Modèle (art)

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Pose artistique
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Modèle nu posant dans un atelier.

Appellation
Modèle ; modèle vivant; mannequin.
Secteur d'activité
Activités artistiques, publicité.
Compétences requises
Techniques d'expression corporelle.
Salaire
salaire horaire ; éventuellement droit à l'image.
Code ROME (France)
L1102
Pénibilité
immobilité sur une longue période.

En art, un modèle, ou un modèle vivant, est une personne posant pour être représentée par l'artiste, en vue de la réalisation d'une œuvre ou de l'étude du corps humain. Les écoles de beaux-arts ou d'arts plastiques emploient souvent des modèles dans le cadre de l'enseignement. Les arts qui font le plus couramment appel à eux sont le dessin, la peinture, la photographie et la sculpture.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Un modèle pose en vue d'un enseignement ou d'un projet artistique dont l'objet n'est pas la réalisation d'un portrait. Les modèles, professionnels, occasionnels ou amateurs, peuvent poser habillés, costumés ou nus, pour leur visage, leur corps, des parties de leur corps comme les mains, les jambes ou les pieds. Dans le cas où l'artiste ou l'enseignant ne demande pas une pose particulière, le modèle en propose, qu'il choisit selon le temps imparti. Une pose peut être difficile à tenir plus de quelques minutes, et le temps de pose peut atteindre plusieurs heures par périodes d'au maximum 45 minutes séparées par un quart d'heure de repos. Les poses plus courtes servent pour des croquis rapides, comme aussi parfois des poses en mouvement.

Quels que soient son sexe, sa morphologie, son âge, sa plastique, le modèle est considéré pour ce qu'il est et pour ce qu'il propose, et sa qualité de présence est essentielle.

Pour les poses longues, le modèle doit être capable d'immobilité, et de retrouver la pose après un temps de récupération. Pour les poses courtes qui se multiplient au cours d'une séance, il doit faire preuve de créativité[1].

Approches pratiques[modifier | modifier le code]

Dans l'art[modifier | modifier le code]

Séance de pose aux beaux-arts (fin XIXe siècle)
Enseignement 
La nudité et l'immobilité du modèle permettent une étude de la morphologie, des proportions, des volumes, ombres, lignes et gestuelle du corps humain. Le sujet, la variété infinie des morphologies et des poses possibles, font de l'étude du modèle et de la représentation du corps un exercice de base dans toutes les disciplines graphiques et plastiques. Dans le dessin, par exemple, le croquis de nu est une des pratiques de l'apprentissage du dessin d'observation.
Création 
Dans l'art figuratif, le recours à un modèle vivant permet à l'artiste de s'assurer de la conformité de ce qu'il représente à une possibilité humaine ; le modèle contribue à renouveler son imagination pour lui éviter de reproduire sans cesse la même manière et s'éloigner de la nature[2].

Au XIXe siècle des jeunes femmes comme Madame Cavé ou Victorine Meurant gagnent leur vie en posant, faute de vivre de leur production artistique. Dans la position de modèle, elles observent dans l'atelier les méthodes et le style des peintres, apprennent informellement des aspects du métier, participent au milieu artistique. Suzanne Valadon, devenue célèbre pour son propre compte, confiera à un critique d'art quelques souvenirs de modèle : « chez Puvis de Chavannes (…) j'ai posé non seulement les femmes, mais les jeunes gars. Je suis cet ephèbe qu'on voit ici (…) il a mes bras et mes jambes. Puvis me demandait de lui donner une attitude, un mouvement, un geste. Il transposait et il idéalisait[3] ».

Dans la mode[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mannequinat.

Dans le domaine de la mode vestimentaire et des cosmétiques par extension, le modèle qui pose de façon statique pour un photographe ou un illustrateur est, à l'origine, dissocié du métier de mannequin qui défile, donc mobile[4]. Ce qui est une curieuse évolution du langage, puisque dans les beaux-arts, comme dans la couture, le mannequin est une figure en bois. L'artiste qui doit faire un portrait s'en sert pour disposer les vêtements du personnage et les représenter sans que celui-ci ait besoin de poser[5],[6]. Mais au cours des années, la mode ne retiendra que le terme de « mannequin », la plupart des intervenants passant de l'une à l'autre de ces deux activités[7]. Pour Harriet Quick, « Le modèle de l'artiste est l'ancêtre naturel du mannequin[4] ».

Le modèle dans la littérature[modifier | modifier le code]

« Les possibilités narratives nées d’une intrigue entre peintre et modèle sont beaucoup plus nombreuses et faciles à exposer et développer qu’un discours sur la création[8] ». La relation entre l'artiste et son modèle, vécue, au XIXe siècle au moins, comme intime et trouble, a suscité de nombreuses pages de fiction, de théâtre et d'opéra[9] comme dans Trilby de George du Maurier. Ces productions donnent peu de renseignements sur l'acte de poser pour un artiste ou un atelier d'étudiants. Les études savantes se basent le plus souvent sur le point de vue des artistes ou de leurs spectateurs, critiques et théoriciens.

Crauk 1900, rédigeant une biographie du modèle professionnel Dubosc (1797—1877), discourt principalement des artistes du passé, et ne donne pratiquement aucune information sur le métier de modèle, en dehors du fait que Dubosc commença à poser à l'âge de sept ans, jusqu'à arriver (p. 120-123) à ceux qu'il a lui-même connu aux Beaux-Arts vers 1845. « Cette phalange pittoresque des modèles avait son genre de célébrité. Le modèle de ce temps est un type disparu ; il avait la religion des artistes et de leurs ouvrages, il apportait dans ses fonctions une foi naïve en leur importance, qui le rendait véritablement collaborateur de l'artiste ; c'était le bon soldat sachant obéir et se dévouer ». Suit une liste de noms, de types, et d'œuvres pour lesquelles ils ont posé. L'éloge de Dubosc seul donne une indication des qualités requises : « sa santé était de fer, et son courage à poser vraiment inouï. Trois fois par jour il donnait des séances ; invincible à la fatigue, on pouvait tout en exiger, il raidissait dans les poses pénibles sans crier grâce ; on était quelquefois obligé de le relever ». De cette même époque, L'Atelier du peintre de Gustave Courbet montre un modèle masculin, les bras suspendus dans la pose dans l'ombre du fond de l'atelier. Les élèves payaient le modèle, « automate bien dressé (p. 129) », et n'aimaient pas Dubosc, trop intraitable sur le salaire et les horaires. « Pendant les repos des séances il remettait seulement ses souliers, et avant d'allumer sa pipe, quelquefois il ajustait devant son œil un monocle rond ; dans ce déshabillé burlesque, avec un sérieux imperturbable, il se plantait devant le travail en train. On attendait, anxieux, la remarque qu'il allait formuler (p. 132-133) ». En quatre pages sur 287, l'auteur a épuisé, à quelques détails épars près, son hommage au modèle, hommage dû au legs de Dubosc à une fondation en faveur des jeunes artistes[10]. Selon Crauk, pendant le Second Empire les modèles italiens remplacèrent les Français, et les plus belles des femmes modèles trouvèrent un gagne-pain moins pénible en étant entretenues par les nouveaux riches.

Ce n'est pas la description que donne en 1884 Émile Blavet. Pour lui, les femmes modèles sont, avant tout, diverses[11].

Reconnaissance du modèle[modifier | modifier le code]

Georges Seurat, Les Poseuses (1885)

Le témoignage de collectifs de modèles sur leur corps de métier fait état de leurs conditions de travail et de la condition particulière de la personne qui paraît nue en vue des travaux des personnes habillées qui la scrutent[12]. Des organisations professionnelles demandent la reconnaissance administrative du métier de modèle d'art et sa distinction du mannequinat[13].

Depuis 2008, ces revendications ont ranimé une certaine conscience de l'apport du modèle à l'enseignement[14] et à la création[n 1]. Dans les années 1920, les amateurs d'art ne méprisaient pas le témoignage des modèles[15].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gustave Crauk, Soixante Ans dans les ateliers des artistes. Dubosc, modèle, Paris, C. Lévy,‎ (lire en ligne)
  • Pascal Vallet, Les dessinateurs : un regard ethnographique sur le travail dans les ateliers de nu, Paris, L'Harmattan,‎ (ISBN 9782343005942), p. 25-41 : Chapitre 2 — « Le modèle »

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple avec le film L'Artiste et son modèle, basé sur les relations du sculpteur Aristide Maillol avec le modèle Dina Vierny.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Centre de ressources du modèle d'art (Cerma)
  2. Levesque, « Modèle », dans Claude-Henri Watelet, Encyclopédie méthodique. Beaux-arts. Tome 1, Paris, Panckoucke,‎ (lire en ligne)
  3. Adolphe Tabarant, « Suzanne Valadon et ses Souvenirs de modèle », Le Bulletin de la vie artistique,‎ , p. 626-629 (lire en ligne).
  4. a et b Harriet Quick, Défilés de mode : Une histoire du mannequin [« Catwalking - A History of the Fashion Model »], Courbevoie, Éditions Soline,‎ , 174 p. (ISBN 2-87677-280-9), « Les égéries », p. 9 et 20.
  5. Trésor de la Langue Française informatisé
  6. Sylvie Lécallier, commissaire de l'exposition Mannequin : le corps de la mode, à la Cité de la mode et du design début 2013, écrit : « […] le mannequin vivant se trouve réduit à l'état de poupée inanimée. Ces deux images mettent en lumière la dualité du statut du mannequin, qui dès son origine oscille de manière incertaine entre sujet et objet, chose animée et inanimée, […] » in : Nathalie Herschdorfer (préf. Todd Brandow), Papier glacé : un siècle de photographie de mode chez Condé Nast [« Coming into fashion »], Paris, Thames & Hudson,‎ , 296 p. (ISBN 978-2-87811-393-8, présentation en ligne), « La fabrique du mannequin : la gestion du désir », p. 140
  7. Jean-Noël Liaut, Modèles et mannequins : 1945 - 1965, Paris, Filipacchi,‎ , 220 p. (ISBN 9782850183416, notice BnF no FRBNF35660421, présentation en ligne), « Avant-propos », p. 15 à 16.
  8. Danièle Poublan, « Peintres & modèles (France, XIXe siècle) », Clio - Femmes, genre, histoire, no 24,‎ , p. 101-124 (lire en ligne)
  9. Le Peintre amoureux de son modèle, pièce en 2 actes, parodiée dal "Pittore innamorato", intermède italien… (Opéra-comique de la Foire Saint-Laurent, 26 juillet 1757.) Par M. Anseaume -Duchesne (Paris)-1757 Gallica ; au XXe siècle Anaïs Nin exploite ces resources dans une nouvelle érotique du recueil Les petits oiseaux.
  10. Voir aussi Edmond About, « La fondation Dubosc », Le XIXe siècle,‎ (lire en ligne).
  11. Émile Blavet, « Les modèles femmes », La Vie parisienne,‎ , p. 119-124.
  12. Collectif des modèles de l’École nationale supérieure des beaux-arts (Paris)
  13. « La coordination des Modèles d'art », sur modelesdart.wordpress.com (consulté le 20 avril 2015)
  14. Les Inrockuptibles, 21 juin 2010
  15. Le Bulletin de la vie artistique publie, de 1919 à 1926, bon nombre de ces témoignages (« Le Bulletin de la vie artistique », sur gallica.bnf.fr).