Cheikh El Mokrani

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Gravure représentant El Mokrani.

Cheikh El Mokrani, de son nom complet Mohammed el-Hadj el-Mokrani[1] ou Mohammed Ben Hadj Ahmed El Mokrani[2],[3], en kabyle : Lḥaǧ Muḥend n At-Meqqran[4], né en 1815[réf. nécessaire] et mort le 5 mai 1871[3], est l'un des chefs des révoltes survenues en Algérie pendant la conquête française, après la défaite de l'émir Abd el-Kader[5].

Origines[modifier | modifier le code]

Le tombeau de Cheikh El Mokrani

La dynastie des Mokrani[modifier | modifier le code]

Il descend des dirigeants du royaume des Beni Abbes (XVIème-XIXème siècle), issus du dernier sultan hafside de Béjaia, Abou El Abbés Abdelaziz[6].

Le patronyme Mokrani vient du mot kabyle Amokrane (« grand », « chef »), titre devenu nom dynastique à partir d'Ahmed Amokrane, chef des Beni Abbes de 1556 à 1596[7].

Ahmed Mokrani, père de Mohand[modifier | modifier le code]

Le père de Mohand est Ahmed Mokrani (mort en 1853), chef des Beni Abbes de 1831 à 1853.

Neveu de l'amokrane Abdallah ben Bouzid (mort en 1830), Ahmed Mokrani se trouve en rivalité avec un parent éloigné, Abdesslam (mort en 1847), khalifa d'Abdallah, qui occupe le trône en 1830-1831. Ahmed Mokrani s'allie alors avec le bey de Constantine, Ahmed Bey, et réussit à vaincre Abdesslam, qui est fait prisonnier. Abdesslam s'évade au moment de la prise de Constantine par les Français en 1837, et reprend le contrôle de la plaine de la Medjana, tandis qu'Ahmed se maintient dans la citadelle des Bibans, la Kalâa des Beni Abbes.

Abdesslam obtient de l'émir Abd el-Kader, alors en paix avec les Français, le titre de khalifa de la Medjana ; de son côté, Ahmed établit une alliance avec les autorités françaises qui le reconnaissent aussi comme khalifa de la Medjana. En octobre 1839, il assure le libre passage de l'expédition des Portes de Fer.

La reprise de la guerre par Abd el-Kader (précisément à cause de cette expédition) permet à Ahmed de l'emporter sur Abdesslam en 1841.

En 1845, une ordonnance royale précise sa situation : il est toujours désigné comme khalifa de la Medjana, mais avec un statut non plus d'allié, mais de subordonné (en l'occurrence, à l'officier commandant de cercle[8]). Il perd un certain nombre de prérogatives. Il meurt en avril 1853 à Paris, au cours d'une visite à l'invitation de Napoléon III.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le bachaga Mokrani[modifier | modifier le code]

Mohand Mokrani est le troisième fils d'Ahmed[9], avec Lakhdar et Boumezrag. Le Service des affaires indigènes le désigne comme successeur, mais avec le titre moins prestigieux de bachagha[3], première humiliation d'une longue série.

Charles-André Julien écrit[10] : « Les mesures les plus vexatoires se succédèrent ... : privation de ressources fiscales..., imposition de taxes inusitées ..., remplacement de ses préposés (oukil) par des caïds et des cheikhs dépendant du commandement supérieur, enfin confiscation d'environ 5 000 hectares de terres » affectés à la commune de Bordj Bou Arreridj. Il subit aussi des vexations personnelles : en 1864, il est blâmé en public par un général pour avoir émis des réserves sur l'internement de Bou Akkas, cheikh de la Ferdjioua. En 1870, il devient le subordonné d'un capitaine au lieu d'un colonel, alors même qu'il connaît personnellement plusieurs généraux français et a été reçu par l'empereur à Paris.

La guerre franco-prussienne et ses suites[modifier | modifier le code]

À cela s'ajoute une affaire d'argent : afin de pallier la famine en 1867-1868, le gouverneur général, Mac Mahon, lui a fait souscrire des emprunts pour 1 000 000 de francs, remboursables sur le produit des impôts à venir. En 1870, Mohand Mokrani, qui n'a encore rien reçu, doit rembourser les créanciers au moment où Mac Mahon est rappelé en France à cause de la guerre franco-prussienne. Il doit hypothéquer ses biens personnels et lorsqu'il se réclame des promesses de Mac Mahon, après la chute de Napoléon III, le général Augeraud (alors chef d'état-major pour l'Algérie) lui aurait répondu[11] : « [maintenant], ce sont des civils qui gouvernent l'Algérie, nous ne pouvons rien faire. ».

Pourtant, au début de la guerre, en juillet 1870, Mohand Mokrani est un des vingt bachagas qui, à la demande du Service des affaires indigènes, signent une adresse appelant à soutenir l'effort de guerre de la France[12].

Il assiste alors (par le biais de la presse) à des phénomènes historiques surprenants : la capitulation de Sedan, la chute de Napoléon III (4 septembre), la capitulation de Metz, le siège de Paris, l'armistice du 28 janvier 1871. En Algérie, ces événements provoquent une sorte d'insurrection larvée des Européens d'Algérie contre les autorités militaires[13] : le 28 octobre, le gouverneur général intérimaire désigné, le général Walsin-Esterhazy est contraint de démissionner sous la pression de la rue et est immédiatement conduit au port d'Alger et transporté sur un navire de guerre[14]. Son remplaçant est un civil, Charles du Bouzet, commissaire extraordinaire.

Vers l'insurrection[modifier | modifier le code]

Le 7 décembre, le nouveau chef de Mohand Mokrani, un commissaire civil, s'installe à Bordj Bou Arreridj. En même temps, il apprend que les militaires sont en pourparlers avec la branche Abdesslam de la famille, celle des adversaires de son père.

L'insurrection de 1871[modifier | modifier le code]

Le 15 mars 1871, Mohand Mokrani lance l'attaque de Bordj Bou Arreridj. La ville est prise, mais pas le bordj proprement dit.

Acteur essentiel de l'insurrection de la Kabylie en 1871, refusant après la défaite ce qui lui est proposé : une reddition sans conditions et le passage en cours d'Assises devant un jury de colons, il meurt au combat le 5 mai 1871[3], à Oued Soufflat, près de Bouira[15], il est enterré dans la cour de la mosquée de Djamaâ El Kebir à la Kalâa des Beni Abbès[15].

Hommages[modifier | modifier le code]

Un transporteur de gaz naturel liquéfié de la marine marchande algérienne, d'une capacité de 75 500 m3, réceptionné en 2007, est baptisé Cheikh Mokrani à Osaka au Japon[16].

Deux lycées algériens portent son nom :

Une statue le représentant se trouve dans le centre de Bordj Bou Arreridj[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles-André Julien, 1964, p. 477.
  2. Mouloud Gaïd, 1993, p. 33.
  3. a, b, c et d Chems Eddine Chitour, 2004, p. 244.
  4. X. Yacono, « Kabylie : L'insurrection de 1871 », 2004, cf.[1]
  5. Hassan Ramaoun (dir.), L'Algérie : histoire, société et culture, Casbah Editions,‎ 2000, 351 p. (ISBN 9961-64-189-2), p. 44
  6. Youssef Benoudjit, La Kalaa des Béni Abbès : au XVIe siècle, Dahlab,‎ 1997 (ISBN 9961611322, lire en ligne), p. 29
  7. Laurent-Charles Feraud, Histoire des villes de la province de Constantine : Sétif-Bordj-Bou-Arréridj, L’Harmattan,‎ mars 2011, 248 p. (ISBN 978-2-296-54115-3, lire en ligne), p. 150.
  8. Julien, 1964, p. 477. Sans autre précision. Le « cercle » est alors la circonscription de base des Affaires arabes.
  9. Julien, 1964, p. 477. Il indique expressément que le titre de bachagha lui est attribué dès son avènement.
  10. Julien, 1964, p. 477-478.
  11. Julien, 1964, p. 478. Il s'agit d'une déclaration de Warnier devant la commission d'enquête sur l'insurrection.
  12. Julien, 1964, p. 479. Six des signataires participeront à l'insurrection de 1871.
  13. En Algérie, les colons étaient massivement hostiles à Napoléon III, considéré comme arabophile ; ils considéraient aussi l'armée comme arabophile, en particulier les officiers des Affaires indigènes, parce que d'une façon générale, l'armée ne favorisait pas les transferts de terre des autochtones aux colons.
  14. Julien, 1964, p. 462.
  15. a et b Commémoration de la mort de El Mokrani, Liberté du 30/04/2006.
  16. [PDF]Présentation du navire Cheikh Mokrani lors de sa réception, sur le site internet de la compagnie de transport maritime Hyproc.
  17. Cf. Photo sur le site Vitaminedz.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles-André Julien, Histoire de l'Algérie contemporaine, Paris, PUF, 1964 (3° édition, 1986, [ISBN 2130361900]), pp. 477-479 et suivantes
  • Mouloud Gaïd, Les Beni Yala et les vérités historiques sur l'insurrection de Mokrani en 1871, Alger, Imprimerie générale, [1952], 84 pp.
  • Mouloud Gaïd, Mokrani, Alger, Éditions andalouses, 1993
  • Chems Eddine Chitour, Algérie Le passé revisité, Alger, Casbah éditions, 2004 [ISBN 9789961644966]
  • X. Yacono, « Kabylie : L'insurrection de 1871 », dans l'Encyclopédie berbère, Aix-en-Provence, Edisud, vol. 26, 2004, p. 4022-4026

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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