Ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande

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Ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande
Le ministère du Reich de l'Éducation du peuple et de la Propagande, à la Wilhelmplatz (Berlin).
Le ministère du Reich de l'Éducation du peuple et de la Propagande, à la Wilhelmplatz (Berlin).

Création 1933
Dissolution 1945
Type Gouvernement du Reich
Siège Wilhelmplatz, Berlin
Coordonnées 52° 30′ 45″ N 13° 23′ 01″ E / 52.5125, 13.3836111152° 30′ 45″ N 13° 23′ 01″ E / 52.5125, 13.38361111  
Langue Allemand
Effectifs 2 000 (en 1939)
Dirigeant Joseph Goebbels

Le ministère du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande (Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda, RMVP, ou tout simplement Propagandaministerium) était un ministère du Reich allemand créé le 11 mars 1933 par le régime nazi pour Joseph Goebbels ; il avait pour mission de contrôler l’ensemble du secteur culturel et des médias et de les mettre au service de la propagande nazie. Goebbels était également depuis 1930 chargé de la propagande du parti nazi. Les locaux du ministère se trouvaient à la Wilhelmplatz.

Organisation[modifier | modifier le code]

Goebbels, dans son bureau de ministre avec des collaborateurs (dont le secrétaire d'État Walther Funk), en 1937.
Une des façades du ministère, en 1939.

Les services du ministère croissent d'années en années. Alors qu'en 1933 ils comptent cinq départements et 350 employés, en 1939, il y a 2 000 employés répartis au sein de 17 départements. Entre 1933 et 1941, le budget du ministère passe de 14 millions à 187 millions de marks. Trois secrétaires d'État sont subordonnés au ministre Joseph Goebbels :

Werner Naumann succède brièvement à Goebbels comme ministre après sa nomination comme chancelier.

Politique menée par le ministère[modifier | modifier le code]

Propagande de guerre[modifier | modifier le code]

Alors qu'il analyse l'invasion de l'Union Soviétique comme un retour aux sources pour le national-socialisme[1], Goebbels assigne au ministère dont il a la charge la mission de démasquer le complot anglo-russe contre le Reich, mis en évidence par les déclarations de Churchill à l'annonce de la rupture unilatérale par le Reich du pacte de 1939, déclaration de soutien à l'URSS[2].

En effet, les livrets de propagande distribués aux reponsables locaux du NSDAP pour la propagande renouent avec la figure du Judéo-bolchevik, un temps placée en retrait[3]. Insistant sur l'origine juive de certains hommes d'État soviétiques, Maxime Litvinov, Lazare Kaganovitch, les services du ministère présentent la guerre d'agression contre l'Union Soviétique comme une guerre préventive[4] : en effet, chassée du Reich, la « juiverie mondiale », incarnée par la « ploutocratie anglo-saxonne » et le « capitalisme d'État » soviétique, tenterait de le reconquérir depuis l'étranger[5]. Dans le même ordre d'idées, des brochures insistent sur les véritables buts des Juifs dans le conflit : la domination mondiale, par la destruction de la civilisation. Cet objectif serait soigneusement caché dans le marxisme et le communisme, mais démasqué par les membres du NSDAP[6]. Dans le courant du mois juillet 1941 sont ainsi publiées des photos de massacres soi-disant commis par des policiers soviétiques, accompagnés de commentaires antisémites[6].

Jusqu'à la défaite de Stalingrad, le ministère mène une politique d'édition de communiqués de victoires, ce qui cause un choc important lors de l'annonce de cette défaite[7].

Un rôle dans la politique antisémite[modifier | modifier le code]

Durant la guerre, le ministère propose aux Allemands dans le cadre d'un « récit » cohérent, une lecture antisémite de l'évolution du conflit[8].

En effet, à partir de 1943, les organes de propagande du Reich instillent l'idée que la ténacité, et les succès, des Alliés sont la preuve irréfutable de l'existence d'un complot juif international dirigé contre le Reich et ses alliés européens[8]. Ainsi, les conférences alliées du début de l'année 1943 sont-elles analysées par la presse nazie comme des « bouffées de haine juive », à l'instigation des conseillers juifs de Roosevelt et Churchill[9].

Architecture du bâtiment[modifier | modifier le code]

Il se trouve sur la Wilhelmplatz. À l'origine, il s'agit d'un palais dont la construction a lieu au XIXe siècle. Il porte le nom d’Ordenspalais et est bâti en style néoclassique par Friedrich August Stüler, pour y accueillir en 1827 la résidence du prince Charles de Prusse. Un palais précédent (portant le même nom, construit en 1737) abritait auparavant, depuis 1820, des bureaux de différents départements du ministère des Affaires étrangères[10]. Il devient désormais le Palais Prinz Karl et se trouve au no 8/9, avec la nouvelle numérotation. Stüler construit aussi d'autres hôtels particuliers à la Wilhelmstraße. Le palais est agrandi au début du XXe siècle et est aménagé de nouveaux balcons, et devient le Palais Prinz Leopold du nom de son nouveau propriétaire le prince Frédéric-Léopold de Prusse (1865-1931).

Il devient en mars 1933 le ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande. L'édifice est réaménagé et reconfiguré, si bien qu'il ne reste rien du palais de Schinkel. En 1940, Karl Reichle présente un plan d'agrandissement jusqu'à la Mauerstraße, où se trouve désormais l'entrée principale. L’historienne Anna-Maria Sigmund décrit les bâtiments : le palais est situé « au milieu d'un parc magnifique, où, comme de grandes obligations de représentation l’attendaient, il [Goebbels] effectua des transformations pour un montant de 3,2 millions de Reichsmarks. La décoration intérieure venait en grande partie de musées et de réserves nationales. La couleur dominante du bureau était le rouge. Quant à la maîtresse de maison [Magda Goebbels], elle reçut du cristal, de la porcelaine, des verres et du linge pour plusieurs centaines de personnes. L’État paya le tout »[11].

Le bâtiment compte une salle de projection cinématographique[12]. « Le bureau de Goebbels était installé dans une énorme pièce du ministère, qui occupait un vieux palais d'où était parti, autrefois, Frédéric le Grand quand il entreprit la guerre de Sept ans. Le portail était flanqué de deux lions dorés, dormants »[13].

Des parties de ce bâtiments subsistent de nos jours et sont intégrées aujourd'hui au ministère du Travail, après des aménagements poursuivis entre 1997 et 2001.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jeffrey Herf, L'Ennemi juif - La propagande nazie, 1939-1945, traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Calmann-Levy, Paris, 2011 (édition française), ISBN 978-2-7021-4220-2.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jeffrey Herf, L'Ennemi Juif, p.92.
  2. Jeffrey Herf, L'Ennemi Juif, p.93.
  3. Jeffrey Herf, L'Ennemi Juif, p.95.
  4. Jeffrey Herf, L'Ennemi Juif, p.97.
  5. Jeffrey Herf, L'Ennemi Juif, p.98.
  6. a et b Jeffrey Herf, L'Ennemi Juif, p.99.
  7. Jeffrey Herf, L'Ennemi Juif, p.172.
  8. a et b Jeffrey Herf, L'Ennemi Juif, p.195.
  9. Jeffrey Herf, L'Ennemi Juif, p.176.
  10. Le ministère des Affaires étrangères s'installe désormais au N°61 de la Wilhelmstraße, à l'angle de la Wilhelmplatz (N°1)
  11. Anna Maria Sigmund, Les femmes du IIIe Reich, 2004, p. 130.
  12. Veit Harlan, Le cinéma allemand selon Goebbels, France-Empire, 1974, page 57.
  13. Veit Harlan, Le cinéma allemand selon Goebbels, France-Empire, 1974, page 129.

Liens externes[modifier | modifier le code]