Monnaie complémentaire

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Une monnaie complémentaire communautaire (MCC) est un hyperonyme de monnaie locale (appelée également monnaie communautaire) et monnaie sectorielle. Elle se veut complémentaire aux monnaies officielles, et favorise les systèmes de don et d'échanges locaux avec moins d'endettement. Selon l’économiste Bernard Lietaer, « bien conçue, elle crée la quantité de monnaie exactement nécessaire pour mener à bien une transaction qui, autrement, n’aurait pas lieu. Il n’y a donc pas de risque d’inflation »[LietaerAube 1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les monnaies complémentaires existent depuis longtemps, et plusieurs monnaies complémentaires différentes ont pu être en circulation dans une même région à certaines époques[1]. Des systèmes comparables aux principes qui régissent les monnaies complémentaires contemporaines remontent au moins, selon l'économiste Bernard Lietaer à l'ostracon égyptien (dette inscrite par un scribe, mais à taux négatif)[1]; A titre d'exemple, dans le Languedoc du milieu du Moyen Âge, il y a eu jusqu'à 17 monnaies locales, complémentaires de la monnaie royale qui avait également cours.

Plus récemment, suite à la crise de 1929, des monnaies locales avaient permis en Autriche, à Wörgl notamment de maintenir un taux d'emploi permettant à de nombreuses familles de vivre sans faire appel au Mark, mais la banque autrichienne a interdit cette monnaie, ce qui a maintenu au chômage 30 à 35% de la population autrichienne et selon certains économistes aidé Adolf Hitler à prendre le pouvoir [LietaerAube 2].

Description[modifier | modifier le code]

Les monnaies complémentaires communautaires sont un vaste groupe de monnaies et de systèmes de bons conçus pour être utilisés en combinaison avec des monnaies standard ou d'autres monnaies complémentaires. La plupart sont des monnaies locales, mais un projet de monnaie Terra est mondial[1]. Elles peuvent être évaluées par rapport aux monnaies nationales, ou échangées avec elles, mais fonctionnent néanmoins comme un moyen d'échange à part entière.

Les monnaies complémentaires ont d'abord fonctionné hors du cadre national du cours légal, et donc sans cours légal. Taux de change, zone de circulation et utilisation avec d'autres monnaies diffèrent grandement entre les différents systèmes de monnaie complémentaire, comme dans le cas des systèmes de monnaie nationale. Quelques pays ont néanmoins récemment permis des interactions entre la monnaie officielle nationale et des monnaies complémentaires. Par exemple, en Uruguay, la monnaie C3 (monnaie complémentaire créée pour créer de l'emploi) est accepté par l’État pour le paiement de toute taxe au gouvernement[1]. Au Japon, le système Fureai Kippu (littéralement : « ticket de relation cordiale ») est officiellement reconnu pour l'aide aux personnes âgées. De son côté, la banque centrale du Brésil a fait une étude sur 10 ans, concluant que ces monnaies ne posent pas de problème aux systèmes de monnaie nationale et résolvent des problèmes d'une manière originale et efficace.

Certaines monnaies complémentaires communautaires incluent des échelles de valeur basées sur des réserves de ressources matérielles (or, pétrole, matières premières) ou immatérielles (temps, savoir-faire). Une monnaie basée sur le temps est évaluée par le nombre d'heures passées pour réaliser un service, indépendamment de la valeur de marché potentielle du service. Par exemple l' Ithaca Hours, est une monnaie de papier utilisée depuis plus de 15 ans à Ithaca (dans l'État de New York, dont l'unité de compte est l'heure, mais qu'on peut aussi échanger contre dix dollars pour l'équivalent d'une heure). Le Time Dollar est une monnaie-temps qui considère que le temps de chacun a la même valeur (ne reconnaissant pas l'expertise déjà acquise, mais encourageant l'acquisition de l'expérience). Le Time Dollar est exempté d'impôts aux États-Unis (nota bene : ce n'est pas le cas des SELs en France). Ces systèmes (c'est le cas de l' Ithaca Hours) peuvent être fondés sur la négociation. Le "client" paye alors en heures, plus ou moins selon la valeur estimée ou annoncée du service et du prestataire. Des monnaies basées sur des savoirs et savoir-faire, également appelées Réseaux d'échanges réciproques de savoirs, furent inventées en France dans les années 1980.

Plusieurs monnaies complémentaires incluent le principe de la monnaie fondante, une dévaluation intentionnelle de la monnaie à travers le temps, semblable à un « taux d'intérêt négatif ». Cela stimule les échanges de la monnaie dévaluée, favorise une participation étendue au système de monnaie et décourage le stockage de la richesse (thésaurisation) par rapport à celui d'éléments qui stockent la valeur de manière plus permanente comme la propriété, au profit de la circulation et des échanges plus locaux, de l'éducation, de technologies partagées, de la santé, etc.

D'autres systèmes de monnaie complémentaire communautaire utilisent de forts taux d'intérêts pour promouvoir une forte compétition entre les participants, et l'« extraction » de la richesse des structures qui la maintiennent à long terme (richesse naturelle, matérielle, propriété, etc.) pour aider le processus d'industrialisation rapide, de production de masse, d'automatisation et d'innovation compétitive.

La capacité à spéculer est en général absente des paramètres de conception des monnaies complémentaires. Celles-ci sont souvent, et de manière intentionnelle, restreintes dans leur étendue régionale, dans leur durée de validité ou dans leur secteur d'utilisation. Il est parfois nécessaire d'être membre d'une communauté pour les utiliser. Ces monnaies ne peuvent dans ce cas pas remplir leur fonction traditionnelle de réserve.

Exemples[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, les premiers avocats des monnaies complémentaires communautaires (MCC), tout particulièrement au Canada, n'avaient pas conçu les monnaies complémentaires communautaires en opposition aux monnaies nationales. C'est pourquoi, certaines personnes à la pointe de ce mouvement prirent la précaution d'utiliser le terme complémentaire. Ce terme met l'accent sur l'importance de travailler en coopération avec les gouvernements et le système de taxe, le monde des affaires, les syndicats, les associations, les œuvres caritatives, les banques, ou toute autre forme de capitalisme démocratique.

Toronto Dollars[modifier | modifier le code]

Le système Toronto Dollar est un exemple de monnaie complémentaire communautaire avec système de réserve, couvert par les dollars canadiens. Les commerçants qui y participent sont libres d'échanger des Toronto dollars contre des dollars canadiens. Bien que le système marche de mieux en mieux quand la monnaie complémentaire est maintenue en circulation, personne ne se sent pris au piège du système et cette monnaie favorise l'activité économique au sein des communautés de vendeurs et d'acheteurs qui l'emploient. En plus d'être supportée par nombre d'activistes sociaux, dont des philosophes, des membres du clergé, des artistes, etc., cette monnaie complémentaire communautaire est supportée par un nombre croissant de dirigeants politiques, passés et présents, dont, au fur et à mesure des années, plusieurs maires de Toronto[2].

Systèmes d'échanges locaux (SEL)[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, l’Écossais M. Linton inventa les LETS (Local exchange trading system) qui se traduit par la mise en place du troc. L’idée se propage au Canada, en Australie et aussi en Grande-Bretagne, où ces réseaux regroupent plus de 20 000 personnes au sein de 300 groupes. Le premier système d’échanges locaux français a vu le jour en Ariège en octobre 1994, et comptait en 1996 380 adhérents. D’autres SEL sont nés depuis dans presque tous les départements français. Il y à ce jour 451 SEL référencés, par exemple : l’Hérault regroupe 13 SEL tel que Le SEL d’abord (Saint-Jean-de-Minervois), l'Esprit de sel de Frontignan, le SEL de la Gardiole, le SEL de Montpellier. SEL’idaire est une association loi 1901. Son but est de faciliter la création et le développement des SEL, par une meilleure circulation des informations.

Aspects et enjeux sociétaux[modifier | modifier le code]

Ces approches se situent dans le même esprit que celles qui cherchent à augmenter la soutenabilité du développement, à trouver des indicateurs de richesses plus justes et réelles que le PIB, prenant mieux en compte les ressources naturelles, les biens et ressources non marchands, et les richesses et compétences humaines et sociales.

Pour Bernard Lietaer, spécialiste de ces monnaies, les monnaies nationales parfois présentées comme neutres sont en fait prégnantes, voire déterminantes dans beaucoup d'aspects de la vie quotidienne, et si, d'une part, elles sont utiles pour faciliter les échanges, notamment internationaux, ainsi que les investissements à long terme, d'autre part elles encouragent une escalade de la compétition entre acteurs économiques, souvent au détriment de l'environnement (surexploitation des ressources) et de la qualité de vie et de relation des êtres humains[1]. Ainsi, dans le contexte de la mondialisation, la monnaie classique « surinvestit » la compétitivité dans un « jeu compétitif » qui a établi ses propres règles (monétaires), qui échappent aux États et individus. Cette monnaie classique survalorise aussi la rentabilité de court-terme et favorise la concentration des richesses car elle a acquis un fort pouvoir centralisateur (via les banques centrales, européennes, mondiales). De plus, dans la société et le monde des entreprises, elle joue un rôle devenu comparable à celui d'un programme informatique de base (Operating system), qui freine toute alternative et qui fait fonctionner le monde dans une même direction donnée, qui n'est donc pas neutre, basé sur des taux d'intérêt et une tendance au monopole[1].

Bernard Lietaer estime que ce système est la prolongation de systèmes de pensée issus des sociétés et religions patriarcales qui ont modelé les cultures occidentales depuis 5000 ans. Bernard Lietaer souligne quelques exceptions historiques, correspondant à des sociétés qu'il nomme matrifocales (et non pas matriarcales), qui ont justement développé un respect de la femme plus important, et mis en circulation d'autres types de monnaies (monnaies sans taux d'intérêt, monnaies d'échange et non d'épargne) en complément de monnaies d'or et d'argent. Ce fut le cas en France du Xe au XIIIe siècle, en pleine période de l'amour courtois, alors que les cathédrales étaient dédiées à la vierge-Marie), sans exclure la monnaie (royale, en France) utilisée pour les échanges à longue distance ou avec les gens qu'on ne connaissait pas[1].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Individus[modifier | modifier le code]

Initiatives[modifier | modifier le code]

Thématiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. p42
  2. p43