Monica Seles

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Monica Seles
Monica Seles
Monica Seles lors d'une exhibition (La Nouvelle-Orléans – 2007)
Carrière professionnelle
1988 – 2003[N 1]
Nationalité Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie République fédérative socialiste de Yougoslavie
Drapeau : République fédérale de Yougoslavie République fédérale de Yougoslavie
Drapeau des États-Unis États-Unis
Naissance 2 décembre 1973 (40 ans)
Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie Novi Sad
Taille / poids 1,78 m (5 10) / 61 kg (134 lb)
Prise de raquette Gauchère, revers et coup droit à deux mains
Entraîneur Károly Seles (1979-1998)
Nick Bollettieri (1986-1990)[1]
Michael Sell (2001-2002)[2]
Gains en tournois 14 891 762 $
Hall of Fame Membre depuis 2009
Palmarès
En simple
Titres 53
Finales perdues 32
Meilleur classement 1re (11/03/1991)
En double
Titres 6
Finales perdues 3
Meilleur classement 16e (22/04/1991)
Meilleurs résultats en Grand Chelem
Aust. R-G. Wim. US.
Simple V (4) V (3) F (1) V (2)
Double 1/2 1/8 1/4 1/4
Médailles olympiques
Simple 1
Titres par équipe nationale
Fed Cup 2 (1996, 2000)
Hopman Cup 1 (1991)

Monica Seles (née le 2 décembre 1973 à Novi Sad) est une joueuse de tennis de l'ex-Yougoslavie, naturalisée américaine en 1994.

Considérée comme la première cogneuse de l'histoire de son sport, elle gagne le tournoi de Roland-Garros en 1990, à 16 ans et demi : un exploit inégalé sur la terre battue parisienne. En mars 1991, elle devient la plus jeune numéro un mondiale au classement WTA et, pendant deux ans, interrompt le long règne de sa rivale Steffi Graf. Avant son vingtième anniversaire, elle remporte huit titres du Grand Chelem, à l'exception de Wimbledon.

Sa chasse aux records s'arrête net en avril 1993 quand, en plein match à Hambourg, un spectateur déséquilibré la poignarde dans le dos.

De retour à la compétition en août 1995, Seles ajoute l'Open d'Australie à son palmarès en 1996, puis parvient à se maintenir parmi l'élite. Elle ne retrouve toutefois jamais la plénitude de ses moyens, concurrencée par une nouvelle génération de joueuses plus athlétiques. En février 2008, après cinq saisons d'inactivité pour cause de blessure au pied, elle officialise sa retraite sportive à l'âge de 34 ans.

Monica Seles, qui jouait revers et coup droit à deux mains, est restée célèbre auprès du public pour les cris qu'elle avait coutume de pousser sur le court au moment de frapper la balle.

Carrière[modifier | modifier le code]

L'enfance[modifier | modifier le code]

Monica Seles[N 2] est la fille cadette d'une famille d'origine hongroise vivant à Novi Sad, en Yougoslavie[N 3]. À l'âge de 5 ans[N 4], en vacances au bord de la mer Adriatique, elle s'initie au tennis en voulant imiter son frère aîné Zoltán, lui-même joueur junior émérite. Parce qu'elle trouve sa raquette trop lourde à porter, elle prend l'habitude de la tenir à deux mains, en revers comme en coup droit : cette technique[N 5],[3], dont elle ne se départira plus, demeurera l'une des principales singularités de son jeu.

De retour à la maison, son père Károly (ex-athlète de triple saut[4]) bricole un court de tennis devant l'immeuble familial et s'improvise son professeur. Pour aiguiser sa férocité, il griffonne de petits Tom et Jerry[5],[6] sur les balles et lui recommande de taper dedans aussi vite et aussi fort que possible, en visant les lignes.

La fillette de 9 ans écume les compétitions locales sans savoir compter les points – « Je gagne ? » demande-t-elle pendant les matchs[7]. À 10 ans, elle devient championne d'Europe des moins de 12 ans[8] et la une d'un quotidien national la promeut « sportive yougoslave de l'année ». En 1985, elle est repérée durant l'Orange Bowl, en Floride, par le coach Nick Bollettieri et rejoint en 1986 l'académie de ce dernier à Bradenton. Elle se livre là, pendant deux années, à un entraînement très intensif, croisant le fer avec le Kid Andre Agassi[1].

1988-1990 : une ascension fulgurante[modifier | modifier le code]

Monica Seles fait son galop d'essai sur le circuit WTA (Women's Tennis Association) à 14 ans, le 7 mars 1988 à Boca Raton. Dès le premier tour, elle élimine Helen Kelesi (31e mondiale)[9] et stupéfait aussitôt les esprits par la puissance de ses frappes, sans précédent chez aucune femme, et par les rugissements[N 6] dont elle les accompagne. Campée sur sa ligne de fond, ses accélérations des deux côtés, retours de service et passing-shots foudroyants font en particulier sensation.

1989 marque ses débuts à plein temps dans le grand bain des joueuses professionnelles. Le 30 avril, elle gagne son premier titre à Houston face à la vétérane Chris Evert[10].

Le monde entier la découvre un mois plus tard à Roland-Garros quand elle offre des fleurs au public en pénétrant sur le court[N 7],[11]. En demi-finale, alors qu'elle n'est pas tête de série, elle accule l'invincible Steffi Graf dans un troisième set [12] qui scelle le préambule d'une des plus grandes rivalités de l'histoire du tennis féminin[N 8].

À Wimbledon et à l'US Open, la championne est « renvoyée à ses études », respectivement par Graf[13] et Evert[14]. Elle accède au top dix du classement WTA le 11 septembre 1989, à 15 ans et 9 mois[N 9].

Seles plaque l'académie Bollettieri en mars 1990, après que son père a reproché à l'entraîneur son supposé manque de dévouement[1]. Le printemps la voit rafler cinq tournois d'affilée[N 10]. Martina Navrátilová, expédiée en cinquante minutes en finale des Internationaux d'Italie, résume son effarement en conférence de presse[15] : « J'ai l'impression d'avoir été renversée par un camion. » À Berlin, elle met fin, en deux sets, à une série de 66 victoires de Steffi Graf[16].

Le 10 juin, Seles triomphe à Roland-Garros contre Graf[N 11],[17]. Elle a 16 ans et demi : un exploit inégalé sur la terre battue parisienne[18].

Si les mois suivants sont plus inconstants (à Wimbledon[19] ou à l'US Open[20]), elle domine Gabriela Sabatini aux Masters de novembre, à l'occasion du premier match de l'ère Open jamais tenu par des femmes en cinq manches[21]. Numéro deux mondiale à l'issue de la saison, elle est désignée « joueuse ayant le plus progressé » par les instances de la WTA[22].

1991-1992 : une hégémonie sans partage[modifier | modifier le code]

Photo de Monica Seles en 1991 lors du tournoi de San Antonio. La joueuse tient une enveloppe dans les mains et sourit.
Monica Seles (San Antonio – 1991)

1991 est l'année de la consécration. En janvier, à l'Open d'Australie, elle sauve une balle de match[23], puis s'adjuge l'épreuve en trois sets face à Jana Novotná[24]. Le 11 mars, elle devient à 17 ans[N 12], la plus jeune numéro un mondiale au classement WTA[25] depuis Tracy AustinMartina Hingis améliorera le record en 1997[26].

Après avoir conservé son titre Porte d'Auteuil contre Arantxa Sánchez[27], son forfait inexpliqué à Wimbledon alimente les rumeurs de sa soi-disant grossesse[28] et lui coûte une amende de six mille dollars[29]. Remise de cette mésaventure[30], elle assoit son emprise en disposant de Navrátilová à l'US Open[N 13],[31] puis aux Masters[32]. Elle devient, en 1991, la joueuse de tennis la mieux payée de tous les temps[33].

La saison 1992 s'avère en tous points comparable. Animée par une indéfectible détermination, elle obtient d'abord un succès facile à Melbourne[34]. Elle arrache ensuite son troisième French Open consécutif[N 14] au terme d'une finale d'anthologie contre Steffi Graf – 10-8 dans le set décisif[35]. En juillet à Wimbledon, les plaintes de ses adversaires[N 15],[36] et les moqueries des tabloïds anglais[N 16],[37] la contraignent à disputer sa finale sans émettre le moindre cri. Entre deux averses, Graf ne manque pas l'opportunité de prendre une cinglante revanche[38] et prive la Yougoslave de ses rêves de Grand Chelem.

Quoique pétrie de regrets[6],[39], Seles se rattrape en septembre à Flushing Meadows qu'elle empoche, malade, en égarant vingt-sept jeux sur sa route[40]. En novembre, elle gagne ses troisièmes Masters[41].

Élue en 1992 « championne du monde » par la Fédération internationale de tennis, « joueuse de l'année » par la WTA[22] et « sportive de l'année » par Associated Press, Monica Seles se plaît, à la ville, à entretenir l'image d'une fashion victime américanisée. La « Madonna du tennis » revendique la parité salariale sur le circuit professionnel[42] et partage son désir de devenir actrice[43].

1993 : l'agression de Hambourg[modifier | modifier le code]

Article connexe : Agression de Monica Seles.

1993 s'ouvre sur des bases similaires quand, avec un service perfectionné[44], elle s'empare de son troisième Open d'Australie de suite – une nouvelle fois de haute lutte face à Graf[45] –, son huitième trophée du Grand Chelem à 19 ans. Nulle autre adolescente, avant elle et à ce jour, ne s'est jamais constitué pareil palmarès aussi précocement[N 17]. Dans la foulée, elle gagne à Chicago[46] et perd en finale du Zénith de Paris[47].

Sa suprématie est brutalement interrompue le 30 avril lors du tournoi de Hambourg, épreuve où elle s'inscrit à la hâte après deux mois de grippe et de repos forcé[48]. À un changement de côté, tandis qu'elle mène son quart de finale contre Magdalena Maleeva sur le court central, un spectateur (Günter Parche) franchit les barrières de sécurité et lui plante un couteau dans le dos[49]. Sitôt hospitalisée, elle reçoit deux jours plus tard la visite de Steffi Graf, qui reste à son chevet « quelques minutes » sans parvenir à la consoler[50].

L'Allemande, en l'absence de Seles[51], s'impose le 5 juin à Roland-Garros[52]. Le surlendemain, au bénéfice de cette victoire, elle lui ravit son fauteuil de numéro un mondiale[53] pour ne quasiment[N 18] plus le quitter jusqu'en mars 1997.

Soignée dans une clinique du Colorado[54], Seles recourt aux conseils d'un entraîneur d'athlétisme réputé, Bob Kersee, pour hâter sa convalescence. Mais, si la cicatrice est superficielle[55], le traumatisme psychologique se révèle profond[56]. Elle est en outre désabusée par le refus de ses pairs de voter le maintien de son classement[57], puis par la condamnation trop indulgente à ses yeux de Parche (prison avec sursis)[58] et la défection de ses sponsors[59]. Son père et mentor est opéré d'un cancer à l'estomac en décembre 1993[60].

Un temps pressentie à l'Open d'Australie en 1994[61] ou à Rome l'année suivante[62], elle renonce à chaque échéance. En proie à la boulimie, elle vit retranchée dans sa résidence floridienne de Sarasota[63]. Au pire de sa dépression, son poids culmine à quatre-vingts kilos[63].

Le 16 mars 1994 à Miami, elle acquiert la citoyenneté américaine[64]. Plus jamais elle ne retournera en Allemagne[65].

1995-2003 : retour et désillusions[modifier | modifier le code]

Photo des tenue et raquette de Seles à son retour en 1995. Polo blanc dédicacé, jupe à carreaux bleu marine et blanc.
Tenue et raquette de Seles à son retour (US Open – 1995)

Alors que la presse déplore la morosité du circuit féminin et le cavalier seul de Steffi Graf[66], Monica Seles effectue son retour sur le circuit le 30 juillet 1995. À Atlantic City, elle dispute une exhibition très médiatisée contre Navrátilová, qu'elle bat aisément[67] malgré quelques kilos supplémentaires[68]. En marge de cet événement, la WTA lui octroie exceptionnellement la place de « co-numéro un mondiale »[N 19],[69]. Elle honore cette faveur en gagnant d'entrée l'Open du Canada, sans perdre un set[70]. Puis, sous le feu des projecteurs[71], elle échoue de peu en finale de l'US Open, dans un match à suspense contre sa rivale Steffi Graf[N 20],[72].

Elle reçoit de la WTA, fin 1995, le titre honorifique de « comeback de l'année »[22].

En janvier 1996, elle remporte le tournoi de Sydney[73] avant de décrocher les Internationaux d'Australie aux dépens d'Anke Huber[74], son ultime sacre dans un des quatre Majeurs. Elle publie la même année une autobiographie : From Fear to Victory (littéralement : « de la peur à la victoire »).

Redevenue l'une des toutes meilleures, Seles gagne en sympathie auprès du public[75], mais échoue par la suite à reconquérir son autorité[76]. Victime de blessures à répétition et sujette à l'embonpoint[63], ses progrès au service et à la volée ne lui évitent pas de relatives contre-performances[77]. Surclassée par Graf (par exemple à l'US Open 1996[78]) et face à de jeunes rivales talentueuses (Hingis[N 21],[79]) ou plus athlétiques (Davenport[80], les sœurs Williams[81]), elle moissonne six de ses dix derniers titres dans des tournois de catégorie inférieure, dits tier III ou tier IV.

Elle signe son dernier coup d'éclat en juin 1998, trois semaines après le décès de son père[82], en se hissant en finale à Roland-Garros. De noir vêtue et sans préparation, elle étrille la favorite Hingis en demi[83], mais rend les armes contre Arantxa Sánchez Vicario à la conclusion[84].

En dix-sept tentatives supplémentaires, Seles n'atteint plus qu'à trois reprises les demi-finales en Grand Chelem, à Roland-Garros (1999[85]) et à l'Open d'Australie (1999[86], 2002[87]). Dix autres fois, elle tombe au stade des quarts de finale. Le 27 mai 2003, handicapée au pied gauche par une fracture de stress[88], elle est sortie sans ménagement au premier tour des Internationaux de France par Nadia Petrova[89] : cette élimination prématurée[N 22] demeure sa dernière prestation officielle en compétition.

2004-2008 : une retraite sportive longtemps différée[modifier | modifier le code]

Photo de Monica Seles pendant l'US Open en 2005. La joueuse, micro à la main, répond à une interview.
Seles interviewée (US Open – 2005)

De 2004 à 2007, Seles s'illustre dans une série de matchs de gala[N 23],[90] et, à intervalles sporadiques, envisage un retour sur le circuit WTA[91] ou en Fed Cup[92]. Le 3 décembre 2007, elle émet auprès du Los Angeles Times son souhait de s'aligner dans « plusieurs tournois » en 2008[93].

Toujours en délicatesse avec son pied, elle ne concrétise toutefois pas ses projets et, dans un communiqué de presse du 14 février 2008, finit par confirmer sa retraite sportive définitive[94]. Elle précise quelques années plus tard avoir « essayé de revenir pendant longtemps », mais qu'elle avait finalement dû capituler parce qu'elle avait « payé à partir de 30 ans le prix d'avoir joué sept ou huit heures par jour au tennis depuis l'âge de 7 ans »[95], et qu'elle était « fatiguée »[96].

L'après-tennis[modifier | modifier le code]

Monica Seles est à la tête d'un patrimoine évalué à plusieurs dizaines de millions de dollars[97], dont l'essentiel amassé en contrats publicitaires (Fila, Nike, Yonex, etc.).

En mars 2008, elle participe à la sixième saison de Dancing with the Stars, un jeu de téléréalité américain diffusé sur ABC[N 24],[98].

Dans Getting a Grip (« se ressaisir »), sa seconde autobiographie publiée en avril 2009, elle témoigne de son long combat pour se réapproprier son corps, son estime de soi et sa féminité, après des années de dépression et de suralimentation – combat qu'elle concède avoir gagné après sa vie de sportive de haut niveau[63]. De passage à Roland-Garros en juin 2012 pour remettre la Coupe Suzanne-Lenglen[99], elle confie à L'Équipe mag avoir « repris le contrôle » d'elle-même grâce à l'écriture[100].

En décembre 2010[101], elle signe avec l'éditeur britannique Bloomsbury pour rédiger une série de romans jeunesse. Relatant les péripéties sportives et sentimentales d'un groupe d'apprentis champions[102], le premier tome, Game On, est livré en juin 2013 ; le deuxième, Love Match, en février 2014.

Elle se consacre aujourd'hui à la promotion du tennis[103], à des matchs amicaux[104] ou à des œuvres caritatives[105].

Un quotidien new-yorkais revèle en juin 2014 son mariage prochain avec l'homme d'affaires et milliardaire Tom Golisano[106], de 32 ans son aîné, avec qui elle entretient une relation depuis 2009[107].

Style de jeu et legs sportif[modifier | modifier le code]

Photo de Seles en 2001 pendant l'Open du Canada. Elle est au service. Elle porte une tenue et une casquette blanches.
Seles au service (Toronto – 2001)

En dépit d'un palmarès rendu incomplet par son agression[108], Monica Seles a su édicter, plus encore que Jennifer Capriati[N 25],[109] à la même époque, les modalités du boxing tennis basé sur la puissance et la recherche du KO[110].

Monica Seles jouait à deux mains côté revers (geste popularisé dans les années 1970 par Chris Evert[111]), mais aussi côté coup droit. Cette technique atypique[N 5],[3], restée sa marque de fabrique, lui permettait d'expédier la balle depuis les quatre coins du court, à toute allure et dans des angles improbables[112].

La première, cette attaquante de fond de court s'est attachée à s'installer le plus souvent possible à l'intérieur du terrain, dès le retour de service[113], pour prendre le contrôle des échanges, s'ouvrir le court et déborder son adversaire en cadence[110]. Sans attendre le sommet du rebond de la balle, elle alternait avec précision les tirs « long de ligne » ou croisés et les offensives dans le contre-pied. Sa rivale, constamment pilonnée, était ainsi contrainte à commettre la faute ou à lui procurer une balle courte, immédiatement sanctionnée par une accélération imparable – gifle de revers ou demi-volée haute liftée.

Dotée d'un extrême sang-froid dans les moments clés, elle a fréquemment renversé le sort de parties mal engagées[23],[73],[114].

Rare au filet, sinon pour terminer un point déjà presque acquis, son excellent jeu de jambes et son sens de l'anticipation lui permettaient de faire preuve, dans ses jeunes années, d'une réelle pugnacité défensive : pendant les rallyes, elle n'hésitait pas à distribuer épisodiquement des moonballs[14] avant de mieux réitérer ses assauts. Sur le tard, moins véloce, elle usera plus volontiers, en bout de course, d'un coup droit à une main destiné à compenser le manque d'allonge induit par sa prise de raquette à deux mains[115].

De ses cris stridents[N 6] lâchés à chaque frappe, Monica Seles dira qu'ils lui sortent de la bouche depuis ses 12 ans[116], mais qu'elle n'en retirait pas un surcroît d'efficacité. Une étude scientifique démontrerait, à l'inverse, que de tels cris altèrent les performances de l'adversaire[117]. Si d'aucuns les jugeront exaspérants[118], d'autres y percevront la marque d'une rage de vaincre inébranlable[119].

Avec un investissement physique accru, les joueuses de la génération suivante, telles les sœurs Williams ou Maria Sharapova, adopteront ce style de jeu coercitif[110],[120] parfois décrié pour son caractère machinal et stéréotypé[121]. La Française Marion Bartoli, gagnante à Wimbledon en 2013, poussera le mimétisme jusqu'à reproduire son coup droit à deux mains[N 26],[122].

Le 11 juillet 2009, Monica Seles intègre le Temple de la renommée du tennis international[123].

La rivalité Graf-Seles[modifier | modifier le code]

Article connexe : Steffi Graf.
Photo de Steffi Graf au tournoi de Wimbledon en 2009. La joueuse réalise un revers à une main. Elle est vêtue en blanc.
Steffi Graf (Wimbledon – 2009)

Monica Seles et Steffi Graf ont été numéros un mondiales sur le circuit WTA. Elles se sont affrontées à quinze occasions entre 1989 et 1999[N 27].

Réputées l'une et l'autre pour leur force de frappe et leurs nerfs d'acier, Graf et Seles avaient des styles de jeu radicalement différents[18],[35],[38],[45],[72],[78]. La première était pourvue d'un coup droit explosif, d'un revers coupé, d'un jeu de jambe sans faille[N 28] et d'un service tranchant qui lui valurent une domination sans partage de fin 1987 à début 1990. La seconde, gauchère au tempérament teigneux, innova par sa façon de « cogner » la balle en toute occasion, en revers comme en coup droit[110] : en 1991-1992 et jusqu'à son agression à Hambourg en avril 1993[49], elle parvient à suspendre le long règne de Graf.

L'Allemande s'est imposée à dix reprises contre Seles. Les deux joueuses sont à égalité lors de leurs finales disputées dans les tournois du Grand Chelem (trois succès chacune, dont deux de Seles à Roland-Garros[18],[35] et deux de Graf à Flushing Meadows[72],[78]). Leur duel est pareillement équilibré sur terre battue (3-3), tandis que Graf dispose d'un net avantage sur les surfaces plus rapides, en particulier sur moquette (2-0) ou sur gazon (2-0).

Jusqu'en 1993, Graf compte six victoires pour quatre défaites face à Seles. Elle est alors la seule joueuse en activité à présenter un bilan favorable contre la Yougoslave. Entre 1995 et 1999, elle l'emporte quatre fois sur cinq[72],[78],[85], y compris aux Masters en 1998[124] ; Seles enregistre son unique succès sur cette période en quart de finale de l'édition 1999 des Internationaux d'Australie[125].

Certains observateurs n'hésiteront pas à comparer cette rivalité sportive et stylistique, bien qu'écourtée, avec celle que se livreront Roger Federer et Rafael Nadal à partir du milieu des années 2000[126].

Palmarès[modifier | modifier le code]

Monica Seles[N 27] a remporté 53 titres en simple au cours de sa carrière, y compris trois Masters d'affilée (1990[21], 1991[32] et 1992[41]), deux longueurs derrière Lindsay Davenport (55)[130]. 1991 et 1992 demeurent ses meilleurs crus, avec dix succès chaque année. De novembre 1990 à février 1993, elle triomphe dans 24 des 35 finales qu'elle atteint, en 36 tournois ; seule Jennifer Capriati réussit, sur cette période, à la priver de finale en l'éliminant en quart à Key Biscayne en mars 1992[131].

Médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Sydney[132], Seles a aussi contribué aux victoires des États-Unis en Fed Cup lors des finales de 1996[133] et 2000[134].

Avec neuf trophées en Grand Chelem, elle se classe cinquième meilleure joueuse de l'ère Open dans cette catégorie reine de tournois, distancée par Margaret Smith Court (11 victoires après 1968[N 29]), Serena Williams (17), Chris Evert et Martina Navrátilová (18 chacune) et Steffi Graf (22)[135]. Elle a gagné huit de ces neuf titres alors qu'elle entamait à peine sa 19e année[45]. À son vingtième anniversaire, Graf en avait décroché « seulement » six, contre cinq pour Hingis (qui en restera là), deux pour Evert et un seul pour Serena Williams ; Navrátilová allait quant à elle sur ses 22 ans lorsqu'elle remporta son premier Majeur, à Wimbledon en 1978. Comme Steffi Graf, elle compte quatre titres à l'Open d'Australie[74].

En double dames où elle s'est peu impliquée, Seles a décroché six succès mineurs et atteint la seizième place de la spécialité, le 22 avril 1991.

En simple dames[modifier | modifier le code]

En double dames[modifier | modifier le code]

Parcours en Grand Chelem[modifier | modifier le code]

Parcours aux Masters[modifier | modifier le code]

Parcours aux Jeux olympiques[modifier | modifier le code]

Parcours en Fed Cup[modifier | modifier le code]

Parcours en Hopman Cup[modifier | modifier le code]

Classements WTA[modifier | modifier le code]

Victoires et défaites en carrière[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. 7 mars 1988 : 1er match officiel sur le circuit WTA. 13 février 1989 : Seles devient professionnelle. 27 mai 2003 : dernier match officiel. 14 février 2008 : retraite définitive
  2. Моника Селеш en serbe cyrillique ; Monika Seleš en serbe latin ; Szeles Mónika en hongrois – où l'usage est de placer le prénom après le nom de famille (« postnom »).
  3. Seles est née en République fédérative socialiste de Yougoslavie, devenue République fédérale de Yougoslavie le 27 avril 1992. – voir : Guerres de Yougoslavie
  4. Les informations de cette partie sont principalement issues de : Getting a Grip, chap. ii (« Girls don't play tennis »).
  5. a et b Citons les Français Marion Bartoli ou Fabrice Santoro. L'Américano-Équatorien Pancho Segura, dans les années 1950, jouait aussi un redoutable coup droit à deux mains.
  6. a et b Appelés grunts en anglais – voir : Grunting (tennis) (en)
  7. Zina Garrison, au 3e tour, n'appréciera guère le geste, peu fair-play selon elle.
  8. Seles mènera 3-0 dans le 3e set. Score final pour Graf : 6-3, 3-6, 6-3
  9. a et b Jennifer Capriati détient le record de précocité en la matière, à 14 ans et 7 mois (le 29 octobre 1990), devant Andrea Jaeger, Tracy Austin, Gabriela Sabatini – ces trois dernières à moins de 15 ans et demi – et Monica Seles. 2014 WTA Media Guide, p. 178
  10. De mars à mai : Key Biscayne et San Antonio (sur dur), Tampa, Rome et Berlin (sur terre battue)
  11. Menée 5-0 puis 6-2 au jeu décisif du 1er set, Seles aligne 6 points consécutifs, oubliant de changer de côté à 6 partout, pour gagner la manche. Victoire de Seles : 7-6, 6-4
  12. 17 ans, 3 mois et 9 jours
  13. Cette finale est la seule à ce jour en Grand Chelem qui a opposé deux gauchères. L'écart d'âge entre les protagonistes représente également un record : 17 ans pour Seles, le double pour Navrátilová.
  14. Outre Seles (1990-1992), triplé réussi par Helen Wills (1928-1930), Hilde Sperling (1935-37) et Justine Henin (2005-2007)
  15. Tauziat (en quart) et Navrátilová (en demi) estimaient ne pas entendre l'impact de la balle dans le cordage de la raquette de Seles.
  16. Un « gruntomètre », posé au bord du court par un journaliste, aurait (paraît-il) mesuré ses cris à 93 décibels, « autant qu'un train à moteur diesel ».
  17. Maureen Connolly, dans les années 1950, comptait 7 tournois du Grand Chelem au même âge en simple dames – deux de moins que Monica Seles.
  18. Domination troublée par Arantxa Sánchez pendant 12 semaines en 1995
  19. a, b, c, d et e Co-numéro un avec Graf, la WTA a garanti le classement « protégé » à Seles pour ses 6 premiers tournois. Des dispositions transitoires favorables lui ont ensuite été consenties pour 14 tournois supplémentaires – dans la limite de 18 mois à compter de son tournoi de reprise. 2014 WTA Media Guide, p. 181
  20. Seles croit s'approprier le 1er set sur un ace au jeu décisif, avant de céder 8 points à 6.
  21. Notamment battue 6-0, 6-0 par la Suissesse à l'Open de Miami en 2000
  22. Sa seule défaite au 1er tour d'un Grand Chelem en simple dames
  23. En juillet 2004, membre de l'équipe des Sportimes de New York, elle perd ses 9 matchs (simple, double dames et mixte) sur la ligue WTT. Deux exhibitions se sont aussi tenues les 1er et 3 février 2005 en Nouvelle-Zélande, à Auckland et Christchurch contre la doyenne Navrátilová (2 défaites). En 2007, à nouveau contre Navrátilová : le 5 avril à Houston, le 14 septembre à La Nouvelle-Orléans, le 16 septembre à Bucarest (3 succès de Seles). En décembre 2007 à Los Angeles, elle apparaît dans quelques mini-matchs aux côtés de vedettes du tennis et de l'industrie du spectacle (Jennifer Capriati, Jeff Tarango, David Duchovny ou Gavin Rossdale).
  24. Le couple de danse qu'elle forme avec Jonathan Roberts est le premier écarté du jeu par le jury et les téléspectateurs.
  25. En demi-finale de l'US Open en 1991, Capriati et Seles ont livré une bataille dont la violence inédite des échanges demeure une référence. Victoire de Seles : 6-3, 3-6, 7-6
  26. Marion Bartoli : « Comme Monica Seles, je ne joue pas de revers, seulement des coups droits, à gauche, à droite, des deux mains, avec la paume. »
  27. a et b Les informations de cette partie sont principalement issues de : (en) Monica Seles sur le site officiel du WTA Tour(en) Monica Seles sur le site officiel de la Fédération internationale de tennis.
  28. Qui inspirera en 2006 les paroles d'une chanson à Vincent Delerm (Les Jambes de Steffi Graf dans son album Les Piqûres d'araignée)
  29. 24 titres en simple dames si l'on inclut ses 13 titres du Grand Chelem glanés de 1960 à 1966, à l'époque « amateur »
  30. Deux éditions se sont tenues en 1986 (mars et novembre) dans le cadre d'une réforme du calendrier WTA.
  31. Au 28 juin 2014
  32. Margaret Smith Court, qui a joué avant et après les débuts de l'ère Open en 1968, a gagné 91,4 % de ses matchs en simple ; Billie Jean King et Evonne Goolagong en ont remporté plus de 81 %. 2014 WTA Media Guide, p. 179
  33. a, b et c La WTA comptabilise une défaite pour l'abandon causé par l'agression de Hambourg.
  34. a et b Défaite de Seles concédée sur abandon

Références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages de Monica Seles :

Ouvrages ou articles consacrés à Monica Seles :

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  • (en) Rose Blue et Corinne J. Naden (préf. James Brady), Monica Seles, New York, Chelsea House Publishers, coll. « Overcoming adversity »,‎ décembre 2001, 104 p. (ISBN 9780791058992, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (de) Sven Felix Kellerhoff, Attentäter : Mit einer Kugel die Welt verändern, Cologne, Böhlau Verlag,‎ 2003, 330 p. (ISBN 9783412030032, [PDF] lire en ligne), chap. ii (« Nicht auf der Rechnung »)
  • (en) Warren Co, The Cruelest Irony : Monica Seles and Her Struggle With German Justice, Berkeley Law,‎ mars 2008, 30 p. ([PDF] lire en ligne)
  • (en) Christopher Clarey, « A Bubbling Career Pierced With a Knife », The New York Times,‎ 5 novembre 2008 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Tim Adams, « Interview : Monica Seles », The Observer,‎ 5 juillet 2009, p. 14 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Ouvrage de référence :

  • (en) Kevin Fischer (rédacteur en chef) et al., 2014 Women's Tennis Association Media Guide, St. Petersburg, WTA Tour,‎ 2014, 260 p. ([PDF] lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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