : Sa vie, sa spiritualité, préface du cardinal Jean Honoré, Paris, Éditions du Cerf,‎ 2009, 485 p. (ISBN 978-2-204-08866-4), p. 169.
  2. Bouyer 2009, p. 196.
  3. Bouyer 2009, p. 197.
  4. Bouyer 2009, p. 197.
  5. Bouyer 2009, p. 198.
  6. Bouyer 2009, p. 208.
  7. Bouyer 2009, p. 199.
  8. a et b Bouyer 2009, p. 247.
  9. Bouyer 2009, p. 219.