Mouvement autonome en Italie

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Le mouvement autonome se cristallise en Italie en 1973 sous le nom d' « Autonomia Operaia » (Autonomie ouvrière). Il fait donc référence au concept d'« autonomie ouvrière » ou d'« autonomie prolétarienne ».

Histoire[modifier | modifier le code]

L'origine du « mouvement » se place d'abord d'un point de vue théorique autour de la réflexion entreprise sur la nouvelle composition ouvrière en utilisant entre autres l'enquête de terrain : revue Quaderni Rossi (1er numéro en septembre 1961) animée entre autres par un sociologue du PCI Raniero Panzieri En 1964, Mario Tronti, Antonio Negri et Romanio Alquati fondent une nouvelle revue Classe Opéraria. Cette revue mène un travail sur la transformation de la classe ouvrière italienne et l'arrivée massive de jeunes ouvriers immigrés de l'intérieur ( Sud Italien = Mezzogiorno) qui vont modifier et sa composition et renouveler les méthodes de lutte dans les entreprises, peu d'entre eux étant syndiqués.

C'est en 1968/1969 que le mouvement gagne l'ensemble du pays : en 1968 d'abord avec la rencontre d'étudiants radicalisés et certains de ces jeunes ouvriers aux portes des usines comme à Turin, autour de Fiat Mirafiori : 50 000 salariés à l'époque. ( premier contact 11 avril 1968 lors d'une grève de 8 heures), autour de Porto Marghera dans la zone industrielle de Venise mais aussi à Milan, Gênes et Naples. Ces groupes informels se cristallisent tout au long de l'année 69 qui voit une première vague de lutte au printemps, puis lors de l'automne chaud septembre novembre ( apparaissent alors les premières actions de sabotage de masse comme à la Fiat ) Un peu partout se créent des assemblées ouvriers-étudiants qui vont se réunir pendant les vacances 1969 en "congrès" à Turin en regroupant les avant-gardes des principales usines. À la fin de cette réunion séparation en plusieurs groupes : se créent alors "Lotta Continua", " Potere Operaio", un "Cercle Lenine", enfin beaucoup restent "inorganisés "

C'est à ce moment qu'ont lieu les premiers attentats ( tentative à Rome et surtout explosion mortelle à Milan : Piazza Fontana le 12 décembre 1969) début de ce qu'on appelle la " strategia della tensione " ( Stratégie de la Tension ), attentats qui d'emblée sont imputés à l'extrême gauche ( aux anarchistes précisément : voir l'affaire Pinelli ). Ceci s'ajoute à une violence policière et aux actions armées des néo-fascistes, le résultat est qu'une partie importante du mouvement va penser que l'État est prêt à tout pour criminaliser les luttes et qu'il est primordial de s'armer pour pouvoir d'abord se défendre, voire riposter.
De plus avec la "crise" qui s'aggrave en 1973 ( guerre du Kippour entraînant une hausse du prix de l'essence et les premières vagues de restructurations industrielles entraînant elles-mêmes des luttes contre les licenciements ) la situation politique se tend dangereusement. D'un côté la Démocratie Chrétienne multiplie les alliances gouvernementales de centre gauche, de l'autre le PCI théorise sur l'échec du Frente Popular d'Allende au Chili (coup d'état du 11 septembre) pour élaborer ce qui se sera appelé plus tard le Compromis Historique. Il s'agit pour lui d'obtenir aussi une relative paix sociale, ce qui va l'amener à s'opposer de plus en plus aux différents mouvements "autonomes", y compris physiquement dans les manifestations. Mouvements qui au fil des ans, ont débordé des entreprises pour toucher les quartiers périphériques des grandes villes où désormais se pratiquent l'auto réduction des loyers, l'action de masse pour la baisse du prix des transport en commun et au fur et à mesure de la montée de l'inflation l'auto-réduction des prix dans les magasins ( certaines actions étant "protégées" par des militant(e)s armé(e)s ) La lutte touche aussi les prisons, les militants emprisonnés entrent en contact avec des prisonniers de "droit commun" qui se radicalisent à leur contact ( ainsi la commission "prisons" de Lotta Continua constituera l'armature du groupe NAP Nuclei Armati Proletari)

Le 23 mars 1973, 400 délégués se réunissent à Bologne pour fonder la coordination italienne des comités autonomes ouvriers. Regroupement de comités ouvriers et de collectifs de quartiers, l'Autonomie italienne rassemble également à partir de 1976 des centaines de bandes de jeunes défendant l'émeute comme forme de lutte contre l'État et le capitalisme.

De nombreux autonomes italiens sont directement issus du Parti communiste. Certains viennent également de différentes organisations d'extrême gauche comme Il Manifesto, Potere Operaio (Pouvoir Ouvrier), et Lotta Continua. Les partisans de Toni Negri rejoignent l'Autonomie dès 1973. Ils défendent une conception léniniste de l'Autonomie ouvrière qui prône la création d'un "Parti Autonome".

À partir de 1975, l'Autonomie italienne est rejointe par des militants issus de Potere Operaio et de Lotta Continua qui se regroupent autour d'Oreste Scalzone pour créer le Comitato Comunisto per il Potere Operaio (Comité Communiste pour le Pouvoir Ouvrier). Le Comitato Comunisto per il Potere Operaio (COCOPO) représente la tendance insurrectionnaliste de l'Autonomie italienne. Le COCOPO prône ainsi un exercice direct de la violence militaire. À l'opposé, la tendance représentée par Toni Negri, organisée au sein des Collectifs Politiques Ouvriers, entend déléguer la lutte armée aux Brigades Rouges. En 1976, le COCOPO explose en une multitude de groupes armés : Comitati Comunisti per la Dittatura Proletaria à Rome, Unità Comuniste Combattenti à Florence, Prima Linea à Milan... Quant aux militants regroupés autour d'Oreste Scalzone, ils s'organisent à partir de 1977 au sein des Comitati Comunisti Rivoluzionari.

Progressivement, l'Autonomie italienne se militarise, chaque collectif autonome créant son propre groupe armé pour organiser hold-up, incendies, attentats à l'explosif, et "jambisations" (tirs d'armes à feu dans les jambes). Le mouvement autonome italien s'effondre subitement en 1979 : sur les 25 000 militants incarcérés ou sur les plusieurs centaines qui s'exilent à l'étranger, (la plupart en France et en Amérique latine où ils bénéficieront de l'asile politique) certains viennent des secteurs de l'Autonomie, d'autres de groupes plus "léninistes" comme Brigate Rosse (Brigades Rouges) qui restera le plus important des groupes armés italiens par le nombre de militants ou sympathisants "actifs" Une partie importante des Autonomes se replie dans les Centres Sociaux des grandes villes comme Turin ou Milan.

En février 2007, Oreste Scalzone est de retour en Italie après vingt-six ans d'exil.

En 2012 à Tarente, lors 'un mouvement de protestation contre la fermeture par décision de justice ( " le Le 26 juillet 2012, le tribunal de Tarente après une longue enquête, avait annoncé la fermeture des hauts-fourneaux et de la cokerie pour cause de pollution..." ), mouvement regroupant et la direction de l'usine,les syndicats et les partis de gauche "traditionnels", on voit apparaître " un groupe d’abord minuscule rassemblant quelques ouvriers de l’usine dont les plus anciens ont connu les belles années de l’autonomie ouvrière, des ouvriers d’autres usines, des habi­tants du quar­tier, des jeunes, des chômeurs". Groupe qui va déclarer qu'à contrario de se battre pour rouvrir une usine polluante, c’est « à l’État et à la famille Riva de payer les conséqu­ences du dés­astre pour la santé qu’ils ont créé"

Son nom " Comitato cit­ta­dini operai Taranto » (Comité habi­tants-ouvriers de Tarente) dans un premier temps, puis " Comitato cit­ta­dini e lavo­ra­tori liberi e pen­santi »4 (Comité habi­tants et tra­vailleurs libres et pen­sants" ) il va mobiliser tout au long du mois daoût 2012 plusieurs milliers de personnes... C'est la plus importante "résurgence " de l'autonomie ouvrière en Italie de ces dernières années ( source : Refuser le chantage santé contre travail, lutter pour le revenu garanti : l’exemple de l’ILVA à Tarente (Italie) Mouvement Communiste/Kolektivně proti Kapitălu Bulletin n°2 15 sep­tem­bre 2012 )

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L’Autonomie. Le mouvement autonome en France et en Italie, éditions Spartacus 1978
  • Le Mouvement autonome en Italie et en France (1973-1984), Sébastien Schifres, Université Paris VIII, 2008
  • Italie 77. Le « Mouvement », les intellectuels, Fabrizio Calvi, SEUIL 1977
  • Una sparatoria tranquilla. Per una storia orale del'77, ODRADEK 1997
  • Autonomie populaire et désobéissance civile : Les autoréductions en Italie suivi de La grève de 1979 à Renault Véhicule Industriel (RVI), CNT-AIT Caen, Cahiers de l'Annarcho-syndicalisme (CAS), 2007
  • Nanni Balestrini, Nous voulons tout, Éditions Entremonde, Lausanne, 2009 (ISBN 978-2-940426-05-8)
  • "Camarade P.38" Fabrizio Calvi Grasset 1982
  • "Insurrection" Paolo Pozzi Editions Nautilus 2010
  • " A l'assaut du ciel. Composition de classe et lutte de classe dans la marxisme autonome italien" de Steve Wright Editions Senonevero ( contient une chronologie très détaillée pages 217 à 260 1956-1980 des principaux événements en Italie)
  • " Autonomie ! Italie, les années 70 " Marcello Tari aux éditions La Fabrique 2011

3 ouvrages parus aux Editions "Les Nuits Rouges" :

  • " La Fiat aux mains des ouvriers; L'automne chaud de 1969 à Turin De Diego Giachetti et Marco Scavino 2005 : la genèse du mouvement par deux historiens
  • " La "Garde Rouge" raconte, histoire du Comité ouvrier de la Magneti Marelli ( Milan, 1975-78) Emilio Mentasti 2009 : un comité ouvrier dans une usine de la banlieue de Milan
  • " Pouvoir ouvrier à Porto Marghera Du Comité d’usine à l’Assemblée de territoire(Vénétie – 1960-80) Devio Sacchetto et Gianni Sbrogio Parution septembre 2012

Articles[modifier | modifier le code]

  • Guillaume Origoni, Les Autonomes italiens, la lutte armée et le terrorisme, Temps présents, 21 juillet 2014, texte intégral.