Antipsychiatrie

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L’antipsychiatrie est une théorie psychiatrique qui s’oppose à la psychiatrie classique. Elle peut interpréter la maladie mentale dans une perspective sociologique, voire spirituelle. Elle eut des développements sensiblement différents selon le contexte institutionnel, en France, en Italie ou en Grande-Bretagne par exemple.

Le contenu de la théorie[modifier | modifier le code]

Pour certains, la conviction centrale sur laquelle convergent les grands courants de l’antipsychiatrie est que l’asile devrait disparaître et les malades retrouver tous leurs droits de citoyen dans une société qui pourrait les accueillir, prendre en compte leurs potentialités créatrices.

Pour d’autres, généralement peu convaincus par les théories psychiatriques, la psychiatrie est une institution non pas médicale, mais plutôt politique et/ou religieuse médicalisée s’attachant à résoudre non pas les problèmes ou les maux des patients qu’elle traite, mais bien les problèmes posés à la collectivité par le comportement de ces mêmes patients, et ce au moyen de procédés coercitifs (internements, traitements, mensonges) contraires aux principes de l’État de droit[1].

Pour certains, le cheval de bataille de l’antipsychiatrie est la question de la « relativité du normal et du pathologique » (Thomas Szasz). Pour d’autres, l’objet de l’antipsychiatrie est l’invalidation de la dichotomie « sain »/« pathologique » qui institue la notion de « norme » comme paradigme anatomique et sanitaire plutôt que comme variable sociale, sociétale, morale, philosophique et/ou politique, et consacrant de ce fait la confiscation, par les psychiatres, de problématiques politiques et sociales comme mesure de salubrité publique.

En France, une pluralité des mouvements de psychiatrie critique[modifier | modifier le code]

Avec les années 1980 s'achève un demi-siècle d'effervescence critique en France. C'est à partir de l'expérience de la guerre, des camps et de la Résistance qu'une minorité agissante de psychiatres met en crise le modèle de l'asile[2] et entreprend de repenser l'institution soignante dans un horizon égalitaire. Ce caractère foncièrement politique de l'origine des mouvements critiques doit être souligné : il constitue une originalité de la psychiatrie française.

Deux grands courants réformateurs structurent ces pratiques alternatives.

  • Le premier, dit de la « psychiatrie de secteur », choisit de mettre en place des propositions de soin (consultations, hôpitaux de jour) en amont de l'hôpital, de sorte que celui-ci devient le dernier élément d'un ensemble et perd sa prévalence dans le dispositif. Les relais syndicaux de ce mouvement de réforme ont conduit progressivement à la généralisation de ce modèle par l'administration, faisant ainsi glisser vers une gestion bureaucratique ce qui avait été tout d'abord une critique de nature éthique et politique. Quelques noms (ici : Georges Daumezon, Lucien Bonnafé) rappellent la dimension de combat de ce mouvement.
  • Le second, dit de la « psychothérapie institutionnelle », est également né de la guerre. L'asile de Saint Alban fut à la fois un haut lieu de la Résistance, et un laboratoire de l'institution de nouveaux rapports entre soignants et patients. Changer l'institution soignante selon des principes découlant à la fois de la psychanalyse et du marxisme est l'utopie initiale. Né à l'hôpital, ce modèle se diffuse largement, aussi bien dans la psychiatrie de secteur que dans certaines cliniques (en particulier celle de La Borde, avec Jean Oury et Félix Guattari).

Malgré leur origine explicitement politique, ces deux courants sont fermement critiqués par le mouvement italien Psychatria democratica, qui leur reproche leur illusion techniciste. Franco Basaglia, chef de file du mouvement, qui a fait l'expérience radicale d'une « négation » de l'asile de Gorizia à Trieste, pense en effet que l'erreur française tient à la place qu'elle fait à la technique (qu'elle soit psychanalytique ou institutionnelle), alors que selon lui la folie est l'expression directe d'un partage politique, qui ne peut avoir de solution que politique. De fait, les pratiques de « négation » de l'institution, et aussi bien l'implication des syndicats et des collectivités locales en Italie ont été foncièrement différentes des modalités de la réforme étatique française.

Après Mai 1968, des rapprochements se sont produits entre des mouvements rebaptisés alors « antipsychiatriques » (Michel Foucault et Franco Basaglia récusent pour leur part cette désignation) dans un vaste Réseau éphémère où se croisent des représentants de ces pionniers et bien d'autres encore (antipsychiatrie anglaise avec David Cooper, mouvements de psychiatrisés GIA, etc.). mais ces convergences n'ont pas eu de postérité.

Ces trois principaux courants perdurent encore aujourd'hui[réf. nécessaire].

Des influences de la théorie[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, les thèses antipsychiatriques ont également grandement influencé les « thérapies familiales », qui, sans totalement s’affranchir de la terminologie de l’hygiène mentale, abordent « la folie » sous l’angle de victime émissaire, sorte de rôle de « fou du roi » qui, par sa conduite, dénoncerait entre autres les mythes familiaux en vigueur dans un système donné. C’est cette dénonciation qui serait désignée de « folie » et stigmatisée. Il en est de même du « dissident » soviétique qui doit avoir une bonne dose de « folie » pour dénoncer le mythe du « Paradis des travailleurs ».

Déclassification de l'orientation sexuelle et l'identité sexuelle en psychiatrie[modifier | modifier le code]

Pour les droits et dignité des personnes LGBT qui ont subi la stigmatisation psychiatrique, le Principe 18 des Principes de Jogjakarta affirment que "en dépit de toutes classification allant dans le sens contraire, l'orientation sexuelle et identité de genre d'une personne ne sont pas en soi des maladies et ne doivent pas être traitées, soignées ou supprimées[3].

Les Principes de Jogjakarta en Action affirment qu'il est important de noter que l'orientation sexuelle est déclassifiée dans beaucoup de pays, alors que l'identité de genre ou le trouble de l'identité sexuelle est resté en considération[4]

Bibliographie indicative[modifier | modifier le code]

  • Franco Basaglia, L’Institution en négation, Seuil, 1970
  • Lucien Bonnafé, Dans cette nuit peuplée, Éditions sociales, 1977
  • Lucien Bonnafé, Psychiatrie populaire, par qui ? Pour quoi ?, Éditions du Scarabée, 1981
  • Giuseppe Bucalo, Dictionnaire antipsychiatrique, 1997 (extraits)
  • David Cooper, Mort de la famille, Seuil, 1972
  • David Cooper, Psychiatrie et antipsychiatrie, Seuil, 1970
  • David Cooper, Le Langage de la folie, Seuil, 1978
  • Christian Delacampagne, Antipsychiatrie. Les voies du sacré, Grasset, 1974
  • Gilles Deleuze et Félix Guattari, L'Anti-Œdipe, Les Éditions de Minuit, 1972
  • Mony Elkaïm, Réseau Alternative à la psychiatrie, UGE, 1977
  • Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Gallimard, 1972
  • Bernard de Fréminville, La raison du plus fort : Traiter ou maltraiter les fous ?, Paris, éditions du Seuil, coll. « Combats » (no 42),‎ mars 1977, 189 p. (ISBN 2020045885).
  • Harold Heyward/Mireille Varigas, Une Antipsychiatrie ? La Folie en questions, Psychothèque, 1971
  • Giovanni Jervis, Le Mythe de l’antipsychiatrie, Solin, 1977
  • Ronald Laing, La Politique de la famille, Stock, 1972
  • Louis Le Guillant, Quelle psychiatrie pour notre temps ?, Erès, 1984
  • (it) Gian Franco Minguzzi, Dinamica psicologica dei gruppi sociali, il Muliono, 1973
  • Thomas S. Szasz, Le Mythe de la maladie mentale, Payot, 1975
  • Thomas S. Szasz, Le Mythe de la psychanalyse, Payot, 1976
  • Thomas S. Szasz, Karl Kraus et les docteurs de l’âme, Hachette, 1985

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Vol au-dessus d'un nid de coucou, film tourné en milieu psychiatrique, avec en partie des figurants malades mentaux, exprime parfaitement cette critique du monde asilaire. Le succès du film (il fut primé aux Oscars) reflète d'ailleurs l'intérêt du public pour le sujet ainsi que la réceptivité des masses à l'idée selon laquelle le monde asilaire perdait en pertinence.
  2. Ainsi, Camille Claudel internée est morte de faim durant la guerre. Au total ce sont 40 000 malades mentaux qui sont morts de faim dans les asiles français à la même époque. Lucien Bonnafé parle d'« euthanasie lente » dans son œuvre, et notamment dans la préface qu'il rédige à L'extermination douce de Max Lafont (éditions Le bord de l'eau).
  3. Principe de Jogjakarta, Principe 18. Protection contre les abus médicaux
  4. Un Guide des activistes aux Principes de Jogjakarta