Miroir du Tibet

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Miroir du Tibet
Pays Drapeau de l'Inde Inde, Drapeau du Tibet Tibet
Langue Tibétain
Périodicité Mensuelle
Format Magazine
Genre Généraliste
Diffusion 50 à 150 ex. (1925)
Fondateur Gyégyèn Tharchin
Date de fondation 1925
Date du dernier numéro 1962
Ville d’édition Kalimpong

Directeur de publication Gyégyèn Tharchin

Miroir du Tibet (tibétain Yulchog Soseu Sargyour Mélong, Wylie : yul phyogs so so'i gsar 'gyur gyi me long, en anglais Tibet Mirror) est le nom d'un journal en langue tibétaine, édité en Inde entre 1925 et 1962, et distribué au Tibet. Gyégyèn Tharchin (Gergan Tharchin) en était à la fois le journaliste, le rédacteur en chef et le directeur de publication.

Naissance (1925)[modifier | modifier le code]

Créé en 1925 à Kalimpong dans le Bengale-Occidental, le Miroir du Tibet est, après Le Journal du Ladakh (Ladakh Kyi Akbar), le deuxième journal de langue tibétaine à avoir vu le jour. Son initiateur fut un certain Gergan Dorje Tharchin, Tibétain de confession chrétienne exerçant le ministère de pasteur à Kalimpong, à l'époque ville frontière vivant du commerce de la laine entre le Tibet et l'Inde. Né en 1890 dans le village de Poo dans l'Himachal Pradesh, il avait été l'élève des missionnaires moraves[1],[2] (il n’y eut jamais, toutefois, dans le journal, d’articles faisant du prosélytisme) [1].

Périodicité, tirage et distribution[modifier | modifier le code]

De périodicité mensuelle, le journal parut pour la première fois en octobre 1925 sous le titre Yulchog Sosoi Sargyur Melong (Miroir des nouvelles de toutes les parties du monde) [3],[4]. Tiré à 50 exemplaires, il fut envoyé par Gergan Tharchin à des amis à Lhassa, ainsi qu'au 13e dalaï-lama, lequel lui écrivit une lettre d'encouragement et devint un lecteur enthousiaste et un abonné régulier[5]. Le 14e dalaï-lama devait hériter de l'abonnement qui continua sans interruption jusqu'en 1959[6],[5].

Le Miroir du Tibet eut jusqu'à 150 abonnés, et était diffusé, outre à Lhassa, dans les villes de Lithang, Kantzé, Dégué, Gyantsé et Shigatsé[5].

Il permit au jeune 14e dalaï-lama de commencer à étudier le monde extérieur. Quand il sut lire, les affaires du monde le passionnèrent, et aujourd'hui il se souvient des numéros du journal contenant de longues histoires sur le Japon, l'Éthiopie et la Grande-Bretagne, et des rapports sur la Seconde Guerre mondiale[5].

Gergan Tharchin[modifier | modifier le code]

Tharchin était à la fois journaliste, rédacteur en chef et directeur de la publication. Il choisissait les nouvelles dans les journaux auxquels il était abonné et les traduisait en tibétain pour le journal[7]. Il s'était donné comme objectifs d'œuvrer à l'éveil des Tibétains au monde moderne et à l'ouverture du Tibet sur le monde extérieur[8]. Le journal rapportait ce qui se passait dans le monde (la révolution chinoise, la Seconde Guerre mondiale, l'indépendance de l'Inde, etc.) mais aussi et surtout en Inde, au Tibet et à Kalimpong même[9].

Influence[modifier | modifier le code]

Malgré son minuscule tirage, il eut une énorme influence sur un petit cercle d'aristocrates tibétains, et un cercle encore plus restreint de réformistes[10].

Le journal se fit l'avocat de l'indépendance du Tibet. Ses bureaux devinrent un lieu de réunion pour les nationalistes, érudits et dissidents[11] tibétains soucieux de moderniser le Tibet pour contrer le défi que constituait une Chine renaissante[12]. Ainsi, en 1946, Tharchin reçut la visite de Phuntsok Wangyal, le fondateur du parti communiste tibétain. Celui-ci expliqua qu'il était venu après la lecture d'un exemplaire du Miroir du Tibet et qu'il souhaitait rencontrer un représentant britannique par l'intermédiaire de Tharchin pour obtenir de l'aide en raison de l'imminence d’une invasion par les communistes chinois[1]. Selon Barun Roy, Tharchin était en étroit contact avec le milieu du renseignement britannique à Kalimpong, ville où se nouaient des intrigues politiques entre espions britanniques, indiens et chinois, réfugiés du Tibet, de Chine, d'Inde et de Birmanie, plus un zeste d'érudits, moines et lamas bouddhistes. Il eut aussi à connaître l'agent secret japonais Hisao Kimura, qui, après avoir séjourné clandestinement en Mongolie pour le compte du gouvernement japonais, avait voyagé en secret au Tibet pour celui du renseignement britannique[13],[14].

Dans les années 1950, les communistes chinois tentèrent de courtiser Tharchin par l’entremise d’un aristocrate tibétain qui lui demanda de ne plus publier d’articles « anti-chinois » et de se concentrer sur les « progrès » réalisés par la Chine au Tibet, contre la promesse d’une commande chinoise de 500 exemplaires du journal, et l’assurance de ne pas faire faillite. Tharchin refusa[1],[15].

Françoise Pommaret indique qu'en 1959, un appel à la résistance tibétaine paru dans Miroir du Tibet « s'adressait non pas aux Tibétains mais à tous les mangeurs de tsampa, tant la farine d'orge grillé est symbolique de l'identité tibétaine »[16],[17].

Disparition (1962)[modifier | modifier le code]

Le Miroir du Tibet cessa d'être publié en 1962 lorsque les réfugiés tibétains firent paraître leur propre journal – Tibetan Freedom (« Liberté tibétaine ») – à Darjeeling[18]. Tharchin, trop âgé pour continuer à s'en occuper, devait décéder en 1976[19].

En 2005, la maisonnette ayant servi de siège social au journal était toujours debout sur la route de Giri, arborant un panneau portant l'inscription THE TIBET MIRROR PRESS, KALIMPONG, Estd. 1925 (c'est-à-dire « Presse du Miroir du Tibet, Kalimpong, fondée en 1925 ») et l'équivalent en tibétain et en hindi[20].

L'université Columbia a rassemblé une collection presque complète du journal[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (en) Thubten Samphel, Virtual Tibet: The Media, in Exile as challenge: the Tibetan diaspora, sous la direction de Dagmar Bernstorff, Hubertus von Welck, Orient Blackswan, 2003, 488 pages, en part. pp. 172-175 - (ISBN 81-250-2555-3), (ISBN 978-81-250-2555-9).
  2. (en) Lobsang Wangyal, The Tibet Mirror: The first Tibetan newspaper, now only a memory, sur le site de Lobsang Wangyal, 12 mai 2005.
  3. Lobsang Wangyal, op. cit. : « Yulchog Sosoi Sargyur Melong (Mirror of News from All Sides of the World) was the original Tibetan name of the Tibet Mirror. The first issue of the newspaper came out in October 1925. The issues came out at irregular intervals. »
  4. On trouve aussi « Yul phyogs so so'i Gsar 'gyur Me long (Le Miroir de l'information de toutes les régions) » sous la plume de Françoise Robin, dans Le vers libre au Tibet : une forme littéraire de l'intime au service d'un projet collectif, dans D'un Orient l'autre: actes des troisièmes journées de l'Orient, Bordeaux, 2-4 octobre 2002 (sous la direction de Jean-Louis Bacqué-Grammont, A. Pino, S. Khoury, Peeters Publishers, 2005, 606 p., p. 573-601, en part. p. 583, note 31.
  5. a, b, c et d Michael Harris Goodman, Le dernier Dalaï-Lama ? Biographie et témoignages, Éditeur Claire Lumière, 1993, (ISBN 2905998261).
  6. Lobsang Wangyal, op. cit. : « Of the fifty initial copies, most were sent to his friends in Lhasa, including one to the 13th Dalai Lama. The 13th Dalai Lama became an ardent reader of the paper and encouraged Tharchin to continue with the publication (...). The current 14th Dalai Lama inherited the subscription of the late 13th. »
  7. Lobsang Wangyal, op. cit. : « "It was my grandfather who did all the work of the newspaper. He selected the news from the newspapers he subscribed to and translated them for the paper". »
  8. Lobsang Wangyal, op. cit. : « Tharchin (...) made much effort to report on affairs of the world, to educate Tibetans and to encourage the opening up of Tibet to the changing modern world. »
  9. Thubten Samphel, op. cit., p. 173 : « The Mirror published articles on world events and especially reported what was taking place in India, Tibet and in the region of Kalimpong. »
  10. Thubten Samphel, op. cit., p. 173 : « Despite its minuscule circulation, the impact of Tibbet Mirror, though confined to a small circle of Tibetan aristocrats and an even smaller circle of Tibetan reformists (...) was enormous. »
  11. Au sens d'opposants au gouvernement ultraconservateur de l'époque.
  12. Thubten Samphel, op. cit., pp. 173 et 175 : « Tibetan nationalists, scholars and dissidents held regular conclaves at Babu Tharchin's place to discuss how Tibet could best avoid the gathering political storm », « Tharchin Babu and the office of Tibet Mirror became the meeting point of intellectuals and reformists who wanted to modernize Tibet so that it would effectively counter the challenges posed by a resurgent China. »
  13. (en) Barun Roy, Essay: A Japanese Agent in Tibet, sur le site The Himalayan Beacon, News, views and insights from Gorkhas World Over!, 9 septembre 2009 : « He proves to have extensive contacts with the secret world of British intelligence who are preoccupied with the ‘Great Game’, the struggle for power and influence in Central Asia. »
  14. Barun Roy, op. cit. : « In the late 1940s, Kalimpong (...) could be rightly described as a nest of political intrigue, involving British, Indian and Chinese spies, refugees from Tibet, China, India and Burma, with a sprinkling of Buddhist scholars, monks and lamas. »
  15. « Tharchin babu told the Tibetan Review: (...) In the 50's they (the Chinese communists) (...) used to try to woo me. Once a Tibetan aristocrat came to see me here with presents. He said (...) that I should not publish more anti-Chinese articles. Instead I should concentrate on the 'progress' made by China in Tibet. If I agreed the Chinese would order 500 copies of every issue (...) and they would also make sure I don't run at a loss. I refused. »
  16. Françoise Pommaret : Le Tibet, une civilisation blessée, Découvertes Gallimard, Paris, 2002, Page 13(ISBN 2070762998 et 9782070762996)
  17. Carole McGranahan, Arrested Histories: Tibet, the CIA, and Memories of a Forgotten War, p 70
  18. Thubten Samphel, op. cit., p. 175 : « Tibet Mirror ceased publication in 1962 when the Tibetan refugees brought out their own newspaper called Tibetan Freedom from neighbouring Darjeeling. »
  19. Lobsang Wangyal, op. cit. : « the paper came to an end in 1962, and Tharchin died in 1976. "My grandfather was getting too old to continue the paper". »
  20. Lobsang Wangyal, op. cit. : « "The Tibet Mirror Press; Established 1925", reads the sign board on the crumbling tinned house (...) on Giri road. »
  21. Paul G. Hackett, Kalimpong, Dorje Tharchin, and “The Tibet Mirror”, Columbia University, octobre 2008


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tashi Tsering, The Life of Rev. G. Tharchin: Missionary and Pioneer, Institut Amnye Machen, Dharamsala, 1998
  • Herbert Louis Fader, Called from Obscurity: The Life and Times of a True Son of Tibet - Gergan Dorje Tharchin, Tibet Mirror Press, Kalimpong, 2002

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]