Ministère de la Sécurité intérieure polonais

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Manifeste du PKWN du 22 juillet 1944

Le ministère de la Sécurité intérieure (en polonais : Ministerstwo Bezpieczeństwa Publicznego, MBP) — populairement appelé UB (le sigle des bureaux locaux de la sûreté : Urząd Bezpieczeństwa) — était un organisme étatique de la République populaire de Pologne, mis en place le 1er janvier 1945 sur l'ordre et avec les conseils du pouvoir soviétique et était responsable de la répression contre les opposants au régime pendant la période stalinienne. Il a été dissous en 1954.

Création[modifier | modifier le code]

La formation de cet appareil débute en avril 1944 quand un groupe de 120 Polonais commence les cours dans le Soviet des affaires intérieures à Samara. Les autres suivront, soit environ 200 futurs fonctionnaires de la sécurité. Le Comité polonais de libération nationale (Polski Komitet Wyzwolenia Narodowego, PKWN) formé le 21 juillet 1944 par les Soviétiques pour écarter le gouvernement polonais en exil (composé des représentants des formations politiques du parlement d'avant 1939, siégeant à Londres) comporte déjà un département de la sécurité dirigé par Roman Romkowski (pl) (de son vrai nom Natan Grinszpan-Kikiel), un activiste communiste d'avant-guerre.

Organisation[modifier | modifier le code]

Le 1er janvier 1945, Joseph Staline fait transformer par Ivan Serov le PKWN en gouvernement polonais de transition et le département de la sécurité intérieure en ministère avec à sa tête Stanisław Radkiewicz (pl) et ses deux adjoints, Roman Romkowski et Mieczysław Mietkowski (pl) (alias Mojżesz Bobrowicki). Les unités spéciales sont confiées à des agents du NKVD comme Jacek Różański (pl) (alias Józef Goldberg), chargé du département des investigations, Julia Brystiger (pl), chargée du département de la culture, de la jeunesse et des cultes, et Anatol Fejgin (pl), chargé du département spécial.

Quand l'organisation territoriale des bureaux de la sécurité (UB) eut été achevée, le nombre des fonctionnaires de la sécurité a fortement augmenté passant de 11 000 en mai 1945 à 24 000 en décembre 1945. À la fin de 1948, ces structures comptaient 26 600 agents. De plus, le ministère avait sous ses ordres 41 000 soldats du Corps de la sécurité intérieure (Korpus Bezpieczeństwa Wewnętrznego, KBW), 57 500 fonctionnaires de la Milice citoyenne (Milicja Obywatelska, MO), 32 000 gardes-frontières, 10 000 gardiens de prison et 125 000 membres de l'ORMO (Ochotnicza Rezerwa Milicji Obywatelskiej), la milice volontaire de réserve (mobilisable en cas de besoin).

Objectifs[modifier | modifier le code]

La première cible de l'UB a été l'opposition intérieure. Des procès publics de résistants pour collaboration avec la Gestapo, sabotage ou espionnage se multiplient. Les 16 plus hauts dirigeants de l’Armia Krajowa sont enlevés, remis au NKVD, emprisonnés et jugés en Union soviétique (Procès des seize).

En 1948, l'opposition démocratique ayant été éliminée et les organisations clandestines anéanties, une nouvelle phase dans l'activité de l'UB commence. Suivant l'exemple soviétique, la répression se dirige cette fois vers l'intérieur du parti communiste (Parti ouvrier unifié polonais, Polska Zjednoczona Partia Robotnicza ou PZPR) avec des accusations de titisme et de déviations nationalistes. Le colonel Anatol Fejgin se distingua dans cette nouvelle tâche en s'appuyant sur les archives militaires des années 1930. Ainsi Władysław Gomułka lui-même est-il visé mais l'épuration prend des dimensions considérables. L'opération est surveillée par Bolesław Bierut (président de la RP et premier secrétaire du parti communiste), Jakub Berman (membre du bureau politique et responsable de la sécurité) et par Ivan Serov. En 1949, un groupe spécial est créé par le quartet, — les dirigeants les plus influents du parti (Bierut, Berman, Minc et Radkiewicz) —, pour mener des enquêtes secrètes sur les plus hautes personnalités du parti.

Démantèlement progressif[modifier | modifier le code]

En 1953, à la suite de la mort de Staline commence le lent processus de diminution de la terreur. Le ministère de la Sécurité intérieure est dissous le 7 décembre 1954. Le démantèlement de l'UB fut accéléré par la fuite à l'Ouest, le 5 décembre 1953, de Józef Światło (pl) (de son vrai nom Izaak Fleichfarb), haut fonctionnaire des services de sécurité, adjoint de Fejgin. Les révélations de celui-ci sur les ondes de Radio Free Europe (section polonaise) à propos du fonctionnement de l'UB et les coulisses du système de fabrication des inculpations par la police politique vont provoquer de virulentes réactions des communistes au pouvoir en Pologne et à terme ont sans doute accéléré la dissolution du ministère lui-même remplacé par un ministère de l'Intérieur.

Poids historique[modifier | modifier le code]

Sous l'égide d'Ivan Serov, l'UB fut en Pologne ce que le KGB fut en Union soviétique ou la Stasi en République démocratique allemande : une police politique stalinienne terrorisant tant la société civile que les membres du parti communiste eux-mêmes et responsable des emprisonnements des opposants au système stalinien après la guerre — l'action visait ici surtout la résistance intérieure qui avait été particulièrement active durant l'occupation allemande et certains de ses membres (cf. les Soldats maudits) n'avaient pas voulu déposer les armes après 1945 — et des épurations staliniennes internes.

Dans la Pologne d'après-guerre, cette agence de renseignement avait été placée sous le contrôle de communistes polonais d'origine juive. Ce fait a facilité les purges « antisionistes » du régime de Władysław Gomułka déclenchées après la guerre israélo-arabe de 1967 (guerre des Six Jours) quand la République populaire de Pologne rompit ses relations diplomatiques avec Israël, à la suite des manifestations étudiantes survenues en mars 1968.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Służba Bezpieczeństwa, le service de renseignement et la police secrète du régime communiste de la République populaire de Pologne.