Moses Hess

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Moses Hess

Moses Hess (Bonn, 21 juin 1812 - Paris, 6 avril 1875) était un philosophe allemand, proche de Karl Marx et de Friedrich Engels, qui est aussi considéré comme l'un des fondateurs du sionisme, en particulier du sionisme socialiste (par opposition au « sionisme politique » de Theodor Herzl, auteur de Der Judenstaat publié en 1896, après l'affaire Dreyfus) et des kibboutzim.

Un militant socialiste proche de Marx et Engels[modifier | modifier le code]

Impressionné par la nouvelle unité italienne atteinte lors du Risorgimento et, plus généralement, par l'essor du mouvement des nationalités qui apparaît progressivement lors du XIXe siècle, en particulier après le Printemps des Peuples de 1848, Moses Hess publie en 1862 Rome et Jérusalem - La Dernière Question Nationale, qui appelle à la création d'un « État juif ».

Venu d'une famille bourgeoise, Moses Hess épousa une femme du peuple, par mesure de défiance vis-à-vis des valeurs bourgeoises. Cela donna lieu à de fausses rumeurs selon lesquelles il avait épousé une prostituée. Hess reçut une éducation juive de la part de son grand-père, et s'inscrit à l'université de Bonn. Pourtant, il n'obtint jamais son diplôme. À la place, il fonda un journal socialiste et en devint le correspondant parisien. Suite à l'échec de la Révolution de 1848 et au coup d'État du 2 décembre 1851, il s'enfuit en Suisse et en Belgique, ce qu'il réitère durant la guerre franco-prussienne en 1870.

La conversion à la question nationale juive[modifier | modifier le code]

Moses Hess était au début en faveur de l'intégration juive dans le mouvement socialiste universel. Il convertit Engels au communisme et introduit Marx aux problèmes économiques et sociaux. Hess joua un rôle crucial dans la transformation matérialiste de la dialectique hégélienne, encore empreinte d'idéalisme, en concevant l'homme comme l'initiateur de l'histoire à partir de sa propre conscience active. En cela, il avait été influencé principalement par les théories d'August von Cieszkowski (Prolégomènes à l'historiosophie). Moses Hess est probablement à l'origine de slogans tels que « la religion est l'opium du peuple », etc.

Néanmoins, Moses Hess s'opposa progressivement à la prééminence des facteurs économiques et de la lutte des classes dans l'histoire, et en vint à voir dans la « lutte des races », ou des nationalités, le principal facteur de l'histoire passée (voir l'analyse de Michel Foucault au sujet du « discours historico-politique de la lutte des races », qui apparaît en France avec Boulainvilliers). Il vécut en Allemagne de 1861 à 1863, où il prit la mesure de l'antisémitisme naissant de ce qui deviendra le mouvement pangermanique. Il reprit alors son nom juif de « Moses » (qu'il avait échangé pour le nom de « Moritz ») afin de protester contre l'assimilationnisme, et se tourna alors vers la religion, dans la forme hétérodoxe du panthéisme spinoziste, qu'il ne semblait pas concevoir comme contradictoire envers son orthodoxie.

En contemplant les mouvements d'unification italiens et allemands ainsi que l'antisémitisme croissant de la société européenne, il en vint à l'idée d'un État-nation juif. Moses Hess en appelait à l'établissement d'un « Commonwealth » socialiste juif en Palestine comme version juive du mouvement des nationalités.

Une influence tardive[modifier | modifier le code]

Néanmoins, l'œuvre de Moses Hess n'était pas particulièrement populaire dans les milieux juifs, de même que celle de Léon Pinsker. Elle ne devint importante que rétrospectivement, et l'on considère en général la publication de Der Judenstaat en 1896 par Theodor Herzl, qui date de l'affaire Dreyfus sa « conversion » au sionisme, comme date fondatrice du mouvement national juif.

Hess est mort en 1875 à Paris, et fut enterré, en accord avec ses vœux, dans le cimetière juif de Cologne. En 1961, son cadavre fut exhumé et ré-enterré dans le cimetière de Kineret, au bord du lac de Tibériade, aux côtés d'autres sionistes socialistes tels que Nachman Syrkin, Ber Borochov, ou Berl Katznelson.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Histoire sacrée de l'Humanité par un disciple de Spinoza (1837)
  • La Triarchie européenne (1841)
  • L’Essence de l’argent (article publié en 1845)
  • Rome et Jérusalem - La dernière question nationale (1862)

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Bensussan, Moses Hess, la philosophie, le socialisme, Paris, PUF, 1985, rééd. 2004 Olms Verlag, Hildesheim-Zürich, New-York

Voir aussi[modifier | modifier le code]