Motets de Johann Sebastian Bach

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Jean-Sébastien Bach a écrit un certain nombre de motets, numérotés 118 à 230 dans le catalogue BWV.

Ces motets se distinguent dans l’œuvre vocale de Bach par un certain nombre de caractéristiques : l'usage fréquent d'un chœur double (deux fois quatre voix), l'absence d'accompagnement instrumental distinct des voix, et le choix des textes plus libres que dans les cantates ou les passions, sans librettiste, issus de poèmes ou de l'évangile.

Les musicologues sont divisés quant à la façon de les interpréter (a cappella ou avec intervention d'instruments, jouant un accompagnement à la basse continue ou colla parte - doublant alors chaque partie). En effet, l'examen des sources ne permet pas d'éclaircir cette question de façon définitive.

Ils ont tous été écrits durant son séjour à Leipzig, pour des événements spéciaux, comme des célébrations ou des funérailles, contrairement aux autre œuvres vocales de Bach, écrites pour des événements religieux réguliers dans sa fonction de Thomaskantor à Leipzig.

Caractéristiques communes[modifier | modifier le code]

Les motets de Bach appartiennent à un style de composition traditionnel, qui avait particulièrement été cultivé dans les régions de Thuringe et de Saxe par des membres plus anciens de la famille de Bach, Johann Christoph Bach et Johann Michael Bach[Jo 1]. Ce style d'œuvre était généralement destiné à des œuvres funèbres (Sterbelieder), aussi bien chantées lors de funérailles que de célébrations commémoratives (Gedächtnisgottesdienst). La musique exécutée lors de ce genre de cérémonies étaient de la responsabilité, à Leipzig, du Thomaskantor et Bach utilisait souvent à cet effet un recueil de motets Florilegium Portense compilé par le compositeur et pasteur allemand Ehrard Bodenschatz au début du XVIIe siècle, qui contenait un grand nombre d’œuvres de divers compositeurs allemands, flamands ou italiens, comme Jacobus Gallus, Roland de Lassus, Hieronymus Praetorius, Giovanni Croce ou Giovanni Gabrieli, la plupart étant à double chœur[Ca 1].

Bach continue et développe cette tradition du double chœur dans ses motets, alors qu'il utilise rarement cette forme dans ses autres œuvres vocales. En dehors des motets, on ne retrouve des doubles chœurs que dans la Passion selon saint Matthieu, la cantate Preise dein Glücke, gesegnetes Sachsen BWV 215, et dans des pièces qui en dérivent comme le Osanna de la Messe en si mineur, ce qui en fait presque une marque distinctive des motets[Jo 1].

Motets répertoriés[modifier | modifier le code]

On ne sait pas combien de motets Johann Sebastian Bach aurait composé. Il est probable qu'il en ait composé beaucoup plus que ceux qui nous sont restés[Ca 2]. Carl Philipp Emmanuel Bach, le fils de Johann Sebastian, parle dans la nécrologie de son père de « quelques motets pour deux chœurs », tandis que Johann Nikolaus Forkel, qui a connu les fils de Bach, parle de « nombre de motets à un ou deux chœurs [..] Il existe encore huit à dix motets pour double choeur, dispersés entre différentes mains »[Ca 3].

Il n'est pas facile non plus de distinguer, parmi les œuvres vocales de Bach, celles qui peuvent être qualifiées de véritable "motet" étant donné la terminologie floue que possédait ce terme à son époque. Une authentique cantate de Bach, Gott ist mein König BWV 71, a été publiée du vivant de Bach sous la dénomination de motetto. Réciproquement, une œuvre classée initialement parmi les cantates, O Jesu Christ, meins Lebens Licht BWV 118, s'avère être un véritable motet funèbre, sans accompagnement musical indépendant, tandis que l'on considère que le chœur constituant la cantate BWV 50 Nun ist das Heil und die Kraft possède nombre de caractéristiques d'un motet[Ca 4].

O Jesu Christ mein's Lebens Licht (BWV 118a)[modifier | modifier le code]

Composé en 1736-1737 à l'occasion d'une cérémonie funèbre ce motet "Ô Jésus-Christ, lumière de ma vie" est basé sur un texte de 1611 de Martin Behms.

O Jesu Christ meins Lebens Licht (BWV 118b)[modifier | modifier le code]

Version plus tardive, vers 1746-1747, elle diffère de la précédente par l'ajout de cordes. C'est la version la plus enregistrée.

Singet dem Herrn ein neues Lied (BWV 225)[modifier | modifier le code]

Composé pour un double chœur, Le texte (« Chantez à l’Éternel un cantique nouveau ») est celui du psaume 149. Il a été créé à Leipzig autour de 1727 pour l'anniversaire de l'électeur de Saxe et a donc une optique plus festive[1]. Il se compose de trois parties et son exécution demande environ un peu moins d’un quart d’heure.

  • Chœurs I et II
  • Choral, Aria
  • Chœurs I et II

Der Geist hilft unser Schwachheit auf (BWV 226)[modifier | modifier le code]

"L'esprit vient en aide à notre faiblesse" a été écrit pour un double chœur en 1729 à Leipzig et créé le 24 octobre de cette même année, sur un texte extrait de l’Épître aux Romains (8 :26-27) ainsi que sur un hymne de Martin Luther. Il est destiné aux obsèques de Johann August Ernesti le 24 octobre 1729 à l'église Saint-Paul, église de l'université. Il se compose de trois parties et son exécution demande un peu moins de dix minutes.

  • Chœurs I et II
  • Alla breve, cori unisoni
  • Choral : Chœurs I et II

Jesu, meine Freude (BWV 227)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jesu, meine Freude.

Le motet Jesu, meine Freude "Jésus, ma joie" est écrit en mi mineur et fut joué le 18 juillet 1723 pour l'enterrement de Johanna-Maria Kees, veuve du Maître des Postes, Johann Jakob Kees. Fondé sur une mélodie de Johann Crüger, et un poème de Johann Franck ainsi que l’Épître aux Romains (8:1–2, 9–11) pour le texte, il se compose de onze parties et la durée d’exécution est d’environ vingt minutes, ce qui en fait le motet de plus grande ampleur du compositeur.

La structure est symétrique par rapport à un axe central constitué par Ihr aber seid nicht fleischlich

  • Jesu, meine Freude (1e stance)
  • Es ist nun nichts Verdammliches (épitre aux Romains 8:1,4)
  • Unter deinem Schirmen (2e stance)
  • Denn das Gesetz (à 3, épitre aux Romains 8:2)
  • Trotz dem alten Drachen (3e stance)
  • Ihr aber seid nicht fleischlich (fugue, épitre aux Romains 8:9)
  • Weg mit allen Schätzen (4e stance)
  • So aber Christus in euch ist (à 3, épitre aux Romains 8:10)
  • Gute Nacht, o Wesen (à 4, 5e stance)
  • So nun der Geist (épitre aux Romains 8:11)
  • Weicht, ihr Trauergeister (6e stance)

Fürchte dich nicht (BWV 228)[modifier | modifier le code]

Le motet "Ne crains rien"a été écrit pour une cérémonie datée du 4 février 1726 à la mémoire de Susanna Sophia Packbusch, veuve du riche commerçant Christoph Georg Winckler. C'est un double chœur. Le texte est de Paul Gerhardt ou extrait du Livre d'Isaïe (41:10 et 43:1). Il n’a qu’une seule partie et son exécution demande un peu moins de 10 minutes.

Komm, Jesu, komm ! (BWV 229)[modifier | modifier le code]

Le motet "Viens, Jésus, viens !" est assez obscur quant à sa date de composition et sa destination bien qu'il semble acquit qu'il ait été écrit pour un service funèbre. C'est un double chœur composé avant 1735 sur un texte de Paul Thymich. Il n’a qu’une seule partie et son exécution demande un peu moins de 10 minutes.

Lobet den Herrn alle Heiden (BWV 230)[modifier | modifier le code]

Il est écrit pour un chœur simple (4 voix) avant 1735 sur un texte du Psaume 117 (116), « Louez l’Éternel, vous toutes les nations ». Il n’a qu’une seule partie et son exécution demande un peu moins de 10 minutes. Il pourrait s'agir d'un fragment d'une cantate[1]. Des doutes persistent sur l'authenticité de cette oeuvre.

Motet apocryphe[modifier | modifier le code]

Le motet Sei Lob und Preis mit Ehren (BWV 231) est d’origine obscure : une page tirée de BWV 28/2 avec un texte ajouté par Carl Philipp Emmanuel et associé à un motet de Georg Philipp Telemann avec, pour clore le tout, une conclusion de Johann Gottlob Harrer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Notice de l'enregistrement des motets par Le Chamber Choir of Europe et l'European Chamber Soloists sous la direction de Nicol Matt, éditions Brillant Classics

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alberto Basso (trad. Hélène Pasquier), Jean-Sébastien Bach, vol. II : 1723-1750, Paris, Fayard,‎ décembre 1985, 1072 p. (ISBN 2-213-01649-6) pages 605 à 616
  • (en) Richard D.P. Jones, The Creative Development of Johann Sebastian Bach, vol. II : 1717-1750, Oxford University Press,‎ 2013 (ISBN 978-0-19-969628-4):
  1. a et b p. 198
  1. p. 337
  2. p. 338 et 339
  3. p. 338
  4. p. 339

Lien externe[modifier | modifier le code]