Mosquée de l'imam Hussein

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32° 36′ 59″ N 44° 01′ 56″ E / 32.616365, 44.032312 La mosquée de l'imam Hussein ou mausolée d'Hussein (en arabe : مقام الامام الحسين) est une mosquée située à Kerbala, en Irak. Abritant le tombeau de Al-Hussein ibn Ali, petit-fils du prophète Mahomet, mort au cours de la bataille de Kerbala (680), elle est un des lieux les plus sacrés de l'islam chiite[1]. Elle est visitée par des millions de pèlerins chaque année, notamment au cours des commémorations de l'achoura.

Selon Ja'far al-Sadiq, sixième imam chiite et important théologien du VIIIe siècle, le mausolée d'Hussein est, en termes d'importance, le quatrième des cinq principaux lieux saints de l'islam, derrière les villes saintes de La Mecque et de Médine, le mausolée d'Ali à Najaf et devant le mausolée de Fatima à Qom[2].

Une première mosquée est bâtie à cet endroit en 684, mais est détruite à de nombreuses reprises au cours de l'histoire (763, 787, 850, 886, 1016). Le sanctuaire actuel, qui reprend une partie du vocabulaire architectural perse, date du XIe siècle, mais a été considérablement modifié au cours des siècles qui ont suivi. Il est remarquable par ses minarets et son dôme monumental, couverts d'or, et par son mur d'enceinte couvert de faïences turquoises, rythmé par une série d'iwans.

Historique[modifier | modifier le code]

Le mausolée d'Hussein à Kerbala
Vue du mausolée d'Hussein
Le tombeau d'Hussein, entouré d'une grille finement ouvragée
Portail principal du mausolée d'Hussein

La mosquée est bâtie sur le tombeau de Al-Hussein ibn Ali, troisième imam des chiites duodécimains, assassiné en 680 par les Omeyyades du calife Yazid Ier au cours de la bataille de Kerbala. Petit-fils du prophète Mahomet, fils d'Ali, il est une des figures centrales du chiisme. Pour les fidèles de cette doctrine et également pour les sunnites, il est un « martyr » (chahid) mais prend une dimension de « sauveur » que ne lui reconnaissent par les sunnites. Chaque année, le 10 du mois de Muharram (mois du calendrier musulman), pèlerinages et processions commémorent la « passion » d'Hussein[1]. La mosquée abrite également les tombeaux des fils d'Hussein, Ali al-Akbar et Ali al-Asghar, et de Musa al-Kadhim, septième imam du chiisme duodécimain.

Une première mosquée est édifiée en 684 par Mukhtar ibn Abou Ubayd at-Thaqafi. Le site devient un lieu de pèlerinage fréquenté, malgré les interdictions et les tentatives d'intimidation des califes omeyyades et abbassides. Les Marwanides, notamment, s'emploient de leur mieux à essayer « d'extirper l'hérésie » chiite[3], en employant au besoin la manière forte. Détruite à plusieurs reprises, la mosquée est chaque fois reconstruite. Il faut attendre l'arrivée au pouvoir de la dynastie bouyide, chiite, pour que les persécutions cessent. Par la suite, les autorités sunnites « tolèreront » plus ou moins bien les pèlerinages.

En 1016, le bâtiment est victime d'un grave incendie. Le vizir Hasan ibn Fadl ordonne sa reconstruction peu de temps après. Cet édifice, qui est celui qui existe toujours, est agrandi et embelli à de nombreuses reprises, notamment sous An-Nasir (1223) et Uways ibn Hasan Jalayiri (1365). Les minarets sont couverts d'or quelques années plus tard, sous Ahmad ibn Uways (1384).

Un nouveau sarcophage est réalisé à la demande du shah séfévide Ismaïl Ier en 1514. Il est restauré et embelli par Abbas Ier le Grand (1622), puis par Nâdir Shâh (1742). En 1796, Agha Mohammad Shah finance la mise en place de feuilles d'or sur le dôme.

En 1801 ou 1802, le mausolée est endommagé par un raid de tribus bédouines sunnites, mené par le chef wahhabite Abdelaziz ben Mohammed ben Saoud[4]. Fath Ali Shah Qajar finance la restauration de l'édifice.

Le mausolée est de nouveau endommagé en 1991, au cours d'un soulèvement de populations chiites contre le régime du président Saddam Hussein. Trois ans de travaux sont nécessaires pour remettre le sanctuaire en état[5].

Le sanctuaire est pris pour cible à de nombreuses reprises après l'invasion de l'Irak (2003), dans un contexte de tensions entre communautés sunnites et chiites. Le 2 mars 2004, un premier attentat suicide, perpétré en pleine célébration de l'achoura, cause la mort de 85 personnes[6]. Le 15 décembre de la même année, une bombe est placée près d'une porte du mausolée, tuant 7 personnes et en blessant grièvement 31 autres[7]. Le 5 janvier 2006, un nouvel attentat vise les fidèles chiites, causant la mort de 60 personnes à proximité du mausolée. Le 14 avril 2007, un nouvel acte terroriste cause la mort de 36 personnes. Le 17 mars 2008, une femme se fait exploser à proximité du sanctuaire, tuant 43 personnes[8]. Des attentats sont de nouveau perpétrés le 11 septembre 2008, le 12 février 2009 et au mois de février 2010 (Ier, 3 et 5 février).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dictionnaire de la civilisation musulmane, par Yves Thoraval, éditions Larousse, p.137
  2. Knocking on heaven's door, Asia Times, 24 mai 2002
  3. L'Irak, par Philippe Rondot, collection que sais-je ?, Presse universitaires de France, p.25
  4. L'Irak, par Philippe Rondot, collection que sais-je ?, Presse universitaires de France, p.27
  5. Who Hit the Mosques? Not Us, Baghdad Says, Paul Lewis, Karbala journal, in New-York Times, 13 août 1994
  6. In pictures: Karbala blasts, BBC news, 2 mars 2004
  7. Bomb at Shiite shrine kills seven on first day of Iraq's election campaign, USA today, 15 décembre 2004
  8. Une kamikaze tue 43 personnes à Kerbala, La Libre Belgique, 17 mars 2008