Montreur d'ours

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Montreur d'ours
Mangum dancing bear.jpg

Montreurs d'ours aux États Unis (circa 1900)

Montreur d'ours est le nom d'un métier itinérant autrefois exercé par une personne faisant réaliser publiquement des tours d'adresse par un ours dressé à cet effet. Connu dès le Moyen Âge, le métier s'est particulièrement développé en Europe au XIXe siècle à partir des zones montagneuses particulièrement pauvres comme l’Ariège, les Abruzzes en Italie ou certaines régions des Balkans. Le « gyrovaguisme » de ces populations a ouvert la route des futures migrations de masse, notamment italienne et Roms. Autrefois fréquents sur les places publiques, les montreurs d'ours ont aujourd'hui pratiquement disparu, en dehors des cirques et des fêtes.

Sociologie[modifier | modifier le code]

Le montreur d'ours est associé au Moyen Âge à la catégorie des amuseurs itinérants regroupés sous le nom de « jongleurs ». Reçu dans les cours seigneuriales au même titre que les autres artistes, il est cependant placé comme eux, après les clercs, au plus bas de l'échelle sociale[1].

Dressage de l'ours[modifier | modifier le code]

Groupe de nomades et leurs ours à Saint-Agrève dans les années 1900
Exhibition sur une place de village (Illustration allemande, 1810)

Animal répandu dans toutes les zones de forêts, l'ours a vu son domaine réduit progressivement aux montagnes où il est resté longtemps un grand prédateur redouté et chassé. Les adultes tués, l'ourson était souvent recueilli et élevé par des gens pauvres qui trouvaient quelques revenus en l'exhibant dans les rues. Ainsi s'est créé le métier de montreur d'ours. Le dressage est généralement réalisé par des personnes spécialisées dans cette fonction. L'animal est ensuite vendu au montreur d'ours qui apprend à son tour à travailler avec son nouveau compagnon.

Mode de vie et forme des exhibitions[modifier | modifier le code]

Dressé, l'ours forme avec son montreur un couple indissociable et ils partagent une vie rude, parcourant de grandes distances. Si certains se déplacent à pied sur des durées limitées et de manière solitaire avec leur animal pour seule compagnie, d'autres, comme les Roms dont l'itinérance est le mode de vie, voyagent en groupe, tirant leur roulotte sur les routes.

Régions d'origine et de migrations[modifier | modifier le code]

Pyrénées[modifier | modifier le code]

Montreur d’ours à Luchon (photographie d’Eugène Trutat)
Montreur d’ours pyrénéen en Angleterre

Dans les Pyrénées, le métier de montreur d'ours (oussaillè ou orsalhèr en gascon) est devenu dans certains endroits comme l'Ariège, une quasi-industrie. Le village d'Ercé était réputé au XIXe siècle pour son « école des ours ». Des montreurs d'ours ariégeois sont ainsi partis jusqu'en Amérique. La pratique a pu leur être transmise par les migrants originaires des Balkans à l'occasion de leurs pérégrinations vers l'Espagne[2].

Italie[modifier | modifier le code]

Certaines régions comme les Abruzzes s'étaient spécialisées dans le dressage des animaux destinés aux orsanti. Les montreurs d'ours italiens sont pour la plupart originaires de la province de Parme dans les Apennins du nord. Un musée (Museo degli orsanti) leur est consacré à Compiano. À Bedonia, dans cette même province, un registre paroissial de 1767 porte la mention d'un don offert par deux frères à leur retour de « deux ans [passés] en Allemagne avec un ours et un singe »[3].

Après un an de dressage de l'animal acquis dans les Abruzzes au prix de la vente de leurs quelques biens, les montreurs d'ours partent pour des « campagnes » souvent de deux ans. Traversant les Alpes à pied, ils se dirigent, via la Lombardie et la Vénétie, vers l'Allemagne ou les pays d'Europe orientale, donnant chaque jour leur spectacle sur les places des villes et villages traversés. Ceux qui ne meurent pas dans ces périples rentrent s'installer au pays après plusieurs campagnes ou repartent vers des contrées plus lointaines comme la Russie, la Finlande, la Norvège ou s'embarquent vers les Amériques. C'est de ces montreurs d'animaux que s'est inspiré Hector Malot pour créer le personnage de Vitalis dans Sans famille. Certains furent les précurseurs des circassiens, qui montèrent des compagnies de plusieurs personnes « montrant » toutes sortes d'animaux, plus ou moins exotiques, plus ou moins savants. D'autres, comme la famille Faccini, s'allièrent par mariage aux Roms Kalderash dans la Russie des Tsars. Du voyage isolé à la « compagnie », de l'ours à la ménagerie, du cirque aux chevaux de bois, on trouve même parmi les descendants des orsanti italiens l'un des promoteurs du Luna Park de New-York. Les montreurs d'ours et autres « giramondi » vont ouvrir la route des migrations de masse que connaîtra l'Italie à la fin du XIXe et au début du XXe siècles[4].

Pays balkaniques[modifier | modifier le code]

Garçon Rom « Ursar », Hongrie.
Famille Ursari en Transylvanie (Gravure, 1869)

Dans les Balkans, le métier a donné son nom à un groupe de Roms, les Ursari. Ceux-ci sont originaires de Roumanie ; dans les autres régions balkaniques on trouve des familles de montreurs d'ours sous d'autres appellations : Meckari en Bulgarie et en Serbie, Arushgjike en Albanie et au Kosovo ou Arkoudhiares en Grèce[5].

Allemagne[modifier | modifier le code]

Les montreurs d'ours hongrois sont connus depuis l'époque carolingienne en Allemagne où ils sont particulièrement appréciés. En raison de la disparition de l'ours due à la déforestation que connaît le pays au cours du Moyen Âge, les habitants des villes sont fascinés par cet animal parfois inconnu que l'on fait danser sur les places publiques. Tous les montreurs d'ours ne sont alors pas des migrants en quête de moyens de subsistance élémentaires. On les trouve aussi parmi les pèlerins hongrois qui finançaient ainsi leur voyage vers Aix-la-Chapelle[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Richard H. Hoppin, Nicolas Meeùs (trad.), La Musique au Moyen Âge, p. 304, Éditions Mardaga, 1991 (ISBN 978-2-87009-352-8) Lire en ligne
  2. Michel Praneuf, Peuples des Balkans, p. 175, L'Harmattan, 2010 (ISBN 9782296112018) Lire en ligne
  3. Pierre Milza, Voyage en Ritalie, p. 24, Éditions Payot et Rivages, 2004 (ISBN 978-2-228-89850-8)
  4. Pierre Milza, Voyage en Ritalie, Op. cit., p. 22-27
  5. Michel Praneuf, Peuples des Balkans, Op. cit., p. 230
  6. Ernst Schubert, L'étranger dans l'Allemagne médiévale et moderne, dans L'étranger au Moyen Âge, p. 210, Publications de la Sorbonne, 2000 (ISBN 2-85944-407-6) Lire en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]