Morrigan

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Macha maudit les hommes d'Ulster, illustration par Stephen Reid, The Boys' Cuchulainn, Eleanor Hul, 1904

Morrígan ou Mórrígan ou Morrigane ou Morrígu est un personnage de la mythologie celtique irlandaise, qui semble avoir été considérée comme une déesse, même si elle n'est pas mentionnée explicitement ainsi dans les textes.

Dans certains récits médiévaux, Morrigan fait partie du groupe des trois déesses de la guerre, aux côtés des déesses Bodb et Macha, ou parfois Nemain. Dans d'autres récits, les noms Morrigan et Bodb sont utilisés alternativement pour désigner la déesse irlandaise de la guerre, ou bien sont toutes deux décrites comme des sorcières des Tuatha Dé Danann[1].

Mythologie[modifier | modifier le code]

Fille d’Ernmas, des Tuatha Dé Danann, elle est unie au dieu-druide Dagda, ancien Ciel diurne indo-européen. Elle apparaît parfois comme un vol de trois corneilles ou comme un corbeau. Comme les autres déités, elle n'est qu’un avatar de la grande déesse féminine Brigit.

Selon P. Jouët, Morrigan serait héritière de la figure de l’Aurore indo-européenne ; c’est une divinité complexe qui est à la fois la rivale et l’auxiliaire du héros par excellence Cúchulainn[2]. Déesse dite guerrière, elle n'est pas essentiellement une combattante, mais procède à la qualification des héros[Quoi ?][3].

Pareille à l'Aurore védique Usas, elle se déplace sur les champs de bataille dans un équipage rouge, sur un char guidé par un cheval rouge qui n'a qu'une seule jambe. « Une femme rouge avec deux sourcils rouges était dans le char, et son manteau et son vêtement étaient rouges »[4]. Au cours des guerres, elle apparaît sous diverses formes animales et pour l’invoquer, il faut croasser. Entre autres pouvoirs qui lui sont nombreux, elle peut inspirer la peur ou le courage aux guerriers.

Dans le Táin Bó Cúailnge (la razzia des vaches de Cooley), sous l’apparence d’une belle et jeune fille aux sourcils roux, elle tente de séduire Cúchulainn, qui refuse ses avances. Elle le menace sous l’aspect de différents animaux et, pendant qu’il combat, elle s’enroule autour de sa cuisse en prenant la forme d'une anguille[5]. Le héros s’en défait et la blesse. Il est alors absent du combat pour un long moment, mais lorsqu'il revient combattre, il aperçoit une femme qui lave ses vêtements ensanglantés dans la rivière. Il sait alors que son heure a sonné.

Plus tard, c’est en corneille qu’elle assiste à l’agonie de Cúchulainn, perchée sur son épaule.

Source primaire[modifier | modifier le code]

  • La Rafle des vaches de Cooley, récit celtique irlandais traduit du gaélique, présenté et annoté par Alain Deniel, L’Harmattan, Paris, 1997, (ISBN 2-7384-5250-7)

Postérité[modifier | modifier le code]

  • Morrigan a, selon certains critiques, servi d'inspiration à la Fée Morgane. Morgane serait une variante gaélique de Morrigan et les deux personnages peuvent se transformer en oiseau[6].
  • Dans Le Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien, le personnage de Galadriel présente des points communs avec Morrigan. La Fiole de Galadriel correspondrait chez Morrigan à une potion liquide et pâle contenue dans une fiole en verre[7].
  • Morrigan est une des 1 038 femmes représentées dans l'œuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago, aujourd'hui exposée au Brooklyn Museum. Cette œuvre se présente sous la forme d'une table triangulaire de 39 convives (13 par côté). Chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique. Les noms des 999 autres femmes figurent sur le socle de l'œuvre. Le nom de Morrigan figure sur le socle, elle y est associée à la déesse Kali, quatrième convive de l'aile « I » de la table[8].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Dans le jeu vidéo Assassin's Creed: Rogue le navire du personnage principal Shay Patrick Cormac se nomme le Morrigan, en hommage à ses origines irlandaises.
  • Morrigan est un personnage disponible dans le jeu vidéo Dragon Age: Origins en tant que protagoniste de classe Mage et spécialisé en métamorphose (tout comme le personnage mythologique qui se transforme en corbeau).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot,‎ février 1993, 169 p. (ISBN 2-228-88621-1)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot,‎ août 1994, 365 p. (ISBN 2-228-88838-9)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997 (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire »,‎ avril 1995, 216 p. (ISBN 9782737313158)
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 9782914855372).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout,‎ octobre 2009, 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2).
  • Consulter aussi la bibliographie sur la mythologie celtique et la bibliographie sur la civilisation celtique.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. J. Koch, Celtic Culture : A Historical Encyclopedia, 2006 p. 1314
  2. Philippe Jouët, L’Aurore celtique dans la mythologie, l'épopée et les traditions, Yoran embanner, Fouesnant, 2007, p. 357 et suiv. (ISBN 978-2-914855-33-4)
  3. Marie-Louise Sjoestedt-Jonval, Dieux et Héros des Celtes, Leroux, Paris, 1940, p. 44
  4. La Rafle des vaches de Cooley, page 243
  5. La Rafle des vaches de Cooley, page 244
  6. (en) Carolyne Larrington, King Arthur's Enchantresses : Morgan and Her Sisters in Arthurian Tradition, I.B.Tauris,‎ 2006, 264 p. (ISBN 9781845111137)
  7. (en) Marjorie Burns, « Spiders And Evil Red Eyes: The Shadow Sides of Gandalf and Galadriel », dans Harold Bloom, J. R. R. Tolkien's Lord of the Rings, Infobase Publishing,‎ 2008, 208 p. (ISBN 9781604131451), p. 86.
  8. Musée de Brooklyn - Morrigan