Morihei Ueshiba

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Morihei Ueshiba, fondateur de l'Aïkido.

Morihei Ueshiba (植芝 盛平, Ueshiba Morihei?, - ) est le fondateur de l'aïkido. En adaptant les techniques guerrières ancestrales japonaises, il a contribué, avec Jigorō Kanō et Gichin Funakoshi, à la conservation de ce savoir menacé d'oubli par la modernisation de la société japonaise.

Une de ses grandes motivations consistait à promouvoir la paix en enseignant un art accessible à tous et basé sur la négation de la violence, l'union des efforts (un des sens de aiki) et non leur opposition. Une profonde ferveur religieuse le poussa à devenir adepte d'une secte shinto : l'Omoto Kyo.

Biographie[modifier | modifier le code]

Morihei Ueshiba naît de Yokoru et Yuki Ueshiba, le (16 novembre sur le calendrier lunaire japonais) à Tanabe au Japon. Enfant de faible constitution et souvent malade, mais très intelligent, il étudie le chinois et la religion bouddhiste sous la direction d'un prêtre shingon. Il porte un intérêt marqué à la prière et la méditation. Pour se renforcer physiquement, son père le pousse à pratiquer le sumo et la natation dès l'âge de 10 ans.

En 1901 il part pour Tokyo, où il ouvre une librairie-papeterie, en fait, une simple échoppe ambulante. Il étudie le Ju-jitsu de la koryu (école ancienne) Tenshin Shin'yo Ryu sous la direction de Tokusaburo Tozawa. De nouveau malade, il retourne à Tanabe. Il s'astreint alors à se forger un corps neuf et solide en pratiquant les exercices physiques les plus durs. Quelque temps plus tard, il épouse Itogawa Hatsu.

À 20 ans, il réussit à s'engager dans un régiment d'infanterie malgré sa petite taille (1,56 m), où il apprend le juken jutsu (combat à la baïonnette). Il participe à la guerre russo-japonaise en Manchourie, puis quitte l'armée en 1906 et retourne à Tanabe.

En 1910, le gouvernement japonais lance un projet de repeuplement de Hokkaidō. Ueshiba décide de partir en 1912 avec sa famille et un groupe de 80 personnes. Ils fondent la ville de Shirataki. La vie est très dure, l'hiver très long, les récoltes mauvaises. Mais la détermination de Ueshiba motive les colons.

C'est à cette époque qu'Ueshiba rencontre Sokaku Takeda, soke (grand maître) de la koryu Daitō de jujutsu (Daitōryū jujutsu, héritière du clan Takeda). Ueshiba l'invite à rester chez lui pour devenir son disciple et Takeda lui enseigne son art.

En 1919, il apprend que son père est gravement malade. Il abandonne ses terres à Maître Takeda et part pour Tanabe. En chemin, il entend parler de Onisaburo Deguchi, cofondateur de la religion Omoto Kyo inspirée du shinto[1].

Il ouvre le dojo « Ueshiba Juku » pour les adeptes de cette religion. Il y développe sa propre idée du budo. Sa notoriété grandit, son art prend les noms successifs de Daitōryū ju jutsu, puis Daitōryū aiki ju jutsu, puis aikijujutsu en 1922. Pendant cette période, il recevra souvent la visite de Maître Takeda.

En 1924, il décide de suivre maître Deguchi en Mongolie pour fonder une communauté utopiste, centre spirituel pour l'amour et la fraternité universelle, selon les principes de l'Omoto Kyo. Durant ce voyage, il éprouve sa première illumination (satori) : il aurait eu le sentiment de sentir venir les coups avant qu'ils ne lui soient porté, sous la forme d'un éclair blanc. Sans adhérer à cette notion mystique, on peut dire qu'Ueshiba avait atteint un niveau de maîtrise des arts martiaux qui lui permettait de ne laisser aucune ouverture dans son attitude, et d'anticiper de manière quasiment instinctive les attaques qui lui étaient portées, ce qu'attestent de nombreux témoignages. Six mois plus tard, après d'innombrables difficultés, le gouvernement chinois les fait emprisonner. Ils évitèrent d'être fusillés grâce à l'intervention du gouvernement japonais.

Deguchi Sensei a introduit l'espéranto à Omoto en 1923. Vu qu'Ueshiba Sensei (aïkido) et Deguchi Sensei (Omoto) ont vécu pendant 20 ans ensemble comme des frères, on peut supposer qu'Ueshiba Sensei a entendu parler de l'espéranto. Interrogé sur cette question à Bâle en Suisse en 1989, son petit-fils Ueshiba Moriteru a répondu : « Cela se peut. »

Certains auteurs avancent que Maître Ueshiba aurait étudié un art martial chinois interne, le Bagua zhang (ou Pakua chang) lors de son périple dans ce pays et s'en serait inspiré pour le développement ultérieur de sa discipline[2]

De retour au Japon, maître Ueshiba reprend son entraînement, développant son art, le Ueshiba Aïki Jujutsu, qu'il renomma aikibudo en 1930, puis Kobu budo. Sa réputation s'étend à travers tout le Japon. De grands maîtres d'art martiaux viennent le voir pour le défier. Jigorō Kanō, le fondateur du Judo, envoie ses meilleurs élèves étudier l'art martial qui deviendra l'aïkido en 1942. Il est invité à faire de nombreuses démonstrations dans tout le Japon, et entre autres, devant la famille impériale. Il donne des cours à l'académie de police militaire.

Au début de la guerre au Japon, en 1942, maître Ueshiba part à Iwama près de Tokyo. Il y pratique l'agriculture, et y parfait son art dans son dojo l'Aiki Dojo. Il fait également ériger un sanctuaire pour l'aïkido : L'Aiki Jinja, aujourd'hui classé monument historique.

En 1948, les Américains, qui ont interdit toutes les pratiques martiales au Japon, autorisent la reprise de l'enseignement de l'aïkido pour son caractère de Paix et de recherche de vérité. L'Aïkikaï Foundation est officiellement ouvert le 9 février, dirigé par Kisshomaru Ueshiba, son troisième fils. Le dojo central de l'Aïkikai est le Hombu Dojo, situé à Tokyo.

Le développement de l'Aïkido à travers le monde s'amorce alors, favorisé par l'esprit d'ouverture de la discipline et de nombreux contacts d'élèves à l'étranger. Koichi Tohei, 9e dan et pratiquant de la première heure, est envoyé aux États-Unis pour enseigner l'Aïkido. De nombreux maîtres le suivront dans différents pays. Après 14 ans d'enseignement comme disciple privilégié du Maître, Shoji Nishio fonde sa propre école d'Aiki Toho Iaido et devient Maître de la Fédération Japonaise de Iaido tout en continuant à intégrer d'autres disciplines sans cloisonnement. Nishio Sensei dispense également son enseignement à l'étranger où il est un émissaire très populaire et adulé par ses élèves en France, en Allemagne, en Suède et au Danemark, ainsi qu'aux États-Unis.

Maître Ueshiba acquiert le titre de O'Sensei (« grand maître », maître dans le sens « professeur ») et continue à perfectionner l'aïkido à Iwama. Dès le début des années 60, O'Sensei retourne vivre au Hombu Dojo. Là, il enseigne et dirige de manière (quasi) quotidienne le cours du matin de 7h. De plus, il n'était pas rare que O'Sensei professe sa méthode sous forme de démonstrations (avec un ou plusieurs uke) durant les cours l'après midi comme en témoignent ses élèves. Il développa également l'ultime évolution de son art, transformant un art de guerre en art de paix par le Shobuaiki.

En 1969, maître Ueshiba tombe malade. Il meurt le emporté par un cancer foudroyant[3]Son visage était vraiment beau comme le masque d'un vieil homme. Si on meurt du cancer, il y a habituellement beaucoup de souffrance et la douleur demeure sur le visage. Mais, ce n'était pas le cas avec 0-Sensei. Il a gardé un visage divinement beau. Deux mois plus tard, Hatsu, sa femme, meurt à son tour. Son fils Kishomaru Ueshiba prendra sa suite.

Moriteru Ueshiba, petit-fils du fondateur, est l'actuel Doshu, ou Maître de la Voie. Il continue, avec l'aide des grands maîtres à travers le monde, à développer l'aïkido, et à diffuser l'esprit de maître Ueshiba dans son message de Paix.

Liste (partielle) d'élèves (ushi-deshi) de Morihei Ueshiba[modifier | modifier le code]

Voir aussi Aïkidoka.

Tableau des élèves de Morihei Ueshiba par génération[modifier | modifier le code]

Première génération
avant Guerre Sino-japonaise
1921–1935
Deuxième génération
Guerre Sino-japonaise & 2e Guerre Mondiale
1936–1945
Troisième génération
après 2e Guerre Mondiale
1946–1955
Quatrième génération
1956–1969

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Morihei Ueshiba et Hideo Takahashi, "Takemusu Aiki, volume I", Traduit du japonais par Seiichi KURIHARA et Bruno TRAVERSI, notes de Pierre REGNIER, Éditions du Cénacle de France, 208 pages (ISBN 2-916537-00-7)
  • Morihei Ueshiba et les croquis de Takako Kunigoshi, Techniques de budo en aïkido, trad. Ch. Tsuji et G. Blaize, Paris, Éd. Guy Trédaniel, 1997 (1re éd. japonaise sous le titre Budo Renshu, 1933) (ISBN 2-85707-991-5)
  • Morihei Ueshiba, introd. de Kisshomaru Ueshiba, Budo : les enseignements du fondateur de l'aikido, Paris, Budostore, rééd. 1994 (d'après la trad. de J. Stevens, sous le titre Budo, teachings of the founder of aikido, 1991) (ISBN 2-908580-39-X)
  • Morihei Ueshiba, L'art de la paix : Enseignements du fondateur de l'aïkido, regroupés par J. Stevens, trad. de l'américain par Chr. Champclaux, Paris, Éd. Guy Trédaniel, 2000 (1re éd. The art of peace : teachings of the founder of Aikido, Boston, 1992) (ISBN 2-84445-167-5).
  • John Stevens et Walther V. Krenner, Aïkido, Enseignements du fondateur : Morihei Ueshiba, trad. de l'américain par Chr. Champclaux, Paris, éd. Guy Trédaniel, 2000 (1re éd. Training with the Master, Lessons with Morihei Ueshiba, Founder of Aïkido, Boston, 1999) (ISBN 2-84445-171-3).
  • Laurent Schang, Le Fondateur de l'aïkido : Morihei Ueshiba, Paris, Éd. Pygmalion, 2004 (ISBN 2-85704-830-0).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Onisaboro Deguchi
  2. Une telle affirmation n'enlève cependant rien à son génie créatif propre. Bien informé, l'expert français Georges Charles indique notamment, dans son livre Hsing I Chuan (ou Hsing I Ch'uan), que des experts chinois auraient enseigné le Pakua à Maître Ueshiba. Il cite les noms de ces experts fameux et évoque les similitudes entre les deux disciplines. L'argument est-il convaincant ? Des preuves concrètes de cette assertion semblent encore manquer mais la question historique mérite d'être posée.
  3. Interview with Shoji Nishio (1984)
  4. Yasunari Kitaura
  5. Wadokai Aikido

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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