Minitel

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Le Minitel (pour « Médium interactif par numérisation d'information téléphonique ») désigne un type de terminal informatique destiné à la connexion au service français de Vidéotex baptisé Télétel, commercialement exploité en France entre 1980 et 2012.

Historique[modifier | modifier le code]

Cette technologie de communication à la porteuse caractéristique (fréquence au sifflement aigu) a été développée par le ministère des Postes et Télécommunications et utilisée en France, essentiellement dans les années 1980 et 1990, avant d'être supplantée par l'accès à Internet. Par métonymie, le mot « Minitel » a fini par désigner l'ensemble du service Vidéotex en France ainsi que les éléments de réseau (concentrateurs, points d'accès) destinés à rendre ce service.

En février 2009, selon le groupe France Télécom, le réseau de Minitel enregistrait encore 10 millions de connexions mensuelles sur 4 000 codes de services Vidéotex, dont un million sur le 3611 (annuaire électronique). En 2010, 2 millions de personnes utilisaient encore le minitel[1], pour 200 000 euros de chiffre d'affaires[2]. Le service a été fermé par France Télécom le 30 juin 2012[3]. L'arrêt du Minitel est une conséquence de la décroissance des usages et de la fermeture du réseau support de l'offre Minitel. Ce réseau support étant de moins en moins utilisé, et compte tenu des évolutions technologiques, il a été décidé d'arrêter son exploitation[4].

Le Minitel 1 (de La Radiotechnique), sorti en 1982.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

En 1977, la remise à Valéry Giscard d'Estaing, président de la République française, du rapport sur l'informatisation de la société, rédigé par Simon Nora et Alain Minc, va entraîner une révolution technologique baptisée par les auteurs du néologisme « télématique » défini comme la connexion de terminaux permettant la visualisation de données informatiques stockées dans des ordinateurs à travers les réseaux de télécommunications. L'année suivante, en 1978, la France décide de lancer un réseau vidéotex accessible par un terminal peu onéreux. Cette décision sera rendue publique par Gérard Théry (directeur de la DGT) à l'Intercom 79 de Dallas (Texas) qui réunit le gratin mondial des télécommunications. Il y annonce avec une certaine emphase le déclin de l'ère du papier[5].

Le concurrent américain du Minitel se nommait en effet le système NAPLPS. Conçu comme vecteur de vente à domicile, il mettait l'accent sur un affichage en couleurs de qualité photographique.

Suite au faible débit des lignes de l'époque — surtout aux États-Unis — la déception fut sévère :

  • l'affichage de certaines pages pouvait prendre une durée de six minutes ;
  • le mixage de texte et de graphiques, qui ne posait pas de problème avec les caractères semigraphiques de basse qualité du Minitel, n'était pas possible sans faire monter le coût de réalisation du terminal à des valeurs prohibitives en RAM et en ROM.

Seuls restèrent en lice le Minitel, le Prestel, le Ceefax, le Bildschirmtext — tous en Europe, tous fondés sur la norme Vidéotex. La réalisation du Minitel ayant été confiée à trois industriels différents (Matra, Radiotechnique (Philips) et Télic-Alcatel), le prix de série put être négocié au plus bas en tenant compte d'une hypothétique, mais probable, baisse future des prix de revient par l'évolution technologique et l'accroissement des quantités produites (courbe d'apprentissage) par les fournisseurs.

En 1997, le Minitel rapportait six milliards de francs[6].

Le programme Télétel (nom du réseau des terminaux appelés Minitel) est reconnu dans le monde entier comme le premier réseau télématique grand public et comme un succès commercial[7] [8].

Par la suite, les services commerciaux du Minitel ont subi la concurrence d'Internet.

Inventeur[modifier | modifier le code]

Directeur technique du Centre commun d'études de télévision et télécommunications à Rennes, Bernard Marti a coordonné les travaux d'une équipe à l’origine du Minitel, le projet Minitel étant supervisé par Jean-Paul Maury, directeur du projet « Annuaire Électronique et Minitel » (1979 - 1985)[9]. D'après Bernard Marti, le nom « Minitel » serait l'abréviation de « Médium interactif par numérisation d'information téléphonique »[10].

Dans le film La Personne aux deux personnes (2008), un faux journal télévisé animé par Patrick Poivre d'Arvor annonce le décès par accident, à l'âge de 78 ans, de l'inventeur du Minitel : l'ingénieur Jean-Yves Pouchard.

Expérimentation[modifier | modifier le code]

La phase d'expérimentation commence en 1980 à travers plusieurs opérations sur le terrain :

Annuaire électronique[modifier | modifier le code]

L'un des 55 premiers terminaux distribués à Saint-Malo montre un plan des remparts (l'Intra-muros)
Il était pourvu d'un clavier ABCD.

Alors qu'il est prévu de fabriquer 30 millions de Minitels, Valéry Giscard d’Estaing, devant le lobby de la presse qui voit un concurrent dans cette nouvelle technologie, se ravise et décide de lancer des expérimentations[11].

En juillet 1980, à Saint-Malo, les 55 premiers utilisateurs de l'annuaire électronique sont équipés. En 1981, 4 000 Minitels sont distribués en Ille-et-Vilaine. Il s'agit de tester ce nouveau service chargé de remplacer l'annuaire papier. Il devait aussi alors alléger le service traditionnel des renseignements, passablement saturé devant la croissance du parc téléphonique fin des années 1970. Il se justifiait aussi par l'efficacité d'un service de renseignements recouvrant l'ensemble des abonnés au téléphone en forte croissance. Les publications des annuaires papier, constamment dépassées, créaient une forte demande sur les renseignements téléphoniques alors assurés par des fonctionnaires des PTT.

L'expérience de l'annuaire électronique ayant entraîné une forte résistance de la presse quotidienne régionale (Ouest-France en tête) [Pourquoi ?], le ministère des PTT eut l'idée de désamorcer la fronde en organisant une autre expérience incluant d'autres services (petites annonces, informations, messageries) qui se déroula à Vélizy, ville dont le nom est devenu un terme générique dans le jargon du milieu de la télématique. [réf. souhaitée]

Expérience Télétel 3V[modifier | modifier le code]

Terminal Vidéotex Thomson utilisé lors de l'expérience Télétel de Vélizy en 1980.

À l'automne 1980, 2 500 foyers volontaires de Versailles, Vélizy-Villacoublay, Jouy-en-Josas, Buc, Bièvres et Les Loges-en-Josas reçoivent un terminal Vidéotex. Du côté des services, près de 200 fournisseurs participent à l'expérience, se donnant ainsi l'occasion de tester ce nouveau moyen de communication auprès du public. Les services remportant la plus large adhésion seront les annuaires téléphoniques pages blanches et pages jaunes (services gratuits), la presse, la vente par correspondance, la SNCF, les banques ainsi que la messagerie.

Si l'expérience de Vélizy reste un symbole dans le monde de la télématique, c'est que cette expérience est la source de la création du fameux « kiosque télématique » qui devient par la suite le 3615 (avec Thierry Roze et Xavier Niel). En effet, si les éditeurs de presse ont vu tout l'intérêt de cette expérience, ils n'en tirent aucun revenu. Conséquemment, d'après des discussions auxquelles participent notamment Mme Martine Tournier (le Parisien Libéré), M. Roger Lajus (Hachette Filippacchi), les hommes de la DGT ont l'idée d'utiliser le système de surtaxation utilisé pour le réveil téléphoné. Cela donne lieu, en février 1984, à la création du kiosque mis en priorité et en exclusivité à la disposition de la presse.

À Vélizy, le premier terminal n'a pas d'écran et se glisse sous le téléviseur : simple décodeur, il permet de consulter une vingtaine de services sur l’écran du téléviseur[12]. La télécommande est élémentaire : juste un clavier alphanumérique en majuscules. Un groupe d'utilisateurs passionnés fonde l'AATEL (Association des abonnés à TéléTEL), qui devient une véritable interface entre les testeurs et la DGT - DACT (Direction générale des télécommunications - Direction des affaires commerciales et télématiques) qui dirige le projet. De leur côté, les entreprises créent l'AFTEL (Association française des fournisseurs de services télématiques). Les liaisons distantes sont établies via le réseau Transpac par le numéro d'accès 612 34 56.

La toute première messagerie, uniquement par boîtes aux lettres, est baptisée M3V (surnommée « Bidulette » par ses fans[réf. nécessaire]). On peut y échanger des messages privés, ou par l'intermédiaire de groupes de discussion thématiques. À l'époque, la DACT et les fournisseurs de services pensent qu'il ne s'agit que d'un gadget ludique : pour eux l'avenir de la télématique réside dans l'information, et non la communication. Il est même question de supprimer cette messagerie. Mais l'AATEL se bat pour la conserver et démontrer qu'elle est une motivation primordiale des utilisateurs, ce que confirmera le développement de la télématique grand public en France. C'est seulement fin 1982 qu'apparaît le premier Minitel. L'expérience est définitivement arrêtée au printemps 1984.

Expérience Gretel[modifier | modifier le code]

À l'hiver 1981, les Dernières Nouvelles d'Alsace lancent le service expérimental Gretel[13] sur un quartier pilote à Strasbourg. L'expérience débute avec 80 de foyers[14], puis est progressivement étendue.

Les premiers services proposés sont des consultations des actualités, des programmes de télévision et de cinéma, et de la météo, ainsi que quelques jeux. On trouve aussi un service de messagerie électronique de type courriel avec une notion de boites aux lettres.

Mais ce qui fait exploser le succès de l'expérience est le lancement en 1982 du premier service de messagerie instantanée[15], principe découvert à la suite d'un piratage. Ce nouveau service représente très rapidement jusque 85% du trafic[16]. L'ancêtre des messageries minitel et du chat est alors né.

Lancement commercial[modifier | modifier le code]

Lancé en France en 1982 par les PTT (aujourd'hui La Poste et Orange, entreprise publique pour la Poste, entreprise privée dont l'Etat français est actionnaire à hauteur de 27 % pour Orange), le minitel permet d'accéder à des services en ligne dont les plus populaires sont :

Entre 1984 à 1988, se développent les messageries, notamment les services STEL à Nice et GRETEL à Strasbourg (serveur à l'initiative des Dernières Nouvelles d'Alsace), ainsi que SM à Paris (Serveur médical de Canal 4 [réf. souhaitée]). Au printemps 1985 naît la première messagerie grand public sur le 3615, créée par deux anciens de Teletel3V pour le Parisien libéré, nommée MESPL. [réf. souhaitée]

L’État français, par le ministère des PTT, a fortement encouragé le développement du Minitel. Les PTT ont ainsi distribué gratuitement les terminaux (des terminaux plus évolués ont ensuite été vendus ou loués). Cette décision était motivée par les économies de fabrication, de distribution et de recyclage de millions d'annuaires papier chaque année. Ainsi, les foyers équipés de Minitel ne recevaient plus que les pages jaunes, au lieu des pages blanches et des pages jaunes. Ce modèle économique, inventé pour le Minitel et consistant à subventionner le terminal par le prix du service, a été fortement critiqué à l'époque par la presse. Il a depuis été repris pour les services de téléphonie mobile.

Seul le 3618 ou service MIAMI (service de communication de Minitel à Minitel) reste en service au-delà du 30 juin 2012. En effet ce service ne dépend pas du même réseau support[19].

Services télématiques[modifier | modifier le code]

Le Minitel (programme Télétel) revint à plus de huit milliards de francs en équipements de terminaux avec une durée de vie estimée de huit ans pour les Minitel. Pendant le même laps de temps, le chiffre d'affaires des services télématiques atteint les 3,5 milliards de francs et les économies de papier atteignirent 500 millions de francs par an. En 1985, le million de Minitel en service est atteint en France ainsi que le million d'heures de communications de services par mois.

Au début des années 1990, le Minitel équipait 6,5 millions foyers. Il dépassait de loin le nombre d'utilisateurs du réseau CompuServe, qui offrait en Amérique du Nord des services semblables, et plus encore de Prodigy qui lui ressemblait davantage parce qu'utilisant le code Vidéotex, raison pour laquelle dès la fin des 1980, les Américains s'intéressèrent de très près au réseau Vidéotex français. À un moment où les Français s'interrogeaient sur l'avenir du Minitel, les agences financières de Wall Street [réf. souhaitée] notaient déjà le formidable bénéfice à attendre d'un tel programme. C'est pourquoi le futur vice-président Al Gore envoya un jeune homme, David Lytel, enquêter non sur les techniques utilisées mais sur les contenus des services offerts. Ce rapport fut à la source du discours sur « les autoroutes de l'information » prononcé par Al Gore en juillet 1994.

Le réseau Télétel du Minitel comportait au départ deux types de facturation : 3613 (communication payée par le service) et 3614 (communication payée par l'usager, 20 francs – 3,05 € – par heure environ, pas de rémunération du service).

En février 1984 fut créé le système kiosque avec le 3615. La rémunération du service est 60 francs – 9,15 € – par heure environ, payés par l'usager, dont 40 F (6,10 €) pour le service et 20 francs (3,05 €) pour France Télécom, système de « taxation arrière » souhaité par l'industrie de la presse pour rendre son contenu payant.

Ces numéros courts à quatre chiffres ont remplacé les numéros initiaux, au gré de l'évolution du plan de numérotation de l'opérateur historique :

  • 11 jusqu'au 18 octobre 1996 à 23 h, puis 3611
  • (16) (3) 613 91 55, puis 36 13 91 55 après le 25 octobre 1985 à 23 h, puis 3613 depuis le 10 juillet 1986
  • (16) (3) 614 91 66, puis 36 14 91 66 après le 25 octobre 1985 à 23 h, puis 3614 depuis le 10 juillet 1986
  • (16) (3) 615 91 77, puis 36 15 91 77 après le 25 octobre 1985 à 23 h, puis 3615 depuis le 10 juillet 1986

En 2000, le Minitel était encore utilisé par près de 25 millions de personnes (sur 55 millions d'habitants) avec un parc de près de 9 millions de terminaux. Il restait toujours très utilisé, y compris pour les transactions commerciales, à tel point que certains moteurs de recherche comme Yahoo! ou AltaVista y avaient un service Minitel [réf. souhaitée]. Cependant les services à facturation de type 3615 ou supérieur étaient vivement concurrencés par le Web. L'arrêt prévu en mars 2009 du service 3611 annuaire électronique est reporté devant le nombre significatif de connexions. Selon France Télécom[20] le 3611, qui représentait encore le quart du trafic Télétel, avait enregistré 19 millions de connexions en 2008 et 4 000 éditeurs de services étaient toujours présents sur le Minitel. Le 3611 s'arrêta, comme les autres services Minitel, le 30 juin 2012[21].

L'annuaire électronique 3611 a été progressivement remplacé par l'annuaire Internet, avec les sites www.pagesblanches.fr et www.pagesjaunes.fr (vendu en 2006 à l'Américain KKR[22]). Le succès de l'annuaire électronique était tel que France Télécom a pris du retard sur son annuaire Internet.[réf. souhaitée]


Les serveurs (numéros de téléphone) auxquels on se connectait avec un Minitel étaient appelés des services Télétel. C'était en effet des passerelles vers le réseau Télétel, basé sur Transpac, qui permettait de mettre en relation les Minitel avec les serveurs des prestataires de service. En marge de ces services Télétel, il était tout à fait possible de composer des numéros classiques à 8 (puis 10) chiffres, que ce soit pour se connecter à un autre Minitel, « retourné », ou pour accéder à des serveurs « RTC » directement connectés sur le réseau téléphonique commuté, donc non surtaxés. Une communauté de passionnés fréquentait ainsi régulièrement ces micro-serveurs Minitel similaires (en plus accessibles) aux serveurs BBS qui se développaient aux États-Unis et ailleurs. À l'échelle locale, des collectivités proposaient également de tels serveurs Minitel à accès direct. Aujourd'hui encore, de nombreux systèmes de télégestion utilisent ce système, aussi bien en appel entrant (visualisation de données et d'événements ou émission d'ordres) qu'en appel sortant (télé-alarme).

Facturation[modifier | modifier le code]

Le Minitel était sans abonnement, en tout cas les premiers modèles, prêtés par France Télécom à ses abonnés, mais facturés au temps de communication. La facture s'effectuait par comptabilisation sur la facture téléphonique. Le serveur pouvait être branché chez soi (n° d'appel direct) ou bien sur un des kiosques (3613, 3614, 3615, etc.).

Technique[modifier | modifier le code]

Xtel : logiciel émulateur de terminal Minitel.

Le Minitel est un terminal informatique passif, c'est-à-dire qu'il s'agit uniquement d'un clavier et d'un écran, sans capacité de traitement ni dispositif de stockage. Les services sont accessibles depuis une ligne de téléphone grâce au modem incorporé (1 200 bit/s en réception, 75 bit/s en émission). Le Minitel était muni de prises en T pour la connexion au réseau téléphonique de France Télécom. L'écran du Minitel est une matrice texte d'une taille de 25 lignes par 40 colonnes en mode Vidéotex (8 nuances de gris) et se base sur un système de codage qui lui est propre. Un jeu de caractères graphiques, chacun constitué de 6 gros pixels, lui permet d'afficher des images en mode « mosaïque », un peu à la manière de l'art ASCII.

Caractéristiques du Minitel 1B[modifier | modifier le code]

  • Modem V.23 (1 200 bit/s en réception - 75 bit/s en émission) « retournable », E71 intégré.
  • Affichage Vidéotex en 40 colonnes et 8 couleurs (alpha-mosaïque) et mode téléinformatique 80 colonnes type VT100.
  • Raccourci-claviers[Quoi ?] pour accéder à des modes avancés. [réf. souhaitée]
  • Transmission par voie série entre un micro-ordinateur, au moyen d'un connecteur DIN, et le Minitel jusqu'à 4 800 bits/s (9 600 bit/s sur Minitel 2).

Différents Minitels fabriqués[modifier | modifier le code]

Minitel Alcatel.
Minitel photographique (modèle prototype non distribué) avec page de Vidéotex photographique.

Les caractéristiques techniques des Minitel étaient décrites dans des ouvrages de référence intitulés « STUM » (Spécifications Techniques d'Utilisation du Minitel), qui se déclinaient par modèle (STUM 1, STUM 1B, STUM 10, etc.). Elles étaient disponibles initialement auprès du CNET puis de France Télécom.

En dépit de normes détaillées, il existait de légères différences entre modèles, et surtout entre fabricants. Il était possible d'« interroger le Minitel » pour récupérer le modèle exact et, éventuellement, adapter le service :

  • Minitel 1 standard : fonctionne en standard ASCII qui permet le dialogue avec des banques de données internationales. L'affichage est en 8 nuances de gris (noir et blanc y compris).
  • Minitel 1 couleur : les 8 nuances de gris sont converties en couleurs : noir, rouge, vert, jaune, bleu, magenta, cyan, blanc (selon l'ordre des codes employés) ; noir, bleu, rouge, magenta, vert, cyan, jaune, blanc (selon l'intensité de gris) ; le clavier de ce modèle était par ailleurs extérieur à l'écran.
  • Minitel 1 dialogue : permet au détenteur de ce terminal d'échanger par Minitel des textes en direct avec un correspondant utilisant un Minitel de n'importe quel modèle.
  • Minitel 1B : son clavier est équipé de nouvelles touches, dont Fnct et Ctrl. Il permet un affichage en 80 colonnes, avec en ce cas des caractères évidemment plus étroits. Certaines fonctions d'affichage font leur apparition comme « insérer ligne », « supprimer ligne ». « Bistandard » signifiait, pour le 1B, qu'on pouvait commuter entre le mode Vidéotex (24 lignes de 40 caractères très lisibles) et le mode VT100 (24 lignes de 80 caractères plus fins, et pouvant être utilisé comme terminal ASCII pour des tâches simples. Le retournement du modem afin d'émettre à 1 200 bit/s et recevoir à 75 bit/s (pour envoyer des fichiers depuis son ordinateur connecté à la prise péri-informatique, par exemple), fonctionnait sur ce modèle comme sur les précédents.[Quoi ?]

Les Minitels 1 étaient équipés de « mouchards » : deux zones mémoire de 8 caractères qui pouvaient être écrites et/ou lues par le serveur auquel le Minitel était connecté. La Commission nationale de l'informatique et des libertés les déclara illégaux, en particulier parce que le contenu des mouchards ne pouvait pas être directement consulté par l'utilisateur du terminal. Dans la pratique, quelques serveurs[23] permettaient à l'utilisateur de consulter ces mouchards et d'y écrire les caractères de son choix. SM permettait aussi d'écrire un message de son choix dans les mouchards d'un autre utilisateur connecté à ce service, qui en était prévenu par un message.

  • Minitel 2 : permet à l'utilisateur de protéger, par un mot de passe, l'accès à son terminal. Le Minitel 2 dispose en outre d'une fonction répertoire (possibilité de pré-enregistrer jusqu'à 10 numéros). Il permet aussi un affichage graphique plus évolué en permettant de redéfinir les caractères (DRCS, Dynamical Redefinable Character Set — en français, JCRD, Jeu de Caractères Dynamique Redéfinissable). Cette fonction est peu utilisée car elle est lente et que le parc de Minitel 2 n'a jamais été assez étendu.
  • Minitel 10 : cumule les fonctions du Minitel et d'un téléphone sophistiqué. Il existe aussi une version bistandard (10b).
  • Minitel 12 : répondeur télématique capable de prendre une communication, d'afficher une page d'accueil et d'enregistrer le message écrit laissé par le correspondant.
  • Minitel 5 : Minitel portatif à cristaux liquides qui a les mêmes fonctions que le Minitel 10 bistandard, combiné téléphonique en moins.
  • Minitel Photo ou Magis Club : Minitel pouvant afficher des images au format JPEG en 64 niveaux de gris. Son modem peut se connecter à 9 600 bit/s. Ce mode est souvent appelé TVR, pour Télétel Vitesse Rapide. Quelques services ont été spécifiquement créés pour cette version de Minitel, qui sait aussi gérer le DRCS et le mode bistandard, et inclut même un lecteur de carte à puce.
  • Le téléphone-répondeur-minitel Alcatel Sillage 1000 VR ; ce téléphone compact intègre un petit écran à cristaux liquides.

Premiers modèles[modifier | modifier le code]

Minitel conçu pour le marché japonais.

Les premiers modèles ont été livrés avec un clavier alphabétique (ABCDEF), choix de suite critiqué au moins par un ingénieur de La Radiotechnique impliqué dans le projet, déroutant pour les habitués des claviers normalisés des machines à écrire ou des terminaux informatiques en AZERTY ou QWERTY, sans arranger réellement les non familiers des claviers. Ils ont été vite abandonnés au profit de la norme AZERTY. Les premiers modèles ne permettaient pas de garder à l'écran la mémoire de la dernière page consultée quand on se déconnectait du service consulté en ligne, car la page d'accueil du réseau s'affichait aussitôt. Deux solutions s'opposaient : rester connecté (et continuer à payer) pour garder cette page à l'écran, ou placer un boîtier de mémoire entre la ligne et le Minitel. Ces deux solutions étant coûteuses, la solution vint d'utilisateurs ayant trouvé qu'il suffisait de débrancher la prise téléphonique sans appuyer sur « Fin de Connexion ». Une autre possibilité était de frapper très rapidement, deux fois, cette même touche.

Au sein même de l'équipe de création du premier Minitel, la majorité était favorable à la technique du terminal passif, finalement adoptée. D'autres défendaient l'idée d'équiper le Minitel d'un processeur avec un bus, ouvrant la possibilité de cartes d'extension et un système d'exploitation. Les partisans de cette option, rétrospectivement plus favorable, n'ont pas obtenu gain de cause, principalement pour des raisons de prix de revient. Pendant quelques semaines a été exposé à la Fnac, magasin parisien de vente de matériel électronique, un curieux hybride qui intégrait un micro-ordinateur, le Sinclair ZX81, dans un Minitel. Ainsi était réalisé le mariage du clavier écran modem sans processeur (le Minitel) avec le micro-ordinateur sans écran (le Sinclair). Pour trouver un micro-ordinateur communicant à cette époque, il faut se tourner vers le SMT Goupil G1, équipé d'un modem acoustique.

Sur les premiers modèles de Minitel 10 (équipés d'un téléphone), la touche permettant de composer sans décrocher n'était pas une touche ordinaire, mais exerçait une pression sur le contact de détection du combiné au travers d'une tringle munie d'un ressort (ce qui lui donnait un toucher très particulier). Le Minitel de base ne comportait pas de numéroteur (il fallait numéroter sur le téléphone et appuyer sur « Connexion/Fin »). Néanmoins comme il était également muni d'une prise péri-informatique (une simple liaison série), certains programmeurs arrivèrent à le faire numéroter en envoyant des séries de décrocher/raccrocher simulant la numérotation par impulsion. Ceci a été appelé la procédure « takatakata ».

Le Minitel a été ponctuellement utilisé en Côte d'Ivoire et des modèles ont été conçus pour la Chine, la Grèce.[réf. souhaitée]. Il a été intégré dans diverses applications industrielles (terminal de gestion de magasins de stockage, de lignes de production, d'enregistrement de résultats de contrôles qualitatifs et quantitatifs, de gestion de programmes d'équipements informatisés, etc.) ou de service [commandes par les réparateurs des pièces détachées auprès de Service SA (groupe Philips), par exemple]. En 1987, pour réaliser les premières connexions transatlantiques, Jean-Louis Fourtanier, directeur du centre serveur CTL qui héberge nombres de services Vidéotex de presse, exporte clandestinement des Minitel aux États-Unis et au Canada permettant à des utilisateurs des deux rives de dialoguer en direct. [réf. souhaitée]

Fin de vie et recyclage[modifier | modifier le code]

Conséquences d'Internet[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, jusqu'à la fin des années 1990, le Minitel fut en concurrence directe avec Internet. D'une part parce qu'à cette époque, le taux d'équipement en Minitels, en France, était plus élevé qu'en accès internet et d'autre part parce que les connexions internet grand public étaient à des débits bien plus faibles que les standards de 2012 (elles étaient du même ordre de grandeur que celui du Minitel jusqu'à la démocratisation de l'ADSL).

En 1997, le Minitel rapportait six milliards de francs[6].

Toutefois, Lionel Jospin, le premier ministre, a dit souhaiter favoriser Internet au détriment du Minitel[6].

En 2003, le Minitel représentait 47 % des revenus de l'ensemble Télétel, Audiotel, Internet[24].

Plusieurs points clés différencient le Minitel et Internet :

  • L'ergonomie des systèmes informatiques ainsi que celle des services disponibles par Internet a évolué de façon plus rapide que celle du Minitel, tant en matière d'affichage (la résolution graphique des images, puis plus tard des vidéos, fut supérieure sur ordinateur) que d'interface homme-machine (la souris, et plus tard les écrans tactiles, n'ont pas eu d'équivalents pour le Minitel) ;
  • Le débit moyen des connexions Internet a continuellement progressé, alors que celui des Minitels est resté identique ;
  • La rapidité de démarrage du Minitel a été rattrapée par celle des ordinateurs (dans les années 1990, un ordinateur pouvait demander plusieurs minutes pour démarrer, alors qu'il est possible de le faire en quelques secondes en 2012, dans le cas d'une veille prolongée par exemple).

Il existe cependant un débat autour de la question « le Minitel a-t-il favorisé, ou pas, l'émergence d'Internet ? » :

  • L'argument qui semble l'avoir favorisé est l'aspect éducatif, et plus particulièrement la familiarisation à utiliser le couple clavier/écran ainsi que l'interrogation d'un moteur de recherche (avec l'Annuaire électronique de France Télécom) ;
  • La thèse opposée explique que la France accusait un retard notable en accès Internet dans les années 1990 (retard rattrapé dans les années 2000)[25].

Le Minitel étant un terminal, techniquement, il peut être utilisé pour accéder à Internet en mode texte. Anecdotiquement, des passerelles Minitel/Internet furent mises en place pour accéder à certains services internet depuis le Minitel (messagerie électronique et newsgroup [réf. souhaitée]).

  • En 2013, le projet Cervin a ressuscité des minitels en leur permettant d'envoyer des tweets depuis une passerelle Arduino[26].

i-Minitel[modifier | modifier le code]

i-Minitel est une norme lancée en 2000, qui permet à l'utilisateur d'accéder à des services Minitel via l'Internet avec un ordinateur une connexion bas débit ou haut débit, et un logiciel navigateur spécialisé [27],[28]. Le service n'est pas disponible hors de la France métropolitaine ni à l'étranger, parce qu'il faut avoir une ligne fixe France Télécom [réf. souhaitée]. Le service est désormais fermé suite à la fin du Minitel.

Impact environnemental et démantèlement[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

En 2004, un article de ZDNet déclare que « l'opérateur historique « cède à titre gracieux » les Minitels de première génération à ses clients. Pour les associations écologistes, France Télécom se défausse de ses responsabilités en matière de recyclage des déchets. Ce que dément l'opérateur[29]. » La même année, un article du site web Brest-ouVert estime que « par un tour de passe-passe France Télécom s’apprête à se débarrasser de ces millions de minitels de la première génération, en fin de vie, que la réglementation l’obligerait bientôt à collecter puis à recycler[30]. »

Depuis des années des Minitels non utilisés sortent du circuit de recyclage de France Télécom « Je vois de nombreux Minitels dans les brocantes. Des compagnons Emmaüs m’ont dit qu’ils en vendaient beaucoup aux étrangers »[31].

En 2012, La Dépêche du Midi écrit : « dans un souci de préservation de l'environnement, Orange a mis en place un dispositif de collecte et de recyclage des Minitels. »[32]. Ce qui est confirmé par Orange (ex France Télécom)[33].

C'est à Toulouse que sont démantelés les Minitel collectés par France Télécom[34].

Minitel 2.0[modifier | modifier le code]

Benjamin Bayart a proposé d'appeler « Minitel 2.0 » le processus de centralisation d'Internet en général, et du Web en particulier, lors des 8es Rencontres mondiales du logiciel libre, à Amiens le vendredi 13 juillet 2007. Cette tendance à la centralisation, porteuse d'atteintes à la neutralité du réseau et de réduction des potentialités des acteurs de ce réseau, rapprochent, selon lui, Internet du modèle du Minitel : un dispositif totalement centralisé dans lequel il faut solliciter l'autorisation d'émettre et où la norme est la réception.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tom's Guide, En 2010, 2 millions de Français utilisent encore le Minitel. 17 juillet 2010.
  2. PC Inpact, Le Minitel génère encore plus de 200 000 euros par an. 8 juillet 2011.
  3. « La fin du Minitel programmée en 2012 », journal le Monde,‎ 21 juillet 2010 (consulté le 21 juillet 2011).
  4. Site Assistance Orange : vos questions sur la fin du minitel - consulté le 20 septembre 2012 [1]
  5. Source Wall Street Journal
  6. a, b et c http://www.usinenouvelle.com/article/informatiquepasser-du-minitel-a-internet-pas-si-facile-lionel-jospin-prone-une-migration-du-minitel-vers-internet-cette-transition-risque-d-etre-plus-difficile-qu-il-n-y-parait-tant-du-point-du-vue-ec.N83899
  7. « Teletel connects businesses and consumers throughout France using Minitel terminals and computers equipped with modems. Users use their terminals to connect to Teletel, which gives them access to a multitude of services for consumers and businesses. These include the electronic directory, time schedules and reservation services, e-mail, weather reports, games and classified advertisements. Standard Minitel terminals are loaned on request at no additional charge to fixed line subscribers. Terminals with advanced features are available for a monthly rental charge. » (page 77) « Revenue from the Teletel electronic data transmission kiosque decreased 18.8% in 2002 due to the downward trend in electronic data transmission traffic, which decreased 22.4% in 2002. » (page 172) Thierry Breton et Michel Combes, SECURITIES AND EXCHANGE COMMISSION WASHINGTON, D.C. 20549 FORM 20-F Commission file no. 1-14712 : FRANCE TELECOM,‎ 2003
  8. « the French have been the most successfull » Prospective in foreign language teaching...,‎ 1988 (lire en ligne), « ED318220 - Plus Ca Change: Minitel and Teletel, Electronic ... - ERIC », page numérotée à la fois 69 et 72
  9. Minitel Story[PDF]
  10. Propos de Bernard Marti dans un reportage d'I-Télé du 29 juin 2012
  11. a et b Le monde du Minitel se paye Le Monde, Michel Puech, Mediapart, 20 juin 2010
  12. Jean-Guy Lacroix, Gaëtan Tremblay, Les Autoroutes de l'information : un produit de la convergence, vol. 1995, PUQ (lire en ligne), p. 275
  13. Minitel: comment les Dernières Nouvelles d'Alsace ont inventé l'Internet social par Vincent Glad, Slate.fr, 18/11/2011
  14. Minitel Story, Dossier de Presse de Vivement Lundi pour France 3, 2004
  15. Minitel : le petit père du Net tire sa révérence, Sébastien SEIBT, France 24, 29/6/2012
  16. DNA, en selle Gretel, par Isabelle Hanne, Libération, 12/6/2012
  17. Le point, 28 juillet 2008. À l'agonie, l'annuaire minitel 3611 disparaîtra en mars 2009 .
  18. Cette année, c'est la fin du Minitel ! Émission Café découvertes sur Europe 1 le 18 novembre 2011.
  19. http://assistance.orange.fr/pdf/4872_020712_vos-questions-sur-la-fin-du-minitel.pdf
  20. Source : site de France info
  21. Page d'accueil 3611
  22. FT cède sa participation dans PagesJaunes à KKR et Goldman Sachs
  23. Dont le Serveur médical (3615 SM) [réf. souhaitée] de François Lagarde et de sa société Canal 4
  24. (en) Thierry Breton et Michel Combes, Securities and Exchange Commission Washington, D.C. 20549 Form 20-F Commission file no. 1-14712 : France Telecom, 2003.
  25. Rapport du groupe de travail sur le Commerce électronique, présidé par Francis Lorentz § I.3 - Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie - 7/01/98
  26. Hacké, détourné, remixé : le Minitel a encore la cote, 2013
  27. « Le Minitel se met à la mode Internet », 01net,‎ 17 novembre 2000
  28. « Minitel : Une deuxième vie sur Internet », UFC Que choisir,‎ 13 novembre 2009
  29. « France Télécom se sépare de ses Minitels sur fond de polémique », ZDNet,‎ 10 novembre 2004
  30. « La cession des minitels par France Télécom : un cadeau empoisonné ? », Brest-ouVert,‎ 14 octobre 2004
  31. «On peut le jeter du 4e étage, il tient le choc», Libération,‎ 7 septembre 2010
  32. « Le Minitel va s'éteindre le 30 juin, pensez à le recycler », La Dépêche du Midi,‎ 7 mars 2012
  33. « vos questions sur la fin du minitel », Orange,‎ 18 mars 2012
  34. « 3615 code recyclage, la dernière demeure des Minitels », Reuters,‎ 30 mai 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie Marchand, La Grande Aventure du Minitel, Librairie Larousse, 1987
  • Christian Tavernier, Montages autour d'un Minitel, ETSF, 1994, ISBN 2-85535-218-5 (épuisé)
  • Jean-Yves Rincé, Le Minitel, Que Sais-Je ?, Presses universitaires de France, 1990
  • Michel Abadie, Minitel Story (monographie non autorisée par France Télécom), éd. Favre (Suisse), 1988 (épuisé)
  • Thierry Brayer, Net Mergitur, Énigme autour du Minitel (éd. Ardemo), 2012, ISBN 978-2-952927-45-1

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]