Modes à transposition limitée

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Les modes à transposition limitée sont des modes musicaux possédant certaines propriétés de symétrie et de répétition sur un nombre limité de transpositions. Ces modes sont au nombre de 7 et retrouvent leur forme initiale après 2, 3, 4 ou 6 transpositions[1].

Ils ont été codifiés pour la première fois par le compositeur Olivier Messiaen dans son livre La technique de mon langage musical. Il les étudia en même temps sous leurs aspects harmoniques et mélodiques.

Il faut ajouter aussi que les deux premiers modes: la gamme par tons (Mode 1) et la succession tons demi-tons (Mode 2) ont été utilisés bien avant leur théorisation par Messiaen, par des compositeurs tels que Vincent d'Indy (Dyptique méditerranéen pour orchestre), Claude Debussy (nombreuses œuvres) , Maurice Ravel,Rimsky-Korsakov (Schéhérazade) pour la gamme par tons et par Liszt ("Après une lecture de Dante" ou "Feux Follets", Wagner (Tristan et Isolde), Rachmaninoff (Sonate pour violoncelle et piano), César Franck (Sonate pour piano et violon), Debussy, pour le deuxième mode. Celui-ci avait au XIXe siècle été théorisé sous le nom de Mode de Bertha, et est couramment appelé au XXe siècle Mode diminué (jazz), Mode octotonique ou octatonique. Même le 3e mode se retrouve une fois dans le 4e mouvement de la sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninoff, et le 4e mode dans le prélude de Debussy: "la Terrasse des Audiences au Clair de Lune". Fondés sur l'échelle chromatique de douze notes, ces modes sont constitués de plusieurs groupes symétriques qui structurent l'octave en parties égales ou en intervalles égaux, la dernière note de chacun étant la première du suivant.

La transposition chromatique (c'est-à-dire d'un demi-ton supérieur ou inférieur) applicable à chacun de ces modes est limitée en nombre, car la transposition suivante aboutit à la restitution de la gamme de départ. Par exemple le premier mode (qui comporte les notes do, , mi, fa #, sol #, la #, do) ne peut être transposé qu'une seule fois d'un demi-ton supérieur (ou inférieur). La transposition d'un demi-ton supérieur donnant do #, ré #, fa, sol, la, si, do #, une nouvelle transcription aboutirait à , mi, fa #, sol #, la #, do, , c'est-à-dire exactement la gamme de départ.

Définition[modifier | modifier le code]

Il y a deux manières complémentaires de voir ces modes : selon leurs transpositions possibles ou selon les différents modes qu'ils représentent.

Construction par transposition chromatique[modifier | modifier le code]

Les modes à transposition limitée ont tous moins de 12 transpositions par demi-tons (les modes majeurs et mineurs en ont exactement 12)[1].

Par exemple, le Mode 1 de Messiaen n'a que deux transpositions : en transposant l'échelle do ré mi fa♯ sol♯ la♯ d'un demi-ton, on obtient do♯ ré♯ fa sol la si ; si on transpose une seconde fois d'un demi-ton on retombe sur la première échelle[2].

Construction des modes par degrés[modifier | modifier le code]

Le mode majeur est caractérisé par la suite d'intervalles : ton, ton, demi-ton, ton, ton, ton, demi-ton. Selon le degré de départ dans cette suite, on construit un mode différent. Avec cette technique on obtient pour les modes de Messiaen un nombre limité d'échelles.

Par exemple, le Mode 1 de Messiaen qui est défini par les intervalles ton, ton, ton, ton, ton, ton donne toujours la même suite quel que soit le degré de départ : il ne contient qu'un seul mode.

De même, le Mode 2 de Messiaen défini par la séquence demi-ton, ton, demi-ton, ton, demi-ton, ton, demi-ton, ton ne donne que deux suites différentes (commençant soit par un ton soit par un demi-ton) et ne contient donc que deux modes distincts.

Les sept modes de Messiaen[modifier | modifier le code]

Premier mode[modifier | modifier le code]

Mode 1 de Messiaen

Le premier mode de Messiaen, aussi appelé gamme par tons, est constitué de six secondes majeures. Il est défini par les intervalles : ton, ton, ton, ton, ton, ton. Il a deux transpositions et un mode. Ce mode n'est pas une invention de Messiaen, mais existait déjà dans la littérature musicale : Rimsky-Korsakov (Le coq d'or), Franz Liszt et surtout Claude Debussy et Béla Bartók (qui le considérait comme un mode intermédiaire entre le diatonisme et le chromatisme) l'ont abondamment utilisé avant Messiaen.

Deuxième mode[modifier | modifier le code]

Mode 2 de Messiaen

Le second mode ou échelle octotonique est divisé en quatre groupes de trois notes chacun. Il a trois transpositions, comme l'accord de septième diminuée.On peut donc y enchaîner quatre septièmes ou neuvièmes mineures de dominante à distance de tierces mineures. Il est également appelé « mode diminué », mode « demi ton-ton » ou « mode Bertha ».

Troisième mode[modifier | modifier le code]

Mode 3 de Messiaen

Le troisième mode(échelle nonatonique) est divisé en trois groupes de quatre notes chacun. Il a quatre transpositions, comme l'accord de quinte augmentée. On peut y enchaîner trois septièmes ou neuvièmes majeures de dominante à distance de tierces majeures. Notons que la gamme par tons (1er mode) s'y trouve incluse.

Quatrième au septième modes[modifier | modifier le code]

Les quatrième, cinquième, sixième et septième modes ont six transpositions chacun, comme le triton.

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Analyse[modifier | modifier le code]

La symétrie inhérente à ces modes (signifiant qu'aucune note ne peut être perçue comme la tonique), de même que certains dispositifs rythmiques comme les rythmes non rétrogradables, fut décrite par Messiaen comme « le charme des impossibilités ». Cette symétrie produit un effet "couleur de vitrail" aux dires du compositeur et crée une ambiguïté harmonieuse entre plusieurs tonalités d'où une polytonalité. On peut considérer aussi que contrairement aux séries dodécaphoniques qui procèdent d'une permutation d'un nombre donné de notes, les modes à transposition limitées procèdent d'une combinaison de notes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Modes of limited transposition » (voir la liste des auteurs)

  1. a et b Abromont 2001, p. 213
  2. Abromont 2001, p. 210

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Abromont, Guide de la théorie de la musique, Librairie Arthème Fayard et Éditions Henry Lemoine,‎ 2001, 608 p. (ISBN 978-2-213-60977-5)