Mohammed al-Maghout

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Mohammed Al-Maghout (arabe : محمد الماغوط) poète, dramaturge, écrivain et scénariste syrien. Né en 1934 à As-Salamiya, il est mort le à Damas. Pionnier de la poésie arabe contemporaine, il a renouvelé les formes traditionnelles dans des textes où se mêlent violence, désespoir et ironie. Sa vie fut marquée par la prison et l'exil au Liban, prix payé pour sa farouche indépendance.

Le poète syrien Mohammed Al-Maghout

Biographie[modifier | modifier le code]

Mohammed Al-Maghout est né en 1934 dans une famille d'agriculteurs ismaéliens d'As-Salamiya, dans le gouvernorat de Hama en Syrie. Il entreprend des études d'agronomie à Damas, mais y renonce rapidement, se sentant peu d'intérêt pour la matière. En 1955, il est emprisonné pour son appartenance au parti nationaliste syrien, alors interdit. Il fait la connaissance du poète Adonis en prison et se lance dans l'écriture ; cette expérience de la prison et de la torture aura d'ailleurs une influence capitale sur sa vie et son œuvre.

À la fin des années cinquante, exilé au Liban, il participe au renouveau poétique au sein de la revue shi'r ("poésie"). Il se marie avec la poétesse Sania Saleh, décédée en 1984, dont il aura deux filles : Cham et Salafé. Mohammed Al-Maghout ne s'est pas cantonné à l'écriture de poésie, mais reste également très célèbre comme écrivain de scénarios (films et séries), dramaturge et essayiste polémique. Malgré son refus de toute soumission, Mohammed Al-Maghout a pu poursuivre sa vie d'écrivain en Syrie, où il s'est même vu décerner des honneurs nationaux en 2002.

Il est décédé le 3 avril 2006 et est enterré dans sa ville natale.

Poésie[modifier | modifier le code]

Mohammed Al-Maghout est considéré par ses pairs comme un des précurseurs du vers libre en langue arabe. Ses premiers poèmes furent publiés dans la revue shi'r (poésie) à la fin des années cinquante. Sa poésie exprime dans une langue simple la contradiction entre les espoirs des gens simples et les promesses non tenues du nationalisme arabe ; elle exprime également le refus catégorique de toute soumission à l'ordre social, politique ou religieux.

Malgré la déception, le pessimisme, l'humour noir et l'ironie palpables dans chacun de ses vers, Mohammed Al-Maghout ne sombre jamais dans le cynisme tant - au contraire - semble sourdre de sa poésie un humanisme diffus, comme si malgré les nombreux travers qui le caractérisent, il conservait à l'être humain une profonde affection.

Al-Maghout possède un sens aiguë de la sentence qui frappe l'esprit et des mots féroces qui tombent juste. Au niveau du style, il se caractérise par la clarté de son langage parfois très proche de la prose, l'abandon de la rime et de la métrique, ainsi que par la répétition de structures simples dans ses vers.

Muhammad Al-Maghout a publié les recueils de poésie suivants, en langue arabe :

  • 1959: Tristesse au clair de lune (Houzn fi douwi l-qamar)
  • 1964: Une chambre aux millions de murs (Ghourfa bi malayiini l-joudran)
  • 1970: La joie n'est pas mon métier (Al-farahou laysa mihnati); Traduction en français : La joie n'est pas mon métier, trad. Abdellatif Laâbi, Éditions de la Différence, 1992, rééd. 2013
  • 2001: Le bourreau des fleurs (Sayyafou z-zouhour)
  • 2004: Est d'Eden, Ouest de Dieu (Sharqou adan, gharbou Llah)
  • 2006: Le bédouin rouge (Al-badawi l-ahmar)

Extrait traduit de "Mort et agonie de Sania Saleh", in "Le bourreau des fleurs", Beyrouth, 2001.

« Trente ans,

Et tu me portes sur ton dos comme le soldat blessé

Et moi je ne peux

Te porter quelques pas vers ta tombe,

Que je visite avec lourdeur

Dont je reviens avec lourdeur

Car je ne fus de toute ma vie

Fidèle ou attentif

À l'amour, ou l'honneur, ou l'héroïsme,

Je n'aime ni ville, ni campagne,

Ni lune ni arbre, ni riche ni pauvre,

Ni ami ni voisin, ni café,

Ni montagne ni plaine, ni enfant, ni papillon.

Dès lors, ma répugnance pour le terrorisme

Ne me laisse aucune chance,

Pas même celle d'aimer Dieu. »

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Les frontières (Al-houdoud)
  • Le rapport (At-taqrir)

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Les histoires de la nuit (Hakayat al-lil)
  • Où est la faute (Win al-ghalat)
  • La vallée du musc (Wadi l-misk)

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • L'oiseau bossu (Al-'ousfour al-ahdab)
  • Le clown (Al-mouharij)
  • Le village de Tashrin (Dayat tishreen)
  • Exil (Ghourba)
  • À ta santé, ô patrie (Ka'sak ya watan)
  • Anémones (Shaqa'iq an-nou'maan)
  • Hors du troupeau (Kharij as-sarib)

Roman[modifier | modifier le code]

  • 2007: La balançoire (Al-arjouha)

Recueil d'articles[modifier | modifier le code]

  • 1987: Je trahirai ma patrie (Sa akhounou watani)

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • La Syrie au présent, dir. DUPRET B., GHAZZAL Z., COURBAGE Y., AL-DBIYAT M., p. 459 in article "Le théâtre syrien aujourd'hui", ZITER E.
  • Biographie en arabe : Lou'i Aadam, Watan fi watan, Dimashq, 2007 (en arabe).

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Entretiens avec Youssef Bazzi en 2004, sur le site Babelmed : [1]
  • Nécrologie de Jalel El Gharbi, sur Babelmed : [2]