Moulin de la galette

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Moulin de la galette
Le moulin de la Galette au coin de la rue Lepic(moulin Radet)
Le moulin de la Galette au coin de la rue Lepic
(moulin Radet)
Présentation
Type Moulin à vent
Date de construction Le « Blute-fin » : 1622
Le « Radet » : 1717
Protection  Inscrit MH (1958)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Localité Paris
Localisation
Coordonnées 48° 53′ 14″ N 2° 20′ 13″ E / 48.887361, 2.337083 ()48° 53′ 14″ Nord 2° 20′ 13″ Est / 48.887361, 2.337083 ()  

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Moulin de la galette

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Moulin de la galette

Le moulin de la galette est le seul moulin à vent en état de marche de la butte Montmartre dans le 18e arrondissement de Paris. Il est visible depuis la rue Lepic. Il fut jadis une célèbre guinguette. Actuellement intégré à une résidence privée, il n'est plus accessible au public.
Dans l'enceinte de la résidence privée qui comprend la partie sud de l'impasse des Deux-Frères se trouve la mire du Nord.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les deux moulins initiaux[modifier | modifier le code]

Le moulin de la galette est en réalité constitué de deux moulins : le « Blute-fin » et le « Radet ». Le nom de « moulin de la galette » est mentionné pour la première fois en 1622 sous le nom de « moulin du palais »[1].La famille Debray acquiert les deux moulins en 1809 et y produit de la farine. Il ne servait pas uniquement à moudre le blé : il était utilisé pour presser les vendanges ou concasser les matériaux nécessaires aux manufactures.

Le nom de « Blute-fin » vient du verbe « bluter » qui signifie tamiser la farine pour la séparer du son. Le moulin construit en 1622, a souvent été retapé. Il se trouve actuellement au sein d'une propriété privée. Il n'est pas en trop mauvais état[réf. nécessaire] et les pièces importantes du mécanisme, comme les meules, existent toujours. En 1870, Nicolas-Charles Debray, propriétaire du moulin Blute-Fin, y ajouta une guinguette et un bal et baptisa le tout « Moulin de la Galette » en 1895. La Galette était ce petit pain de seigle que les meuniers Debray débitaient, accompagné d'un verre de lait, aux amateurs de pittoresque.
Miracle Montmartrois, ces habiles commerçants transformèrent vers 1830 le lait en vin et leur moulin en cabaret. Après avoir servi de Music-hall, puis de salle d'émissions publiques, de radio et de télévision, la salle, fermée en 1966, devint studio de l'ORTF et disparut avec l'Office en question en 1974.

Le « Radet » a été construit en 1717. Dans les années 1760 il est entièrement reconstruit. En 1834, il est transformé en guinguette les dimanches et jours fériés et prend alors le nom de « Moulin de la Galette », victime du progrès (il n'était pas équipé d'ailes Berton) et de la concurrence.

Cette enseigne sera transférée vers son proche voisin Le Blute-Fin. Une association Les Amis du Vieux Montmartre le sauve de la destruction en 1915. En 1924, son propriétaire le déplace à l'angle des rues Girardon et Lepic. Le moulin et les terrains qui l'entourent ont été inscrits au titre des monuments historiques par un arrêté du 5 juillet 1958[2]. Il est restauré en 1978, mais ne tourne pas. En octobre 2001, Lucien Poupeau, charpentier, avec les conseils techniques de Marcel Charron, charpentier-amoulangeur en retraite, est chargé de la rénovation des ailes, il accomplira son travail en 4 jours.

Le Bal[modifier | modifier le code]

Le moulin de la Galette surplombant la Rue Lepic (moulin Blute-fin)

En 1810, Montmartre compte 16 bals autorisés, pouvant annoncer leur ouverture, et quantité d'autres bals ou guinguettes. Ils ouvrent les dimanches, lundis et jours fériés. Montmartre et Paris sont alors deux communes séparées par le mur des Fermiers généraux. Montmartre compte 636 habitants en 1806, et la clientèle vient surtout de Paris. La Butte est un coin de campagne plaisant et ombragé, avec des vignes et de nombreuses sources.

Le plus célèbre bal est le Poirier-sans-Pareil, situé à l'emplacement de l'actuelle place Émile-Goudeau ; il ferme en 1830, le sous-sol étant miné par des carrières de plâtre.
En 1834, l'un des fils de la famille Debray, propriétaire des moulins le Radet et le Blute-Fin, guéri de sa blessure suite à un coup de lance reçu en 1814 lors de la Défense de Paris, ouvre une guinguette près du Radet. On y déguste des galettes, confectionnées par sa femme, accompagnées d'un vin aigrelet cultivé sur les flancs de la Butte. Le succès est immédiat et la clientèle populaire. La création de la rue Lepic permet d'accéder plus facilement au haut de la Butte en évitant d'emprunter les chemins boueux très mal entretenus. La population augmente passant en 1861 à 57 000 habitants, en grande partie chassés de la ville suite aux travaux du baron Haussmann.
Très vite le Bal Debray devient le Moulin de la Galette. Il ne prendra son nom "officiellement" qu'en 1895. L'entrée est au 3 rue Girardon à l'angle de la rue Lepic. Au cours des années le bal se transforme. De bal en plein-air, il devient une grande salle fermée. À l'extérieur de celle-ci se trouvent les jeux, les escarpolettes. Les écrivains qui ont fréquenté cet établissement distinguent le Moulin de la Galetteet le Bal Debray. En 1899, Rodolphe Darzens, biographe de Arthur Rimbaud en fait la description: La porte, peinte en rose et en vert cru, est surmontée dans un cercle de globes blancs de ces deux mots : Bal Debray. Un couloir qui monte et tout de suite la vaste salle lumineuse, avec un pourtour semé de tables et de bancs. L'espace où l'on danse est entouré d'une balustrade de bois rouge ; au bout sur une estrade, l'orchestre. Avant la danse c'est quatre sous par couple. La plupart du temps c'est la danseuse qui paie son cavalier . Cet orchestre est ainsi décrit quelques années auparavant par André Gill dans son Moulin de la Gallette : Un orchestre d'estropiés / Donne le branle à cette foule / On s'écrase les pieds / On chahute, on hurle, on se soûle. De nouvelles danses apparaissent et il faut faire appel à un orchestre plus professionnel pour remplacer les "estropiés". La polka est toujours dansée mais le quadrille, le chahut puis le cancan et plus tard le french-cancan vont prendre de l'importance. Les propriétaires recrutent le compositeur Auguste Bosc qui va faire vibrer son orchestre et soulever l'ardeur des danseurs. Auguste Bosc deviendra propriétaire en 1904 du Bal Tabarin où il ponctue de coups de feu les quadrilles avec un revolver à six coups. Les futures vedettes du french-cancan, la Goulue et Valentin le Désossé on fait leurs débuts au Moulin. Les peintres, les dessinateurs sont des clients attitrés. La majeure partie de la clientèle est populaire et il est fréquent qu'une petite montmartroise y fasse une halte pour danser. Sa mère vient la chercher et la foule crie : Marie, v'la ta mère et toutes les Marie quittent rapidement leurs partenaires. La pauvre petite se prend deux gifles et la foule conspue la mère.
La direction est très stricte, éloigne la clientèle trop crapuleuse et repousse les filles de mauvaise vie et leurs souteneurs, mais on raconte que certaines louaient de belles robes pour le dimanche, soulevaient un client, et rendaient les habits le lendemain. Depuis 1900, le "Tout Paris", acteurs et actrices connus, monte à l'assaut de Montmartre le mardi et déguste les galettes avec un verre de muscat. De 1900 à 1914, le bal était ouvert quatre jours par semaine.

Épisode sanglant ou légende ?[modifier | modifier le code]

La légende[modifier | modifier le code]

Le 30 mars 1814, lors du siège de Paris, l'armée impériale russe est à Paris, à la porte de Pantin. Le maréchal Marmont, responsable de la défense de Paris, entame des pourparlers pour un armistice. Celui-ci est signé le 31 et les troupes françaises se replient vers le sud de la capitale. La Butte Montmartre n'est alors plus défendue. De nombreux montmartrois ont fui mais il reste un noyau d'irréductibles parmi lesquels la famille Debray, meuniers de pères en fils, qui décident de tenir tête aux envahisseurs. Se préparant à investir l'ilot de résistance, ceux-ci sont accueillis par le tir d'un boulet tiré par l'aîné des Debray couchant plusieurs assaillants. L'officier russe demande que celui qui a tiré se livre. Pour toute réponse, Debray fait feu sur l'officier qui s'écroule, et Debray est abattu. Son fils, Nicolas-Charles Debray, qui était à son côté, est transpercé par une lance (il survivra, et c'est lui qui sous la Restauration transformera le moulin en guinguette). En représailles, les Russes découpent le corps en quatre morceaux qu'ils attachent sur les ailes du moulin. À la nuit tombée, la femme de Debray va récupérer les restes du supplicié, les met dans des sacs de farine, et les emporte au cimetière du Calvaire.

Réexamen de la légende[modifier | modifier le code]

L'historien André Maillard, dans ses travaux sur les moulins de Montmartre, fait table rase de la légende qui voulait qu'au cours des combats trois des quatre frères Debray auraient été tués en défendant leur moulin et que le quatrième ait été découpé, les morceaux accrochés aux ailes du moulin et les restes, recueillis par sa femme, et inhumés au cimetière du Calvaire. On ne trouve trace du décès que de l'aîné des Debray. De plus il n'eut que deux frères et il était veuf depuis deux années[3].

Le moulin et les arts[modifier | modifier le code]

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Dès le début du XIXe siècle nombre de peintres, la plupart étant oubliés, s'intéressent aux paysages de la Butte. Georges Michel, le « Ruysdael de Montmartre », et Théodore Rousseau peignent les deux moulins depuis la Plaine Saint-Denis située au nord de Paris. Les deux moulins, le Radet puis le Blute-Fin, ont été peints sous le même nom de Moulin de la galette. Huguet, le « Rembrandt des moulins à vent », Jean-Baptiste Corot, et Toulouse-Lautrec peignent le Radet. Auguste Renoir immortalise la célèbre guinguette située entre les deux moulins dans son Bal du moulin de la Galette. C'est la silhouette du Blute-Fin qui apparaît dans le Moulin de la galette de Picasso.

Quelques œuvres représentent cet endroit très célèbre :

Lucienne Delyle a chanté Le Moulin de la galette.

Georges Brassens fait également référence au Moulin de la galette dans sa chanson Les amours d'antan :

« Mais quand par-dessus le moulin de la Galette, Elle jetait pour vous sa parure simplette, C'est Psyché tout entière qui vous sautait aux yeux. »

Il a également été photographié par Eugène Atget en 1899[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Remarque : Beaucoup d'histoires ont été racontées sur les moulins de la butte Montmartre. En regardant en détail la partie gauche de la Pietà de Saint-Germain-des-Près (Musée du Louvre :Piétà), on constate que si on voit bien l'abbaye de Montmartre et un certain nombre de détails sur la butte, il n'y a aucune trace de moulins. Pour ce qui est du moulin près duquel Jeanne d'Arc livre un combat, il devait se trouvait plus bas, au «Pas de la Chapelle». La première trace écrite d'un moulin sur la Butte remonte à 1529 quand le seigneur de Clignancourt, Jacques Léger, décide d'acheter un moulin à Nicolas Guillot. Ce moulin, installé au lieu-dit le «Palais», près du château des Brouillards, a été appelé le «Moulin Vieux». Il comprenait un socle en pierre sur lequel tournait une charpente en bois.
    Cependant, Jacques Hillairet, dans «Connaissance du Vieux Paris» signale qu'Étienne Marcel fit d'un moulin de Montmartre son poste d'observation, en juillet 1358, pour surveiller les mouvements de bandes de mercenaires. De même, Le Tasse écrit en 1570 que deux choses l'avaient impressionné à Paris, les vitraux de Notre-Dame et les moulins de Montmartre. Regnard écrit un siècle plus tard :
    Où de trente moulins les ailes étendues
    M'apprennent chaque jour quel vent chasse les nues.
    On trouve en haut de la Butte le Moulin-des-Près, le Moulin de la Fontaine-Saint-Denis, le Moulin Vieux, le Moulin Neuf, le Moulin de la Béquille, le Moulin du Vin, la Vieille-Tour, la Grande-Tour, la Petite-Tour, le Moulin Paradis, la Turlure, la Lancette, la Poivrière, le Blute-Fin et le Radet. C'est en 1622 qu'a été édifié près du Moulin Vieux un moulin appelé le «moulin du Palais», puis le «Bout-à-Fin» à cause de l'excellence de sa farine, et enfin le «Blute-Fin» ou «Moulin de la Galette». Souvent restauré, il a conservé son mécanisme. Le Radet auraient d'abord été construit sur la butte Saint-Roch puis déplacé vers 1636 ou 1667. En 1925, il n'est plus qu'une carcasse vide placée à l'angle de la rue Lepic et de la rue Girardon.Le Moulin Vieux a été démoli en 1850.
  2. « Notice no PA00086755 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, éditions de Minuit
  4. Voir (nl) : https://nl.wikipedia.org/wiki/Moulin_de_la_Galette_(Isra%C3%ABls)
  5. « Notice no APMH00039928 », base Mémoire, ministère français de la Culture.

Sources[modifier | modifier le code]