Mladá (opéra-ballet)

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Mariia Skorsyuk dansant le rôle de Cléopatre dans la Mladá de Rimsky-Korsakov, St. Petersburg 1890

Mladá (en russe : Млада) est un des principaux personnages d'un ballet qu'Alexandre Serov envisageait de composer et qui devait être chorégraphié par Marius Petipa. Ce projet devait être revu en 1872 pour aboutir à un opéra-ballet. Ce nouveau projet, inachevé, n'a jamais été interprété. Son étude exhaustive est réalisée par le musicologue allemand Albrecht Gaub[1] et a fourni les éléments pour écrire cet article.

Mladá est tiré d'un ancien conte antérieur à la conversion des slaves au christianisme.

Historique de la composition[modifier | modifier le code]

Conception et devenir de la partition

Stepan Alexandrovich Gedeonov (1815-1878), alors directeur des Théâtres impériaux, en conçoit le scénario en 1870. Ce devait être, à l'origine, un ballet chorégraphié par Petipa sur une musique d'Alexander Serov. Ce dernier meurt prématurément en 1871 avant d'avoir écrit la partition.

En 1872, Gedeonov revoit la conception de l'œuvre sous l'angle d'un opéra-ballet en quatre actes -ou plutôt un ballet-opéra car il s'agit bien d'un ballet sur lequel ont été greffés des chants- dont il confie l'élaboration du livret à Viktor Krylov et la musique à une équipe composée de César Cui, Léon Minkus, Modeste Moussorgski, Nikolaï Rimski-Korsakov, et Alexandre Borodine. Léon Minkus, alors « Premier Compositeur de ballets » du Théâtre Bolchoï Kamenny, doit écrire une partition pour les ballets insérés en divers points de l'opéra. Le Groupe des Cinq[2] se partage le reste de la partition comme suit :

Bien que la partition soit pratiquement achevée, l'œuvre collective ne voit jamais le jour.

La plupart des compositeurs qui suivent tirent leur musique de la partition de 1872. Il n'y a pas, à ce jour, de collation des manuscrits originaux contenant la totalité de la partition composée pour la Mlada de 1872. La seule partition originale intégrale de Mlada par le Groupe des Cinq est celle de l'Acte I composée par César Cui (à l'exception de la musique de danse écrite par Minkus). Cui en a emprunté quelques extraits pour son opéra Le Prisonnier du Caucase[3] en 1881-1882, le reste de l'acte étant inutilisable dans une autre œuvre. En 1911, Cui publie une édition de l'acte I en mémoire de Borodine, Moussorgski et Rimsky-Korsakov.

La contribution de Moussorgski se retrouve dans la scène de sorcellerie d'une nouvelle version d’Une nuit sur le mont Chauve (3e acte). Entre autres changements, cette révision voit l'addition d'un chœur à ce qui était initialement une partition purement orchestrale. Moussorgski devait produire une troisième version, également avec chœur mais avec une fin moins tumultueuse, pour son opéra inachevé La Foire à Sorochyntsi. Aucune de ces trois versions n'a été interprétée du vivant du compositeur.

Après la mort de Borodine, Rimsky-Korsakov publie le final de l'acte IV en tant que pièce orchestrale.

Personnages[1][modifier | modifier le code]

Personnage Rôle Notes
Mstivoy Prince de Retra
Princesse Voyslava Fille de Mstivoy
Mladá ne chante pas
danseuse du ballet-pantomime
Le rôle est une création de Nina Ananiashvili dans la chorégraphie qu'Alexandre Petrov a spécialement réalisée à son intention sur la musique de Rimski-Korsakov.
Yaromir Prince d'Arkona fiancé de Voyslava et, précédemment, celui de Mlada
Svyatokhna devenue ultérieurement la déesse Morena
Un ruthénien
Lumir Un chanteur tchèque
Un prêtre
Le Grand prêtre
Chernobog Le dieu noir
  • Servantes, foule, chasseurs, marchands, Polabes, habitans de Novgorod, démons, sorcières, nains
  • Corps de ballet

Argument[modifier | modifier le code]

L'action se déroule au IX-Xe siècle dans la ville de Retra située sur les terres des tribus slaves près de l'ancienne place des Polabes Slaves, en bordure de l'Elbe[4].

Prologue[modifier | modifier le code]

La pièce s'ouvre sur la cérémonie des poupées, contrepoint de l'action tout au long de la pièce, dont elles sont le thème central et le symbole.

Acte I[modifier | modifier le code]

Voyslava, avec l'aide du prince Mstivoy, a tué Mladá, la fiancée du prince Yaromir, afin d'avoir ce dernier pour elle seule. Mais Yaromir continue à chérir sa Mladá bien aimée. Voyslava vend son âme à Morena, la déesse de l'enfer, en échange de l'amour du prince. Lorsque Yaromir arrive au palais de Mstyvoi, li est ensorcelé et tombe amoureux de Voyslava. Au cours de son sommeil, le fantôme de Mladá accompagné par Lada, la déesse des déesses, lui apparait en rêve. Toutes deux lui font visualiser l'assassinat de Mladá à l'aide d'une bague empoisonnée. Yaromir se réveille horrifié. Des domestiques viennent le chercher pour le Festival de Kupala marquant le début de l'été.

Acte II[modifier | modifier le code]

Les festivités battent leur plein. Les jeunes du village cherchent un ou une fiancé(e) (danses). L'esprit de Mladá parait. Il entraîne Yaromir au Triglav, à l'abri des sortilèges de Morena. Ils laissent une Voyslava désespérée et courant à la recherche de Morena. Mstivoy ordonne la poursuite de la fête.

Acte III[modifier | modifier le code]

Au moment où ils disparaissent, un coup de tonnerre retentit annonçant la venue de Chernobog, Kasschei Chuma et Morena, tous esprits du mal, qui dansent parmi d'autres démons. Morena demande à Chernobog, le Dieu Noir, de l'aider à rompre le charme de Lada afin qu'Yaromir tombe de nouveau amoureux de Yaromir.

Le Dieu Noir conjure l'esprit de Cléopatre de tenter Yaromir. Il transforme le sinistre souterrain en un antique palais égyptien. Cléopatre, entourée de ses esclaves, entame une danse de séduction. Yaromir est cependant soustrait de la tentation par l'apparition de Mladá qui vole à son secours en amenant l'aube. Les démons prennent la fuite. Yaromir se réveille et part pour le temple du dieu Radegast afin qu'il lui interprète son cauchemar.

Acte IV[modifier | modifier le code]

Yaromir parvient au temple dans la soirée. À la tombée de la nuit, les esprits d'anciens princes slaves arrivent pour déclarer que Mladá a effectivement été empoisonnée par Voyslava. Yaromir doit la venger en échange de cette révélation.

Voyslava entre dans le temple pour avouer son crime et implorer le pardon. Elle affirme avoir commis son meurtre par amour pour Yaromir. Ce dernier la tue. Voyslava mourante convoque Morena qui déclenche une tempête détruisant le temple et inondant la ville. Yaromir meurt mais il est uni pour l'éternité à Mlada. Comme la tempête se calme, les esprits de Mladá et de Yaromir apparaissent tendrement enlacés.

Les poupées surgissent à nouveau pour annoncer la victoire de la Vertu sur l'Égoîsme et l'Avidité pendant que les dieux et déesses acclament Mladá et Yaromir.

Versions ultérieures[modifier | modifier le code]

Une adaptation du ballet Mladá a ultérieurement été chorégraphié par Petipa sur une musique de Minkus. La première a lieu le 2 décembre 1879, soit un an après la mort de Gedeonov, au Théâtre impérial Bolchoï Kamenny de Saint-Pétersbourg. Une reprise du ballet, monté par Petipa, est représenté le 25 septembre 1896.

Rimski-Korsakov dépoussière le livret en 1889-1890 et compose son propre ballet Mlada tel qu'il est interprété aujourd'hui.

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Gérald Abraham, "The Collective Mladá, On Russian Music : études critiques et historiques des opéras de Glinka, des œuvres de Balakirev, etc. avec des chapitres en rapport avec les partitions de Borodin, Rimsky-Korsakov, Tchaikovsky, Mussorgsky, Glazunov ainsi que divers autres aspect de la musique russe. Londres: W. Reeves, 1939 ; rpt. New York: Books for Libraries, 1980
  • (ru) César Cui, Млада : опера-балет, первый акт [Mladá: un ballet opéra, Acte I]. Partition pour piano. Leipzig: Belaieff, 1911
  • (de) Albrecht Gaub, Die kollektive Ballett-Oper « Mladá » : ein Werk von Kjui, Musorgskij, Rimskij-Korsakov, Borodin und Minkus, Studia slavica musicologica, Bd. 12, Berlin, Kuhn, 1998 (ISBN 3-928864-53-X)
  • (ru) A. A. Gozenpud, Русский оперный театр на рубеже XIX-XX веков, и Ф.И. Шаляпин, 1890-1904 (L'opéra russe de 1890 à 1904
  • (ru) F. I. Chaliapin, 1890-1904 (Ленинград: Музыка, Ленинградское отделение, 1974), p. 82.
  • (en) Nikolai Rimsky-Korsakov (traduction par Judah A. Joffe), My Musical Life, introduction par Carl van Vechten, 3 rd American ed. A. A. Knopf, 1942.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b (de) Albrecht Gaub, « Die kollektive Ballett-Oper “Mlada” : ein Werk von Kjui, Musorgskij, Rimskij-Korsakov, Borodin und Minkus », Studia slavica musicologica, Bd. 12, Berlin, Kuhn, 1998 (ISBN 3-928864-53-X)
  2. On appelle Groupe des cinq les cinq compositeurs suivants : César Cui, Mili Balakirev, Modeste Moussorgski, Nikolaï Rimski-Korsakov et Alexandre Borodine. Le groupe prônait une musique spécifiquement nationale basée avant tout sur les traditions populaires russes et détachée des standards occidentaux.
  3. Le Prisonnier du Caucase est le premier opéra du compositeur César Cui sur un livret inspiré par Pouchkine (1857-1885)
  4. Le lieu où se déroule l'action est tiré d'un ballet de Filippo Taglioni intitulé Le Fantôme. La première a eu lieu en 1839 à Saint-Pétersbourg. Certains éléments de l'emplacement décrit ci-après ne sont pas attestés par des documents issus du projet de 1872 mais sont extrapolés à partir du ballet de Minkus et des indications de Rimski-Korsakov.