MissingNo.

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MissingNo.

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MissingNo. sous la forme d'un amas de pixels rectangulaire

Nom japonais けつばん
Nom anglais MissingNo.
Types Bird / Normal
Génération Première
Pokédex no 000

MissingNo. (けつばん, Ketsuban?), parfois orthographié MissingNO, est un système de gestion d'exceptions des jeux vidéo Pokémon Rouge et Bleu, assimilé à une espèce de Pokémon. Signifiant « numéro manquant » et décrit comme une « erreur de programmation », MissingNo. est conçu par les développeurs de Game Freak pour apparaître au cours du jeu en cas d'accès aux données d'une espèce de Pokémon inexistante. Des failles dans la programmation du jeu permettent au joueur de rencontrer MissingNo. via un glitch.

MissingNo. a été évoqué par Nintendo pour la première fois dans le numéro de mai 1999 du Nintendo Power, qui décrit la méthode pour l'obtenir ainsi que les bugs qu'il peut provoquer. Son apparition dans Pokémon Rouge et Bleu a été désignée comme l'un des glitchs les plus célèbres du jeu vidéo par IGN et a été étudiée dans plusieurs travaux de sociologie. Les fans de la série ont également tenté de trouver une explication logique à la présence de MissingNo. dans l'univers du jeu.

Création[modifier | modifier le code]

La franchise Pokémon, développée par Game Freak pour Nintendo et introduite au Japon en 1996, tourne autour du concept de capture et d'entraînement de 151 espèces de créatures appelées Pokémon, afin de les utiliser pour combattre des Pokémon sauvages et ceux d'autres dresseurs Pokémon, qu'il s'agisse de personnages non-joueurs ou d'autres joueurs humains[1]. La puissance des Pokémon au combat est déterminée par leurs statistiques d'attaque, de défense et de vitesse et ils peuvent apprendre de nouvelles capacités en accumulant des points d'expérience ou si leur dresseur leur donne certains objets[2]. Ces capacités peuvent aussi permettre aux joueurs d'interagir avec l'univers du jeu, par exemple en se déplaçant instantanément entre deux villes[3].

MissingNo. ne figure pas parmi les 151 Pokémon[4] : il a été conçu comme un système de gestion d'exceptions. L'exception en cause est l'accès par le jeu aux données d'une espèce de Pokémon inexistante : si elle se produit, MissingNo. doit apparaître[5]. Son nom fait référence à cette fonction puisqu'il signifie « nombre manquant » en japonais comme en anglais. En japonais, Ketsuban (けつばん?) assemble les kanjis « ketsu » (?, manquant) et « ban » (?, nombre) ; en anglais « MissingNo. » est la contraction de « missing no  »[5],[6]. Le Pokémon conserve ce nom, parfois orthographié, « MissingNO[4] », dans les autres langues.

Apparition[modifier | modifier le code]

Image des variantes de MissingNo. En haut celui de Pokémon Rouge et Vert, en bas, ceux de Pokémon Jaune.
Autres variantes de MissingNo.

La méthode pour déclencher l'apparition de MissingNo. est décrite pour la première fois par Nintendo dans le numéro de mai 1999 du magazine Nintendo Power, en réponse à un lecteur[6], tout en précisant que « tout contact avec lui peut facilement effacer votre fichier de sauvegarde ou corrompre les graphismes du jeu »[N 1]. Le magazine explique que pour rencontrer MissingNo., le joueur doit se rendre à la ville de Jadielle afin de parler à un vieil homme qui explique comment capturer un Pokémon ; ensuite, il doit utiliser la capacité « Vol » pour se rendre à Cramois'île, puis utiliser la capacité « Surf » pour longer la côte est de l'île, où se trouve MissingNo[5],[6].

Cette apparition est due à une faille dans le système de rencontre aléatoire de Pokémon sauvages. Dans chaque zone du monde, les données relatives aux Pokémon sauvages qui y sont présents sont stockées dans une mémoire tampon à laquelle le jeu accède lorsque le joueur rencontre un Pokémon. Toutefois, sur la côte est de Cramois'île, aucune donnée n'est placée dans la mémoire tampon ; ce sont donc les informations relatives à la zone précédemment traversée qui sont utilisées à la place[7]. Or, l'explication du vieil homme de Jadielle stocke dans la mémoire tampon le nom du joueur. Par conséquent, si aucune zone n'est visitée entre temps, les données utilisées pour déterminer les Pokémon sauvages rencontrés sur la côte de Cramois'île sont les valeurs hexadécimales attribuées à chaque lettre du nom du joueur. Si ces valeurs ne correspondent pas à un Pokémon déterminé, le système de gestion d'exceptions se déclenche et fait apparaître MissingNo[5].

Une fois le Pokémon rencontré, le joueur peut choisir de le combattre avec ses propres Pokémon, de le capturer ou de s'enfuir, comme avec n'importe quel autre Pokémon du jeu[8]. S'il est capturé, MissingNo. est un Pokémon pleinement fonctionnel pour le joueur : il peut être utilisé en combat et figure sous le numéro « 000 » dans le Pokédex, l'encyclopédie fictive recensant l'ensemble des Pokémon. Ses types sont « Bird » et « Normal », le type « Bird », (« oiseau » en anglais) étant lui-même spécifique à ce Pokémon[N 2]. MissingNo. apparaît le plus souvent sous une forme rectangulaire brouillée, bien que certaines valeurs de rencontre présentent une autre forme telle un spectre, un squelette de Ptéra ou un squelette de Kabutops[8],[N 3].

Quelle que soit l'issue du combat, le jeu est affecté par le recours au glitch : ainsi, l'objet en sixième position dans le sac du joueur est dupliqué en 128 exemplaires[5], et la galerie des Pokémon vainqueurs de la Ligue Pokémon subit d'importantes altérations graphiques. D'autres problèmes graphiques temporaires peuvent également apparaître[9] mais l'affichage des statistiques d'un autre Pokémon ou la réinitialisation de la Game Boy suffisent à les éliminer.

Accueil[modifier | modifier le code]

Photo de  William Sims Bainbridge.
Le sociologue américain William Sims Bainbridge a étudié les effets des glitchs comme MissingNo. sur les joueurs.

Bien qu'il n'apparaisse que dans trois jeux de la série, le glitch a connu un écho significatif. Nintendo a décrit MissingNo. comme une « erreur de programmation »[N 4] et a mis en garde les joueurs contre la rencontre avec ce Pokémon[4],[6], supprimant le glitch dans le jeu suivant, Pokémon Jaune[7]. En dépit des avertissements de Nintendo, la méthode pour rencontrer MissingNo. a été publiée dans de nombreux magazines et guides de jeu[7],[10],[11], et certains joueurs ont même tenté de vendre des astuces — vraies ou fausses — pour le capturer, pour des montants s'élevant jusqu'à 200 $[12]. En 2009, le site spécialisé IGN a inclus MissingNo. dans leur top dix des easter eggs dans les jeux vidéo, le décrivant comme un « glitchimon » et notant son utilité pour dupliquer les objets disponibles en quantité limitée dans le jeu[13]. Dans un autre article, IGN relève que MissingNo. « nous en apprend beaucoup sur les fans de Pokemon, qui sont prêts à employer un glitch qui aurait pu détruire leur jeu pour augmenter la puissance de leurs Pokémon » [N 5],[5]. MissingNo. a également à l'origine de nombreux mèmes sur Internet[14].

L'accueil de MissingNo. par les joueurs a été l'objet de plusieurs études sociologiques portant sur les individus et les jeux vidéo. Le sociologue William Sims Bainbridge a déclaré dans une étude sur les glitchs dans les jeux vidéo que Game Freak « a donné naissance à un des glitchs les plus célèbres de l'histoire du jeu vidéo »[N 6], citant son utilisation créative par les joueurs[15]. Dans son livre Pikachu's Global Adventure: The Rise and Fall of Pokémon, le professeur Julian Sefton-Green s'intéresse à la rupture de l'illusion engendrée par l'apparition MissingNo., qui rappelle au joueur que son jeu n'est « au fond, [qu']un programme informatique »[N 7],[16]. Le livre Playing with Videogames étudie l'accueil de MissingNo. en profondeur, décrivant la tendance des joueurs à réagir à son apparition avec curiosité[17]. Le livre décrit également la créativité avec laquelle les communautés de joueurs de Pokémon ont tenté d'en faire un véritable aspect du monde Pokémon grâce à des éléments tels que des fanfictions ou des fanarts[18]. Il relève également que les gens ont contribué à faire connaître les imperfections du jeu et que les circonstances entourant la popularité de MissingNo. forment un cas unique qui a peu de chance de se reproduire[19].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Casey Loe, Pokémon Perfect Guide Includes Red-Yellow-Blue, Versus Books,‎ 1999 (ISBN 1930206151). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Hank Schlesinger, Pokemon Future: The Unauthorized Guide, St. Martin's Paperbacks,‎ 2001 (ISBN 0312977581). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Julian Sefton-Green, « Initiation Rites : A Small Boy in a Poké-World », dans Joseph Jay Tobin, Pikachu's Global Adventure : The Rise and Fall of Pokémon, Duke University Press,‎ 5 février 2004 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) James Newman, Playing with Videogames, Taylor & Francis,‎ 2008 (ISBN 0415385237). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Citation originale : « Any contact with it... could easily erase your game file or corrupt your graphics ».
  2. Le type « Bird » est parfois confondu avec le type « Flying » (« Vol » en français), l'un des dix-sept types officiels.
  3. [image] Les différentes formes de MissingNo. sur Bulbapedia.
  4. Citation originale : « Programming quirk ».
  5. Citation originale : « It really says something about Pokemon fans that they took what is a potentially game ruining glitch and used it as a shortcut to level up their Pokemon ».
  6. Citation originale : « One of the most popular glitches ever in game history ».
  7. Citation originale : « At heart, this is a computer program ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Game Freak, Pokémon Red and Blue, Instruction manual, Nintendo,‎ 30 septembre 1998, pp. 6-7.
  2. (en) Game Freak, Pokémon Red and Blue 1998, p. 11.
  3. « CS02 : VOL Cette technique permet de revenir dans une ville. » Pokémon Rouge et Bleu, Game Freak, Nintendo, 30 septembre 1998.
  4. a, b et c (en) Nintendo, « Customer Service - Specific GamePak Troubleshooting » (consulté le 27 juin 2009).
  5. a, b, c, d, e et f (en) Jack DeVries, « Pokemon Report: OMG Hacks », IGN,‎ 2008 (consulté le 7 juin 2009).
  6. a, b, c et d (en) Staff, « Pokechat », Nintendo Power, no 120,‎ mai 1999, p. 101.
  7. a, b et c (en) Loe 1999, p. 125.
  8. a et b (en) Schlesinger 2001, p. 184-188.
  9. (en) Staff, « Other Worlds Than These: To be a Pokemon Master », Destructoid,‎ 2009 (consulté le 8 juin 2009).
  10. (en) Staff, « Top 50 Games », Pocket Games, no 1,‎ été/automne 1999, p. 96.
  11. (en) « Guides: Pokemon Blue and Red », IGN (consulté le 8 juin 2009).
  12. (en) Kim Sweetman, « The latest Pokemon trend: if you can't beat 'em, cheat », The Daily Telegraph,‎ 28 décembre 1999, p. 11.
  13. (en) Staff, « Gaming's Top 10 Easter Eggs », IGN,‎ 2009 (consulté le 7 juin 2009).
  14. (en) « MissingNo. », sur KnowYouMeme (consulté le 15 novembre 2012).
  15. (en) William Sims Bainbridge et Wilma Alice Bainbridge, « Creative Usage of Software Errors: Glitches and Cheats », Social Science Computer Review,‎ juillet 2007 (DOI 10.1177/0894439306289510).
  16. (en) Sefton-Green 2004, p. 147, 160.
  17. (en) Newman 2008, p. 117-118.
  18. (en) Newman 2008, p. 118.
  19. (en) Newman 2008, p. 119.
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