Missions espagnoles de Californie

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Les Missions espagnoles de Californie (ou plus simplement les Missions de Californie) englobent une série d'avant-postes religieux établis par les dominicains, les jésuites et les franciscains espagnols de 1769 à 1823 dans le but de répandre la religion chrétienne parmi les amérindiens locaux, mais aussi de donner à l'Espagne de nouvelles terres.

Présentation[modifier | modifier le code]

Les missions introduisirent le bétail, les fruits, les légumes et l'industrie européens dans la région de Californie. Les missions étaient l'un des trois moyens majeurs employés par la couronne d'Espagne pour étendre ses frontières et consolider ses colonies.

Depuis 1493, l'Espagne avait entretenu de nombreuses missions dans toute la Nueva España (Nouvelle-Espagne, constituée du Mexique et des portions de terres qui composent aujourd'hui le sud-ouest des États-Unis) dans le but de faciliter la colonisation de ces territoires. Dans ce contexte, le terme « Californie » est utilisé pour désigner l'ensemble du pays qui comprend la Alta California, la « Haute-Californie » (qui est de nos jours le sud-ouest américain) et la Baja California, la « Basse-Californie » (représentant la Péninsule de Basse-Californie). Ce ne fut cependant pas avant la menace de l'invasion par la Russie en 1765 que le Roi d'Espagne comprit que de telles installations étaient nécessaires en Haute Californie.

Les missions[modifier | modifier le code]

Sélection du site et installation[modifier | modifier le code]

Chaque mission devait pouvoir se suffire à elle-même puisque les moyens de ravitaillement étaient à l'époque insuffisants pour maintenir une colonie de n'importe quelle taille. La Californie était en effet à des mois de route de la base la plus proche située au Mexique et les bateaux de l'époque étaient encore trop petits pour transporter assez de rations pour que les missions subviennent à leurs besoins entre deux passages. Pour que la mission soit permanente, les pères avaient besoin de l'aide de colons ou d'amérindiens convertis (appelés néophytes) pour cultiver la terre et élever assez de bétail pour subvenir aux besoins des missions. La rareté des matériaux importés et le manque d'ouvriers talentueux forcèrent les Pères à utiliser des matériaux et des méthodes de construction simples.

Bien que les missions furent considérées comme hasardeuses par la hiérarchie espagnole, le développement d'une colonie n'était pas simplement un « caprice de prêtre ». La fondation d'une mission n'était possible qu'après de nombreuses procédures, les papiers à fournir demandaient des mois avant d'être obtenus, quelquefois des années de correspondance et l'attention de presque chaque niveau de la bureaucratie. Une fois habilitées à ériger une mission dans une zone donnée, les personnes mandatées devaient choisir rigoureusement le lieu où serait installée la mission. Les pères bénissaient le site et avec l'aide de leur escorte militaire, mettaient en place des abris dont le toit était fait de paille ou de roseaux. Ce furent ces simples huttes qui donnèrent naissance aux bâtiments de pierre qui existent aujourd'hui.

On construisait d'abord l'église (iglesia), dont la plupart étaient orientées sur un axe est-ouest approximatif conformément au principe liturgique qui veut que l'autel soit situé à l'est et ainsi la messe célébrée en direction du soleil levant, le Christ étant le « Soleil de justice » ; l'alignement exact dépendait des caractéristiques géographiques du lieu. Une fois l'endroit sélectionné, sa position était marquée et le reste des bâtiments s'étendait autour. Les séminaires, cuisines, quartiers d'habitation, entrepôts et les autres salles étaient habituellement regroupées sous la forme d'un quadrangle à l'intérieur duquel les célébrations religieuses et les autres évènements festifs prenaient place. Le cuadrángulo était rarement un rectangle parfait parce que les Pères n'avaient pas d'instruments à leur disposition et mesuraient les dimensions le plus simplement possible, en enjambées.

Les missions de l'Alta California[modifier | modifier le code]

Les 21 missions septentrionales furent établies le long du Camino Real de Californie (la Route du Roi, baptisée en l'honneur du roi Charles III), dont le tracé a été approximativement suivi par celui de l'U.S. Route 101 aux États-Unis. Fray Junípero Serra dirigea l'entreprise (il avait pris le contrôle d'un groupe de missions en Baja California auparavant administrées par les jésuites). Le travail fut achevé en 1823, mais à la suite du décès de Serra en 1784, ce fut le Père Fermín Francisco de Lasuén qui acheva le projet en établissant neuf sites supplémentaires entre 1786 et 1798.

Mission San Antonio de Padua

Les missions sont l'élément historique le plus connu des régions côtières de l'État de Californie. Sept des 21 missions ont été nommées National Historic Landmark, 14 sont listées dans le National Register of Historic Places américain pour leur importance historique, architecturale et archéologique. La popularité des missions californiennes est aussi due au roman de Helen Hunt Jackson, Ramona (1884), et des efforts importants de Charles Lummis, William Randolph Hearst et d'autres membres du Landmarks Club of Los Angeles effectués pour restaurer les missions au début du XXe siècle. Les missions ont une place importante dans la conscience historique californienne et de nombreux touristes viennent du monde entier pour les visiter.

Plusieurs missions sont sensiblement les mêmes qu'elles étaient il y a 200 ans, mais certaines (comme San Rafael, dans la baie de San Francisco) ont du être reconstruites car il n'était pas possible de sauver les édifices originaux dégradés au cours de l'histoire par des incendies, des tremblements de terre, ou autres érosions temporelles. San Juan Capistrano est un excellent exemple de mission ayant subie de nombreuses catastrophes, les dommages étant encore bien visibles en 2012.

Cette église minuscule dédiée à Notre-Dame est le plus ancien lieu de culte dans la ville de Los Angeles, elle sert encore à la communauté locale comme paroisse. À partir de cette petite église, une ville gigantesque est née, et, aujourd'hui, les rues du centre-ville de Los Angeles dowtown continuent de se former autour de ce point sur Olvera Street.

Aujourd'hui, un grand nombre de missions est encore ouvert au public et opérationnel sous l'égides de l'Archidiocèse de Los Angeles et l'Archidiocèse de San Francisco: (pour n'en citer que quelques-unes) Mission Dolores, Mission San Luis Obispo, Nuestra Señora Reina de los Ángeles, la mission de Santa Barbara, ou encore Mission San Diego de Alcalá.

Des 25 missions et asistencias encore debout (2 ne sont pas fonctionnelles), seulement Santa Barbara et San Miguel sont encore gérées par les Franciscains, les autres ont été mises sous la direction de différentes institutions: le gouvernement américain, le diocèse local, le National Park Service, et certains ordres religieux comme les Clarétains et les Capucins.

Liste (ordre géographique, du nord au sud)[modifier | modifier le code]

Ancienne carte illustrant "El Camino Real" en 1821, passant par les 21 missions Franciscaines de Haute Californie. À cette époque la route était plutôt un sentier muletier.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • (en) Carillo, J. M., O.F.M., The Story of Mission San Antonio de Padua, Paisano Press, Inc., Balboa Island, California,‎ 1967
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