Mont Viso

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Mont Viso
Le mont Viso depuis le col de Chamoussiere, en France
Le mont Viso depuis le col de Chamoussiere, en France
Géographie
Altitude 3 841 m
Massif Alpes cottiennes
Coordonnées 44° 40′ 02″ N 7° 05′ 24″ E / 44.66722, 7.09 ()44° 40′ 02″ Nord 7° 05′ 24″ Est / 44.66722, 7.09 ()  
Administration
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Piémont
Province Coni
Ascension
Première , par William Mathews et Frederick William Jacomb, avec Jean-Baptiste et Michel Croz
Voie la plus facile Face sud depuis le refuge Quintino Sella
Géologie
Roches Basaltes, gabbros, ophiolites
Type Pic pyramidal

Géolocalisation sur la carte : Piémont

(Voir situation sur carte : Piémont)
Mont Viso

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
Mont Viso

Le mont Viso (en italien monte Viso ou Monviso, en occitan mont Vísol ou Vísol), culminant à 3 841 mètres, est l'un des plus hauts sommets des Alpes italiennes et le point culminant des Alpes cottiennes. Il se trouve dans la région du Piémont.

Fréquenté par les alpinistes, il accueille également à son pied la source du .

Géographie[modifier | modifier le code]

Le mont Viso et son massif sont en grande partie situés en territoire italien. Il est entouré par la vallée du Pô (valle Po), la vallée de la Vairaita (valle Varaita) et sur le versant français, par la vallée du Guil. Le sommet proprement dit est entièrement italien.

Cette montagne est célèbre, car c'est à son pied, précisément à Pian del Re (commune de Crissolo), dans la haute vallée du Pô, que prend sa source le , le plus long fleuve d'Italie.

Son nom vient peut-être de Vesulus ou Vesulo, soit « mont visible ». De fait, côté italien, sa majestueuse et imposante pyramide semble surgir de nulle part, ce qui rend sa silhouette visible et facilement reconnaissable sur une grande distance.

Du haut de ses 3841 mètres, il domine les Alpes cottiennes, sous-ensemble compris entre les cols frontaliers du Mont-Cenis et de Larche, entre les Alpes grées au nord et les Alpes maritimes (massif de l'Argentera) au sud.

Ses glaciers (actuellement en recul) et les innombrables lacs postés à ses pieds alimentent la source du Pô, qui sourd à Pian del Re (2 020 m), avec un débit relativement stable.

Géologie[modifier | modifier le code]

Du point de vue géologique, le mont Viso est un batholite de roches vertes[1].

Biodiversité[modifier | modifier le code]

Le Conseil international de coordination du programme de l'Unesco sur l'Homme et la biosphère (MAB, pour Man and the Biosphere), réuni à Paris du 27 au 30 mai 2013, a décidé d'intégrer le mont Viso au réseau mondial des réserves de biosphère[2].

Alpinisme[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

La première ascension fut réalisée par William Mathews, Frederick William Jacomb, Michel Croz et Jean-Baptiste Croz, le . Moins d'un an plus tard, le , Francis Fox Tuckett réitérait l'exploit, accompagné des guides Michel Croz de Chamonix, Peter Perren de Zermatt et Bartolomeo Peyrot de Bobbio Pellice, premier Italien à atteindre ce sommet. En 1863, l'ascension victorieuse par Quintino Sella et les guides de la Val Varaita Giovanni Battista Abbà, Raimondo Gertoux et Giuseppe Bodoino allait déboucher sur la fondation du Club alpin italien par Quintino Sella. En 1879, Paul Guillemin et André Salvador de Quatrefages réussirent l'ascension par la face nord-ouest. L'arête est a été gravie pour la première fois par Guido Rey en compagnie du guide Antonio Castagneri en avril 1887 tandis que le face nord-est fut conquise par le même Guido Rey en 1898. Aldo Bonacossa réalisa l'ascension directe de la face nord-ouest du mont Viso avec L. Binaghi et Vitale Bramani en 1931.

Voie normale[modifier | modifier le code]

Face Nord du mont Viso, depuis le col Vallante.

La voie normale d'ascension du mont Viso consiste à gravir sa face sud, un parcours sans grande difficulté et assez fréquenté pendant les mois d'été.

Ce versant est classé F (facile) ou PD (peu difficile) selon les conditions d'enneigement.

Au départ il est nécessaire de rallier le refuge de Quintino Sella (2 640 m), depuis Pian del Re (Piano della Regina). Il faut ensuite contourner la montagne et franchir le col des Sagnettes (2 991 m) pour se diriger vers la face sud. À partir du bivouac Lino Andreotti (3 225 m), le mur est attaqué et gravi assez aisément, avec des pas d'escalade ne dépassant pas le 3+. L'ascension complète de la voie normale est effectuée en deux jours : il est conseillé de dormir au refuge Quintino Sella le premier jour (environ 2 heures de marche depuis Pian del Re) puis de partir le lendemain à l'aube car la course se fait dans la journée (environ 5 heures de marche pour atteindre le sommet). L'ascension entière affiche 2 000 mètres de dénivelé, le passage au col des Sagnettes en faisant 100[précision nécessaire]. L'arrivée de la voie normale se fait par la face est.

Arête est[modifier | modifier le code]

Une seconde possibilité consiste à gravir en suivant l'arête est. Ce parcours comporte toutefois davantage de difficultés que la voie normale. Elle est cotée PD[3] ou AD-[4] selon les topos.

À partir du refuge de Quintino Sella, contourner le Grand lac du Viso et se diriger vers l'ouest, jusqu'au pied de la face est. Cet itinéraire présente des passages de deuxième et troisième degré voire quatrième degré si on ne contourne pas la tour de Saint-Robert.

Voie Coolidge[modifier | modifier le code]

Enfin un tout autre parcours, à la fois original et long, emprunte la face nord. Il a été parcouru la première fois par William Auguste Coolidge. Il nécessite de franchir le glacier Coolidge et le couloir du même nom.

Refuges[modifier | modifier le code]

Plusieurs refuges alpins situés au pied du mont Viso offrent la possibilité de servir de base pour l'ascension ou bien d'étapes lors d'un tour du Viso.

Dans la haute-vallée du Pô :

  • refuge Quintino Sella (2 640 m),
  • refuge Vitale Giacoletti (2 741 m) ;

Dans la haute vallée de la Varaita :

  • refuge Vallanta (2 450 m),
  • refuge Gagliardone (2 430 m) ;

Enfin côté français, dans la vallée du Guil :

  • refuge Viso (2 460 m),
  • bivouac Lino Andreotti présent sur la voie normale (3 225 m).

Tour du Viso[modifier | modifier le code]

Depuis de nombreuses années, l'usage s'est diffusé parmi les amateurs de trekking et de randonnée pédestre de réaliser le tour du mont Viso à pied, soit en bivouaquant, soit en passant la nuit dans les refuges. C'est une manière particulièrement agréable de découvrir les facettes de cette montagne, agrémentée par la présence de nombreux lacs d'altitude.

Géologie - Archéologie - Histoire[modifier | modifier le code]

Le site est réputé sur le plan géologique car c'est un lieu d'observation privilégié des ophiolites, roches de la croûte océanique à l’origine de la formation des Alpes. Le spectaculaire pilier du mont Viso est constitué de basalte et de gabbros métamorphisés. Plus bas, les pentes du mont Viso furent le siège d'une carrière néolithique de jade, entre 2 000 et 2 400 mètres d'altitude. Son pic d'exploitation est évalué à 5000 avant J.-C. La jadéite était utilisée pour fabriquer des haches cérémonielles, que l'on retrouve dans toute l'Europe occidentale.

Non loin des pentes du Viso se trouve le Pertuis du Viso, sous le col de la Traversette[5] : il s'agit du premier tunnel creusé sous les Alpes, à la fin du XVe siècle, entre 2 915 et 2 900 m d'altitude (galerie en pente vers le côté piémontais). Cet ouvrage a été réalisé à l'initiative de Ludovico II, marquis de Saluces, pour relier la Provence et le Dauphiné à son marquisat, et en particulier sécuriser la route du sel (extrait des salines de l'étang de Berre). Ce projet, présenté au Parlement de Grenoble, a reçu l'aide du roi de France, Louis XI, du marquis de Montferrat et du seigneur de Provence. Achevé en 1480, après deux années de travaux, il a été dimensionné de manière à permettre le passage d'un mulet bâté et d'un homme courbé. L'emprunter permet d'éviter de franchir le col de la Traversette, à 2947 mètres d'altitude. Sur le plan économique, il permet de réduire de trois jours le trajet de Grenoble à Saluces, en évitant le Duché de Savoie qui contrôle alors le col du Mont-Cenis, ce qui favorise le commerce. Les caravanes reliant la Provence à Turin gagnent jusqu'à trois semaines par rapport à l'itinéraire sud qui emprunte le col de Montgenèvre. Ce tunnel, d'une longueur de 75 mètres environ, est encore praticable de nos jours.

Dans la littérature et l’art[modifier | modifier le code]

Huile sur toile, vue du grand belvédère du mont Viso, dans la vallée d'Abriès

L'imposante silhouette du Viso, dominant les sommets avoisinants d'au moins 500 m n'a pas manqué d'impressionner les écrivains. Virgile le décrit déjà dans le livre X de l’Énéide, quelques années avant notre ère. Dante, en 1314, dans les chants XVI (vers 95) de l'Enfer et VI (50-51) du Paradis, lui emboîte le pas dans la Divine Comédie et Pétrarque ne manque pas d'en faire autant. La réputation du mont franchit les mers puisque le poète anglais du XIVe siècle Geoffrey Chaucer le cite dans Les Contes de Canterbury.

Un dicton populaire en langue piémontaise illustre le caractère imprévisible de la météorologie en montagne :
« Quand che Viso a l'ha 'l capel, o ch'a fà brut o ch'a fà bel;
ma se 'l capel lo quata tut, o ch'a fà bel o ch'a fà brut
 »

ce qui signifie à peu près :

« quand le Viso a le chapeau (la cime est dans les nuages), ou c'est du mauvais, ou c'est du beau (temps) ;
mais quand il est entièrement couvert, ou c'est du beau, ou c'est du mauvais. »

Contrairement aux Suisses qui considèrent que le logo de la société de production de cinéma américaine Paramount Pictures est inspirée du Cervin, la plupart des Italiens y reconnaissent la face est du mont Viso, telle qu'on peut la voir depuis Turin, à 60 km environ.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aristide Albert et Agostino Ferrari, Le Mont Viso. Éditions transhumances (2000), 50 p. (ISBN 2-91410-201-1)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gérard Bordes, Grande Encyclopédie de la Montagne, t. 8, Paris, Atlas,‎ 1976, 2400 p.
  2. 12 nouveaux sites ajoutés au Réseau mondial des réserves de biosphère de l’UNESCO
  3. Jean-Marie Morisset, Les Alpes du soleil. Haut-Var, Vésubie, Tinée, Roya, Saint-Jeannet, Ubaye, Queyras, Viso, Collection « Les 100 plus belles courses et randonnées », éditeur Denoël (ISBN 2207224929)
  4. Bernard Ranc et Antoine Pirovano, 3000 sans frontière - Alpes du Sud, édition Gap (ISBN 9782741702078)
  5. Ministère de la Culture, Inventaire général du patrimoine culturel. Tunnel dit le Pertuis du Viso