Misère au Borinage

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Misère au Borinage est un film muet tourné en 1933 par Henri Storck et Joris Ivens. Ce documentaire militant, connu mondialement, explore longuement la misère des mineurs, l'exploitation ouvrière au Borinage en cette époque, les conditions de vie difficiles des ouvriers de la houille, leurs maladies physiques, etc.

Genèse de Misère au Borinage[modifier | modifier le code]

Lorsque Henry Storck revient en Belgique de son séjour en France où il a travaillé comme assistant pour Jean Grémillon et comme assistant et acteur pour Jean Vigo, les grèves viennent de s'abattre sur le Borinage. Denis Marion, André Thirifays et Pierre Vermeylen, animateurs du Club de l'Écran (ancêtre de la Cinémathèque royale de Belgique qu'ils fonderont quelques années plus tard) demandent au cinéaste de coréaliser avec Joris Ivens un film de propagande sur les conditions de vie difficiles du prolétariat borain. Le film fut longtemps interdit et, comme pour Histoire du soldat inconnu (réalisé par Storck un an plus tôt), n'a été sonorisé que trente ans plus tard[1].

Réalité et fiction[modifier | modifier le code]

Misère au Borinage est considéré comme un précurseur du néo-réalisme et du « cinéma vérité ». La reconstitution des grèves est tellement réaliste que la gendarmerie, croyant à une résurgence des manifestations, ne put s'empêcher d'intervenir, comme à son habitude. Comme tout documentaire, il mêle la réalité et la fiction et ceci d'autant plus prodigieusement que ce mélange ne relève pas de la volonté directe des réalisateurs. En effet, dans le film, les deux auteurs avaient organisé, avec des figurants borains, une manifestation de mineurs marchant derrière un portrait de Karl Marx. La gendarmerie prit cette scène de cinéma pour une vraie manifestation et intervint pour la disperser, ce que la caméra de Storck et Ivens filme également. Walter Benjamin écrit alors dans L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique « De la même façon, grâce aux actualités filmées, n'importe quel passant a sa chance de devenir figurant dans un film. Il se peut même qu'il figure ainsi dans une oeuvre d'art — qu'on songe aux Trois Chants sur Lénine de Dziga Vertov ou au Borinage de Joris Ivens. Chacun aujourd'hui peut légitimement revendiquer d'être filmé.[2] »

Un Néerlandais et un Ostendais fondent le cinéma wallon[modifier | modifier le code]

Ce film, tourné par un Ostendais et un Néerlandais, peut être considéré comme l'acte fondateur de l'Histoire du cinéma wallon dont la caractéristique dominante, en tant que cinéma "national" (au sens de Jean-Michel Frodon), a toujours été d'aborder la réalité ouvrière (mais aussi paysanne par exemple avec Jean-Jacques Andrien) en toutes ses dimensions, sans craindre de renvoyer à une image difficile, critique, dure du pays wallon, ce dont on peut dire que les Frères Dardenne prolongent sous les feux de la célébrité mondiale.

Misère au Borinage engendre d'autres films enracinés et universels[modifier | modifier le code]

À certains égards on pourrait considérer le film Déjà s'envole la fleur maigre (1959) de Paul Meyer comme une réplique de ce film, mais où il aborde une autre catégorie d'exclus, celle des étrangers qui arrivent au Borinage, au milieu des années 1950, à la veille même de l'effondrement complet de l'industrie charbonnière qui fit, non certes la richesse des mineurs Borains, mais leur "gloire", leur puissance politique dans la lutte sociale. Il est remarquable qu'en 1999 (voir lien externe), Patric Jean proposa une deuxième réplique au film-jalon de Storck et Ivens, se heurtant à nouveau à des tentatives de censure, ce qui donne à ces trois films (Misère au Borinage, Déjà s'envole la fleur maigre et Les enfants du Borinage), si enracinés, un air de famille de type non seulement local mais universel.

Patric Jean a écrit : Je décide de retourner au Borinage, lieu de mon enfance pour écrire une lettre-film à Henri Storck à propos de la misère sociale qui s'est perpétuée jusqu'à mon époque pour présenter son film Les enfants du Borinage, lettre à Henri Storck.

Œuvres réalisées avec les épreuves de tournage du film[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cinéma: cent ans de cinéma en Belgique par Jean Brismée, Éditions Mardaga, 1995, pages 53, 54 et 55
  2. Walter Benjamin, Œuvres, Tome III, Folio/essais, Paris, 2000, p. 296

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François André, Cinéma wallon et réalité particulière, in: TOUDI, no 49-50, septembre 2002

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

D'autres films documentaires datant de la même époque montrent la misère de la population et des travailleurs et la dureté de leurs conditions de travail :

Lien externe[modifier | modifier le code]